A LA 51 K R E DE BALLON
Religieuse de l'abbaye de Sairite-Cathprine, dcr Tordre de Cîteaux, et
sa parente 2.
Vers lé mois d'avril 1016.
MafîJle,
Dieu se sertdu tems pour faire reûpcir les décrets de sa Providence. Je connois l'esprit de madame l'Ahhesse; elle ne fera pas la moitié des choses que sa repuG^nance de maintenant luy su[rp:ere. Nous ne sommes pas de mesme humeur, elle et moy , mais je ne laisse pas d'espérer qu'elle ne quittera pas tout à fait ma conduite , que j'essayeray de reudie houno, douce et juste. Voyés-vous, ma Fille, Fesprit humain ayme* ses aises et son pi'opie juc^ment : ainsy il ne faut pas treuver estrange si on reçoit avec contradi' don les conceptions d'au-
1 Tirée de la Vie de la mère de HnlIoiK par le P. .T. Grassi. C'est la STl^ de la collectioii-f^laise.
* Les religieuses du monastère de Sainte-Catherine, proche d'Annecy, sa. chant '}v-=^ cinq de leurs sœurs, et entre antres la mère de Ballon, travailloiont conjointement avec le Saint et li^nr général , à la réforme de leur maison Bésolurent d"'ôter à ces cinq religieuses tonte communication avec le sain prélat, qui étoit leur évêque et leur directeur. Elles obtinrent à cet effet dt jeur abbesse, qu'elle leiir défendroit de lui parler quand il viendroit chez elles^ et de lui écrire. Cependant la mère de Ballon trouva .moyen de lui faire savoir cette résolution par une lettre , à laquelle le Saint fit cette réponse.
T)E S. FRANÇOTS DE SALF.S. 305
trny, quelques saintes qif elles soient. Or sus, demeurés en paix , souffres en paix , attendes en paix; et Dieu , qui est le Dieu de paix, fera reuscir sa gloire au milieu de cette guerre humaine. Faites belle moisson pendant qu'il en est la sayson j recueilles bien l^s bénédictions des contradictions; vous profite rés plus ainsy dans un jour, que vous ne fériés en dix d'une autre sayson. Dieu parlera pour ceux qui se taisent, et triomphera pour celles qui endureront, et il couronnera la patience d'un événement salutaire.
fN/N^N/V/V/VN/N/Xr .
LETTRE
AUX RELIGIEUSES DE LA VISITATION d'aNNECY.
Différence des personnes qui se sont retirées du siècle, d'avec celles qui y sont encore. 11 relève le bonheur de la vie reliejieuse.
Grenoble, 1" avril 1616.
Seroit-il bien possible que mon esprit oubliast jamais les^ chers enfans de ses entrailles? Non, mes très chères Filles, ma chère joye et ma couronne, vous le sçavés bien , je m'en asseure; et vos cœurs vous auront bien respondu pour moy, que si je ne vous ay pas escrit jiisques à présent, ce n'est sinon parce que, escrivant à noctre très unique et bonne mère , je sçavois bien que je ne vous escrivois pas moins qu'à elle, par cette douce et salutaire union que vos âmes ont avec la sienne ; et encor , parce que le saint amour que nou8 vous portons réciproquement est escrit , ce me semble , en si
1 C'est la 372« de la coUection-Blaise, et la 26* {al. 21e) du liv. VI des anciennes éditions.
vu. 20
grosses lettres dans nos cœnrs, qu'on y peut bien lire presque nos pensées de Annecy jusques icy *.
Je suis avec un peu plus de monde que quand je suis dans nostre séjour- ordinaire auprès de vous; et plus je voy de ce misérable monde, plus il m'est à contre -cœur, et ne croy pas ^ue j'y peusse vivre, si le service de quelques bonnes âmes en i'advancement de leur salut ne me donnoit de l'allégement.
Mon Dieu ! mes chères Filles, que je treuve bien plus heureuses les abeilles, qui ne sortent de leurs ruches que pour la cueillette du miel, et ne sont associées que pour le composer, et n'ont point d'empressement que pour cela, et dont l'empressement est ordonné , et qui ne font dans leurs maysons et monastères , sinon le mesnage odorant du miel et de la cire î
Qu'elles sont bien plus heureuses que ces guespes et mou-* elles libertines, qui, courant si vaguement et plus volontier aux choses immondes qu'aux honnestes , semblent ne vivre que pour importuner le reste des animaux , et leur donner de la peine, en se donnant h elles-mesmes une perpétuelle inquiétude et inutile empressement!
Elles vont partout furetant, suçant et picotant, tandis que leur esté et leur automne dure ; et , l'hyver arrivé , elles se treuvent sans retraitte, sans munition et sans vie; où nos chastes abeilles , qui n'ont pour objet de leur veuë , de leur odorat, de leur goust, que la beauté, la suavité et la douceur des fleurs rangées à leur dessein, outre la noblesse de leur exercice, ont une fort aymable retraitte, une munition aggreable , Bi une vie contente, parmi l'amas de leur travail passé.
Et ces p'ues amoureuses du Sauveur *, qui le suivent en aostre Evangile jusques sur le haut du désert , y font un ^lus délicieux festin sur i'herbe et les fleurs, que ne firent jamais ceux qui jouyssoient de l'appareil somptueux d'As-
* A Grenoble.
* Les saiates femmes qui suivireal notre Seigneur sur le Calvairet
snerus , où l'abondance estouffoit la jouissance, parce que c'estoit une abondance des viandes et des hommes.
Vives joyeuses, mes très chères Filles, entre vos saintes occupations. Quand l'air vous sera nubileux, entre les sécheresses et aridit(ïs , travaillés au dedans de vostre cœur par ia prattique de la sainte humilité et abjection ; quand il sera beau , clair et serein , allés , faites vos spirituelles saillies sur les collines de Calvaire, d'Olivet, de Sion et de Thabor. De la montaigne déserte où nostre Seigneur repaist sa chère troupe aujourd'huy , volés jusques au sommet de la montaigne éternelle du ciel , et voyés les immortelles délices qui y sont préparées pour vos cœurs.
tié ! qu'ils sont heureux ces cœurs bien-aymés de mes filles , d'avoir quitté quelques années de la fausse liberté du monde, pour jouyr éternellement de ce désirable esclavage , auquel nulle liberté n'est ostée, que celle qui nous empesche d'estre vrayement libres.
Dieu vous bénisse, mes très chères Filles, et vous fasse de plus en plus avancer en l'amour de sa divine éternité , en laquelle nous espérons de jouyr de l'infinité de ses faveurs , pour cette petite, mais vraye fidélité, qu'en si peu de chose, comme est cette vie présente, nous vouions observer, moyennant sa grâce. La dilection du Père, du Fils et du saint Esprit, soit à jamais au milieu de vos cœurs, et que les mammelles de nostre Dame soient pour tous-jours nostre refuge,. Amen. Le 1" avril, 1610 *.
Dieu m'a favorisé d'avoir peu escrire tout d'une haleine , quoyque presque sans haleiner, ces quatre petits mots à mes très chères Filles, qui , mises ensemble, comme fleurs en un bouquet , sont délices à la mère de la fleur de Jessé ^ et la
* Il y a sans doute erreur de date dans rédition de 1626, où nous avons tiré ces derniers mots.
* La mère de la fleur de Jessé, c'est la sainte Vierge mère du Sauveur, qui est appelé la fleur de Jessé d'après Tapplication qui lui est faite de la prophétie d'isaïe ^ XI . 1.
C^Oo OPUSCULES
fleur des mères. Hé! Seigneur, que ce soit en odeur de sua» vite. Amen. Amen. Yive Jésus , en qui je suis vostre très affectionné serviteur, etc.
LETTRE
DE S. FRANÇOIS DE SALES AU DUC DE NEMOURS. Recommandation pour un de ses parents.
Annecy, 8 avril 1616,
Monseigneur,
Je joins ma très humble supplication à celle que M. le baron de Vilette vous va faire , puisque celuy le bien duquel elle regarde est esgalement mon parent comme à luy. Yostre Grandeur jugera bien que je voudrois avoir un plus aggreable sujet d'implorer sa bonté; mais puisque celuy-ci m'a pressé, je ne laisse pas de me confier en elle, que je. ne seray pas esconduit, selon l'honneur que j'ay d'estre advoué, Monseigneur , vostre , etc.
« Tirée du second monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 373« de la coliectioa-Biaise.
LETTRE
A MADAME DE CHANTAL
il lui parle de la maladie d'une des Sœurs. Motifs d'esp^^rer la guérison; ce qu'il faudra faire, suivant roccurreuce, pour sa profession et pour son enterreiiieut.
A la Roche, le jour de St.-Jean 1616.
En vérité , ma 1res cliere Mère , et moy itou suis grandeîfient touché de la maladie de cette pauvre chère fille , digne certes d'estre hien aymée. Il faut attendre ce que Dieu fera, et non seulement l'accepter, mais autant que nous pourrons, il faudra l'accepter aggreahlement et amiahlemenl. J'espère qu'il la nous laissera; il y en a tant d'autres qui sont eschappées , après avoir jette le toc , et qui ont esté moins assistées qu'elle ne sera. Toutefois je réplique : Ainsy que la volonté de Dieu sera au Ciel, soit fait en terre.
Si elle estoit preste à passer, on pourroit luy faire faire la profession simplement, en luy lisant devant l'oblation et les vœux qu'elle confirmeroit , sinon qu'elle-mesme la peust prononcer. On la pourroit enterrer à l'église ; car elle est assés bénite en la bénédiction des fondemens que nous fisnies en la position de la première pierre. Il faudroit faire venir le vicaire de saint Maurice et trois ou quatre prestres avec luy pour faire l'office et mettre simplement quatre cierges blancs aux quatre coins du corps. Vous pourries donner audit vicaii^e un ducaton, et aux autres prestres à chacun huit sols d'aumosne, affin qu'ilz disent Messe pour elle. Pour le
* L'original s'en conserve au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 188* inédite de la coUection-Blaise,
reste, vous vous conseillères. Mais qu'elle vive ou meure, je luy donneray en la sainte Messe que je vay dire la sacrée bénédiction de Dieu et de son Eglise. 0 ma très chère Mère, mon cœur, mes esprits et mon ame s'esmeuvent en disant cecy ; car j'ayme toutes nos filles très cordiali:^ment et celle-là avec une spéciale tendreté.
Mais sur tout, en pleurant, deschargés bien vostre cerveau ; reposés-vous convenablement et vous divertisses le plus doucement que vous pourrés; prenés bien souvent des raisins un peu amollis au vin et eau chaude, et en somme ayés soin de vous conserver là, car icy , ne doutés point , je suis un certain homme qu'il n'y a rien à craindre , sinon quand je le diray moy-mesme , ma très chère Mère. Salués et bénisses mille fois cette chère jBlle ^^ ma part, et ma seur M. Michel.
Dieu soit à jamais nostre tout, et sa volonté nostre amour. Amen,
P, S, On ne peut partir que le tems ne s'accoise à cause des ruisseaux; mais soudain qu'il sera remis, je leray porter la présenta
DE S. FRAïNCOIS DE SALES. ^1 î
GLVI.
LETTRE