ROMANS ANGLAIS
L^àn^eterre , tant de fois soumise , et destinée, pour ainsi dire, à puiser de nouTelles forces dans chaque inyasion jDOuyelle , ne peut se Tanter d'une bien ancienne littérature. Sous ce rapport, ^e est tout-à-^fait inférieure à }aL France* Sans doute, les Saxons avaient aussi leurs romans ( en prenant ce mot dans toute son extension ) , et Turner, aux recherches duquel^ nous sommes si redevables, a donné l'abrégé d'un de ces romans appelé Caedman , dans lequel le héros , après beaucoup d'aventures , qui sont racontées assez généralement dans le style des norse sagas , rencontre , attaque et enfin tue un monstre malfaisant appelé Grendel, qui, »'il n'avait été soumis à la puissance de la mort , paraîtrait avoir été un être surnaturel La littérature saxonne fut bouleversée par les victoires de Guillaume-le-Gonquérant, et les barons et chevaliers normands se faisaient réciter pour leur plaisir, non les complaintes des vaincus , mais les chants de leur patrie. Sous ce point de vue , l'Angleterre a droit de réclamer une foule de romans français qui furent composés en français , non pour la France, mais pour le roi et les barons de l'Angleterre , qui tous venaient de la France et en parlaient le langage. Quand les deux langues furent confondues et formèrent ce dialecte qu'on appela
ftiv ESSAI LITTÉRAIll£
aflglo^WMrinaiid 9 il est clair que ce dialecte lui« même fut consacre aussi à des fictions romanesques^ ^'on récitait devant les barons yain<peurs..
Robert de Bmnne composa son Histoire d'An«gleterre à peu près dans ce temps*
Si l'éditeur du. roman de Sir Tristan a raison ^ il en résulte que, du temps de Robert de firunne,. lies ménestrels ou. poètes^, autgeurs de la vieille poésie anglaise^ celle qu'on destinait à être chantée d^ant les grands , se servaient d'une sorte de mesure ou ds atanoe ,, d'une compesitioit difficile et sujette à être tronquée dans le débit*. liiC style de Sir Tristan, comme nous le connaissons aujourd'hui ,. suffil pour £aire voir qu'il y avait beaucoup d'art dans l'arrangement de la^ strophe^, que l'expression en. est souvent travaillée et prétentieuse , et qu!elle se- rapproche plus de l^ médiode . SAKonne que de la. manière plus concise et plus hardie des ménestrels de France» Outre Sir Tristan ,. nous avons encore deux, exemples de gestes composés en estrange et singulier anglais , d'un style fort soigné , écrites d'après des règles de versification compliquées et difficiles; et dont l'effet générai n'est pas agréable. Toutes deux sont d'origine écossaise, ce qui s'explique ea effet très^bien par le £aii que dans les provï'nc^s saxonnes de l'Ëc6sse , comme k la cour de ce royaume, jamais on ne parla français* Il est donc probable alors qu'en Ecosse on se servait plus souvent -de la langue anglaise, et qu'on la cultivait plus que dans le pays voisin , où , pendant long -temps , elle fut étouffée par le dialecte de la conquête* Ces romans, dont les titres sont Sir Gawain , Sir Gologras , et Sir . G/ileran de Gallotçay , ont une physionomie
SUR LE ROWAN. 83
tKmt'2i-felt Mtgîoale^ et mentrent un Tërhabèe talent poétique. Mais l'usage barbare de hkt «ntrer forcément dans le texte des mots étranges, pris dans des sens dirers et détournés , rend la construction du stylo très-dure et très-difficile à saisir*
Le r^ne des ménestrels et de leurs composi*tions parait avoir fini du temps de Henri YliL Il tooas reste un tableau de leur situation misérable y qai se rapporte à Richard âibeale f ^ qu'on ne peut lire san» pitié-, surtbutx si on se isaippeUe que ce fotià.lui qpe nous devonr favoir san^é de l'oubli', peut^lne* mémr d'a^<»i: coraposé Ishcélèbne ballade h éroïqpedk^l^fap^f Chaoê, qui faisait. batu>e' le.' oœun dis; sirer^BiKppe Sidney comme le som d^une* tlvropet^;. 60^ pauvre ménestrel fut attaqué' eti déiralisé suit la» bmyère de Dunmore-, et,, ohose^ bontleuse', il no put jamais ^Biire entendne au> public qu'uni nourrisson des muses ait' pu? posséder en> poche la somme de Tingt louis , qu'il se plaignait qu'on lui eût en-^ levée. La description qu'il donne de l'influence de cette aventure malheureuse sur son caractère est assez triste, mais en même temps elle a quelque chose de plaisant.
Enfin, l'ordre des ménestrels fut complètement aboli par le statut, de la trente-neuvième année d'Elisabeth , qui les mit sur la ligne des mendians et des vagabonds,, et, dans cette honteuse fraternité , le» ménestrids ne figuraient qu'en qualité de joueurs d'instrumens , pour accompagner la voix. On voit un p^sonnage de ce genre dans lapièce do* M. Thomas, sous la figure « du vieux Joueur de violon et chansonnier. »' Les romances q^'ils chantaient perdirent aussi leur réputation ^quoiqji©
«ependant il s'en soit cooseryé plusieurs des plii$ célèbres et des plus populaires dans les livres qu'on appelait chap» booka , cruellement rao-^ courcies et altérées. Il y a environ soixante ans^ on donna le sobriquet de Itjoaewal and Lilian à un individu qui se l'était attiré en chantant cette romance dans les rues d'Edimbourg^ et ce " fut te dernier des niénestrels.
Si les romans en vers de F Angleterre tout-à*fait originaux sont en fort petit nombre , les romans en prose sont moins nombreux encorCh. Str Thomas Malorj a fabriqué, avec divers mar* tériaux français , son roman de la Morte d^ Arthur,, îocontestableraent le meilleur roman de ce genre que possède notre langue. Il existe aussi un Arthur de la Petite Bretagne^ et lord Berners est l'auteur de la compilation des Chevaliers du Çygne^ Les livres d'Amadis furent aussi traduits en anglais. Mais on peut révoquer en. doute que notre nation ait jamais mis à La lecture de ces souvenirs d'amour et d'honneurs chevaleresques ce degré d'intérêt qu'on lui accordait en France. Us étaient en petit nombi-e ,, et les grandes questions politiques qui agitèrent cette contrée ont détourné l'attention publique de ces ouvrages, source de tant de plaisir sous le système féodal, auquel ils n'ont pas survécu.
Ge seraît'maintenant le lieu de dire quelque chose de ces genres si variés de romans, qui ont succédé aux romans de chevalerie \ mais nous ne pouvons^ ici que fa:ire une mention de quelques^ uns de ces^ ouvrages qui, depuis long-temps, sont oubliés, et dont il faut biea se garder de ti'ouhler le repos»