‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 10 sur 65 · ROMANS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

ROMANS ALLEMANDS

L'Allemagne , qui touche à la France , avec laquelle elle fut si long-temps en rapport , soit par un commerce pacifique ^ soit par des entre^ prises militaires , dut nécessairement participer de bonne heure aux fictions qui naquirent dans ce séjour favori des traditions romanesques. Les mi/i/z^nngers du âaint Empire ne furent pas moins chéris et respeetés que les troubadours de la Provence , ou les ménestrels de la Normandie. Us ne furent pas moins industrieux dans l'art de réunir les traditions du pays , ou d'y mêler de^ traditions étrangères , pour ajouter à la variété de leurs fictions. Godefroi de Strasbourg compasa plusieurs milliers de vers sur le thème populaire de sire Tristan. D'autres ne furent pas moins acttfs, soit comme traducteurs , soit eomme iavcnteurs y pour composer des romans empruntés k ceux de la France. Mais l'Allemagne possédait elle-^néme des matériaux en partie empruntés à la Scandinavie, en partie à son histoire tradittounelle et à oeUe de l'empire romain , dont elle fit soiftir une famille de héros, aussi célèbres dans lt% chants tentosiques que Les champions d'Arthur <t de k ooiir de €harle» magne le devinrent en Franee.

Gomme cela est toujours arrivé dans l'histoire , un conquérant dont l'existence était certaine et dont les exploits survivaient encore par la renommée et la tradition , devenait le p«int -eentral autour duquel se groupaient une foule de cham* pions dont les exploits se mêlaient à son histoire

et aux aventures où il avait figuré. Thëodoric, roi des Goths, appelé dans ces légendes romanesques Diderick de Bern (c'est-à-dire, de Vérone ) , fut le conquérant qu'adoptèrent ainsi les minnesingers allemands* Paimi les principaux personnages figurent j&sW ^ roi des Huns^ qui ïCest autre que le fameux Attila ; et Gunter ^ roi de Boui'gogne, est confondu avec un certain Gutacher , personnage historique qui en effet occupa ce trône. Le loyal chevalier Wol franc d'Ëschenl>ack parait avoir été le premier qui rassembla les tradilionjs éparses ^ et les fictions des ménestrels concernant ces souverains ^ en un gros volume de -vers allemands, intitulé Helden-Buch, Livre des Héros. £u l'écrivant, il est clair que l'auteur «'est donné toutes les libertés d'un romancier , et qu'il a mêlé à l'histoire de Diderick et de ses chevaliers un certain nombre de légendes détachées^ qui certainement furent écrites à part. Par exemple, tel est l'effet que produit Sigurd the Horny , Sigurde le Cornu , qui semble ^voir été dans l'origine un saga du Nord. M. Weber a donné l'analyse de cette étrange composition dans son ouvrage des Illuatrations des Antiquités septentrionales, tirées des anciens romans scan* dinoi^es et teutons ; et cette question a été toutà-fait édaircie par les recherches du savant Von der Hageu/en Allemagne, et celles de l'honorable William Heber en Angleterre.

Il suffit d'observer ici que ce Théodoric, qui possède cependant une force et un courage dignes de Charlemagne et d'Arthur ^ est représenté dans ce roman comme trouvant sa principale gloire JIDoins dans ses exploits personnels que dans ceux àt ses frères chevaliers , qui forment sa cour. S^s

principaux compagnons ont tous un caractère distînctif. Maître Hildcbrand, le Nestor de la troupe^ comme le Mangis ( Merlin ) des paladins de Charlemagne, est en même temps magicien et cberalier. Hogan ou Hagan, né des amours d'un mortel et d'un démon de l'Océan , est le bouillant Acbllle de la confédération. C'est l'usage général des ro- manciers de finir par nne catastrophe terrible , qui engloutit toute la bande des chevaliers dont ils ont raconté les exploits. La destinée qui vint fondre à Roncevaux sur les paladins de Char* lemagne , et la bataille de Ganelan , si faneste aux chevaliers de la table ronde , se reproduisent pour les compagnons de Diderick, par la fureur perfide de Crîmhelda , épouse d'Ezzel , qui , pour venger le trépas de son premier mari , et pour assouvir son envie de devenir maîtresse des richesses de Niflunga ou des Bourguignons, attira par ses artifices la destruction sur la tête de tous ces héros* Weber remarque à ce sujet que ces fictions allemandes difi*èrent de celles de la France y en ce que les héros germains sont plus féroces et ont des manières bien moins polies, et surtout en ce que ces premiers romans emploient souvent la féerie des duergarf ou naine , sorte de pèuplo souterrain auquel le HeldenSuch attribue beaucoup de science, d'adresse, et de connaissances en magie : ce peuple pourrait bien ayoir été le prédécesseur de nos fées écossaises.

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