ROMAN PASTORAL
Même du temps de Cenrantès^ le roman pas» toral ^ qui date de la Diane de Georges de Monte Major 9 était assez répandu pour qu'il le jugeât digne de ses traits sarcastiques. Ce genre choquait encore plus le bon sens et la yérité que les romans de chevalerie. Les idées des cheyaliers^ tout exagérées et fausses qu'elles aient été y n'en ont pas moins exercé une influence réelle sur les Bommes^. et quelquefois elles décidèrent du sort des empires. Sans doute Amadi& de Gaule est un personnage d'imagination :. mais le chevalier Bavard a bien réellement existé. Dès lors, rien dans ce monde de plus absurde > de plus complètement intolérable, que d'inventer une Arcadie , r^ion toute pastorale , peuplée d'une espèce de gens amoui'euxen permanence, ne songeant jamais à autre chose qu'à la reine de leur cœur; et, ce qu'il y a de plus singulier, habitée par des bergers qui, tout en prenant soin de leurs troupeaux, jouent de la flûte et font des sonnets du matin au soir^
ROMANS Héroïques.
Il existe une autre classe de romans, une des f lus populaires autrefois , celle qui portait le nom de romans héroïques du dix-septième siècle. Si l'ancien roman de chevalerie doit être regardé comme le père de toutes ces fictions séduisantes et délicieuses que le génie des poètes de. l'Italie a si bien retracées, un autre de ses descendans, le roman héroïque^ constitue ,. à peu d'exceptions près , le genre le plus plat et le plus ennuyeux qui ait x^mais été de mode. Le vieux rosuA. de
Théagène et Charicléê a sesTi de modèle. Maîs^ ce genre a emprunté ses formes les plus caractéristiques aux romans de dieyalerie» Un homme d'une Imagination fantasque , Honoré dlJrfé^ ouvrît 1^ carrière. Comme il avait le profet de foire lliistoire de quelques intrigues amoureuses fort compliquées qui s'^aient passées dans sa famille , et dont ses amis avaient été les acteurs , il se créa à lui-même une socte d'Arcadfe y sur les rivages du Lîgnon^ où, suivant lûi^ on vivait d^àmour et poiur Tamour seul. li existe ainsi d'euJL histoires principales, qu'on dit être la descriptioa de la famille d'Urfé et de celle de son frère,, avec la bagatetle de trente épisodes-,, qui ne sont autre chose que le réélt deS' intrigues galanteà^ de la cour de HénFÎ IV y sous àos noms supposés.^ Mais tout ceci n'est encore qu'un- seul exemple du roman pastoraL Bientôt il devint si populaire, que trois autres auteurs français ,,Goml)ervilïe, La ' Calprenède , et mademoiselle de Scudéri , se mirent à en composer, et bientôt ces écrivains publièrent une foule de formidables in-folios sur le modèle de ce roman pastoral. Dans ces insipides ouvrages, des caractères entièrement conventionnels , et un certain air de famille dans les mœurs et les manières , sont appliqués à une galène de personnarges de siècles et de pays tout différcfiis. Léi hénHutes, sans aucune exception , sont toutes dei modèles de beauté. Elles sont tfrmées d'une XdVt vertu, que le téméraire qui les aborde avec la plus timide déclaration est à l'instant banni sans rémission de leur chaste présence. Heureusement , diBins la majorité des cas, on a le soin de prévenir l'audacieux qu^on lui permet de vivre, ou plutôt qu'on le lui commande; car^ pour ces
iades soupisans, l'absence et la mort s#nt choses synonymes. De l'autre côté , les hëros de ces romans, quelques royaumes qu'ils puissent aToir à gouveruer , ou- quelques autres devoirs de ce monde qu'ils aient k remplir^ vivent pendant la durée de plusieurs in-folios, miiquement pour aimer, et les plus étranges révolutions qui agitent le monde ne proviennent jamais que de l'effet in-eroyahle des cliarmes de Statira oa de Mandane sur le cœur de leurs fades adorateurs. Bien de plus glacial que le style de leurs extravagantes déclaraiions , ou,, poup parlée leur langage, rien de plus rampant que le vol de leur passion, riea de glus froid que leur £eu» £t cependant toute cette galanterie^ métap&ysi^e- eut son ligne, et un. règne fortlon^, eik Angleterse- eomsiie ea France. Bans notre pa^ys,. oe^ style- amusait encore nos grand'mères. pendanti l'âgfb d!o£ de* notie littérature, lorsque^ briliaienHUespciUceitique d'Adisson et l'imaginaiion de- Pepew IL ne- disparut complètement que vers le nhpia dû G^eorges I*^** , et plus tard encore mistress. Lennox:, la. protégée de Johnson, composa une excellente imitation de Cervantes, sous le titre de Don< Quichotte femelle. Ces fictions sentimentales sont complètement oubliées aujourd'hui..
Le roman moderjie , ennobli par les productions de tant de grands maîtres , exige a lui seul un examen plus étendu.
AVERTISSEMENT DE UAUTEUR.
Ces esquisses biographiques et critiques (car elles ne méritent pas un nom plus important ) furent composées pour servir de préface k une /Collection appelée la Bibliothèque des romancière de Baltantyne / ouvrage entrepris par M. Jobii Ballantyne, libraire d'Edimbourg, qu'il était difficile de connaître sans désirer lui être agréable. Elle fut continuée après sa mort, par MM» Hnrst et Robin son de Londres ^ en quelque sorte au profit de mistress Baliantyne : on a cru pouvoir depms faire ime chose utile en publiant ces n<^ tices préliminaires en un corps d'ouvrage : il est nécessaire de faire observer que Fauteur n'a pas la pré^ntion d'avoir fait beaucoup de recherches ^ ayant eu recours aux matériaux les plus accessibles.. Sous le rapport de la critique, les réflexions qui suivent la partie biographique sont telles qu'elles se sont présentées sans étude pro^ fonde à un écrivain qui n'a peut-être passé qu'une trop grande partie de son temps dans ces délicieux pays de féerie.
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