‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 71 sur 183 · A UNE DAME · texte numérisé non relu

A UNE DAME

Saint François fait l'éloge du prince de Piémont, et raconte remprisonnement

de M. Bonfils.

Annecy, le 14 août 1616,

Ma très chère Fille,

Je vous escrivis des-ja l'autre jour la lettre ci jointe; mais Thomme qui accompagna M. de Monthouz qui m'avoit rendu la vostre , ne vint point prendre ma lettre, que je sache. Depuis, comme vous avez sceu. Monseigneur le Prince vint icy, à la bonté duquel je suis infiniment obligé, et avec moy tout le reste du nais.

Je dois mille et mille actions de grâces à la Divine Providence qui nous a donné un homme tout plein de vertu et de bénédiction pour dominer un jour entre nous. Il falloit que mon cœur rendist ce tesmoignage à celuy de ma très chère Fille, de la consolation que j'ay de voir ce prince tout remply de la sainte crainte de Dieu.

Vous pourrés venir icy à vostre gré, car nostre mère n'aura point de plus grand playsir que de vous voir; et ne croy pas qu'il y ait aucun danger en chemin; et ne faut non plus faire dilfîculté pour madamoiselle de Beaufort. Mais voyés-vous , ma très chère Fille, vous sçavés bien cela, que la Visitation est toi. le vostre; et nostre mère, et toutes les seurs, et à madamoiselle de Beaufort, ainsy que vous le jugerés à

propos.

1 L'original en est conservé dans les Archives de la Visitation d'Annecy C'est la 18Se inédite de la collection-Biaise.

La chère nièce est si grandement consolée, que son ame est comme une petite pouponne aux niammelles de la douceur céleste. Je ne luy ay point parlé qu'une fois, il y a troys semaines; mais je n'ay pas laissé de connoistre la bonté que Dieu exerce en elle. En somme, Dieu est bon, et bienheureux est le cœur qui l'ayme.

Le sieur Bonfils a esté saisy ce soir passé environ les onze heures, et mené prisonnier à Chamberi ou Miolans, par ordre de Monseigneu, le Prince. On a, quand et quand, cacheté les coffres et son logis. Cela rendra plus malaysé vostre payement. Je parleray à Messieurs de la justice, pour voir ce qui se pourroit faire pour vostre payement. Ce bonhomme ne me voyoit point dés il y a quelque tems, et avoit protesté à Sessel de ne me vouloir jamais aymer, sans qu'il eut ni sujet ni rayson quelconque de faire telle déclaration.

C'est pourquoy, quoyque en diverses fois il fut venu icy , je n'avois pas eu moyen de luy parler de vostre affaire. Hier seulement, en passant, il me salua et moy luy. Helas! ma ^res chère Fille, Dieu sçait si je luy souhaitte les biens infinis de la paix , consolation et grâce du saint Esprit. Mais à vous, ma très chère Fille , cela ne se peut dire combien mon ame en souhaitte, et à nostre chère seur de Mieudri.

P, S. Je salue très humblement Madame' la Comtesse et Mesdames ses filles et les miennes \ car il faut dire ainsy.

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