‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 11 sur 65 · ROMANS ITALIENS · texte numérisé non relu

ROMANS ITALIENS

L'Italie, si long-<emps le siège des connais* sauces classiques, cette contrée célèbre par la renaissance des lettres , paraît ne jamais avoir en beaucoup de goût pour les romans 'gothiques. Les

Italiens coniinrent, il estyrai^ les fomes et les iostitutioBS de la chevalerie, mais restèrent jusqu'à on certain point étrangers à son esprit , et ne furent pas grands admirateurs de sa littérature* Il existe, il est vrai, nn ancien roman en Italie, appelé Guérin le Malheureux ^ mais nous doutons que celui-ci même soit d'origine nationale. Quand le peuple italien reçut des Français quelques notions sur les histoires si répandues alors de €harlemagne et de ses paladins , elles ne fixèrent l'attention des savans qu'après que Boiardo, Beroi, Pulci , et surtout le divin Arioste , les eurent prises pour base de leurs célèbres poèmes romanesques : ainsi on vit ces mêmes fictions, qui d'abord avaient été écrites en vers, qui ensuite avaient été mises en prose, rétablies enfin dans tous les honneurs de la versification. Les poètes de l'Italie ne dédaignèrent pas d'imiter quelquefois le style diffus, long et épispdique des vieux romanciers* Ainsi l' Arioste tourmente le lecteur par ses innombrables digressions , et nous étonne ensuite par le talent inconcevable qu'il met à renouer les fils interrompus de son histoire, potir en former un seul et riche tissu* Mais les qualités et les fautes de la poésie romanesque formeraient à elles seules le sujet d'un long travail , et si nous en avons fait mention dans cet essai , c'est uniquement comme d'une branche sortie des romans y qu'elle surpassa bientôt par la pureté du goût et du style*

ROMANS ESPAGNOLS* L'idée de roman parait être essentiellement liée au nom de TEspagne. Quand ou songe à i'im-

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aiortd ourrage de GervA^tèSy en ne fmi ft'eqipécher de penser qoe la ps^vîe 4e Don QuiclM)tle a dû être le v^rkable liercean 4e 4ouCes k» fietioM. Cependant, ai imms nous arrêtons h l'ordre des temps , l'Espagne fiit un des pay^ de Tfiurope où les romans furent reproduits le pliii^ tard. Il était Impossible que cliei un peuple don.^ la langue était aussi poétique et aussi ficW y àiez un peuple aussi belliqueux et occupé de ferres qui réclamaient tout son génie et toute sa yaUur , il n'eiistàt pas de nombreux romans liaditionnels sur les combats contre les Maures. Mais les écrivains nationaux paraissent s'être trop occupés ou de rhistoire de leur tnnps ou de l'kistoire qui le précéda 9 et ils n'eurent pas le loisir de se placer sur le terrain des fictions proprement dites. Cela est tellement vrai , que nous n'avons pu trouvei' un seul roman espagnol , excepté les poèmes sur les aventures du Cid, qui appartienne au genre des compositions romanesques. La Péninsule donna eependant naissance h un genre de romans qui finit par atteindre un degré de popularité égal à tout ce qui avait précédé, amodié de Gaule , composé , à ce qu'il parait , par un ehevalier portugais du quatorzième siècle , donna une impulsion toute nouvelle aux histoires chevaleresques, et fit même oublier les romans français en prose qui avaient eu le plus de succès ca Europe. L'auteur d^jimadisy peut-^tre dans le but d'exécuter plus facilement les autres innovations qu'il méditait, et pour ne pas paraître contrarier trop ouvertement les idées reçues , renonça aux traditions usées d'Arthur et de Charlemagne, et se créa une auUe dynastie de héros et de rois , auxquels il attribua des mœurs plus raf-

fiaées et des sescimess pWu «rtificid» qae n^étaioit les mœvrs et les scmlBBens <;éMbrés par ks auteurs de Percevaiy ou Perceforeai. L^hcina est assez de tact pour voir que le TÎe«x mman fp^nerait beaucoup , si Fou poavail j iatreitiùre une ^soi^e d'unité. 11 abandonna le cadre des ancieiM romans , où les aventures se suivent sans lia îsoh d'nn bout h l'autre du livre, «t ée tensrâieBt enfin, non pas suivant la vdonl<^ de l'aoteur, mais parce c^ue «a facilita d'inveiâion on la patience de l'imprimeur se trouvjûent épuiséts. Le romancier portugais, au contraire, se prépose un certain but , et tous les inotdens tendent k en presser ou k en ralentir l'acconpiisseBiettt. C'est ainsi qu'il imagine le mariage û! amodia et il'Onmna^ contre lequel toutes les puissances infernales, ennemies de la chevalerie , conspirent tour à tour \ des géans, des enckanteurs sont éternellement suscités contre cette union ; mais l^us ces obstacles cèdent k la valeur du béros et â la coB^asce de sa dame, prot^^és, il est vrai, par ces magiciens philanthropes , ces sorciers bieufalsans qui déplaisent si fort au scrupuleux La Noue* Lobeiva ne négligea pas non plus l'art des contrastes , et pour faire ressortir le caractère d'Amadis, il met ^n scène celui de don Galaor , sou frère , prince libertin dont les aventures sont en opposition directe avec celles de son frère plus sérieux. Vjimodiê prouve que son auteur attachait une grande importance à des convenances de langage , qui nous paraîtraient maintenant l'excès même du ridicule , mais qui étaient regardées alors comme le dernier degré de l'élégance. C'est ici que nous voyons pour la première fois ces complimens hyperboltqucff ,

Cette construction compliquée et difficile des pbrases , qui donne au sens l'air d*être caché sous un masque.

V^madis, dans'Uorigîne, formait quatre livres ^ et; réduit k cette dimension limitée ^ on peut dire que c'est un roman assez bien conduit; bient^ on y fit des additions qui en portèrent le nombre à vingt-quatre, renfermant l'histoire d'Amadis après que sa dame se fut montrée sensible , ce qui ad- . vint après sa mort, et enfin la chronique de ses mémorables descendans« Le sujet n'était pas épuisé encore* De même que les anciens ménestrels choi^ sissaient pour héros de chaque nouvel ouvrage un nouveau chevalier d'Arthur ou de Charlemagne, de même leurs successeurs adoptèrent un nouveau descendant de la famille des Amadis j dont la généalogie grossissait ainsi à volonté. Si le lecteur ^eut apprendre les a^venVoïes d'H^plarniian , de Florimond de la Grèce ^ et de Palmérin d'Angleterre , il peut avoir recours aux écrits de M. Southey , qui a abrégé Amadis et Pctl^ mérin en mettant le plus grand soin à respecter la manière et le style des originaux. Les livres d' Amadis devinrent bientôt si populaires , qu'ils firent oublier presque entièrement les anciens romans y quand ils parurent à la cour d'Angleterre, où ils furent introduits sous Henri YII. Ce f|it surtout contre l'extravagance de la fiction et l'étrange afféterie du style à^ Amadis que Cervantes dirigea ses mordantes railleries. La bibliothèque presque entière de Don Quichotte est composée d'ouvrages de cette école, et sans doute les aventures du héros de la Manche contribuèrent puissamment à les faire passer de mode«

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