‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 59 sur 183 · AU PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

AU PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE BOURGOGNE

11 se plaint des habitants de Seissel , qui refusoient la dîme à son chapitre de Genève, et réclame contre eux l'autorité du parlement de Bourgogne, pour faire rendre justice à son Eglise.

Après le 4 mars IG15.

Monsieur mon frère,

Il faut que je vous parle à cœur ouvert : car à qui donq? Depuis que je suis en ceste charge d'evesque, rien ne m'est arrivé qui m'ayt tant affligé que ce mouvement fait ces jours passez par les syndiques et plusieurs des habi. tans de Seissel contre la pieté et la justice.

Ils ont depuis peu un procez avec mon Chapitre à raison des dismes, qu'ils prétendent ne devoir payer, quant au bled, que de trente gerbes l'une, et quant au vin, de soixante charges l'unt!. J'ay tasché de tout mon pouvoir d'accomoder ce différent à l'amiable ; mais il n'y a jamais eu moyen , ces bons habi tans ne voulans subir ny sentences, ny expediens, sinon que l'on face à leur volonté.

* Tirée de la Vie du Saint par Ch.-Aug. de Sales, tome II, pag. 106-107. C'est la 337e de la collection-Biaise.

Pendant ce procez, ils ont estimé que la force leur seroit plus favorable que la justice, et, après plusieurs menaces, ont fait ce que le sieur lieutenant de Belley aura, je m'asseure , remonstré. Si je ne me trompe , il y a eu un extrême mcspris du devoir c^ue l'on a aux magistrats, et une trop furieuse passion contre les curez et ecclésiastiques. Je suis doncaiïligé si cette violence n'est reprimée : car elle cioistroit tous les jours d'avantage ; d'ailleurs je suis aussi atfligé si on cliaslic cette mutinerie, parce que les mutins sont mes diocésains et enfans spirituels.

Toutes choses bien considérées , je désire le second , d'autant qu'en fin il faut un peu d'aiïliction aux enfans à ce qu'ils se corrigent, puis que les remonstra-nces n'ont servy de rien, et vaut mieux cpie je pleure leur tribulation temporelle que s'ils se precipitoyent en l'éternelle. Tout plein de bons personnages de ces lieux-là sont niarris de ce soulèvement ; ils n'ont peu toutesfois arrester le torrent de ce desordre. Or, forcé de mon devoir, j'envoye ces deux porteurs, qui ont esté plus que tesmoings oculaires de ce fait, sur tout monsieur Roges , doué d'une incomparable probité, et prédicateur fort capable, contre lequel ils esmeurent les femmes, alFin de le faire jetter dans le Rhosne par ce sexe facile à s'esmouvoir, comme s'il eut parlé contre l'honneur de toutes; dequoy s'excusant • Ilelasî dit-il, j'avois si grande peur parmy -es gens que , quand j'eusse parlé mal toute ma vie, je me fusse bien teu alors.

En somme , il me semble que cette insolence est trop publique pour estre dissimuléb , trop fascheuse pour demeurer impunie, trop dangereuse pour n'estre pas reprimée. Me remettant néanmoins entièrement à vostre prudence, je vous supplie seulement qu'il vous plaise. Monsieur mon frère, me favoriser à ce que mon Eglise subsiste en ses droicts, et que désormais ces gens là demeurent en devoir.

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LETTRE

A M. DESHAYES

Oc fait de nouvelles tentatives pour attirer saint François en France, et il inarque de nouveau l'opposition qu'il y sent. Il remercie M. Deshayes d'une expédition procurée à mademoiselle de Goufïier, et de l'union d'un i)etit bénéfice à son chapitre, aussi bien que de la peine qu'il avoit prise pour demander à M. le Chancelier un privilège pour limpression de quelques ouvrages. Enfin il s'étend assez au long sur les dispo Itions d'esprit du fils de son ami , qui étudioit dans le collège d'Annecy, et termine sa lettre en lui disant que le duc de Savoie avoit battu les Espagnols.

Annecy, le 3 mai 1615.

Monsieur,

Je respons donc à part à vostre lettre du 10 avril, que je receus avant-hier 1" de mai, et n'ay rien presque à dire en celle-cy sur ce sujet là; car je parle tout à la bonne foy, et ne puis croire que Ton voulut me retirer au delà qu'avec la bienséance, sans laquelle je ne puis ni veux y aller, puisque je ne pourrois le vouloir sans offenser Dieu et perdre ma réputation, de laquelle pourtant en tout cas, mais en celuy-là particulièrement, j'aurois tant de nécessité.

Vous sçavés bien , Monsieur, qu'il faut plus de sujet pour faire remuer les vieilles gens que les jeunes, et que les vieux chiens ne prennent jamais le change qu'avec advantage. Au bout de là, je suis en vérité si peu de chose, que je ne suis pas niesme sans honte de voir l'honneur auquel , vous , Monsieur, et celuy qui vous a fait la proposition, avés pensé pour moy. Je crois que vous jugerés bien que je ne puis

' Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Rouen. C'est la 340® da la colleclion-Blaise.

point faire d'autre response à une proposition si générale.

Maintena^'^t je respons à deux autres lettres que je receus le mois passé, et tous-jours obligé de vous remercier, puisque tous-jours vous ne cessés de m'obliger. Je vous remercie donc très humblement de l'expedilion de Madamoiselle de Gouffier, de celle du petit bénéfice uny à mon Chapitre; vous conjurant, Monsieur, de me faire scavoir la despense que vous aurés fournie pour l'un et Tautre, alïîn que j'aye tous-jours la confiance de me prévaloir de vostre courtoise entremise es occurrences, laquelle, certes, je n'oserois plus employer, si elle vous devoit estre onéreuse en autre chose qu'en vostre peyne et vostre soin.

Je vous remercie encor, Monsieur, de la peyne qu'il vous a pieu de prendre pour scavoir si je pourrois obtenir un privilège pour Timpression de ces petites besoignes qae je pourrois faire doresenavant : et puisque M. le chancelier ne treuve pas à propos de me l'accorder, sinon pour le libraire que je luy nommeray, il me semble que je dois laisser ce soin là au libraire mesme , qui obtiendra le privilège pour soy à l'accoustumée. Mais je serois marry que M. le chancelier crut que j'eusse voulu tirer conséquence du grand cardinal du Perron à moy, qui serois , certes, un téméraire scandaleux si je pensois m'apparier en privilège à cet homme sans pair en doctrine, éloquence et mérite : aussi n'a-ce pas esté sur ses livres que ce désir m'es^oit venu, mais sur des autres, comme par exemple de M. Yaladier, qiii a fait imprimer l'an passé ses sermons sous un tel privilège , et de plusieurs autres, qui m'a fait estimer que ce n'estoit pas un privilège tant spécial ; mais puisqu'il l'est, je ne le désire plus.

Reste nostre fils, qui en vérité a un cœur fort bon, et l'esprit encor meilleur; mais, comme vous le dites. Monsieur, est un peu friand et brillant, et pour cela nous tascherons de Foccuper fart. Il va en classe, et pense monter à la saint lie-

my à la seconde. Il va commencer à apprendre Fescriturc d^iin brave maistre que nous avons icy. Les Pères n'ont pas encor esté d'advis qu'on le mist aux mathématiques de quelques mois, et j'avois treuvé un de nos chanoines qui l'eut forf volontiers enseigné.

L dimanche de Qnasimodo il monta en chaire pour reciter un poëme héroïque de la résurrection de nostre Seigneur. Il ne se peut dire de quelle grâce, avec quelle asseurance,avec quelle beauté d'action il prononça cette besoigne. Je luy dis après, qu'il avoit parlé avec beaucoup de hardiesse, et il me respondit qu'il ne falloit pas craindre en bien faisant. Au demeurant, il m'ayme et me respecte extrêmement, avec une crainte infinie de me fascher, et je crois que je mesnage bien ce talent avec luy ; de le tenir trop serré, cela lui nuiroit. Il commence à prendre un peu de sentiment de réputation qui luy sera utile, car les remonstrances qu'on luy fait de la part de l'honneur le touchent.

Je suis marry que nostre collège n'est encor pas en si bon terme comme la bonté et suffisance de ces Pères qui le gouvernent maintenant nous promet qu'il sera bientost. Mais puisque nous aurons Thonneur de vous voir dans quelque tems , nous parlerons un peu ensemble de tout ce qui est requis pour la bonne conduite de ce cher enfant, qui est fort aymable; ce qui réussira, comme j'espère, extrêmement bien : et sans doute c'a esté une vraye inspirât ioncelest<.^ qui vous donna la resolution de le remettre un peu aux lettres ; car la vivacité de son esprit l'eut mis en grand danger en cette autre profession pendant ces deux ou troys ans.

Son Altesse a battu ces jours passés les Espagnols , mais non pas avec grande effusion de sang. Il suffit qu'en ces troys ou quatre petites rencontres, Dieu a tous-jours favorisé la cause du plus foible. Je pense que c'est pour advertir le plus, fort de n'estre pas si vigoureux. Je suis trop long, mais pardonnes au plaisir que j'ay de vous parler en la façon que

je puis. Je prie Dieu qu'il vous comble de prospérités, et suis, Alonsieiir, vostre, etc.

LETTRE

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