‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 18 sur 65 · TOM£ IX · texte numérisé non relu

TOM£ IX

i46 RIGHARDSON.

North-^End , où ^ comme IcmIs les gens riches de la Cité , il allait souTent , pour en prendre une k Parsons-Green (i), et il transporta son imprimerie d'un côté de Satisbury-Gomrt à l'autre : il se [4aînt quelque part que mîstress Ricbardsou n'approuvait pas ce deii»ier chaageBieiit. Si on examine de plus près la yie priyée de Ridiardson (et qui n'aime pas à connaître les plu» petits détails relatifs à un bomme d'un si beau génie?.) on trouve tant à louer et si peu à ceusurer , que l'on croit lire l'analyse d'un de ces aimaBes caractères qu'il a tracés dans ses ouvrages. L'amotir de l'espèce humaine, le désir de faire des heweux, ou d'être le témoin de leur bonheur, un calme que ne troublèrent jamais les passions ; des plaisirs bornés à une conversation âégante , à une hospitalité sans bornes, et à un échange continuel de tout ce qu'il y a de douceur dans le commerce de la vie, voilà ce qui caractérise sa bonté et sa simplicité naturelles. Il aimait le&enfans , ^t avait l'art de s'en faire aimer ^car k cet égard les enfans ont la sagacité de la race canine ^ on ne les tronqie point par des attentions qui ne sont pas sincères. Une dame qui avait été reçue ehex Richardson, et qui fait une description intéressante des habitudes et de l'intérieur de sa vertueuse famille^ se souvient d'être restée assise des heures entières à ses genoux, attentive h ses moindres paroles. c( Lorsque l'heure d'aller me coucher arrivait , dit-elle y ye demandais la grâce de rester encore un peu , et je me râtelle avec qneiU bonté il appuyait ma {^dtlon, et se rendait garant que je me passerais de la servanle pour me mettre au lit et éteindre la Inmière. » Quelque insignifiaas

(i) Parsons'vGreen est â un mille de ^*or<l»-Fnd.— E©.

RICHAftDSON. i47

(pie puissent paraître ces sonTenirs, ib piooTeDi que Pautciir de Cktriase était dans son intérieur cet homme doux et bon que nous aimons à nous figurer en pensant à kn«

Le défaut dominant de Richardson parait aroir été la yanité. Cette Tanisé devait naturellement être excitée par la réputation dont il jouissait en Angleterre et chez l'étraiiger , et par Tadmiration continuelle du cercle dans lequel il vÎTait. La. yanité est une faiblesse qui s'enracine facilement dans l'esprit de tout homipe qui a été loué aussi généralement que Richardson, mais il nourrit et laissa fortifier ce penchant qu'un homme d'un caractère plus ferme aurait combattu et surmonté» La coupe de Circé changeait les hommes en bites ^ la coupe de la louange , yidée à longs traits et avidement , manque rarement dé rendre les sages fous jusqu'à un certain point. Il semble que le défaut de fermeté dans le caractère de Richardson, joint k la sensibilité naturelle de son cœur, lui fit préférer la société des femmes, qpi, par la vivacité de leurs sentimens et leur désir naturel de plaire, admirent toujours, ou plutôt idolâtrent legénie, et le flattent volontiers. Richardson voyait tous les jours des personnes de ce sexe , conversait tous les jours avec elles , ou leur écrivait ^ or ses ouvrages étaient , à ce qu'il paraît, le sujet inépuisable de ses conversations et de sa correspondance. Le docteur Johnson , d'un orgueil plus éievé , ne pouvait lui pardonner une vanité si puérile; voilà sans doute le motif du jugement de ce redoutable critique, rapporté par Boswdl. Après avoir payé à Richardson le tribut d'élogee qu'il ne pouvait refuser à son talent, Johnson

aioute : u L'étude continuelle de Richardson était

K d'éviter de petits inconvënîens , et de se pro- « curer de petits plaisirs ; tel était son désir de « primer, qu'il ayait soin d'être toujours entouré <( de femmes qui Técoutaient sans oser contrece dire ses opinions , et il portait si loin la manie « de paraître distingué partout et toujours /qu'il k était dans l'usage de donner des étrennes con- « sidérables aux gens de l'orateur (i) Onsldw, afin « qu'ils le traitassent avec respect (2).»

Boswell raconte une anecdote qui tend à confirmer le jugement de Johnson j et qu'il tenait d'une dame présente à la conversation citée par lui. ' Une personne, revenant de Paris, se trouva chez Rîchardson à sa maison de campagne à North-End , où il y avait une société nombreuse , et crut faire plaisir au maître de la maison en lui disant qu'elle avait vu sa Clarisse sur la table du frère du roi. Ricbardson, remarquant qu'une partie de la compagnie causait à part , affecta de n'avoir pas entendu , et profita du premier moment de silence général pour dire au voyageur : « Je crois, Monsieur, que vous disiez quelque chose sur... » Il s'arrêta dans l'espérance que le conteur allait recommencer ; mais celui-ci déçut son attente , et répondit : « Oh! rien qui vaille la peine d'être répété (3) ! »

Le fait est que Richardson, naturellement ré-

(i) Le président de la cbambre ( Speaker). — Ed. (a) rie de Richardson, vol. ip.171, 172. Joknson parla ea ces termes de Richardson chez un ▼vnérahle juge écossais y qui admirait tellement Sir Charles Grandiscn , que l'on assure qu'il le relisait tous les ans en entier. — Ëd-

- (3) L'orgueil de Johnson lui-même fut tr«s-flattë de trouver son dictionnaire dans le calûnet de toilette de lord Scarsdale , et il l« i^ontra de la mainâ sou ami en citant la phrase classique , ^u» lerra nostri non plena laboris f Mais , n'en déplaise & ces deux Iprandes autorités , la preuve la plus certaine de renommée est de

serre et d'une constitution neryeuse, ayant reçu une éducatien fort ordinaire, ne se souciait point de rencontrer les esprits plus auprès de son temps, dont la critique pouyait être trop sévère* Il paraît qu'il était réserré même en présence de Johnson y qui lui ayait des obligations ; et quoique ce tout-puissant Âristarque assurât dans son langage d'iine franchise parfois triviale qu'il ayait le talent de le faire regimber et de Tanimer, de tous les auteurs célèbres de cette époque , le docteur Youug est te seul avec lequel Richards^m ait été lié, et qui ait entretenu ayec lui une correspondance suiyie jusqu'à ses derniers }ours* Aaron Hill , qui entreprit patriotiquement de lui faire boire des yins de manufacture anglaise (i)> et M. Edwards , auteur des Canons ofcriticism {Code de ctitique ) , quoique tous deux hommes de mérite, ne peuvent être cités comme faisant exception. La société de Richardson se bornait à un petit cercle de personnes aimables et de talent , qu'on pourrait comparer à des astres qui se contentaient de faire leurs révolutions dans des sphères inférieures autour de l'auteur de Clarisse, auquel ils ne disputaient point la position centrale» Les familles de Highmore et de Duncombe ont produit plus d'un individu de cette classe; et, indépendamment de mistress Donellan, et de miss

tfOQver un ouvrage qui a quelque célubritë y non dams lies cabineti lies grands , qui achètent tous les livres paraissant avec un nom > mais dans la cbaumière du pauvre , qui a dA uécessairement se condamner à des privations pour Taclieter (*).

(*)T«l)eest la gloire désir Walter Scott lui-nidmedontUspoësi«s nationales et les romans £»nt en quelque sorte partie du mobilier d'un Ecossais- — £o.

(l) On appelle en Angleterre ^tins de mun^factmre angiéise les vins de groseilles , de tleurs de sureau , etc. y etc. , qui se font eu Angleterre. — Ed.

i5o RICHARDSON.

Fielding) que Richafdsoa aimAÎt malgré Its torts de son frère envers lui^ il y arait une aûss Mulso, use miss Westeombe et d'autres dames ^ remédies de vétiëratîon ]M>ur leur bon instituteur, qui leur avait ^mis de l'appeler leur père adoptif. Lorqne Ricbardson composa Clarisse et sir Charles Grcmdisson , il lisait une partie de son travail tous les matins à quelques-unes de ses favorites , et recevait , comme on le supposera facilement , un ample tribut de louanges dans ce cercle choisi , qui se permettait peu de critiques. Miss Highmore, qui avait bérité de son père son goût de la peinture, a fait un dessin d'une de ces matinées, dans lequd Ricbardson, en robe de chambre et en bonnet de nuit , lit à un petit groupe d'auditeurs le manuscrit de sir Charles Grcmdisson^

Tout cela était fort aimable, mais tenattt peutêtre à UA geûi Jeminin de flatteries et d'applaudissemens ; et nous sommes forciés de reconnaitre que Ricbardson ne dédaignait pas l'encens offert par des mains moins pures que celles de sa so* ciété habituelle.^ Noxis ne nou& arrêterons point à L^tilîa Piikington (i), qui, sans doute, dut à ses besoins plutôt qu'à ses. louanges exagérées les bontés de Ricbardson , malgré Tinfamie attachée à son nom. Mais nous sommes scandalisés de

( i) Lsetkift Pilkiii^a étaU la filte dv doict«itr Vut Lewen , mé^ deciiL de Dvblia. ËHe épousa le révérend Matfaieu Pilkiagtoa ; maà* 80« inconduite «meoa une séparation entre les 'deux épovx , et elle se rendit à Londres f oi elle vécut de sa plume et des dons, de quelques hommes généreux ou faciles comme Richards<nu ti»titia Pilkington, mourut à DubUn. en 1750, Agée de trente -huit ans. Eile a écrit 'des pièces de théâtre et des mémoires sur sa vie- Son fils , John Garteret PilhmgtoQ., était un. aveatuôec qui a. écrit «H^si set mémoires. -**- Eq,

RICHARDSOîf. i5i

voir le vieux Cibber (i), ce Téc^an d'iniquités , admis dam la société du Tertuenx RicbardsiNi , et ce bafiH>n libertia se rendre agréable ii l'antenr de sir (otaries Grandinon par des plaisanteries ▼algafres, comme celles q<ie nous ne pouvons nous dispenser de transcrire r

« Je YÎem d^acbe? er La lecture des fenilles que « Tons m'aTCB ciHiûées : je n'ai jamais eu de plus R forte preuve de Toire «alke ; pouvez-Tous bien K me tenir ainsi le bec dan» l'eau jusqn'à ce que « je voBS reroie ? par Sien {i) \ je suis iMcn im- « patient de saveit ce qu'élu est devenue* Quoi , « voMs î îe ne sais (Booneot von» appeler ! Ah \ a ab ! TOUS pouvez rire tant qu'il vous plaira : « eomoMnt osereE-Tom^ ne regarder en face , si « votre héroïne a'om phv se «lontrer ? Dans quel « infâme et infernal état vous Tavez plongée ! « Pour l'amour de Dien, envoyez-moi la suite, « on je ne sais (pie dire ! )>^

Un autre passif de la lettre de ce vieiuc vaurien est un échantillon de la plaisanterie de bon ton d'un libertin du théâtre, s'adressant à Fantenr le pks sentimental du temps , et lui parknt du caractère le plus parfait qu'il ait tracé, et pour lefael il avait une prédilection marquée. « Le délicieux repas que j'ai fait de misa Byron, « dimanche dernier , m'a donné de l'appétit , et « j'en voudrais one autre tranche avant que le tt publie ait la pièce entière. Si vous le trouvez

(i) Si Walter Scott parle ici tout-à.faii sérieusement, il nous semble qn*il traite avec un peu èit sèvénué l'ameur-comiSdiea qve Pope a fait 6garcr a«sex injusten^ent dans la Dmifciict^, C^ber «▼ait vécu avec les conrlitah» liç.en,oievix de Cliiirles II , et conservait la tradilion de leurs moeurs, comme le prouvent ses comédies.

Ko.

i52 WCHARDSON.

tt bon, nous irons, mistr ess Brown et moi, de- K main k cinq heures, pignoclier un morceau de <( miss fiyron ; mais nous vous prions d'engager « mistress Riehardson et toute votre famille à « en prendre leur part (i). »

L'amour de la louange, quaud on s*y livre sans réflexion , habitue un auteur à savourer les applaudissemens d'hommes méprisables , et à les préférer à la censure des hommes sages ; mais ce qui est moins pardonnable, ils deviennent facilement enclins à envier aux autres la faveur dont ils jouissent dans l'opinion du public* Riehardson avait un trop grand fonds de bonté et d'honnêteté pour laisser l'envie s'enraciner dans son cœur; cependant le sentiment présomptueux de son importance l'a rendu injuste envers les autres, il était trop disposé à mal penser des auteurs auxquels on peut reprocher avec justice de n'avoir pas toujours observé , dans leurs ouvrages , les règles des convenances et de la délicatesse% Il fait dans, sa correspondance un tableau de la jeunesse du docteur Swift très-injurieux à la r^utation morale de ce grand écrivain ^ et ce tableau était d'ailleurs une calomnie comme te docteur Barrett est parvenu à le démontrer» Riehardson a aussi dénoncé avec une sévérité presque sans exemple le manque de décence que l'on peut reprocher à Triateun Shandy ^ sans payer au génie de Fauteur le tribut d'éloge& qui> dans tous les cas , lui était dû* Riehardson s'est réuni à Aaron.Hill pour répéter l'étemel refrain, que Pope avait trop écrit.

Enfin, si une insulte gratuite deFielding justifie en quelque sorte l'éloîgnement que Riehardson

(i) CorruponJtme* dlr lUfihtutitton , rot II , p. 17&

RïCHÀRDSON. i53

avait pour l'auteur de Tom Jones, il le manifeste trop souvent , quoiqu'il prenne la pré* caution de l'attribuer à un sentiment de charité et de eandenr; et l'on est tenté de soupçonner que le succès de Tom Jones entrait pour le moins autant que l'immoralité prétendue de ce roman dans l'opinion défavorable que Richardson exprime si souvent de Fieldiug. IL eût été plus généreux, de réfléchir que , tandis qu'il était en sûreté dans le port, ou poussé par le vent favorable des applaudissemens publics y son rival avait à lutter contre le courant et l'orage (i). Mais nous avons fait dans. la. vie de Fielding des remarques qui nous< dispensent de nous étendre davantage sur ce sujet. De tous les tableaux de la vie des^ hommes de lettres y celui qui nous montre deux écrivains d'un talent supérieur occupés à se déprécier l'un l'autre est le plus hu^ miliant pour la nature humaine, et le plus pénible' Il contempler pour tout lecteur honnête et éclairé. Il parait du reste que Fielding est le seul écrivain contre lequel Richardson ait nourri de l'inimitié. Mais on regrette que dans sa correspondance on ne trouve rien qui annonce de l'attachement ou de l'admiration pour le génie de ses contemporains. On serait tenté de penser que l'envie seule peut s'arrêter si long-temps sur cette tache pardonnable d'un caractère aussi aimable et aussi pur.^ Mais il n'est pas. inutile de faire apercevoir que la soif de la louange et un sentiment d'émulation litté-

(l) Telle n*a pas été U condoile de sir "Waltor ScoU envers son rirai. <ie gloire , lord Byron. Sans partager ses opinions en morale et en politique , il a su rendre liommage loyalement, même a l'Odyssée satirt<|ue de Don Juan , au lieu de se joindre aux d4trac- Unrs hypocrites da grand poète. — ëd.

i5/i RîCHARDSOlSr.

vaire, faiblesses bien excusables en elles-méines^ et si naturelles aux tempéramens poétiques, ont des conséquences préjudiciables à la. réputation méritée de Fauteur le plus ingénieux, et de Phomme te plus estimable , comme un insecte corrompt le baume le plus précieux* Les auteurs, surtout ceux, qui culttyent la littérature légère , doivent bien, se pénétrer de cette grande mérité : que leur art est exposé au non esû tanti des critiques, çt que, par cette raison , ils doivent éviter , comme ils. éviteraient la cour d'Alcine, cette espèce de so*ciété qui forme autour d'un écrivain de quelque réputation une atmosphère de complaisance, de condescendance et de flatterie^

£n terminant ces observations, nous ne pouvons. omettre de dire que la correspondance de Richard--^ son avec une de ses. admiratrices les plus enâiousiastes, et celle qui était la plus distinguée par ses talens, commença et continua pendant quelque temps d'une manière qui aurait pu former un incident agréable dans un de ses romans ;. cette dame était lady RradshaigU, épouse de sir Roger Bradshaigh , de Haigh , dans le comté de Lancastre. Les grands talens de cette dame et son goût passionné pour la littérature eurent à combattre les préjugés qui , dans ce temps-U , flétrissaient d'une sorte de ridicule la femme qui , épouse d'un homme du grand monde , riche et considéré dans sa. province, aurait eu un commerce épistolaire avec un auteur de profession. Pour satisfaire le désir très-vif qu'elle avait d'entrer en correspondaqce avec un écrivain aussi distingué que Ricbardson , lady Brad^ajgh eut recours k If expédient romanesque de lui écrire sous un nom supposé , et avec toutes les précautions que l'on

RICHARDSON. i55

prend dans des intentions moins boncurables.

{liçlM^rdson e^t son incoiMuiie s'écrivirent trèss^(^itire9t y et finirent par désir^ de part et d'antre de se connaître per^^nneliement* L'apteur fut prié de $e proinesfer 4an« le parc de Saint-J^jnes > à une heurie fiscie y et d envoyer le signalement exact de sa personne > afin que sa ))eUe correspondante , garid^nl tpujoujrs Ti^icogniU) y put le distinguer de la fe^le des passans vulgaires. Le portrait suivant a ^Aute l'exactitude avec laipielle Bichardson décrivait les dehors de f^$ personnages imaginaires : il est en même temps précieux en ce qu'il nous fait rjeconnaître un homme de génie, dont le talent d'observer la vie du monde et les mœurs se trouve joint à des habitudes d^une vie timide et retirée.

u Je traverse le parc une ou deux fois la se- (( maine pour aller à ma petite solitude; mais « )'y serai pendant une semaine tous les jours « trois ou quatre heures^ à vos ordres > jusqu'à a ce que vous me disiez que vous avez vu une « personne qui ressemble au signalement suivant : u -— Petit 9 plutôt gras que maigre, malgré ses (( infirmités ^ taille de cinq pieds cinq pouces <( environ (i) ; perrucpie blonde; habit de drap (( de couleur claire , tout le reste noir ; le pUis (( souvent u^e «^ain dans son sein ; l'autre tenant (( une caiv^^ sm- laquelle il s'appuie sous les <( basques de son habit, afin qu'elle lui serre <f 4e soutien presque invisible quand il a des « tremblemeus et des étourdissemens auxquels il a est sujet , mais , Dieu merci , moins qu'autre- « fnis ^ regaidant droit devant lui , k ce qu'ima- « gineni les passans, mais observant tout ce q^i.

(i) Le pied anglais a environ onxe pouces» •— £o«-

ï56 RICHARDSOÎf,

c( s'agite à droite ou à gauche sans remuer la tête^. te et se tournant rarement ; — teint brun--clair ;, « il a encore toutes ses dents, Tisage assez doux ^. ((• les joues un peu rouges ; paraissant quelquefob « avoir à peu près s^xsrnte-einq ans, quelquefois « beaucoup moins ^ un pas régulier et gagnant u du terrain sans se presser ; yeux gris , trop c( souvent obscurcis par des vertiges , rarement « vifs 5 mais très-vifs, si Tespérance de voir uii€ <( dame qn'it aime et qu'il honore se réalise : le i< regard toujours fixé sur ïes dames ; si elles « ont de grands paniers sous leur japon (i), il u se donne un air fier et de'daigneux, afin qu'on <( le prenne pour un sage, et peut-être n'en « parait-il que plus simple ; quand il se trouve (( près d'une dame, jamais son œii ne se fixe j'H d'abord sur son^ visage y mais c'est sur ses « pieds, et de là- il le relève, assez vite pour a un œil qui n'est pas vif; on croirait (si l'on « croyait qu'il valût la peine qu'on le remaru quàt) que, d'après l'air de la dame et son (( visage (qu il regarde le dernier), on croirait, « dis-je , qu'il juge^ intérieurement qu'elle est a comme ceci , ou comme cela ; puis il passe « au premier objet qu'il rencontre, se retournant « alors seulement , s'il a été frappé en bien ou <c en mal , comme pour voir si la dame parait <( être complètement sous un jour ou sous l'autre* c( Le signalement est-il assez distinct , si vous <( êtes déterminée à conserver tous les avantages (( que vous avez ? £t pensez-vous , madame , que ce vous puissiez^ faire quelque chose de cette figure i( bizarre, grotesque? quelque chose qui excite (c votre gaieté plutôt que de l'arrêter? J'ai la

(i) Costume du temps >-i» £d.

RrCHARDSÔN. 157

« présomption de dire (et pennettet-le-jBoi) que « vous aimeriez mieux voir cette figare qu'au- ' « cane de ceUes ^e vous ayez jamais vues , « quand tous tous apercevriez que vous êtes plus c( grave que Vous ne voudriez Fêtre (1). »

Lady Bradshaigh, comme toutes les femmes en semblables occasions^ ne put résister à l'envie d'exercer une petite tyrannie capricieuse. On ne fit point attention d'abord aux promenades de Richardson dans le parc. Les deux correspondans semblèrent se plaire à y mettre de la coquetterie, mais ils étaient prêts- à prendre de l'humeur, et des plaintes assez vives commencèrent de la part du monsieur. La dame laissa enfin tomber le masque , et continua sous son vrai nom la correspondance. On lui doit la justice de dire que la raison et l'esprit avec lesquels elle défend ses opinions, alors même qu'elles sont contraires k celles de Richardson, font que ses lettres sont les plus agréables du recueil , et contrastent avec celles de quelques autres dames qui se contentaient d'être les échos des opinions et des sentimens du romancier.

Lady Bradshaigh avait une sœiir, lady Ëchlin, qui correspondait aussi avec Richardson : il paraît . que c'était une excellente femme j mais il n'y a dans ses lettres ni l'esprit ni le talent que l'on remarque dans celles de lady Bradshaigh. Lady Echlin avait néanmoins ses momens d'ambition critique. — ^EUe essaya même de réformer Lovelace, à ce que nous apprend mistress Barbauld, et se fit aider par un certain docteur Christian, dans ce pieux dessein , qui était , sans qu^il soit besoin

(l) Correspondance dt Richardson , vol: IV , p. 29p , 291, 2^%'

î58 RICHARDSON.

de le dire au lecteur ^ une entreprise très^morale

maîÀ trop difficile à exécuter.

L'admiration de son siècle y les louanges de sa société , TafTectiou si bien méritée de sas amis et de sa famille, ne mirent poîut Ricliardson à Tabrî des misères attachées à rhumanité. Cet aimable écrivain éprouya des malhemrs domestiques ; ainsi que aous l'avons vu , il avait une santé précaire, et le système nerveux souvent affecté. Une vie sédentaire, une grande application, avaient rendu extrêment délicate sa constitution qui n'était pas forte naturellement ; et l'on croira sans peine que le travail d'une imagination constamment dans les régions de la fiction était plus propre à augmenter qu'a soulager les attaques de nerfs qu'il éprouva dès sa jeunesse. Si , comme il l'a dit quelque part, il s'identifiait avec les caractères que son imagination créait , au point de pleurer sur les malheurs de Clarisse et de Clémentine, cette sensibilité excessive, ces émotions continuelles ont dû aggi'aver sa maladie. Dans ses dernières années, ses nerfs étaient tellement agités, qu'il ne pouvait porter un verre de vin à sa boitthe , et qu'il ne pouvait boire que dans un grand gobelet. Le principal commis de sa maison ayant Toreille tics-dure , et Ricbardson ne pouvant plus supporter la fatigue de parler haut , il était obligé de communiquer avec lui par écrit. Il ne dépassa pas de beaucoup le temps marqué par le psalmiste pour la durée ordinaire de la vie. Le 4 de juillet 1761 > Samuel Ricbardson moui'ut à l'âge de soixante-douze ans, et fut enterré , d'après ses ordres, à côté de sa première femme, dans 1^ nef de l'église de Sainte-'Brigite. Sa mort laissa dans le deuil toutes les personnes admises daus

RICHARDSON. iSg

sft société , et eu^ita les regrets de tous ceux qui admiraient ses talens^ consacrés à faire chérir layertiu Mbtress Carter ^ son amie, coipposa i'épitaphe qu'on Ta lire , et qui ^ à ce que nous croyons , n'est pas sur sa tombe.

<f Si jamais la bienreillance vous fut chère , si jamais la sagesse mérita votre sincère estime, si jamais une imagination aimable séduisit votre attention , approchez-vous avec r«sp«ct de cette ]^oussière : c'est celle de Rickardson.

(I Quoique sa muse connue dans les r^'ons les plus lointaines pût se passer de l'honneur de cette humble pierre, cependant son ombre aimante sera ehannée du plus simple gage de l'amitié et de l'amour*. Car souvent l'amour et l'amitié exilés d'un monde vénal ^ et souvent l'innocence au doux visage, la charité- vêtue de blanc et les larmes aux yeux, visiteront Le cloitre oit repose celui qui les célébra.

tt Apprends cela,, tecteur , apprends-le de celle dont une vraie douleur inspire les accens et les vers sans art» Ah ! si elle pouvait moduler sur un rhythme harmonieux l'éloge d'un époux, d'iui père, d'un citoyen , d'un ami , comme sa muse vanterait aussi son jugement exquis et sa verve féconde. Mais non , n'espère pas de cette pierre sculptée les louanges qui ne sont gravées que dans nos cœurs. C'est là que sa gloire trouve un sanctuaire durable ; et toujours ses pages touchantes consoleront la vérité, l'honneur et l'aimable vertu., tant que le goût et la science couronno'OBl ces iles^ favorisées. »

On ne saurait trop louer le caraot^e de Richardson comme homme, en fàtsMit la part des circonstances et de la fragilité humaine. Ifous-

i6o RICHARDSO]^.

allons le considérer comme auteur , et, pour cela, examiner sa carrièce littéraire et les ouvrages qu'il a laissés.^

Ce ne fut que par hasard que Richardson trouva k genre de composition auquel son génie était surtout propre. De tout temps il eut de la facilité pour le style épistolaire , et , dès son enfance , * il avait été accoutumé, comm« nous l'avons vu, à prêter sa plume et par conséquent à écrire pour des personnes^ dont les caractères étaient difierens du sien. Employé par les jeunes personnes dont il était le secrétaire et le confident , ce talent naturel dut nécessairement se perfectionner : il n'est pas moins certain que l'exercice de ce talent devait être très-agréable à l'écrivain. Le hasard le décida à écrire pour le public. Le récit de cette circonstance sera bien plus intéressant , venant de la plume de Richardson lui-même : nous allons donc copier ce qu'il dit à ce sujet dans sa lettre à Âaron Hill, qui était ,^ ainsi que le public, trèscurieux de savoir si l'histoire de Paméla était fondée sur des réalités.

(( Je vais maintenant répondre à votre question, « si l'histoire de Paméla est fondée sur un fait.

« II y a. environ vingt-cinq ans que j'étais in- « timement lié avec un noble ami, qui, hélas! « n'existe plus! » (C'est probablement le correspondant d'un rang élevé et riche dont nous avons parlé, page i40*- ^ ^ entendit raconter une lus- (( toîre semblable k celle de Paméla,. dans ujue « des excursions qu'il était dans l'habitude de u faire pendant l'été, accompagné d'un seul dô- « mestique. Dans, toutes les auberges où il s'arr

WCHARDSON. i6i

<c refait ^ il s'enqnérait de ce qu'il j avait à voir ((dans le Toisinage; et il s'informa particulière- (I ment du nom du propriétaire d'une belle maison « près de laquelle il avait passé k deux milles « environ de l'auberge , et dont la situation lui « avait plu*

« C'est une belle maison , lui dit l'aubergiste. « Le propriétaire^ M. B... , a de belles terres M dans plus d'un comté. Son histoire et celle de « sa femme attirent l'attention de tous les voya- « geurs bien plus que la maison et les jardins , H qui valent pourtant bien la peine d'être vus. « La dame est une des plus belles femmes de l'An- « gleterre; mais les qualités de son ccrur et de « son esprit la rendent sans égale: bienfaisante <r et sage, elle est aimée et estimée de$ grands et « des petits. A l'âge de douze ans , la mère de « M. B..., dame vraiment respectable, la prit « en qualité de femme de ebambre, k cause de K sa douceur, de sa modestie, et de son esprit « au-dessus de son âge. Ses parens, ruinés po«r « avoir cautionné des amis , étaient honnêtes et « pieux ; ils avaient élevé leur fille dans les meil- « leurs principes. Quand ils éprouvèrent leurs M premiers malheurs, ils ouvrirent une petite école « dans leur village, où ils étaient fort aimés : M le mari' enseignait aux garçons l'écriture et les « premières règles de l'arithmétique; la femme u enseignait aux filles à coudre , k tricoter et à H filer : mais cela ne leur réussit pas ; et quand « mistress B... prit leur fille k son service, le u mari gagnait sa vie à travailler k la Î4)urnée, ic et aux traTaux les plus pénibles de l'agriculture.

« La jeune fille , croissant tous les jours en « beauté comme en modestie , et se faisant re^

i6a RICHARDSON.

• i( iiiar<|uer par ses bonnes manières et sa bonne u conduite , fiia , à Tâge de quinze ans , l'attei^ <( tioa du fils de la dame. C'était un je^e bomrae «i dont les principes n'étaient pas trop sëvères; M et, ï la mort de sa mère, il ipit en œuvre « tous les moyens de tentation popr 5é;}uire la <t jeune fille*. Elle eut recours à plusieurs strate tagèmes innocens pour éviter les pièges tendus^ « à sa vertu : une fois cependant elle était, dans <c son désespoir , sur le point de se noyer* Sa a noble résistance , sa prudence et ses excellentes « qualités / désarmèrent celui qui avait espéré la «( séduire , et il résolut d'en faire sa femme. Elle « se conduisit avec tant de douceur , de dignâté et <c de modestie , qu'elle se fi:t aimev de tout le <c monde , même des parens de sou mari , qui la « m^risèrent d'abord;, elle jottit njuintenant des M bénédictions du pauvre ; du respect des riches, « et de l'amour de son époux.

« Celui qui me raconta celte kistoire a)oii|a ce qu'il avait eu la curiosité de séjourner , du K vendredi au dimanche , dans le voisinage j afin « de voir ces heureux époux à l'église, où ûs « allaient régulièrement t il les vit ; il y avait c( dans Uwrs personnes un mélange de douceur , « d'aisance et de dignité; il n'avait jamais vu K une femme plus faite pour être aimée; le mari ce était aussi un très-bel homme, et paraissait fier (( de l'objet de son chaix; la femme attirait le ce respect des personnes de rang , et les bénédic- « tions des pauvres. Mon ami me raconta leur <c histoire avec un véritable enthousiasme.

c( Voilà, monsieur, le fondement de l'histoire « de Paméla; mais je ne pensais pas à en faire

RICHARDSON. i(i3

K un roman. Ce fut ce que je vais tous dire qui « me détermîua à la publier.

M M. Rivin^oa et M. Osborne (i) , dont vous « voyez les noms sur la page du titre , me prestt saieni depuis long- temps de leur donner un K petit livre ( qu'on leur demandait souvent , me « disaient-ils ), en forme de lettres sur les choses « utiles de la vie ordinaire. Cëdaut eufin k leur *« iu^Mortunité 9 je me mis à penser aux sujets qui « me piiraissaient les plus propres à remplir ce fc cadre , et je ^etai sur le papier plusieurs lettres* a Dans le nombre , je pensai k en écrire une ou tf deux pour mettre sur leurs gardes les jeunes «c personnes placées dans la situation où Paméla « se trouve. Je ne songeais guère à faire un vo~ « Imne^ et encore moins deux. Mais, en me rapa pelant ce que mon ami m'avait raconté plusieurs^ <f années auparavant, je m'imaginai que son récit, « écrit d'une manière facile^ naturelle, et conte forme à sa simplicité , pourrait donner l'idée a d'un nouveau genre d'ouvrage, propre à intt spirer aux jeunes gens du goût pour des lectures « (Ûâerentes de celle des. romans composés avec a emphase et prétention , et qui , dégagé des intf vraisemblaiices et du merveilleux dont presque « tous les romans abondent, servirait la cause tt de la reL'gion et de la vertu, le laissai donc «c aller ma plume , et Paméla devint ce <pi'el|e « est aujourd'hui* Mais \e comptais si peu sur le « succès de cette productiou , que je n'eus pas le « courage d'envoyer les deux volumes ^ vos tt dames , avant que le public eu eut jugé favott rablement.

tt Lorsque je composais Paméla , ma digne et

(l) Libraijres-^ditear» de Tipoque. — Ed-

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« respecUUe femme et la jeUne dame qui est (( avec nous^ k qni f avais lu quelques parties du (c roman commencé, mais sans les mettre dans c< mon secret , avaient coutume de venir tous les <t soirs dans mon petit, cabinet» — Atcz-tous c( quelque chose à nous dire de Paméla , M* Ri- « cbardson ? — - C'était la question ordinaire. « — Nous venons pour apprendre s'il lui est arfc rivé quelque chose de nouveau , etc. Cela m'ena courage», et je travaillai avec tant d'ardeur ,. « malgré les occupations de mon état, que, « d'api es un mémorandum que je fis sur mon u manuscrit , Fouvrage , commencé le lo de uo^ « vembre 1739, était achevé le 10 janvier 1740» <( Dût-on m'accuser de vanité , et quelque opinion (c que l'on prenne du goût des deux personnes « que je consultais , ces circonstances me rap- « pellent souvent l'histoire de la servante de « Molière.

« Vous serez étonné , d'après l'opinion peu fa- « vorable que fa vais de ce roman , de k préface « que- j'y ai mise. Voici le fait : l'approbation « de mes deux juges du sexe féminin , et de deux <c autres amies qui voulurent bien faire des préfaces « pour mon livre, mais que je trouvai trop longues (C et trop minutieuses, me décida à faire moi-même « la préface. Encouragé par le jugement favorable K de ces quatre personnes , et sachant que les^ f( neufs dixièmes des lecteurs jugent sur parole, u je fis la préface que vous connaissez, et je me «( mis à couvert sous le masque d'éditeur (1). Voilà, u monsieur, toute l'histoire. »

(i) Sous le titro empranté dYditeur , il louait beaucoup Vcue vrage ; quelques-uns de ses amis l'en blAmèrent.

( Note de sir fTiUUr Seolt. )

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Paméla , dont ikmis connaissons maintenant l'origine 9 fut publiée eo 1740, et fil une |[raude sensation* Jusqu'alors les romans étaient tous dans l'ancien goût français; ce n'était que Thistoire des amours sans fin de princes et de princesses y racontée en style exagéré à froid , et d'une méupbysique absurde. Ces productions fastidieuses n'ofraient pas la moindre expression d'un sentiment vrai. On ne cbercliait pas à y peindre l'espèce bumaine telle qu'elle est dans le cours ordinaire de la vie ; tout était pbébus et galimatias ; l'auteur était toujours monté sur des écbasses, ou avait cbaussé le cotburne. Si Ricbardson n'avait pas d'autres titres à la gloire^ il aurait du moins celle d'avoir arracbé ces masques qui . déguisaient tous les traits naturels de la physionomie bumaine, pour nous la présenter enfin dans sa nudité , avec toutes ses nuances mobiles, et agitée par les mouvemens des passions. Les lecteurs qui ont été (^ligés de lire les •énormes in-folios vides de sens dont nos ancêtres se servaient comme de potions soporifiques peuvent seuls apprécier le plaisir que fit éprouver ce retour inespéré à la nature et à la vérité.

La simplicité du roman de Ricbardson ajouta à la surprise. Une jeune fille dont l'innocence est exposée aux séductions d'un maître dissolu qui a recours même à la violence , et qui est obligé enfin de céder à l'empire de cette vertu qu'il n'a pu ni séduire ni vaincre; cette jeune fille récompensée de sa persévérance par le titre d'épouse de ce maître qui, rentré dans les sentiers de l'bonneur , l'élève à son rang , et met sa fortune à ses pieds : tel fut le roman simple qui vint étonner et émouvoir le lecteur.

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Mi^ress Barbaold remar^pM très-jadict<!ttsemtfnt ({ne le cJiFactère de Paméla est loin d'ofirir le modèle d'une reitu parfaite. Elle moulre à la fin de I1ii$léire^ «ne prudence réiéehie k lafnttiLe on est fovéé de f ef«96f le iiom ée Tortu. On Toit qu'elle n'avath d'ahord point d'anoar pour M..Bw.» ^ ainsi ptlittt de passion dans le cœur k c^otabatlre^ p^int de trahison à étouffer dans la garnison quand rcnnemi était amx portes de la place. Rickardson né Youlat pas donner à son romaa cette cottleuif, parce que son but n'était pas de ùdre de l'effet, mais d'instruire et d'édifier; et parce que l'eitemple d'une servante deveïiant éperdu*ment aaiourease de son maître beau et îmne pouvait être imité par beaucoup d'autre» qui n'a4irai«iit pas su se défaidre comme Paméla contre Fobyet d'une passion si dangereuse. D'ai^ leurs , Ricbardson avait pour principe de bc donner aux personnages qu'il youlait présenter comme modèle aucune passion exaltée ; il était très-<lispo8é à détrôner le dieu dont les romanciers avaient fait le maître des dieux et des hommes. 11 faut cependant ayomer que le caractère de Paméla doit nécessairement perdre dans l'esprit du lecteur par son empressemmit à accepter la main d'un maître cruel et tjranKqne, qui ne Foffre que parce qu'il n'a pu réussir par d'autre moyens lu posséder Fobjet de sa passîrau Il y a de la part de ce maître une ostentaCion de générosité , et de la part de Pamâa , sn soumis* sioB recéu naissante a quelque chose de rampant qui n'était pas nécessaire. A moins qoe, conMoe la Paméla de la satire do Pope , elle ne se i sole ayec

laCHÂRDSON. 167

La voiture dorée et les jiimens flamandes (l),

on est disposé k croire qu'elle eût été plus heureuse eu devenant U femme du pauvre M. \yilliams, de Famoùr honnête duquel elk se fait ur moyen peut-être trop politique dans le eours des persécutions qu'elle éprouve, et qu'elle congédie froidemefit lorsqu'un avenir plus riant s'ouvre devattC elle.

On trouvera peut-être que nous jugeons trop minutieusement la tendance générale d'un livre d'agrément. Mais nous ne pouvons admettre l'opinion des admirateurs exagérés de Paméla , qui û^etLX que c€t ouvrage fait plus de bien que vingt sé^pious. Il doit , on ne peut le contester, proddre des effets salutaires sur Ui jeunes filles placées dans des circonstance? h peu près semblables k celks de l'héroïne; mais n'est-il pas à cf aindfé que , dans cette classe , l'exemple ne sOit tout aussi propre à encourager une analheurcusc témérité qu'une vertueuse résistance? Si Paméla détient là femme de M. B... , elle doit ce rang à la sagesse qu 'elle oppose aux intentions criminelles de son mahre; mais plus (^une humble soubrette peut se dire (et l'hypothèse est très- vraisemblable ) que , pour mériter la récortipense qu^obtient Paméla, elle doit passer par les mêmes épreuves, et qu'il n'y a pas grand mal k ne pas rebuter tout-à-fait un . riche amoureux. Il est inutile d'ajouter combien cette expérience aurait de dangers pour les deux parties.

Mais sons avons déjà eu occasion de dire ail-

(1) The gilt chariot andFlandfrs mares.

(l'oPlt, Satires de» femmes) Ed.

i68 RIGHARDSON.

leurs que la leçon morale d'une histoire imaginaire est (Tune moindre importance aux yeux du public que la manière dont l'histoire est racontée dans $e$ détails. Si l'auteur présente des scènes faites pour exciter des passions condamnables , s'il familiarise Tesprit des lecteurs avec des pensées impures , ou s'il égare le jugement par de fausses idées de "vertu ^ il ne sera pas justifié parce qu'à la fin de son livre il fera triompher la morale. De^ même , quoique l'on puisse douter que l'histoire de Paméla dût nécessairement pro* duire l'efîet qu'en attendait son auteur, le caractère -modeste et pur de la jeune Anglaise est si bien soutenu dans tout l'ouvrage, elle supporte avec tant de douceur ses malheurs et ses afflictions, ses intervalles d'espérance ou de tranquillité se mêlent si naturellement à ses peines comme les points azurés qu'on admire dans un ciel nuageux, que l'ensemble de cette composition est édifiant. On pense peu à M. B..., à son caractère, à ses motifs j on ne s'occupe que de la destinée de l'héroïne. Nous sommes charmés de son mariage , parce qu'elle parait elle-même heureuse de ce sort brillant. Le passage pathétic^ire dans lequel elle décrit sa tentative pour s'échapper peut être cité , entre beaucoup d'autres , comme un exemple de la manière admirable dont l'auteur s'identifiait avec son héroïne, eu pensant et s' exprimant comme elle aurait fait, si cet incident imaginaire était réellement arrivé à une personne du caractère de Paméla.

Les personnages secondaires sont tous peints avec une grande vérité, et peuvent être consi^ dérés comme un groupe de portraits historiques de cette époque. Les caractères du père et de la

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inère^ le vieux Andrews et sa femme ^ sont, tomme celai de Paméla , tratés parfaitement et d'une couleur vraie : l'entrevue d'Andrews avec son seigneur , quand il s'informe de ce qu'est devenue Paméla; aurait immortalise Bichardson^ n'eût-îl écrit que ce passage*

On peut remarquer avec raison que si l'auteur écrivait de nos jours ^ il aurait donné au paysan offensé l'indignation énergique que demandait' son outrage (i). Mais du temps de Richardson^ les bornes de la subordination sociale étaient plus respectées qu'actuellement ^ et lui-même parait avoir eu des idées exagérées de l'importance des richesses et d'un haut rang dans le monde ^ ainsi que de toute espèce d'autorité domestique. M. fi.... n'est point blâmé par ses voisins pour les moyens qu'il met en usage pour séduire Paméla; notre héroïne elle-même les croit sufEsamment expiés par sa condescendance à l'épouser^ et consent à faire sa femme de chambre de Tinfâme mistress Jewkes , parce que cette vieille- entremetteuse, avait joué un rôle qui l'aurait conduite à la potence, pour obéir, il est vrai, aux ordres d'un maître généreux* Il y a dans cette humiliation un manque de goût y et un peu de ressentiment n'aurait pas été de trop, même de la part de l'indulgente Paméla.

Malgré ces défauts, qu'on ne saurait dissimuler dans l'examen de l'ouvrage , un roman d'une simplicité si b^lle et si naturelle fut reçu avec un enthousiasme général. £n vain l'esprit sati-

(i) On trouva dans la Cameuse. scène Au John Bull de Colman cette différence de mœurs. Dans le. John Bull^ le père offensé ne craint pas de s^emparer du fauleuil du magistrat qui Urde i lUi readre )ustic.e. — • £p.

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