‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 28 sur 65 · LAWRENCE STERNE · texte numérisé non relu

LAWRENCE STERNE

Lawbence Sterne est du petit nombre de ces auteurs qui^ anticipaut sur les travaux du biographe, communiquent eux-mêmes au monde les détails qu'ils désirent lui faire connaître sur leur famille et sur leur vie.

<( Roger Sterne (i), dit le récit que nous citons , petit -fils de l'archevêque Sterne , et lieutenant au régiment d'Handaside, épousa Agnès Hébert, veuve d'un capitaine bien né; son nom de famille était, je crois, Nutlle; cependant il me semble me rappeler que c'était le nom de son . beau-père , fameux fournisseur de l'armée pendant les guerres de la reine Anne en Flandre, oii mon père, qui, par parenthèse, lui avait des obligations pécuniaires , épousa la ûlle de sa . femme. Ce mariage eut lieu le 25 septembre 171 1. . Ce même Nuttle eut de ma grand'mère un fils ,^

(i) Voir Tarbre généalogi^e & la fia da volumt.

3io STERNE,

fort bel homme , mais un drôle impudent 3 j'ignore ce qu'il est devenu. La famille^ si elle n'est pas éteinte , doit habiter Clonmel , dans le sud de l'Irlande. C'est là que je suis në^ le a4 ^^ yembre 1713^ quelques jours après l'arrivée de ma mère deDunkerque. Ha naissance porta malheur à mon père. Le jour de notre arrive'e^ il fut réforme, lui et d'autres braves officiers^ et abandonné à la Providence avec une femme et deux enfans ; l'aîné était une fille qui se nommait Mary, née à Lille, dans la Flandre française^ le 10 juillet 17 12. Ce fut le plus malheureux .des enfans de mon père. Elle épousa à Dublin un certain Jf^eemans^ qui la malti^aita d'une manière indigne , mangea son bien , fît banqueroute et disparut. Ma pauvre sœur, ainsi délaissée , se retira à la campagne chez une amie , et y nHmrut de chagrin. EUe était' foft belle et méritait lia meîllenr sort.

<( Le répnmit de mon père ayant été licencié; il qnitta BubUn avec le reste d» sa famitlle ans* sitôt qu'on put me transporter , et vint s'étiAlir sur une terre à Ëlvington, près de YoTk> que sa mère habitait : elle était fille et béffitière de sir Roger. Jacques. Nous y restâmes dix mois^ Le r^iment fut réorganisé^ et nous repartîmes iwur Dublin. Un mois après notre arrivife, mon père nous quitta ayant reçu l'ordre de se rendre à Exeter, où ma mère ayec- seê deux enfans^ alla le rejoindre pendant un hiver rigourewc, Toyagéant par terre de lâverpool à Plymonth. Aj^s un séjiQur d'une atmée à Exeter, nous fûmes teus renvoyés à Dublin. Ma m^e avec ses trois enfans 9 dont le dernior nommé Joram, était né k Plymouth, s'embarqua 1 à Bristol pour l'Irlande.

STERNE. 3ii

Pendant le trajet, lie bâtiment fit une voie d'eaii,

et nom' fiûliiflaea p^ir» Eofin, apri» btancoup

d'efibrt» et 4e danois , nous arrivâmes à Oublia;

nMn.père y loua une miison, la sieubla, et dan»

Tcipace d'une année et dénie 9 y dépeuaa be«iA*

oeupj d'argent.. Nous épi*ottv4me5 eaeore de aou*

veaux f envers dan» l'au&ée 17 19 : le régimeat

de mon père, faisant partie de rexpédition de

Vigo , reçut l'ordre de se rendre à File de Wigbt

afin de s'enbarcpier pour l'Espagne. Nous aecom-

pagnàmce le régiment : une tempête, nous força

de relâcher à Milfort Haye», mais nouâ débar-

épiâmes à Bristol ; de là nous allâmes par terre

à Plymosiby ^ ensuite à File de Wigû^.oii je

me ressouviens ^ue nous camp&mes quel(^ tempes-

avant l'end^arquement des troupes* Noua per*

dîmes dans cette expédition le pauvre Joeam 1

joli enfant âgé de quatre aiis^; il mouruA de la

petite-Téiole.

u Durant l'expédition de Yige , nous restâmes | ma mère , ma sœur et moi , à l'tle de Wifpkt , jusqu'à et. (pie le régiment fût de retour à WieUew^ en Irlande, d'où mon père nous envoya chercher. Le chagrin de la perte de Joram fut un peu ade«ci par la naissance d'une fille pendant notre s^nr dans TiU de Wight , le a3 septembre 1719; elle mourut à l'âge de trois aas dans les casernes de Dublin* Elle était, fe m'en souviens très-'-bien, d'une constitution déHcate, et, comme la pkipart des enfans de mon père, n'était pas destinée à vivre long-temps. Noos nous embarquâmes peur Dublin, et nous aurions infailliblement péri sans les instances de ma mère , qui obtint du capitaine de retourner dans le pays de Galles , oii nous restâmes pendant un mois^

3ii STERNE,

nous arriTàmes enfin à Dublin , et nous nous rendîmes par terre k Wicklow ; nous y trouyàmes mon père qui , durant trois semaines, nous avait

. crus morts. Nous logeâmes dans les casernes de Dublin pendant l'année 1720 y qui fut celle de la naissance de ' Det>ijeher , du nom de son parrain , le colonel De^ijeher ; nous allâmes de là passer six mois chez M. Featherston, ecclésiastique et parent de ma mère qui nous avait invités à Tenir à son presbytère d'Animo à sept milles de Wicklow. Ce fut pendant notre séjour dans cette paroisse que j'échappai comme par miracle d'une chute dans la roue d'un moulin tandis qu'elle était en mouvement; l'événement parait incroyable^ mais il est bien connu dans cette partie de l'Irlande ; les habitans des environs vinrent me voir par centaines. Nous quittâmes notre parent pour suivre le régiment à Dublin, où nous fûmes logés dans les casernes pendant un an; c'était en 1721 , époque à laquelle on me donna un maître d'écriture, etc. , etc. Le régiment reçut l'ordre en 1722 de se rendre à Garickfergus dans le nord de l'Irlande. Nous fûmes encore une fois obligés de partir, mais nous nous arrêtâmes à Drogheda où nous reçûmes l'ordre de nous diriger sur MuUengar , à cpiarante milles ouest ; nous rencontrâmes par bonheur dans cette ville un aimable parent, descendant comme nous de' l'archevêque Sterne , qui nous retint chez lui pen-

** dant un an , et nous renvoya ensuite au régiment , à Garickfergus , comblés de bienfaits , etc. Notre voyage à Garickfergus , qui eut lieu au mois de mars , fut très-pénible et très-ennuyeux ; nous y perdîmes le petit Devijeher , qui avait été mis en nourrice dans une ferme à quelques milles de

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Wicklow, et qui était avec nous depuis quelque temps y il fut remplacé par une petite fille nommée Susanne / qui mourut également peu de temps après dans ce voyage fatigant*

<( Mon père obtint de son colonel la permission de me mettre k l'école; l'automne de cette année , ou le printemps de la suivante^ je ne puis dire lequel , je fus confié à un maître habile qui demeurait près de Halifax; je restai avec lui jusqu'à ce qu'un de mes cousins d'Elvington y du nom de Sterne 9 me prit sous sa protection et m'envoya à l'université, etc.

c( Mais pour en revenir à notre Histoire , le régiment de mon père partit pour LondondeiTy , où naquit pour moi une autre sœur nommée Catherine, qui existe encore; mais la méchanceté de mon oncle et sa propre folie nous ont rendus presque étrangers l'un à l'autre. Le régiment fut envoyé au siège de Gibraltar ; mon père y fut blessé en duel par le capitaine Philips; la querelle eut lieu à propos d'une oie ! Il ne mourut pas de cette blessure, mais sa constitution en fut altérée au point qu'il ne put supporter les fatigues auxquelles elle fut soumise ; ayant été envoyé à la Jamaïque , il fut atteint de la fièvre du pays ^ qui d'abord le priva de l'usage de sts sens , mais ensuite 9 après un mois ou deux, allant et venant continuellement sans se plaindre , il expira au moment où il allait s'asseoir dans son fauteuil. Ce fut au nord de l'île ^ au port Antoine, qu'il cessa d'exister. Mon père était un petit homme vif, d'une activité extraordinaire; il supportait avec résignation les malheurs et les contrariétés dont il plut à la Providence de lui envoyer une

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