A MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE DE MONTPELLIER^ PIERRE FENOUILLET
I] lui parle du cDnt&nroment qu'éprouvent les habitans de la ville de Montpellier de possédcT- nvéque, et lui fait part de la nnort dj madame de Boisy, sa mère.
3 avril IGlO.
Mons(?igneur,
Je n'ay garde de vous vouloir beaucoup entretenir, maintenant qu'au milieu de cette grande et nobl'e ville, chacun est autour de vous pour puiser les eaux des consolations spirituelles de la vive source que Dieu a mise en vous.
Ce n'est justement que pour vous baiser humblement les nianis, et vous supplier de me conserver Ubonneur de vostre bienveuillance , que cette lettre se présente à vous en mon nom. '■
Que si vous luy permettes de vous dire quelque chose de plus, ce sera que je viens d'apprendre pourquoy N. S.^ n'a pas vonlii permettre que j'allasse à Salins, car c'a esté, comme je? pense, alFm que j'assistasse à la moit de ma très bonne niere, qu'il appella à soy le premier de ce mois., rayant: Pjî]ir,,s^,piisericorde premieremeu! disposée à i)ieu et heureusement faire ce passage. Voyés-v^us, Monseigneur, j'allège, ee'jïie semble, de beaucoup mon cœur, eu levons commum'^tiant comme à un amy , auquel je porte tant d'amour, d'honneur, de respect, de révérence, et eu la bien-
■='*■ = L'original s'en cons(^rviEî au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 122« inédite de la collection-Biaise.
* Il faudroit peut-^èlre lire ici pliilôt S. A., c'est-à-dire Son Allessc le dm de Savoie; 0|i, bien , après ce mo\.f permet t7^c, ajouter ou sous entendre par ,?. A,
veuillance auquel j'ay tant de confiance, bref auquel je suis d'une affection absolue , très humble , très obéissant et très affectionné frère et serviteuy,
François, Evesque de Genève.
LETTRE
A BIADAME LA BARONNE DE CUSY *,
11 l'invite à bien examiner son cœur sur la fermeté de son dessein; il la pri», en cas de changement, d'avertir lui et ses chères filles spirituelles, qu'elle ne se sent pas assez de force pour entreprendre une si grande chose.
Annecy, le 2 mai 1610.
Madame,
A ce passage de M. le baron, j'ai sceu avec combien d'artifice le monde s'estoit essayé d'esbranler vostre résolution touchant vostre retraite, et ay loué nostre Seigneur de ce que vous aviés conservé vostre fermeté jusques à présent.
Néanmoins, maintenant que nous sommes, ce me semble, à la veille d'une si sainte entreprise, il faut que je vous parle ouvertement, et que je vous conjure de bien espreuver vostre cœur, pour reconnoistre si vous avésassés d'affection, de force et de courage * pour embrasser ainsy absolument Jesus-Chrisl crucifié, et donner ainsy les derniers adieux à ce misérable muiide. Car, voyés-vous. Madame, il est requis que vous ayés une ame vaillante et généreuse pour entrer
* C'est la 207« de la collection -Biaise, et la 76« {aliàs 79*) des anciennes éditions.
* Cette dame, après la mort de son mari, prit le dessein d'entrer dans la congrégation de la Visitation; mais elle eut à essuyer bien des contrariétés ^ cet égard, et on chercho'» ^ ^^Uranipr sa résolution.
en ce dessein, afïînque vous resistiés aux suggestions que la folle sagesse du monde vous fera.
Il est vray que si vous entreprenés cette œuvr*^ simplement pour Dieu et pour vostre salut, vous y aurés tant de consolations que personne ne vous en sçauroit destourner; et la bonne compagnie en laquelle vous serés ne contribuera pas peu à vous bien establir.
Mais il ne faut pas pour cela que vous laissiés de bien establir vostre courage avant que de venir : que si vous le treuvés bon et ferme , venés donq hardiment au nom de Dieu, lequel , s'estant rendu Fautheur et protecteur de ce projet % le favorisera de plus en plus de ses bénédictions, et vous y donnera mille consolations que le monde ne peut sçavoir.
Si au contraire (ce que Dieu ne veuille) vous ne vous senties assés forte pour entrer en ce chemin, il seroit biea bon de nous en advertir, affin que les autres commençassent selon leurs Invariables désirs, et vous, Madame, pensassiés à prendre quelque route de vie plus à vostre gré.
Pour moy, j'ay tellement cette sainte affaire en recommandation, que je me sentiray bien heureux de pouvoir m'employer à son advancement, et y serviray constamment, joyeusement, et, Dieu aydant, utilement ; mais avec tant d'affection, que rien ne m'en sçauroit destourner, sinon la volonté divine , laquelle peut estre pour mes péchés ne mt» treuvera pas digne de faire ce service à sa gloire. J'espère en elle que vostre esprit s'accroistra de bien en mieux; et, la suppliant qu'elle vous console et prépare, je demeureray, Madame, vostre, etc.
t L'établissement de la congrégation de la Visitation de Sainte-Marie*
LETTRE
▲ MADAME DE CHANTAL
Il se félicite avec elle du choix que Dieu avoit fait d*eux pour rétablissement de la congrégation de la Visitation. Reconnoissance qu'il en a.
5 mai 1610.
Ma chère Fille,
Il faut bien dire que noslre Congrégation me soit à cœur, puis que j*y songe contre ma coustume , et la treuve comme une idée à mon réveil. Dieu y veuille mettre sa bonne et puissante main.
0 ma Fille, que je fus consolé hier sur le sujet de la mort et sépulture du Sauveur! car les paroles d'Isaye qu'on lisoit à la messe pour la feste du saint Suaire estoient estatiques. 0 Dieu ! si ce Sauveur a tant fait pour nous , que ne feronsnous pas pourluy? S'il a exhalé sa vie pour nous, pourquoy ne reduirons-nous pas toute la nostre à son service et plus pur amour? En fin, je m'imagine que nostre Seigneur plantera cette plante, l'arrousera de ses bénédictions, et la fera fructifier en sanctification.
Certes, l'autre jour, en recommandant ce projet à sa divine Majesté, je me confondois extrêmement decjuoy elle se servoit pour cela de mon cœur et du vostie, je veux dire de :30stre cœur : car, bien que la rayson ne le veuille pas, si est-ce que je ne sçai séparer ce cœur en deux, ni en me resjouissant, ni en me confondant. Nous serons trop heureux de rendre ce service à sa bonté céleste.
* C'est la 208» de la collection -Biaise, et la 30e du livre VI des anciennet édiiions.
Dieu soil vostre Dieu, ma chère Fille, Dieu soit vostre Dieu ; et vostre cœur, qne vous luy avés dressé, soit sa maysou et son autel, sur lequel nuit et jour i^ fasse ardre et luire le feu de son saint amour! 0 Dieu î qui nous fera la grâce de nous combler de ciuuité? Recommandés -uioy à vostre abhesst; '.
LETTRE