‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 34 sur 65 · OLIVIER GOLDSMITH · texte numérisé non relu

OLIVIER GOLDSMITH

L'ÉTEKDUE de la notice biographique de chaque romancier célèbre doit, en quelque sorte, être mesurée sur l'espace que ses ouvrages occupent dans une collection (i)« Ainsi , l'auteur dont nous allons parier , si intéressant sous tout autre point de vue^ ne nous arrêtera pas long-temps. D'ailleurs Goldsmfth ayant eu à lutter contre la mauvaise fortune et même contre la misère i les circonstances diverses de sa vie , depuis sa première jeunesse jusqu'aux succès de sa courte et brillante carrière y sont si connues et ont été si bien racontées , que nous devons nous borner à une simple esquisse.

Olivier Goldsmith naquit , le 29 novembre 1728^ à Pallas, on plutôt à Palice, dans la paroisse de Farney , comté de Longford , en Irlande, on

(i) Cette p1ira8« s'applicpiait à la collection de romans dont ces •otices font partie.— En.

son père , le réTérend Charles Goldsmîth , ministre de l'Église anglicane, résidait alors. Ce digne ecclésiastique , dont son fils a rendu les vertus immor* telles dans le personnage du vicaire du ijillage ( i) y avait sept enfans , auxquels la médiocrité de sa fortune ne lui permettait de donner qu'une éducation très-ordinaire. Il obtint enfin un bénéfice dans le comté de Roscommon , mais il mourut jeune. Le révérend John Graham de Liffbrd , qui a fait des recherches sur la famille d'Olivier Goldsmîth , a trouvé la veuve de Charles Goldsmîth p nigrâ veste senescens habitant Ballymabon , avec sou fils Olivier , dès l'année 1740* Le nom de mistress Goldsmîth figure souvent sur les livres d'un petit marchand épicier de ce village , comme une pratique qui ne payait pas toujours comptant ; et il parait que monsieur NoU ( 2 ) était chargé de faire les emplettes de sa mère. Il avait cependant laissé d'autres souvenirs dans les environs : on se rappelait les sons harmonieux de sa flûte , et s^ promenades solitaires dans les îles ^ ou sur les bords de la rivière Inny , qui est trèspittoresque à Ballymahon*

Olivier se distingua de bonne heure par sa vivacité y et par cette inconstance d'humeur et de goût qui est trop souvent compagne du génie, comme pour rappeler à l'homme qu'il est homme. Un de ses oncles par alliance , le révérend M. Contarine, se chargea des dépenses qu'exigeait l'éducation classique d'un enfant qui donnait de si belles espérances. Il l'envoya à l'école d'Edgewofthstown y et, au mois de juin 1744» Olivier passa au collège de Dublin , comme écolier servant

( I ) Dans le Deserted Fillage.

(2) NqU est rabrêvialion de OJiVer, Olivier. -*Ta.

3o GOLDSMITH.

{siaer)^ situatUm qui ocpdse au découragement et à de mauvans traitemens , mtottt ^and en a le malheur de Teuconlrer un maître bcîttal,«e<qui arrnra à Olivier*

Le i5 pin 1747 9 Goldsnûtk obtint la seule couronne académique qu'il ah eue , une des kottses fondées pat ErasKus Smy&e (i)» S^étaut rendu coupable de quelque «étourderie, il qiritta l'ui&voraité pour un temps; et il panait atrelr 4)omm€tocé de bonne heure cette "W oisivte et ambulante ipM a souvent de si grands càarmes potrr hs génies natssansy qu'elle affirandnt de toute espèce de s^étton, et quelle laisse maîtres de leur temps et de leurs pensées. OeUte liberté , ils ne croient pas l'acheter trop cher par ia iatigiie, la faim, et tous les autres mconvéniens auxquels sont exposés les Voyageurs qui se mettent'^ route satis argent* Ceux qai se rappellent des voyages entrepris de la sorte^ les stratagèmes , les embarras ^ les petites aventures xpi en sont la siiile , se figureront aisément i'attirafc qu^ls devaient avoir f om* un jeune lto<nme du ^caractère de <tfoklsmit]u Malgré toutes ses excursions et cette vie errante , il obtint le degré de lutcheléer-ès^^arts en 1749»

(l) tnd^pdndammetit des bcmrfes i^e Ifts rois ont fondées dm» les ëcobt d'Eton , de Westminster , dte VViodiestvr , etc., il f » beaucoup d'écoles auxquelles des particulier» ou des corporatioAs ont fait des legs , qui , par la diffërence que le temps a amenée dans la valeur des -propriétés ainsi léguées , fonnëitt atijotirâ'lnti un revenn considérable. Une partie do ce revenu est employée â faire des pensions aux jeunes gens qui sortent de ces écolos pour aller à l'une des universités d'Oxford ou de Cambridge. Ces bounfes $t nomment txhibitians , par«e qn*oti les doonft aux écoliers qui ont été asses appliqués pour ètr* ^mis par liK maitres à figurer dans les exercices publics qui ont lieu avant les vacances d*été. Ces exercices consistent 4 réciter des scènes de comédies ou de tragédies anciennes , des morceaux de poésie ou de prose ^ grecque, latine, ou anglaise , et quelquefois ^ancaise. »-> £»•

GOLDSMITH. 3i

L'ami constant de Gddsmrth , M. Gentarme ^ désirait que son nerea étudiât la médeoitie; en conséquence 9 S àtla s'établir à Édimbout*g , eu 1752, pour y suivre les cours de médecine.. Goldsmith ne conserva pas de souvenirs agréables de son s^our en Ecosse. Il étsit confiant , et il fut trompé ; û était pauvre , et il mourut presque de faim. Cependant , dans une lettre tpès^aie , adressée d'Edimbourg à Rdbert Brianton, de Bailymabon^ il termine une description satimque du pays et èes hàbitans arec cette candeur enjouée qui fut un des traits di^tinctifs ^e son caractère, u Comme tm homme laid et pauvre n'e^ bonne » société que pour lui-même^ an me laisse jouir » amplement de cette société. Vous avez de la » fortune^ et la nature vous a donné tous les n moyens de plaire an beau sexe. Je ne vous envie » point ces avantages, mon cher Bob {i)j quand n assis sur ma chaise^ ]e puis rire du monde » et de moi , qui en., sais l'objet le ]^lu$ ridin cnle. »

D'Edimbourg , notre étudiant passa k Leyde , mais il n'eut point à se plaindre de la monotonie de son voyage. !1 fut arrêté pour dettes^ et détenu sept jours dans les prisons de Newcastle -, ce «qui lui arriva pour s'être trouvé en compagnie avec quelques Ëcossais qui recrutaient pour le îservice de France. Une fois enibarqué , il eut à essuyer une tempête. A Leyde , Gofldsmith se vit parti* culièrement exposé à une tentation à laquelle â ne sut résister dans aucune époque de sa nie ; de fréquentes occasions lui 'firent cberchcf la fortune au jeu , et il perdh jusqu'à .son dernier sheiling.

(i) Bob , abréviation de Rcbtn. -«Ed.

Dans cette position dësespérée,, Goldsmith com* mença ses voyages avec une chemise dans sa poche ^ et plein de confiance en la Providence. C'est une opinion générale que dans le récit de Georges^ Fatné des fils du Vicaire de Wakefield^ l'auteur BOUS a confié les ressources à l'aide desquelles il fit le tour de l'Europe à pied et sans argent. En Allemagne et en Flandres , il eut recours à son violon y dont il jouait assez bien : un air passable lui procurait ordinairement un gîte pour la nuit daiis une chaumière de paysan. En Italie , où sa musique n'était pas aussi estimée y il obtenait l'hospitalité des monastères en argumentant dans certaines thèses de philosophie , que les doctes habitans des cloîtres étaient obligés de soutenir, par les statuts de leur fondation , contre tous les étudians qui se présentaient. Par ce moyen û se procurait tantôt de l'argent, tantôt un lit, mais il devait nécessairement avoir d'autres ressources , qu'il n'a pas jugé k propos de faire connaître.

Les universités offraient aux pauvres étudians les mêmes facilités que les monastères. Goldsmith séjourna quatre mois à Padoue , et l'on croit qu'il prit un grade à l'université de Louvain. Ce qu'il y a de certain, c'est que le récit d'un voyage fait par un si bon juge de la nature humaine , placé dans des circonstances aussi singulières , aurait été un des livres les plus amusans du inonde : c'est à la fois un sujet d'étonnemeut et de regret que Goldsmith n'ait pas songé à publier une histoire de se& pèlerinages , et que sou esprit , si fertile en ressources littéraires , ait négligé celle-là. U n'ignorait pas les avantages que sa manière de voyager lui donnait, ce Les pays , dit-il dans son u Essai sur la LitUrcUure en Europe , présentent

» des aspects diffëreus aux yoyageurs , selon leurs n diverses manières de Toyager. Un homme qui » parcourt rapidement l'Europe dans sa chaise » de poste , et le pèlerin qui en. fait le tour k n pied| en prendront une idée difE^ente. Haud » tnexpertus loquor : j'en parle par expérience* » Peut-être était-il honteux d'ayoir annoncé de quelle manière il avait voyagé , et il ne voulut pas révéler tous les secrets du pèlerin* Les excursion» de Goldsmith durèrent environ un an , et il revint en Angleterr.e , en 1 746 j après avoir parcouru à pied la France ^ Tltalie et une partie de TAllemagne»

La pauvreté se présenta, dans toute sa laideur, à notre jeune étudiant. Ses parens et $es amis d'Irlande l'avaient, depuis long-temps abandonné et oublié; et une place de précepteur dans une école particulière , dont Georges fait un taUeau si triste dans le récit de ses aventures^ fut son unique ressource pour ne pas mourir de faim. Il n'est pas douleux que Fauteur parle d'après sts souvenirs , quand Georges dît : <( Je me le* M vais de grand matin et me touchais tard. Le <c maître me faisait une mine renfrognée , et la u maîtresse ne me pardonnait pas ma laide figure. a Tourmenté par les écoliers, je ne pouvais aller M chercher quelque compensation à tous ces désacc grémens hors de l'école , dont il ne m'était pas « permis de sortir, d

Goldsmith avait conservé un souvenir amer de l'esclavage auquel il avait été contraint de se réligner à l'académie de Peckham, au point de s'offenser de la moindre allusion à cette époque de sa vie. Quelqu'un de sa connaissance s'étant servi

en sa présence de U phrase proverbiale : ce Ofa î c^est aajourdliai la fête de Peckham , )) Goldsraitli rottgit y et lui demanda s'fl vonlaît Tinsulter (i). Il ne s'affranchit qu'avec difficultë de cette misérable condition de précepteur, pour prendre ceUttde manipulateur, ou plutôt de journalier à gages, chez im diimiste (2) , dans Fish^reet-hill^ où il fiit recomm par son compatriote et compagnon d'études & Edimbourg, le docteur Sleigh, qui , à son kernel honneur, retira Olivier Goldsmith de cet ^lat d^adant de servitude.

Sous les auspices de cet ami,^Gokkmith corn* mença à pratiquer la médecine à Banbaide (3)^ «t oisttite près du Temple ; et , quoiqu'il eût bientôt beaucoup de malades , il ne réussit pas^ souvent à recevoir d'eux le prix, de ses visites» ■Ce fût alors qti'il eut l'idée de recourir à #ette plume féconde qui fit bientôt les déliées 4u public.^ Il écrivit , travailla , compila. Un écrivain contemporain le dépeint, avec la livrée des muses, en habit noir à brandebourgs, bten râpé, «es poches pleines de papiers , et sa tète rempÛe de ptojets*^

(i) Pedkam est un tilltge entre LonâMs «t '6re«it«vi<^ oà évàl racftd^mie (h pension) dans laquelle Goldsmith avait ^té maître siyMltarae. Oh *tis tUl holidaj Mi Peckam > on , 'tf/ ait ioliday mA hbtu Cette phrase signifie proveiikialement c^en ett fait àt bâ , en parlant d*one périme ^ on cW «m ofidm UrmMB, en parlant d*nDe'«A0M : <6oldsmiUi prît le mot de PealuHn pour une i^lication ; la phrue anglaise prêtail en e£fet à une allusion , le mot Ao/(<2iiy signifiant /fta;, et jour d* congé,

«. Il j a encore tous les ans & Peclfbam, ime foire ^ dura trois )ouM> oà les irtiwns de Londres se rendent aveo lenrt famiUes , eomme i toutes celles des environs de Londres. — Ed.

(%) Afiothicaire qui n*est pas nutjeein, et se contente de t endre des drogueS' -^ El».

(3) Bankside est la partie de la riire droite de la Tdiniaetitu^ entre le pont de Londres et celui de Westminster, et qui, i cette ttpoqu» , 4tait habitée par dw ouvriers et des bateliers.

Ed.

Il se fit bientôt remarquer par son talent y et se trouva enfin dans une position assez indépendante pour écnre à un ami u qu'il était ti'op pauvre pour être un objet d'attention, mais trop xicbe pour avoii* besoin d'assistance (i). )> Dans une autre lettre , il se vantait d'être admis quel* quefois k une converaittion distinguée (o^.

Ge fut alors qae Goldsmitb proposa par souscription son Essai sur la J^ittércUure €n Europe* Il en destinait fes profits à s'équiper pour les Indes , oii la compagnie l'avait nommé médecin dhine de ses factoreries sur la côte de Goromandel* Mais tii ambitionnait ;bien. plus de se faire un nom dans la littérature ^ que d'augmenter sa fortune. » u Je suis impatient , dÉt-ii \ de me séparer du -a vulgaire par ma position sociale , comine fen 4c suis déjà séparé par mes sentimens. — - Je sens « que j'aurais besoin d'un caractk^ décidé et 4c fierme , «[Ualité indispensable pour on grand « homme. Cependant , je me corrigerai , puisque M je connais mes défauts (3). )i

La diversité des talens de Goldsmith et sa facilité d'toire le firent bientôt rechercher des libraires^ .sans doute que les traits de son esprit et de son Âitmour n'ont pas peu contribué à égayer les pages 4e plusieurs Mélangée et Hei^uea littéraires de •cette époque. Ge genre de vie et son imprévoyance rendaient son revenu aussi incertain que ses occupations. Il écrivit plusieurs essais dans divers journaux périodiques , ^t les recueillit ensuite dans un volumie, s'étant apei*çu que quelqnes-oins

(i) Lettre 4 Dtsiel Hodson. Voyei la VU d» Golébmith , en idte de ses œuVtes, vol. i , pag. 4»- • (2) C'est-à-dire dans une société distinguée. Ibid. » j». 4^.-*£».

(3) Fi0 de Gvldtmithf vol. I , pages 48 et 4^

de $H contemporains se les appropriaient sans cërémonie. Dans la préface » il se compare à on homme bien portant dans un temps de famine , qui, Toyant ses compagnons de malheur décidés i assouvir leur faim sur la partie superflue de sa personne , insiste avec quelque justice pour en avoir la première tranche. Mais le plus mar» quant de ses ouvrages dans ce genre est le Cltoyendu monde (i), lettres supposées écrites par un philosophe chinois ^ résidant en Angleterre , à l'imitation des Lettres persanes de Montesquieu.

Cependant , malgré cette existence précaire , il se faisait connaître dans la société y et ^ dès Tannée 176I; il s'était mis en rapport avec le docteur Johnson , qui ^ du moment qu'il eut fait sa connaissance jusqu'à ce que la mort les se* parât, semble avoir eu pour Goldsmith l'amitié la plus sincère. Johnson rendait justice à sou génie, jugeait sts défauts avec indulgence^ et aimait sa personne.

Ce fut probablement peu de temps après cette nouvelle liaison^ que la nécessité^ mère de taut d'ouvrages de génie y donna le }Our au Kicaire de Wakefield. Les circonstances de la vente de cet ouvrage à l'heureux libraire qui l'acheta sont trop singulières pour que nous nous dispensions de les rapporter dans les propres ternies de Johnson y trans* mis par son fidèle chroniqueur Bosvrell.

(c Un matin, je reçus un mesisage du pauvre « Goldsmith , qui me disait qu'il était dans un 4f grand embarras; et que, ne pouvant pas venir a me trouver, il me priait dépasser à son logement « le plus tôt possible. Je lui envoyai une guinée^ « et lui promis de me rendre chez lui sur-le-champ.

(l) rA* Citizen af tfu wotld.

f( Je m'habillai , et quand j'arrivai j'appris que <( son hôtesse ayait touIu le faire arrêter pour t( son loyer ^ ce qui l'avait mis en grande co* <c 1ère. Je m'aperçus, qu'il avait déjà changé « ma guinée ^ et qu'il avait une bouteille de Ma- (( dère et un verre sur sa table. Je bouchai la bou- <( teille j le priai de se calmer y et commençai à m parler avec lui des moyens de le tirer d'em- « barras. Il me dit qu'il avait un roman tout 41 prêt pour l'impression , et il me le donna. J'en « parcourus quelques pages y et en compris tout « le mérite. Je dis à la maîtresse de la maison ce que je reviendrais dans quelques instans , et « j'allai chez un libraire y à qui je vendis le roman (t soixante livres sterling^ que j'apportai à Goldst( mith. Il paya son hôtesse non sans lui repro- « cher amèrement la manière dont elle s'était «c conduite. »

Newberry, l'heureux libraire qui avait acheté le Vicaire de Wakefield , et qui est plus connu des hommes de la génération actuelle , par les lectures de leur enfance (i), était un homme riche et très-estimable; il venait souvent au secours du génie dans l'infortune. Quand il conclut le marché^ ce qu'il fit en partie par compassion et en partie par déférence pour le juge* ment de Johnson ; il comptait si peu sur son acquisition nouvelle, que le Vicaire de IVàkefield resta chez lui en manuscrit jusqu'à ce que la publication du Traveîler (2) eût mis l'auteur en réputation.

Goldsmith avait recueilli dans ^ti voyages des

(i) Ce libraire « publia une grande p«rUe des livres destinés aux enfans en bas âge. — Ev.

(a) Le Vojaçeur^ poème.

matériaux pour ce beau poème : il en ayait même eoraposë «o Suisse uncipartie^ qu'il avait envoyée h sou frère y le réyéreud docteur Henri Goldsmith. Le docteur Jokason ne lui refusa pas les conseils d'tm aim; on dit même -qu'il lui 4onna l'idée que Goldsmith a rendue dans de si beaux vers , à la fin du poème (i).

La {lublication du Tratfeller procura àr son auteur la célébrité à laquelle il* -aspirait depuis si long-temps. Il prit^ à compter de ce moment^ VcMiyail d'un médecin : le manteau écarlate, la perruque^ l'épée et la canne. Il fut admis dans la société distinguée qui devint le chib liuéraire, et qui est plus connue sous la dénomination etnr -pbatiqiie de club. Pour y être admis , Goldsmith renonça à quelques \wxs, fmblics qu'il fréquentait parce qu^il y trouvait une société agréable et des délasseméns économiques; mais ce ne fut pas sans regret, car il disait souvent : « Il faut bien i> faire quelques sacrifices poiir être 4aBS la bonne » société : j'ai renoncé à plusieurs léunions eu )» je faisais des folies qui m'amusaient beaucoi^. »

Il arrivait souvent au docteur <joldsmith y au milieu de ces esprits caus^ques qtii l'avaient r^^çu dans leur eluh , que la simplicité de son caractère y l'inexactitude de ses expressions , une vanité trop franche et une vivacité de concepdon qui le {cftatt souvent dans l'absurde , le rendaient le plastron de la société. Garrick, en particulier, qui croyait probablement à la supériorité d'un directeur de théâtre sur un auteur dramatique , lui lançait volontiers des traits épigrammatiqoes.

(i) ^«ij>, «Miy^MM, 41e : eto " Ooi t'ctt «n vaim et 1>mii en ytmn que nous cherchons aa loin un bonheur qui n*«st qa^on uoiif même , etc. » — > Eo.

GOLDSMlïH. 39

n est assez vraisemblable que Goldsmith trouva ^ue 4es choses commençaient à aller trop loin , et| pour les arrêter de la manière la plus convenable ^ il composa le. poème célèbre des ReprésaUles {i) , satire piquante, dans laipielie les caractères et les défauts des membres du club sont présentés avec une spirituelle gaieté. Garrick est tancé assez vertement ; Burke , la cloche dwdiner de la okamhre des communes ,n'est pas épargné ; et de tous les membres distingués du club, Johnson et Reynolds sont les seuls qui échappent à la ïerule du satirique. Le dernier reçoit même des* marques non équivoques d'estime. J/efifct du poème des Représailûa fut de mettre Fauteur sur un pied plus égal avec ses co-sociétaires. U est même remarquable que Gc^dsmith résistait avec plus de fermeté au despotisme de Johnsoo, qu'il aimait et respectait, que n'osaient le faire les rivaux de ce sultan de la littérature. Bosweli en cite un exemple frappant. Goldsmith avait discuté sur la difficulté de faire parler les animaux dans un apologue, et citait pour exemple la fable des petits Poissons de La Fontaine ^ s'aperœvant que le docteur Johnson souriait avec une sorte de dédain, il continua d'une manière piquante : « Non, docteur Johnson, cela n'est » pas àmsi aisé que vous semblez le croire ; car M si vous aviez à faire parler des petits poissons^ » ils parleraient comme des baleines (a). »

Pour subvenir aux dépenses de ses nouvelles dignités, Goldsmith travaillait sans relâche. Les

il) RM

(ft) lie docteur Jokaioa était on Vomrae atliKS tique , qui «veit la voix très-{orte ; et accoutumé i dominer dans les «ociëtés oùU se trouvait , ii avait ce que nous appelons le vtrb* ha»t, — Tr*

4o GOLDSMITH.

Lettres sur t histoire d* Angleterre , qae l'on attribue commnaément k Iprd Lyttelton , et qui sont on àbr<%é excellent et très-amusant des Annales britanniques y sont de Goldsmith. On connaît la manière dont il les compilait par quelques anecdotes intéressantes de l'auteur ^ publiées par Lee Lewes , acteur de mérite^ que Groldsmith patro" nisait (i), et qu'il voyait Irès-souvent.

(c II lisait 9 d'abord y le matin dans Hume , » Rapin , et quelquefois dansKennet, les pa5sages » qui avaient rapport à la lettre qu'il avait àes^ » sein d'écrire \ il les transcrivait sur une feuille de » papier y et y ajoutait ses remarques. Il sortait n à pied ou à cbeval , avec un ou deux amis , Il qu'il avait constamment avec lui j revenait » dîner, passait généralement la journée en » société y buvait peu , et , quand il allait se » coucher, prenait ses livreset son papier pour n écrire avant de s'endormir. Ce dernier travail » lui coûtait fort peu de peine > disait-il 3 car, » ayant tous ses matériaux prêts, il écrivait soa n chapitre en entier ou en partie avec autant de j» facilité qu'une lettre ordinaire.

« De toutes sts cçmpilations , son choix de » poésies anglaises ( Sélections ofenglieh Poetry) » est celle qui , selon lui , faisait voir le fin du métier, » Il ne faisait autre chose que marquer d'un trait Il de crayon les passages à citer, et cet ouvrage Il lui valut deux cents livres sterling. Mais , di- » sait-il , dans un ouvrage de ce genre , un homme I) montre son jugement , et il peut avoir été vingt j» ans de sa vie à cultiver cette qualité.»

Au milieu de ces travaux de peu d'importance , Goldsmith aspirait aux honneurs du cothurne, et,

(i) Prof/geaity expresstoa tnslaise. — Eo.

GOLDSMITH. 4i

le 29 janvier 1768/ Vhomme bon (i) fut joué au théâtre de Covent-Garden. Cette pièce n'eut que neuf représentations. Il est probable que Fauteur modela le principal caractère sur le côté faible du sien : car Goldsmith était de tous les hommes le plus facile à se laisser duper par de faux amis* Le caractère de Groaker^ très-comique en soi, et parfaitement rendu par l'acteur Shuter, contribua beaucoup h sauver la pièce , que la scène des officiers de justice mit en grand danger y- parce que ces scènes étaient alors jugées trop vulgaires pour le théâtre* On dit que cette pièce rapporta à Goldsmith cinq cents livres sterling (it2,ooo francs )• Il loua un appartement plus considérable y se livra plus hardiment à des spéculations littéraires^ mais^ malheureusement aussi, à des dépenses plus fortes, et à son penchant pour les jeux de hasard. Les Mémoires et Anecdotes , que nous avons déjà cités, donnent une description curieuse et détaillée de sts habitudes et de sa manière de vivre à cette époque , où il était constamment occupé k faire des extraits, des abrégés, et autres compilations , mais en même temps travaillant lentement et dans le silence à ces vers inunortels qui lui assurent un rang si élevé parmi lejs poètes anglais.

a Goldsmith , qui écrivait facilement en prose ^ CI était obligé de travailler &t$ vers , non que son M imagination fût paresseuse, mais il passait beau' (c coup de temps à aiguiser le trait et à polir sa u versification. Il consacra , de son propre aveu , « quatre ou cinq ans à recueillir des matériaux <( dans tes excursions â la campagne , pour son « poème du Village abandonné ( Deserted

(l) The gtfêd-natund JUan.

4a GOLDSMITH.

« Fillagê) , ^t deux aiu à le finir. Voici quelle « était sa manière de composer des yers : il « ^orirait d'abord en prose une partie de son « plan^ et jetait %»& idées oomme elles lui i^naient : « puis il les disposait en ordre pour les mettre en « yers^ les corriger et en ajouter d'ami«s ^pi'il « croyait meilleures* Quelquefois il franchissait a les limites de sa pvose préparatoire , et ajoutait « quelques vers impromptu^ qu'il revoyait avec «c un soin «ztrême^ de peur qu'ils ne parussent ne «c pas tenir au sujet.

(c L'auteur de «es Jdémoires (Lee Lewes) alla te xïhez le docteur le surlendemain du jour <iii il (C avait -commencé le ViMage ahandowné ; il lui M commoniqua le plan de son ipoème. Quelques- « uns de mes amis , dit. le docteur , ne goûtent « pas ce plan y et pensent que cette dépopulation o de villages n'existe ^oint ; mais je suis certain « du fait« Je me souviens qu'il y a des Tiliages « dépeuplés en Irlande ^ et j'en ai vu dans ce (C pay^»ci« il lut ensuite ce qu'il avait composé le « matin ^ commençant par ces vers :

o Chars et aiinabteft betceanx de Pinaeoettoe et de la paix , s^* )onr de ma jeimesse « alors que toaa lea jeux me charmaient , combien de fois }*ai erré sur vos gâtons , où un modeste bota'Ueor •mbeiUsseit chaqfoe scène ! combien de fois j^ai reposé des ^etts satisfaits sur ces rians tableaux! Je crois revoir eocAfe la oahaae^ solitaire ,— la ferme cttltiy«e,<^le'ruiesean murmurant sans cesse , *— le moulin toujours en mouvement > -^ la simple valTée que couronne le coteau voisin, le bouquet d'aubépine , '•**>«t^soas soft ombrage des sièges destinés à la vieillesse can&eoae et aux amans qui venaient y- dire tout bas leurs secrets. »>

(( £h! bien, dit-il , je^ois que ce n'est pas une <c matdnée perdue^ et si vous n'avez rien de mieux ce à faire, mon cher enfant, j'aimerais it faire « le dimanche des oordonniers avec vous. Ce « dimanche des cordonniers était vraiment un

ce jonr de fête pour le p&a^re Ooldsoûlh ., et il tt le passait de la mauère siiiyaiite.

(( iVois «tt quatre de ^s intimes amis le donce Baient rendes-yous chiDz lui pour dëjemer k <c dix heures; à onze heures ils se rendaient ipar <c la rouie de la Cité (Oity^road) et à Iraxrers H les champs, à la grange de fii^ibtirj, oii l'on « dînait \ vers les six heures on allait k JVhite ce Conduit Houae prendre le ihë^ «t l'on adierail ce la soirëe en allant souper au café Oreç^ ou k i( c^ui de da Bourse dans le Ten^e^ «u du fc Globe dans Fleet^Street. Dans ce temps-l& (^en « 1766) , il y avait rëgoliièrement à la grange de c( Highbury un ti*ès^bon ordinaire de deux plats « avec de la pâtisserie y à dix pences (i) par ce tôte 9 y /compris Un penny ^our le garçon : ce c'étaient poar la plupart des bonunes de lettres, ce qndques avocats, et quelques marchands retirés, ce e{ui composaient cette table d-hôte* La dépense •e de la journée n'excédait jamais quatre shellings , « et ne montait souvent qu'à trois shellings et « demi. Pour cette somme on avait joui d'un « bon -air , on avait fatt de Pexerdce » on avait « bien vécu, on avak l'exemple de mœurs simples, « et l'on avait pris part à uue<;onrversation agréable « et înstnictive. »

Le public reçut avec enthousiasme le KiUage abandonné; l'él^ance, le ivaturel, la simplicité, le paAétique qui distfinguent cette production de GolebmiA, furent appréciés. Le libraire montra autant d'adresse que de générosité en forçant l'anleur à accepter cent^livres sterling, que le docteur voulait absolument rendre quand il eut calculé

(1) Vingt sous français.

44 GOLDSMIl-fl.

qu'à ce prix il recerait une couronne (i) pour chaque vers, somme qui, selon lui, était exorbitante* La yente du ViMage abandonné le dédommagea amplement de cet exemple bien rare de modération.

Lîssoyi village pris de Ballymabon, où le firèr» de Goldsmith ayait une cure , passe pour être le lieu décrit dans le poème du Village abandonném On montre encore l'église qui couronne le coteau . Toisin^ le moulin et le lac; et une aubépine a souffert de la célébrité que le poète lui a donnée ; tous les admirateurs du poète irlandais ont yotdu ayoir des cure-dents et des fouloirs de tabac de cette aubépine chantée par Goldsmith. Il est à présumer que la description doit beaucoup à l'ima* gination du poète, mais c'est un hommage qui lui est rendu dans la patrie de ses pères. .

Nous devons faire mention ici des Abrégés de l'histoire romaine et de l'histoire d'Angleterre par Goldsmith. Ils sont tiès-propres à donner h la jeunesse les connaissances élémentaires , parce qu'ils rapportent tous les éyénemens remarquables et intéressans sans entrer dans une controyerse fatigante pour des enfans , ou dans des détails arides. Cependant V Histoire d* Angleterre attira au pauvre Goldsmith le ressentiment des Whigs les plus ardens , qui l'accusèrent de ti*ahir 4es libertés du peuple , u tandis que , comme il le dit t( dans une lettre à Langton , Dieu sait que je « n'ai pas eu une pensée pour ou contre la liberté « en composant l'ouvrage, et que je n'avais d'autre ix but que de faire un volume d'une grosseur «c ordinaire I et qui, comme dit Squire Richard, (c ne fit de tort à personne. »

(i)SixfraDcs.

La célèbre comédie de She Sloops to conquer (i) suivit son Histoire , et c'est la meilleure pièce de Goldsmith* Si l'objet de la comédie çst de faire rire les spectateurs , Johnson dit que celle de Goldsmith y réussit plus qu'aucune de celles de ce temps-lk. Lee Lewes y parut pour la première fois comme acteur parlant , dans le rôle du jeune MarloWy et il nous a conservé des particularités qui doivent avoir le mérite de l'exactitude.

« Au lieu d'assister à la première représentation » « Goldsmith était entre sept et huit heures au Mail « dans le parc Saint-James \ et ce ne fut que sur il les observations réitérées d'un ami qui lui fit u sentir combien sa présence pouvait être utile ^ (c s'il y avait quelques changemens imprévus à (( faire à la pièce , qu'il se décida à aller au ii théâtre. Il était sur la porte justement au mite lieu du cinquième acte , au moment oii l'on te sifflait la scène invraisemblable où mistress ii Hardcasste , quand^ elle est dans son parc , se tt croît à' quarante milles de sa terre tout près de «( sa maison. — Qu'est-ce que c'est? dit le docteur <c effrayé du son qui frappait son oreille. —-Bah ! a docteur , dit Golman (2) , qui était debout dans ce la coulisse ; n'ayez pas peur des fusées ^ nous (c avons été deux heures assis sur un baril de c< poudre.

ce Dans la vie de Goldsmith > imprimée en i> tête de ses oeuvres , on dit que Colman fit cette ré- )> ponse à la dernière répétition de la pièce ; mais i> le docteur m'a conté lui-même le fait tel que n je l'ai rapporté; et jusqu'au dernier moment

(l) Elle t^abaisse pour vaiitcre , ou U* Méprises et une nuU- €ett« comédie pleine de gaieté a été transportée par fragmens sur plusieurs de DOS théftires secondaires. — £o.

(a) Golman le père»

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i> de sa Tie il n'a pas pardonné à Golman* » Il n'est pas inntHe de remarqaer ici que le piîn* cîpal tnâdenc de la pièce est emprunté- d'une méprise de Fauteur hii-niémey cpii, T<Mfa|^nt en ' Irlande I prit eflfeetÎTement la maison dfùn gentifehoome pour une aid>erge.

Nous ne dissimnlerons pas que qud^e doux^ quelque aimable , quelque bienTeilIant que Goldsmith se soit montré à ses contemporuns^ surtout h ceux qut ayaieni besoin de ses secours^ il arait sa bonne part de cet esprit jaloux et irritable qu'on a de tout temps remarqué chez les auteurs : genus irrkabile vaium. Une plaisanterie de joi^nal Rengagea dans une querelle absurde ayec Fédt^ teiff^ Erans , affaire qui lur fit peu d'honneur.

Le défaut d'éconoBiie^ des pertes; au jeu, et une trop grande eoniance dans la variété de ^s talens et dans sa lacflitéi avaient mis un grand embarras dans ses affaires. Il fut tourmenté pour des engagemens qu'il arait contractés , et qu'il ne pouvait remplir avec la rapidité ezpéÂtive que les libraires se croyaient en droit d'exiger. Un de ses derniers ouvrages fut une Histoire de la terre et de la nature animée, en six volumes , qui n'annonce ni recherches profondes , ni connaissances exactes, mais qui offre au lecteur une idée générale et intéressante du sujet en style clair et élé^ gant, et qui contient des réflexions excellentes. Cest à propos de cet ouvrage que Johnson fit la remarque qu'il a depuis intercalée dans l'éjpitaf he de son ami. — a II compose maintenant une his- » toire naturelle j^ qu'il rendra aussi agréable qu'un )> conte persan. »

Le terme des travaux de GoUsmith approchait : il avait été sujet depuis quelque temps à des at*

GGLDSMÏTH. 47

laques de strangurîe occasioaëes par une trop grande application à àes occupations sédentaires. Une de ces attaques , aggravée par des chagrii», amena la ftètre*^ Malgré tout ce qu'on put ktt £re^ il prit des poudres du docteur Janes, qui ne le soulagèrent poi««. Il mounif le 4 d^aTrii i'774> et fet enterré Irès-fliede5»eflienlr dans le cknelière du Temple. Vm mevument^ ëi^eré pa£ souscription dans f abbaye de Westminster^ porte L'in* scription latine suivante* composée par le docteur Johnson.

OLIYARl GOLDSMrrH, Poète , pliyski, liittorici , Qui nuUum fere scriboidi i^om nos tetigit, Tïullum qood Utigit orna vit, Sive ri&tts essent movendi Sive iacrimœ , àfiectiuuii potcns ac Isms domiaator Ingenio f^sublimis, viyidiUf ««rsitaUi Oratione , grandis , nitidus , veiuutiu Hocrnoonmentum memoriam oolensj Sodaliam: zmar, Amicorum fides ^ Lectorum veaeratio. , Natus in Hiberaise Feniiœ I^ongfordiensis Uno loqui nomen Pallas Wov. XXIX MDCGXXXI.

EblanïB litUri^ institujlus ,

Obiit Londini f April. IV MDCCLXXIV.

Cette él^anté é^itaphe donna lieu h une pétition en forme de rondeau , adressée au docteur Johnson y pour le supplier d'y substituer une inscription anglaise^ plus convenable à un auteur qui ne ft'était rendu câëbre que par des ouvrages écrits daas cette langue : le docteur s'en tînt à s» première idée.

La personne et les traits du docteur Goldsmith n'étaient, pas agréables. C'était un petit

4B OOLDSMITH.

homme assez gros; il avait le visage rond ^ trèsmarqué de la petite-yërole, le front bas, et sin^ gulièrement saillant. Ces traits communs annonçaient cependant un esprit observateur.

Cet abrégé de la yie de Goldsinith indique les particularités de son caractère. C'était un homme de bien, et dans ce qu'il a écrit de plus libre, il ne s'est jamais écarté du respect que la vertu doit inspirer. Une grande délicatesse de sentimens distingue tous ses ouvrages. Ils nous font comprendre cette générosité naturelle qui ne connaissait de bornes que l'impossibilité de s'y livrer. Il entrait dans les inconséquences d'un tel caractère un dé* .faut de fermeté et de résolution qui le mettait à la merci de la ruse et de reffionterie, lors même qu'il les soupçonnait dans ceux qui abusaient de sa bonté. L'histoire des souris blanches (i) est biea

(i) ^^ous croyons pouvoir citer ici cette anecdote telle que la ra« coûte M. Âmédée Pichot dans une notice sur Goldsmith, insérée dans les cBefs-d'œuvre du tbcâtre étranger.

f> Goldsmith, auteur original et ingénieux, était la dupe de tous « les mystiGcateurset souvent des fripons. Je ne me rappelle plus a oûj^ai lu qu'un de ses amis, je crois que c'était Carteret , qui « avait plus d^une fob levé un impôt sur sa bonhomie , vint le a trouver un jour, les yeux rayonnans , se frottant les mains d'un « air de bonlieur , et s*écriant que sa fortune était faite — Ec M comment ? demanda Goldsmith avec un intérêt affectueux. •»• « Apprene» , lui dit Gartcret, que j'ai découvert que la princesse m de Galles.a depuis long-temps la plus grande envie d^avoir des o souris blancbes ! — « £h bien ? — Eh bien , un de mes amis , de e retour des grandes Indes , vient de m*en apporter quatre. Je

• cours chea Son Altesse, les lui offrir respectueusement, et vous u savei qu'elle est sensible aux moindres attentions. Qui sait jna« « qu'à quelle somme peut aller sa reconnaissance! Adieu, j'y a cours. — Courez , s'ccrie Goldsmith , coures , et puis vcne»

• m*apprendre combien elle vous aura donné. Mais tout & coup Ai son ami semble passer de la joie i la plus profonde tristesse. a Hélas! dit-il , il n'y a qu'une difficulté , je n'ai pas de quoi « acheter une cage pour meure les souris ! — Ce n'est qne cela qui " vous embarrasse ? s'écrie Goldsmith : tenei, mon ami, je ne suis « l'as mieux eu fonds que vous; mais voilà ma montre , allez la

connue; et dans son histoire si plaisante de la JEÊtmche de venaison (i) ^ Goldsmith a rapporté un autre exemple de la manière dont il fut pris pour dupe* Ce ne pouvait être entièrement Fefiet de la simplicité ; car celui qui a si bien su conter les tour& de M. Jenkinson était certes bien capable de deviner des escrocs moins habiles. Mais Goldsmith ne savait pas refuser; trompé, les yeux ouverts, il était la proie la plus facile pour les imposteurs dont il savait si bien décrire les manœuvres. Il était homme à accepter le mandat sur le voisin Fiamborough (2) , et il eût indubitablement fait le fameux marché des lunettes vertes (3).

A cette bonhomie se mêlait un excessif amourpropre : il ne convenait pas volontiers que l'on pût rien faire mieux que lui, et quelquefois il s'exposait au ridicule de vouloir traiter des sujets qu'il n'entendait pas. Mais, quand la critique a fait remarquer ces faiblesses, et l'insouciance de Goldsmith pour ses propres affaires , la tâche est finie; sa trop grande bonhomie avec les fripons est rachetée par sa bienveillance universelle y et l'esprit dont pétillent sts écrits contrebalance y et au-delà , ce qui lui manquait dans la

• mettre en gage Garteret se garde bien de refuser. Quelques « jours après, Goldsmith le reocoutre : Eh bien ! vous aves ou-

• blié de venir m'apprendre comment la princesse avait reçu vo're « cadeau. — Àh ! dit Garteret en souriant , croiries-vous que \m m suis arriva trop tard ? Les souris frétaient échappées » nous en « sommes pour les frais de la cage. — Ed.

(1) Historj oftkeHauneh of venaison , poème comique. — « Ed. (a) Allusion à un des tours de Jenkinson dans le f^icair* d* fTak^/ield. ^Es.

(3)i»û{. — Ed.

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