‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 58 sur 183 · A M. LE DUC DE NEMOURS · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE NEMOURS

Le Samt lui représente librement la manière dont les princes et gens en place doivent se comporter lorsqu'on veut leur faire des rapports contre quelqu'un.

Vers le 4 mars 1G15.

Monseigneur, La nuict est un mauvais tesmoing, et les voyages et œuvres de la nuict sont sujets à de mauvaises rencontres,

* Tirée de la Vie du Saint par Cb.-Aug. de Sales, tome II , i);ig. 104-1 C;i. C'est ia 336e (le la collection-Biaise.

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desqiiollos nul ne peut respondre : mais ces pauvres gens de bien qui estoient revenu z par la grâce de vostre Grandeur, preuveront qu'en ces nuicts là ils estoient ailleurs, et seroient bien niarrys d'avoir ni coopéré , ni consenty à telles malices. Je n'ay point sçeu d'autres insolences de leur pari, parce qu'en vérité ils n'en ont point faites. Monseigneur, je supplie très humblement Vostre Grandeur de me permettre la discrette liberté que mon office me donne envers tous.

Les papes , les roys et les princes sont sujets à estre souvent deceuz par les accusations et rapports. Ils donnent quelque fois des rescrits qui sont esmanez par obreption et surreption : c'est pourquoy ils les renvoyent à leurs Cours, sénats et Conseils, afin que, parties otiyes, il soit advisé si la vérité a esté teuë, ou la fausseté proposée par les impetrans, desquels les belles qualités ne servent à rien pour exempter leurs accusations et narrés de l'examen convenable , san.> lequel le monde, qui abonde en injustice, seroit tout à faict depourveu de justice : c'est pourquoy les princes ne se peuvent pas dispenser de suivre cette méthode , y estans obligez à peine de la damnation éternelle.

Yostre Grandeur a receu des accusations contre ces pauvre» affligés et contre mes frères. Elle a faict justement de les recevoir, si elle ne les a receuës que dans ses aureiiles; mais si elle les a receuës dans le cœur, elle me pardonnera si, estant non seulement son très humble et très fidèle serviteur, mais encor son très affectionné, quoy qu'indigne, pasteur, je luy dis qu'elle c offencé Dieu et est obligée de s'en repentir, voire mesme quand les accusations seroient véritables : car nulle sorte de paroUe qui soit au préjudice du prochain m doit estre creûe avant qu'elle soit preuvée, et elle ne peut estre preuvée que par l'examen, parties oûyes.

Quiconque vous parle autrement, Monseigneur, trahit vostre ame ; et que les accusateurs soient tant dignes de foy que Ton voudra, mais si faut-il admettre les accusés à se

dcfeiklrc. Les grans princes ne remettent jamais les places Tii les charges qu'à des gens de foy et de confiance ; mais ils ne laissent pas d'estre fort souvent trompés , et cclîx qui ont esté fidèles hier peuvent estre infidèles aujourd'huy : comme ceux qui ont accusé ces pauvres gens peuvent, par leurs deportemens precedens , avoir acquis ]i) créance que vostre Grandeur leur donne , laquelle ils méritent de perdre doresenavant, puis qu'en abusant ils ont fait de si fausses accusations.

LETTRE

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