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l'exécution de ses très-honorables entreprises, et de lui présenter en personne riiommage de mon respect et de ma fidélité : mais la rébellion des hérétiques genevois, qui, par excès de perfidie, a totalement dépouillé cette chaire épiscopale de ses biens temporels, empêche que je ne fasse le bien que je veux. Tout ce qui me reste donc , c'est d'implorer dans mes prières et mes sacrifiâmes le Dieu tout bon et tout-puissant, pour qu'il envoie à votre Majesté impériale son secours d'en haut, et qu'il donne bon succès à tous vos desseins. De votre Majesté impériale tiès-auguste , etc.
lettre'
A MADAME DE CHANTAL, A LYON
11 lui envoie un billet pour une Dame qui vouloàt entrer dans le mcnastièf^
(le Lyon.
10 mai 1615.
Ma Mère , helas ! c'est sans lo5^sir quelconque : imaginés vous que c'est un billet pour une Dame qui veut entrer. Je
» Tirée du monastère de la Visitation de la ville d'Amiens. C'est la 342* de la coliection^Blaise.
sit , operamque meam honorificentfssimis suis conatibus impendere. ac denique augustissimum iiivictissi'mi Cœsaris vultura covam venerari ! verùm hœreticorum Gebennensiuiu rebellio, quae Episcopaleri hanc Cathedram omni penitùs rerum humanarum prœsidio persum« mam perfi(tiam spoliavit;, eflicil lie quod volo bonum^ hoc faciam, Quare quod superest, serenissime Ca'sar, nunquàm intermittam, quin Deum optimum, maximum, sacriticiis precibusque placare contendam, ut Iribuat tibi auxilium de saucto, et omne tum^» pium consilium confirmet. Amen.
VOUS salue mille fois. Mon ame s'eslance dans vostre esprit^ si toutefois il faut user du mon et du vostre entre vous et. moy , qui ne sommes rien du tout de séparé, mais une seule mesme chose. J'èscriray par la première commodité, mais plustost un eschantillon de commodité , que j'employe pour saluer mille fois un cœur maternel de toute mon affection filiale. Dieu , qui est nostr*^ unité , soit à jamais bénit. Je salue mes chères Seurs, mes filles. Vives joyeuses en ce divin Jésus , qui est le Roy des Anges et des hommes. Je suis très parfaitement en luy , ma très chère mère , ce que nul sçait que luy mesme qui Ta fait. A luy aussi en soit Fhonneur , gloire et louange. Amen. Yostre, etc.
cxxxvh;
lettre'
me
Le Saint lui rend compte du bon état où étoient ses filles d'Annecy, et l'exhorte à mettre sa confiance en Dieu dans l'entreprise de la fondation à. iaquelle elle travailloit, etc. ^
14 mai 1615.
0 que mon ame dés plusieurs jours en ça , est pleine de nouveaux et puissans désirs de servir le très saint amour de Dieu avec tout le zèle qu? me sera possible ! La vostre, ma très chère Mère, qui n'etri qu'une mesme chose, en fera de mesme : car comme pourroit-elle avoir diverses affections» n'ayant qu'une mesme vie et une mesme ame ?
Nos Seurs font , certes , merveille , et incitent mon cœur à beaucoup de reconnoissance envers la bonté de Dieu , de la-
1 Cest la 344e de la collection-Biaise, et la 29* {al. 24^) du liv. VI des anciennes «éditions.
quelle je vov de si clairs efFectz en leurs âmes. J'espère que celles de là vous donnent aussi de pareils sentimens , et que <-,ette douceur céleste verse ainsy son esprit sur toute cette petite assemblée de créatures unies pour sa gloire.
Helas ! ma très chère Mère , que d'obligations que nous avons à nostre Seigneur, et combien de confiance nous devons avoir que ce que sa miséricorde a commencé en nous elle le parachèvera , et donnera tel accroissement à ce peu d'huile de bonne volonté que nous avons, que tous nos vaisseaux s'en rempliront, et plusieurs autres de ceux de nos voisins! Il ne faut que bien fermer la chambre sur nous, î'est à dire, retirer de plus en plus nostre cœur en cette div'me bonté.
Je vous donne mille fois le bon soir, et prie Dieu qu'il soit tous-jours au milieu de tout vostre cœur, le bénissant de ses très saintes et plus désirables faveurs. Je salue toutes noi Seurs,
DE S. FRAJsT-OIS DE SALES. 277
GXXXVIIL
LETTRE
A M. DESHAYES *
A son retour de Lyon, il l'avertit de quelques petits dérangements de son fils dans le collège, et lui conseille de le retirer pour le mettre dans un collège plus resserré, ou de lui donner un précepteur ferme; il lai rend pourtant ce témoignage qu'il adhéroit à ses conseils, et montre une grande affection pour cet enfant.
Annecy, 5 juillet 1615.
Monsieur ,
Convié par Monseigneur Farchevesque de Lyon, j'ay esté ces jours passés auprès de luy, où je pensois trouver le loysir de demy heure pour vous escrire ; mais je ne sceus oncques
^ Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Rouen. C'est la 346® de la collection-Biaise.
* Pendant que le roi Louis X!II étoit à Béziers, on fit le procès à un gentilhomme nommé Dcshayes de Cournemin, dont le père étoit gouverneur de Moiilargis, et qui avoit la survivance de ce gouvernement. Après avoir été p.igr^ de la chambre du roi, il s'étuit mis à voyager dans sa jeunesse; il se fit couuùitre dans les cours de Suède et de Moscovie : il y fut même employé par le roi dans des afïàires de peu de conséquence.
Il s'imagina que personne n'étoit plus capable que lui de traiter avec le roi de Suède ; mais le cardinal de Richelieu , qui le regardoit comme un esprit léger, ne jugea pas à propos de le charger d'une négociation si considérable. Il fut si piqué de voir donner cette commission à un autre, que, pour se venger (le la cour, il se rendit à Bruxelles, où il offrit ses services à Marie de Mèdicis et au duc d'Orléans.
Ils l'envoyèrent en Allemagne pour y emprunter de l'argent sur les pierreries de la reine-mère, et pour demander quelques secours à l'empereur. I>» baron de Gharnassé, plus habile que Deshayes, trouva le moyen de le faire arrêter. Il fut conduit à Metz, d'où on le transféra en Languedoc, où la cour étoit alors. Jn lui prit tous ses papiers, qui contenoient la preuve de ses intrigues.
Son père, qui étoit fort âgé, accourut au Pont-Saint-Esprit pour demander %à grâce. Il alla descendre chez M. de Brienne, qui étoit son ami, et le pria
gaigner cela sur la multitude des visites et de quelques autres occupations qui me furent données, outre quelques preili- <;ations : maintenant je repare la faute, et vous diray hardiment le mal après la guerison.
Nostie fîlz a eu fort affaire à se ranger à la discipline du collège, et Iny estoit bien advisque cela estoit contraire à sa réputation. La racine de son mal est on une certaine grâce qu'il a de gaigner les esprits, et tirer les cœurs à soy, lesquels par après le tirent à eux , et luy donnent telles impressions qu'ilz veulent. Il a eu pour cela prcii de disputes avec ses maislres, qui le vouloient empescherde sortir etde prendre des libertés contraires aux règles du collège; et je l'ay encor plus souvent réprimandé, enquoyil m'a extrêmement obligé par le sentiment qu'il a tesmoigné d'estre marry de me desplaire, si que en fin, pour l'amour de moy, il commence iort à se bien ranger; et par ce moyen il tireroit encor mon cœur à. soy, s'il ne luy estoit des-ja tout acquis.
S'il persévère, nous aurons occasion de nous en contenter; s'il ne le fait pas, il faudra user de l'un de ces deux remèdes : ou bien le .étirer dans un collège un peu plus fermé que celuy-ci, ou bien luy donner un maistre particulier qui soit homme, et auquel il rende obéissance. Car en fin cet enfant est vostre unique, et, certes, grandement aymable : nean'-
de dire au cardinal qu'il étuit venu pour solliciter la grâce de son fils, et qu'il l'espéroit des bontés de son éniinence.
M. de Brienne fut trouver le cardinal, et eut le courage de lui parler du fils par l'amitié qu'il avoit pour le porc. Le cardinal lui demanda d'un air sévère pourquoi sa maison avoit servi le retraite à Deshayes. Brienne lui répondit sans s'étonner qu'il l'auroit oll'iibé d'en prendre une autre, et que -son éminence avoit l'àme trop bidle cl trop gcucruuse pour ne pas approuver sa conduite. Le cardinal se radoucit, et dit seulement qu'il falloit conseiller au vifeux Ueshayes de s'en retourner à Paris; mais il ne s'expliqua point sur la grâce qu'on lui demandoit pour le fils.
'M. de Brienne et son ami jugèrent dès-lors que Cournemin périroit sur un échafaud, et ils ne furent pas trompés dans leurs conjectures, car il eut h tête tranchée peu de jours après. Il témoigna beaucoup de foiblesse, et il rei^ul ie coup de la mort eu versant un torrent de larmes. iNotedes edU. Biaise),
moins îe voyla en ses années périlleuses, que la nourriture de page rend encor plus dangereuses; mais il ne se faut point lasser de bien cultiver cette plante, car elle rendra sans douta de très bons fruits.
11 ne se peut dire combien nous sommes grans amis, ni îombien il me respecte : cela avj^ un maistre particulier sufrîra pour le bien conduire, si par adventure il ne perseveroit pas; mais j'espère qu'il le fera : car les Pères Barnabites et M. Peyssard m'asseurent grandement qu'il observe maintenant fort exactement ce qu'il m'a promis. Je vous supplie de luy escrire que je vous ay tesmoigné du contentement de luy, ^liFin de lui donner courage de continuer.
La grande peyne que j'avois de luy, c'est à cause de l'eau, sur laquelle il se plait extrêmement; et je craignois qu'il ne se plciist encor de se mettre dedans pour se baigner en quelque endroit dangereux, parce que toutes les années il s'y perd quelqu'un. Mais il m'oblige infiniment en cela , car il ne s'y met point. En somme , saches, je vous supplie , Monsieur, que cet enfant m'est cher comme mes yeux, et que de son costé il paternise excellemment à m'aymer; et si , j'espère ({ue, passé ces années périlleuses, on le verra encor paterniser en plusieurs autres conditions , Dieu aydant.
Nous avons la paix , grâces à nostre Seigneur : playse à sa divine Majesté qu'elle dure, et qu'elle donne ouverture à quelque bonne intelligence et Jliance pour le prince de Piedmont , qui est le plus sage, 13 pius courageux et le plus dévot prince qui ait esté il y a long-iems. J'escris sans aucun loysir, 4;'est pourquoy je prendray la confiance de ne point escrire à Madame ma très chère fille, à laquelle indivisément avec vous, Monsieur, je souhaitte mille et mille bened'Ctions, de meurant pour jamais vostre, etc.
LETTRE