‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 12 sur 65 · ROMANS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ROMANS FRANÇAIS

La France fut le pays où ieur irenl par excel^ lence les romans et la cheralerie* Les originavs 4e presque tous les anciens romans , soit quMU se rapportent à l'histoire d'Artkor o« à «elle de Gkarlemagne, existent en langue française , tandis que les autres nations ne possèdent que des traductions* On cessera de s'étonner de ce fait, si l'on se rappelle que ces anciens romans s'adres^ saient non-seulement aux Français^ mais ausH aux Anglais y chez lesquels la langue française détint usuelle pendant les règnes des monarques anglo-normands. li y a plus , on a prétendu , son sans quelque apparence de raison , que les ménestrels anglais adoptèrent pour sujet général de leurs poèmes , le roi Arthur^ pour flatter les rois qui occupaient le trône de ce personnage imaginaire ; tandis que dé leur côté les ménestr^ français choisirent Gharlemagne et ses douze pairs, afin de faire leur cour aux souverains français fd avaient hérité de sa couronne. Cependant on cite comme une objection assez forte contre cette •pinion , qu'ayant la bataille d'Hastings , ce fut le chant de guerre de Roland , neveu de Char-* lemagne , que fit entendre le ménestrel guerrier* H paraîtrait ainsi que le duc de Normandie avait introduit en Angleterre, dès son invasion, ces mêmes romances , et on ne peut supposer alors que des ménestrels français les firent renaître beau* coup plus tard pour flatter l'orgueil national.

Il sera peut-être toujours impossible de savoir eomment les ménestrels français reçurent les tra« ditions d'Arthur et de Merlin , dont ils firent un li fréquent usage* Il n'est pas probable qu'ils les>

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tinrent des Saxons; car e était précisément contre les Saxons que le roi Arthur dégaina sa bonne épée Excmlibar , en su{>posant qu'il ait existé .jamais wa. tel roi et une telle épée.. Nous savons, il est Trai , que les Bretons, comme toutes les autreâ races celtiques, aimaient passionnément la musique et la poésie , ce ^pie démontrent les restes de l'ancienne poésie du pays de Galles, de ilrhmde , et des montagnes d'Ecosse. Les ayentures d'ArtiiiNr, nom célèbre parmi eux, ainsi que la tradition obscure de Merlin ^ peuvent avoir été répétées vaguement dans^ l'Armorique, chez les demi-jetons de la frontière de l'Ecosse , ou dans le Gumberland : et ^ ainsi conservées , ces notions auraient été recueillies par les ménestrels noritaands , dans le territoire que leur nation venait de conquérir,^ dans leur patrie même. Des légendes de ce genre , une fois découvertes et rendues populaires par le goût du public , donnèrent naissance à une û>ule d'imitations. Ces imitations dirent bientôt mêlées 11 une foule de fictions, qui, embellies par l'imagination des knénestrels, prirent, avec le temps , les. formes et les proportions d'un ^tème complet d'histoire fabuleuse, comme l'on voit lès vapeurs du matin, sous l'influence du soleil , revêtir l'aspect de villes et de forteresses. Nous savons quie l'histoire de sir Tristan, mise en vera , dans l'origine , par Thomas le Rimeur d'Ërceiidoune , était fondée sur des traditions galloises, quoique écrite par un poète saxon : on peut supposer que les ménestrds de ce tem'ps s'occupaient plutôt d'acquérir de la gloire en donnant un caractère dé nouveauté à leurs ouvrages, que de recbercher sompuleusement s'ils aivaient le droit d'emprunter leurs récits à leurs.

ToisÎBS. Quand uae fois la première pierre te posée j chaque ménestrel y apporta la sienne pour ai^ever l'édifice. L'idée d'ttoe association de cke^ Talicrs se réunissant antonr d'nn seul roi avait quelque ckose' de si flattear pour l'orgaeil royal y qae tous les princes de lÉiirope Tonliirent se mettre à la tête fane institution de ce genre : mais souvent l'origine historique de ces institutions s'est totalement per^e* M. Sharon Turner a prouvé qae l'examen de la question ferait plutôt adàiettre que rejeter l'existence do roi Arthur ^ car les noms de Gawainy son neveu , de Génevra , sa chaste ^ouse, de Horcfared et de Merlin , ont été conservés dans la tradition galloîse. Les amours de Tristan et d'Isolde dérivent peut-être d'une source semblable, et cette histoire , quoique formant un récit séparé , aura été confondue^ par la suite , avec les aventures du rot Ardmr. Mais 41 n'est pas douteux que j à l'exception des noms; sont le reste de l'histoire n'ait pris naissance dans l%iiagînation des romanciers*

Qh pourrait croire que les romans qui célèbrent les hauts faits de Ghariemagne devaieitf présenter plus de réaKté que ceux du roi Arthur^ puisque ces derniers se rapportent à un monarque dont Fexistenee même n'est pas prouvée , tandis que les premiers ont trait à rhistoire certaine d'un conquérant fameux* Mais ces deux sorte» de ro^ mans sont également fabidcux* Il est très- vrai ^ Gbarles eut un i^Bcier de 9^% armto qui se nmnmait Roland , qui fut tué avec d'autres seir gneurs dans le d^é de Roncevaux , en com«battant , non pas les Sarrasins ou les Espagnols , mais bien les Gascons. Yoilk peut-être le seul point ou Fhistoire téAU de Ghariemagne s'aci-

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cordt avic celle de ses romanciers. Roland ëtaîc préfet de la Bretagne, et sa mëmoire fut longtemps codisenrëe dans le cbaut de guerre <^i porte son nom* Un cfarouiqtieor, a|)pelé Turpin, composa y dans le douzième siècle , une histoire romanesque de Gbarlemagne. On ne sait pas si Turpin a su profiter des fictions que les anciens romanciers ayaient inventées ayant lui ; mais Turpin j de son côté, a fourni, par sa chronique, aux poètes qui vinrent après son époque, la matière de nouvelles amplifications* Le caractère personnel de Charlemagne a été beaucoup altéré dans les écrits des auteurs romanciers , bien qu*ilf aient quelquefois exagéré sa puissance et %ts victoires* Us lui ont donné un caractère irritable^ avide de flatterie , ingrat envers ses plus fameux paladins, et continuellement dupé parles artifices du comte Gan , ou Ganelon de Mayence, ce renégat à qui les romans attribuent la journée funeste de Roncevaux et tous ks malheurs de Charlemagne* Ce tableau défavorable du caractère de ce prince conserve sans deute encore quelquesuns de ses traits; maison ne peut admettre qu'il nous offre l'image fidèle^du vainqueur des Lombards et des Saxons, encore moins qu'il ait été imaginé pour flatter les princes de la maison de Valois , en leur montrant le portrait infidèle de leur illustre prédécesseur*

Cependant le fait que Roland était gouyemeur de la Bretagne^ et la certitude où nous sommes que Marie de France a trouvé dans ce pays les sujets ou elle a puisé ses poésies, parait fortifier l'opinion de ceux qui ponsent que les ménestrels français tirèrent aussi leurs plus précieuses conceptions de U Bretagne 9 et que^ malgré tout ce qui a été

SDR LE BOMAN. 8f

dit et répëtë sur cette question^ Fliistoîre d'Ar* tLur leur panrint peut-être par cette même rw* Ce sont les auteurs latius du moyen âge quiDBt fourni aux romanciers les thèmes de leurs chants sur des sujets empruntés à l'antiquité classique*

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