‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 6 sur 183 · DE S. FRANÇOIS A FRANCOI-^^ GIRARD, PRÉVÔT DE BOURG · texte numérisé non relu

DE S. FRANÇOIS A FRANCOI-^^ GIRARD, PRÉVÔT DE BOURG

Saint François s'excuse de ne lui avoir pas écrit.

Après avoir été si longtemps sans vous écrire , mon cher et respectable Girard, je me trouve dans le même état qu'un jeune collégien d'assez bon naturel, qui, pour n'être pas arrivé à l'heure marquée, a manqué une leçon par sa faute : il voudroit bien rentrer dans le devoir et regagner les bonnes grâces de son maître ; mais flottant entre l'espoir et la crainte , il ne peut se fixer l'heure à laquelle il ira se présenter devant son précepteur irrité ; et l'esprit ainsi en suspens , il ne sauroit décider lequel vaut mieux pour lui , ou d'essuyer pour un moment la colère de son maître, etd'obtenir

1 L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 17e inédite de la collection-Blaise-

XXÏ.

Francisco Girardo Ecclesiae Sebusianae Praeposito, Franciscus de Sales, Praepositus Ecclesiae Gebennensis, S. D.

In tantû^ quam feci, scribendi cessatione, humanissime et clarissime Girarde^ id wihi ferè accidit^ quod probis pueris interdùm usii venire solet, qui si statis collegii horis quibusdam lectionibus per imprudentiam non interfuerunt , quamvis in officium^ gratiamque magistri quàm plurimùm redire cupiant, nesciunt tamen, inter spem metumque nutantes, horam sibi ipsis dicere^ quâ in irati prgeceptoris conspectum venire debeant, diim prsesentem ejus iram declinare cum veniae speratee jacturâ, an veniam cum tantâ molestil

ainsi sa grâce , ou de l'éviter, en perdant par là tout espcir de pardon. Je sens mieux que personne le tort que j'ai eu de laisser passer tant de mois sans vous écrire : et j'en suis d'autant plus fâché, que personne ne connoît mieux que moi le prix de votre amitié. Aussi la confusion que /éprouve de vous avoir donné un pareil sujet de mécontentement est telle, que, si le souvenir de votre bonté et de votre piété ne m'avoit enhardi, je n'anrois jamais osé, malgré la distance qui nous sépare, diriger vers vous mes regards même par une lettre écrite de loin.

Me voici donc, reconnoissant volontiers ma faute, et suppliant votre clémence et votre bonté de me rendre, comme à un enfant , pleinement et entièrement des faveurs que la justice et l'équité vous mettroient en droit de refuser à un homme fait. Par là , moi qui déjà me devois tout entier à vous pour le seul fait de m'avoir admis dans votre amitié , et à notre cher Favre pour m'y avoir fait entrer, je me devrai désormais tout entier à vous seul à double titre ; et cela avec d'autant plus de raison, que je me trouve dans ce magnifique monastère, où l'on ne peut entrer sans se rappeler

obtinere, satiusne sit, dubia mens pueri vix statuere potest. Quàm malè sive imprudenter fecerim hactenùs,, qui per tôt menses nihil ad te scripsij ego ipse omnium maxime sentie, atque eô molestiùs fero, quô me abs te amari quale quantumque sit bonum nemo me meliùs percipere potest ; quapropter vel per epistolam intueri te absentem, oui tantee iracuncU.Te causam dederim, per summam verecundiam vix audebam, nisi tiue humanitatis ac pietatis recordatio animos addidisset.

Eccè crgô me culpam hbenter ngnoscentem atque tuam implorantem humanitatem, ut quam jus aéquumque negat majori])us, integram restitutionem clemeiitiabonitasque concédant. Sic cmm liet, ut qui me totum semel pro eu quâ me complexus es benevolontià, libi Fabroque nostro observandissimo, qui ejus mibi fuerat auctor, ex unicâ causa debebam , jàm tibi uni idem ipse totum me debeam, eôque sanè majore ratione, quô in eo sum magnificentissimo cai-

cptfe pensée : // est plus difficile de réformer que de former. Voilà en etfet anjourd'liui le W^" jour que je passe la vie la pins agréable du monde avec mon frèi'c , notre ircs-eher Favre ; et s'il manquoit ''uelque chose à notre bonheur, e'étoit de ne vous avoir pas avec nous. Hier, nous sommes venus dans cette belle solitude de Haute-Combe où tout res- [>ire la sainteté et la majesté, pour voir l'évêque d'Aléria, piéhit si savant, et qui a tant d'affection pour ce cher Favre. J'ai lois m'arracher à la tendresse de ce frère bien-aimé , quand il m'est venu à l'esprit que je pourrois obtenir le pardon d'un silence aussi prolongé , en vous promettant de vous dédommager à l'avenir de mes retards passés par plus d'exactitude et de diligence : oui, la majesté de ce lieu, et la sainteté de cet excellent et vénérable évêque vous feront croire à ma parole , comme elles feront aussi , je Fespére, et que vous accueillerez avec bonté un coupable qui par sa lettre revient à son devoir, et que moi-même je me maintiendrai dans cette plus grande exactitude à le remplir.

nobio, quod qui ingreditur^ eam siibeat sententiam necesse est : Difficilius est reformare quam formare.

Est enim undevigesimushic dîes, quo cum fratre raeo Fabro nostro \ itam ago suavissimam^ oui quoad perfectam felicitatem id defuisse unicum videbatur, quôd te nobiscum non haberemus. Atque lieri cum in hanc Altœ Combise sanctissimam simul et augustissimam soliludinem venissemus, Aleriensem Episcopum visendi gratià, qui ut doctissimus est, sicFabrum hune summo prosequitur amore; anlequam à fratre suavissimo develli me patiar, "ic tam diuturnîc ccssationis veniam impetraturum abs te credidi, «i pollicear me futurâ <îiligentiâ et frequentiâ deinceps moram hanc praeteritain lepleturum. Seilicet loci majestas, integerrimi ac optimi Antistitis sanctitas, uti credas efticiet j efticient eadem, reor^ ut redeuntem me par episto- ';:m in officia, amicè excipias, et ego in officie diligentior permaneam.

WW\/WW%-r,

xxti.

LETTRE

AU SÉNATEUR FAVRE

Sur leur mutuelle amitié.

Je vous prie et vous conjure, mon excellent et bien-aimé frère, d'accueillir avec votre bienveillance accoutumée l& laconisme auquel je suis obligé de revenir. Laisser partir les mains vides un domestique de la maison, ce n'étoit pas possible ; mais son départ précipité m'a ôté le loisir et la commodité de vous écrire tout à mon aise; car il a profité de l'absence de mes parens pour aller à la ville traiter une affaire dont Font chargé les paysans de la Thuille.

Quant à votre dernière lettre, elle est tellement en harmonie avec celle que je vous ai écrite le même jour, qu'elle

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 20* des lettres inédites de la collection-Biaise.

Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales , prœpositus ecclesiae

Gebennensis, S. D.

Illud à te., frater optime ac amantissime^ enixè peto quffisoquGuti me iterùm ad laconismum redeuntem bénigne^ uti soles, compleclaris. Quomodô namque hominem domesticum litteris ad te mci! vacuum abire permitterem? Repenliria nihilominùs ejus profecti.» commodum et successivum scribendi otium propemodiim antevertit^ cùm parentibus meis absentibus^, rusticorum Tullianorum nomine, negotium quoddam in urbe gesturus iter capere decrevisset.

Tùm verô episloh illa tua postrema adeô ciim meà, quam ad te

fait voir clairement notre parfaite unanimité de sentiments, ][)rmcipalement en amitié, quoique exprimés par deux Lour.lies l)ien différentes, puisque l'élégance de votre style me laisse )ien loin derrière vous. Qu'en résultera- t-il ? De même que, ^isqu'à présent, je vous ai toujours regardé comme ne faisant ;]u'un avec moi, vous aussi, vous allez, à votre tour, demeurer persuadé que je suis un autre vous-même. Par là encore, vous devenez décidément pour moi, à mon grand contentement, le frère le plus tendre et le plus aimant; vous devenez mon frère de toutes les meilleures manières possibles ; et moi, je me sens devenu le vôtre au point de me paroitre un autre homme à moi-même : ce dont je suis ravi; car comment pourrois-je, quelque intérêt que j'y eusse, restant toujours moi, ne faire qu'un avec Favre *?

Adieu, mon excellent frère ! faites en sorte que nous vous ayons ici à Pâques; votre présence augmentera pour nous les agrémens du printemps.

1 Le texte renferme ici une antithèse que saisiront les personnes qui savent le latin , et qu'il est impossible de rendre en français. Saint François de Sales joue sur le mot Faber, qui est le nom propre du Sénateur auquel il écrit, et qui, employé comme nom commun, signifie ouvrier. Le mot-à-mot est : Gomment pourrois-je, moi simple aoorenti^ ne faire qu'un avec un si habile ouvrier ?

eâdem die scripseram^ mente convenit^ ut eosdem duorum fratrum amicorum seiisus esse, in amando pracsertim, clarè commonstret, quamvis non uno quidam ore expresses, cùm elegantià longissinio prœcedas intervallo. Quo fit ut quod hactenùs feci, tu quoque vicissim facienduro ",xistimes, ut nimi»^ùm qualis unus es in me, alterum talem me esse erga te nusquam dubitcG. Sic m\m summâ meâ voluptate conlicio omninô te fratrem amantissimum et omni meliori modo meum esse , qui adeô me fratrem tuum esse perspicio, ut à me ferè alter milii videar, ne si alter à me non sim, tyro gregarius, idem summo meo commodo cum tanto Fabro esse nequeam.

Benè vale, frater optime, ac te ils Paschalibus, quô jucundiùs ver nobis appelât, hîc habeamus efiicias.

XXlIf.

AUTRE LETTRE

DE S. FUANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

Saint François transmet à son ami une lettre de l'Evcque de Genève.

Je fus chargé hier de vous faire passer une lettre de notre digne prélat, et je n'avois que le temps de rrJacquitter de cette commission, sans pouvoir écrire moi-même : car le porteur n'est venu me voir qu'au moment de son départ et seulement en passant, au lieu de venir pendant son séjour à Genève. Cependant , plutôt que de ne pas écrire, j'ai mieux aimé vous envoyer une lettre laconique, faite à la bâte et en couinant, persuadé que, dans ces jours d'abstinence, on est excusable d'être maigre jusque dans ses lettres, surtout moi qui n'en écris guère que de semblables, et qui trouve tout fade et insipide, moins par la privation des mets que par

' L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 21e (ies lettres inédites de Ja collection-Biaise.

xxjir.

Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales, praepositus ecclesias

Gebennensis, S. D.

Cùm hesternâ die htteras reverendissimi Antistitis, quas ad te mittercm, accepissem^ et non làin scribendi quàrn lifteras mit tend otium occasionemque feccrit tniiii niinc bonus hic vir qui me in itinere veriiis quàm in urbe in ipso discessu salutavit^ non tantùm laconicè, scd etiam incitalè et prœproperè potiùs scribere volui, quàm non scribere, excusatione dignum ratus, si per hacc jejuniorum lempora macilentam aliquantulùm accipias epistoJam àme prsnsertim qui vix aliter soleo, et oui non làm eduHi quàm prœsentia; tuœ recenti

Telfet do votre absence. En ce moment, je suis encore à jeun de corps et d'âme, mais je ne tarderai pas à rompre le jeune spirituel, puisque je vais me nourrir de l'hostie sacrée à la table du Seigneur, en offrant le saint sacrifice à votre intention et à la mienne, suivant ma coutume.

AUTRE LETTRE

DE S. FRANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

Sur les qualités requises pour être reçu chanoine à l'église cathédrcLle d'Annecy, et sur un prêtre qui désiroit de l'être sans les avoir.

Evêché d'Annecy, 1595.

La négligence de ceux que j'avois chargés de ma dernière lettre, sera cause, mon cher frère, que vous recevrez celle-ci en môme temps. M. Portier, au nom du Chapitre, traitera

' L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 23* parmi les lettres inédites de la collection-Biaise.

privalione arida videantur omriia et insipida, corpore videlicet ae mente hucusque jej"Linus, inox mentis jejunium soluturus^ dùm è mensâ Domini sacratissimam illam terrce pinguedine meduilatam hostiam tuo meoque Bomine, uti soleo^ et ofleram et sumam.

Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales, prgepositus ecclesi<B

Gebennensis, S. D.

Necii, ex Episcopi nostri domo 1595.

Facient suâ negligentiâ, mi frater, quibus ad te litteras meas ex- Iremas perferendas dederam, ut et lias simul accipias. Porterio huic nosîro cum quodam sacerdote nomine Capituli negotium coram te

peut-être avec vous une affaire qui concerne les intérêts d'un prêtre. Cet ecclésiastique désire être chanoine ; mais nous nous opposons à son désir. Car, en vertu de nos statuts confirmés par un décret du Saint-Siège , nous devons exclure tout candidat qui ne feroit pas preuve de noblesse dans les deux souches, ou qui n'auroit pas le grade de docteur. Le souverain Pontife peut seul nous dispenser de cette clause. Mais la bulle par laquelle il admet ce prêtre au canonicat, stipule expressément qu'il sera reçu docteur dans l'espace d'une année. Le candidat n'a pas rempli la condition, et néanmoins il veut être chanoine en même temps qu'en porter le titre. Martin Y menace nommément le prévôt et les chanoines d'excommunication, s'ils ont la foiblesse de consentir en des cas semblables. INous savons de bonne part que le postulant a sollicité une dispense en cour de Rome, et qu'il a essuyé des refus. Alors il vous a choisi pour arbitre, et finalement il demande à débattre la question devant vous. Personne ne s'y est opposé. Puisque la bulle dont il est porteur nous impose, dit-il, une obligation, qu'il la fasse valoir. C'est à vous de décider; pour moi, je ne veux que le repos de ma conscience ; à ce prix, je consens, ainsi que les autres;

forsitan erit. Nimirùm vult hic (se) ut canonicura haberi, nos repugnamus. Habemus enim constitutiones décrète apostolico firniatas quœ cuiquam locum inter nos facere vêtant, qui vel nobilis ex utroque parente vel doctor non sit. Sohis Pontifex hâc nos conscientiâ potest solvere. At Pontifex non aliter illi in bullâ canonicatum concessit, quàm si ad doctoratum intra annum promoveatur. Iloruni nihil ab ipso factum, et vult nihilominùs canonicus et dici et esse. Martinus V anathemati caput Prîrpositi nominatîm et Canonicorun? objlcit , si secùs consenserint. Nuper cùm in romaua curiû condi' tionis remissionem postulasset^ repuisas, quod certô scimus, passu( t-st. Petivit verô ut te judice controversia hœcfmiatur. Nemo recusavit» Quare cum in bullâ suâ illi nobisque lex dicta sit, eam proférât. Tu judica; si enim tutâ possit fieri conscientiâ^ non abnuo, non abliiiunt caïteri , imô cupimus omnes eum o^ptimo modo canonicum

il y a plus, nous serions enchantés que cet homme fût admis, car il est pieux et éclairé. Or, comme notre position est délicate et même périlleuse, vu d'une part le respect que nous portons à nos statuts, et de l'autre le danger que nous courons d'une excommunication, nous ne pouvons guère nous laisser gagner par d'autres que par vous, mon cher Favre, vous le plus habile fabricant et le plus timoré à la fois de tous nos confrères.

Ces détails ne nous sont point personnels ; mais vous me donnerez particulièrement des nouvelles de notre ami Possevin ; car pour Girard et le grand Chantre, j'en ai eu par un chanoine de Bourg. Adieu, cher et tendre ami, que Jésus-Christ vous soit en aide.

esse; vir enim est et doctus et plus. Sed cùm in odiosis versemur, (et) siconstitutionum nostrarumvenerationem et excommunicationis asperitatem spectes^ in periculosis^ difficile adduci nos ab aHo quam à te patiemur^ quem non modo ut peritissimum Fabrum, sed ut religiosissimum confratrem veneramur.

Hœc communia; at ego à te expecto quid de Possevino nostro ; nam de Cantore fratre nostro^ et de Girardo, à Canonico quodam Sebusiano qui nobiscum est audivi.

Bene vale , frater millies suavissime , et Chnstum habeto propitium.

LETTRE

DU SÉNATEUR FAVUE A S. FRANÇOIS DE SALES

Il lui parle de la dédicace qu'il a faite de ses Poésies.

Chambéry, 26 janvier lo9S^

Je crois sans peine que le papier vous a manqué au milieu des combats que vous livrez, moi qui me manque presque à moi-même au milieu de tous mes papiers. C'est pourquoi je consens à recevoir, quoiqu'à contre-cœur et comme de force , l'excuse que Thonez m'a donnée en votre nom en place de lettres; à condition toutefois que si, à cause de cette pénurie de papier, je dois être privé des lettres de quelqu'un de mes amis , vous mettrez tous vos soins pour que ce soit plutôt des lettres de tous mes autres amis, présens et à venir, quel que soit leur nombre, que

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 24e parmi les lettres inédiles de la collection-Biaise.

Fratri suavissimo Francisco de Sales, Eccîesiae Gebennensis Prœposito,

et P. D. Antonius Faber, S. P. D.

Ex urbe, vu cal. febr. 1595.

Defuissc tibi ad scribendum chartam inter arma facile credo , qu' propemodùm déesse mihi videor inter chartas. Itaque accipio^ quara quam illubenter et perinvitus, excusationem illam^ quam mihi Tho nesius tuo nomine pro lilteris reddidit ; sed hâc lege , ut si posthàc chartai penurià^ uUius ex amicis meis litteris mihi carendum sit, de:, operam et diligentiam, aliorum ut omnium quotquotsunt^ faeruul.

•des vôtres , que je doive être privé. Je ne sais aussi par quelle fatalité rimprimeur s'est trouvé sans papier dans le même temps, à tel point que mes poésies n'ont pu encore être imprimées. Il m'a promis cependant de s'en occuper au premier jour. Je le presse autant qu'il dépend de moi, non pas tant parce que ce sont mes écrits, que parce que je vous ies ai dédiés depuis longtemps. Cette faveur, si je puis J'obtenir, me sera particulièrement utile, en ce que, par -cette voie , la renommée de notre étroite liaison , que vous avez coutume d'appeler sans pareille , passera jusqu'à l'étranger.

Certes, notre Savoie est trop étroite pour contenir dans les limites de son territoire un fait de cette importance. Mais le papier me manqueroit également, si je voulois faire cette lettre d'une longueur proportionnée à l'étendue de notre affection mutuelle, qui, bien qu'elle me soit connue comme à vous , ne sauroit être célébrée ni décrite dignement par un autre que par vous seul.

Portez-vous bien, mon très-cher frère, et aimez-moi.

«t erunt, caream potiùs quam tuis. Annon autem tibi, nescio quo, fato factum videtur, quôd eodem tempore typographe quoque riostro charta defecerit, neve poeticas illas meas meditationes adhùc excudere potuerit? Id tamen propediem facturum se pollicetur, et u faciat quantum possum urgeo , non tam quôd meae sint, quàm quôt tibi jampridem nuncupatae. Illa enim prsecipua laus mihi futura sit, si assequi potero , ut hoc veluti nuncio singularis nostrae necessitudinis et, ut verè soles dicere, incomparabilis ad exteros quoque fama perferatur.

Angustior sanè est tota hgee nostra Sabaudia, quàm ut rem tan tam suis fmibus continere possit. Sed charta mihi quoque defuerit , si longioris epistolse argumentum petere velim ex magnitudine mutui amoris nostri, quae licet mihi œquè ac tibi perspectissima, non aliâ tamen quàm tua eloquentiâ ex dignitate commendari se aut exprirai patiatur.

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