AU PRÉSIDENT FAVRE
Le Saint r^ pliint à son ami d'une calomnie dont on avoit noirci ses frères* aupr( ■'. Ift dnc de Nemours, et qui avoit réussi. Il dit que c'est un
crimo d laimpr maintenant, selon la façon de penser des gens du monde, et recommande à son ami le silence sur son compte, de peur de le voir disgracié pour l'amour qu'il lui témoigneroit.
Vers le 4 mars 1615.
Estant de retour de Sales, où j'estois allé passer les jours de Carnaval , j'ay treuvé le retour de nos des-ja trop vieilles tribulations , par la calomnie faite contre mes frères. Je me joûerois de tout cela, si ce n'estoit que je vois Monseigneur en colère et indignation. Cela m'est insupportable, à moy qui ay tant d'inviolables affections à ce prince, et duquel j'ay si doucement autrefois savouré la bonté. Tant de geiis faillent, tuent, assassinent; tous ont leur refuge à cette clémence : mes frères ne mordent ny ne ruent , et ils sont accablés de la rigueur.
Quel mal leur fait-on, ni à vous, disent les mescbants? On nous ravit le bien le plus précieux que nous ayons, qui est la bonne grâce de nos princes, et puis on dit : Quel mal vous fait-or, '\ Mon très cher frère, est-il possible que sa Grandeur m'ayme, qui, ce semble, prend plaisir aux rapports qu'on luy fait de mes frères, puis qu'il a des-ja treuvé que c'estoit ordinairement des impostures, et néanmoins il les
* Tirée de la Vie an Saint, par Ch.-Aug. de Sales, tome II, livre VIII, p. 102. C'est la 335e de la collection-Biaise.
' M. le baron de Thorens, nommé Bernard de Sales, et M. Janus de Salei, chevalier de Malte.
reçoit, il les croyt, il fait des démonstrations de très particulière indignation?
C'est crime par tont le monde de hayr le procliain ; icy c'est crime de Faymer. Messieurs les collatéraux, i^tMis hors de reproche, sont reprochés par auîhorité extraordinaire, seulement parce qu'ils m'ayment de l'amour (|ui f^^'" di^ii à tous ceux de ma sorte. Certes, mon clier frère, j'. ^ d(> la >loire d'estre aymé par vous et d'estre passionné pfiur vous. Mais puisque mon malheur est si grand, pour Dieu, ne disons plus mot désormais : Dieu et nos cœuis le sachent seulement, et quelques uns dignes d'un secret d'amour.
Je vous envoyé un double de la lettre que j'escris à Monseigneur : voyés si elle devra ou pourra estre donnée ; car, tout extrêmement passionné que je suis en cette occasion , je ne vondrois pas que Monseigneur se faschast; car en somme je ne veux plus que vous coudés fortune d'estre disgracié. Un jour viendra que de m'aymer ne sera plus reproche à personne , comme personne de ceux qui m'ayment particulièrement ne mérita jamais reproche.
LETTUE'