TOME X
que nous nous permettons de criliqoer ce q«I nous a si Yiyement intéresses. Alors, nous reconnaissons qu'il n'y a pas un mérite bien remarqual)le dans le plan ; que plusieurs des incidens sont improbables , et qu'il y a des mystères qui ne sont pas éclaircis. Mais l'impression générale que nous ayons teçue resté la même , parce qu'elle est fondée' sor le Souvenir des émotions profondes du merreilleux, de la curiosité, de la crainte même, que nous ayons éprouvées dans le cours du réch*
Un jeune homiAe d'une haute naissance^ et possédant une fortune très - considérable , devient amoureux d'une demoiselle qui n'en a point , dont la famille est inconnue , et qui a la beauté et les talens ordinaires dune hér(»Lne de roman* La famille du jeune homme repousse l'idée d'une pareille union ; l'orgueil de sa mère s'en indigne* Elle appelle à son aide le véritable héros de l'histoire , son confesseur , un père Schedoni, caractère aussi fortement dessiné , aussi détestable par les crimes qu'il a autrefois commis que par ceux qu'ail est encore disposé à commettre; redoutable par ses talens et son énergie , à la fois hypocrite et débauché, insensible et implacable. A l'aide de cet agent , Vivaldi , l'amant , est jeté dans les prisons de l'inquisition, et Hélène, l'objet de son amour , est emmenée dans une caverne obscure , oii , craignant qu'un complice ne trempe ses fureurs , le moine se décide à l'immoler de ses propres mains. Jusqu'ici l'histoire, ou au moins la 3ituation , ne diffère pas beaucoup des Mptères d'Udolphe , mais la belle scène où le moinci levant le bras pour frapper sa victime endormie, reconnaît sa fille, est neuve, grande et sublime; l'horreur qu'éprouve un scélérat qui , prêt à coin-
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mettre un assassicaf, tieôt d'échapper à un crime encore plus horrible , est le plus beau tableau que le pinceau de mistress Raddiffé ait tracé. Le détestable Schedoni rencontre un être aussi méchant qui lui , qui déjoue ses complots , et il est enfin accusé et conyaincu par ce même homme qui avait été son confident. La curiosité reste long-temps suspendue et comme haletante dans le cours de ces intr^es , par lesquelles mistiress Radclifie saviait si bien exciter Fintérêt.
En examinant ayec réflexion la partie historique du roman , on s'aperçoit que beaucoup d'incidens ne sont qu'imparfaitement expliqués ou dévisloppés. De ce nombre est l'étonnement que témoigne le grand inquisiteur, et qui est d'un effet si frappant, quand on entend une Yoix étrangère , même en présence de ce tribunal redoutable, assumer le rôle d'interrogateur qui appartient à ses juges. L'incident est certainement du plus grand effet au moment où Vivaldi est amené, un mouchoir sur les jeux, et qu'il est attaché sur la roue; la voix d'un agent mystérieux, qui l'avait plusieurs fois coudoyé dans le chemin , et qui avait éludé ses recherches, se mêle à ses interrogatoires , et frappe de conster^ nation toute l'assemblée* a Qui est-ce qui s'est » mêlé parmi nous, répéta le grand inquisiteur » d'un ton plus haut. Point de réponse encore; » mais un murmure confus se fait entendre , et la n consternation semble être générale. Personne » ne parlait assez haut pour être entendu de H Vivaldi; il semblait que quelque chose d'ex- » traordinaire se passait , et il en attendait l'issue M avec toute la patience dont il, était capable. . » Bientôt après, il entend les portes s'ouvrir,
ig6 RADCLIFFE.
» et le brait de personnes qui quittent la chambre* » Un profond silence succède ; mais il était cer- » tain que les familiers étaient encore à ses tt côtés , attendant Tordre de commencer leur n œuTre de torture* »
Cette scène est incontestablement très-belle; mais tout ce que l'on apprend de Tintrus *qui a jeté le tribunal dans la consternation, c'est que c'est un officier de l'inquisition; circonstance qui explique bien comment il a pu être présent à l'interrogatoire de Vivaldi , mais nullement pourquoi et comment il y prend part , contre le gré du grand inquisiteur. Le grand inquisiteur n'aurait certainement pas été sorpris ni intimidé de la présence d'un de ses officiers. Sa présence était un devoir , et une interruption eût été jugée comme une insolence. On pourrait ajouter que l'auteur ne donne aucune raison satisfaisante de la cruelle et implacable inimitié de Zampari pour Scbedoni y et que les motifs connus de cette haine invétérée sont faibles et assez communs.
Nous pourrions faire remarquer une pbis grande négligence encore relativement au palais en ruines du baron Gambnisca , où le récit imparfait de l'histoire horrible à laquelle fait allusion le paysan qui sert de guide à Schedoui, semble agir sur la conscience tourmentée du moine, et prépare le lecteur k une suite d'incidens importans. Il n'est pas douteux que mistress Radcliffe voulait Ker cette histoire commencée k quelques détails de l'histoire principale -, mais que l'ayant achevée plus précipitamment, ou d'une manière différente qu'elle ne Tavait d'abord conçue , elle avait , comme une ouvrière un peu négligente^ oublié de reprendre ses mailles^ C'est là cependant tromper
l'imagina tion du lecteur que les auteurs de c« genre de roman devi'aient satisfaire quand ils l'ont éveillée. D'un antre côté , les critiques ne doivent pas perdre de vue combien il est plus facile de compliquer la trame d'une intrigue que de la dénouer parfaitement. Dryden , dit-on , maudissait ceux qui avaient inventé le cinquième acte dans les tragédies et les comédies^ et les romanciers ne doivent pas bénir la mémoire de celui qui a imaginé les cl^apitres explicatifs.
On a dit que les usages et les règles du tribunal de l'inquisition n'étaient pas bien observés dans ce beau roman : accusation plus facile a mettre eu avant qu'à prouver , et qui , fût-elle vraie, est de bien peu d'importance, parce que le code de ce tribunal nous est heureusement peu connu. Une erreur bien plus grave, est le mauvais cboix de mots italiens en langue italienne employés pour donner un air de localité à la scène ^ et qui sentent un peu l'affectation. Mais si mistress Râdclifie n'entendait pas parfaitement la langue et les mœurs italiennes , le morceau suivant prouve qu'elle savait peindre un paysage de cette Italie , qu'elle n'avait pu voir que dans les tableaux du Poussin ou de Claude JLorrain.
« Ces promenades les conduisaient quelquefois nt à Pouzzole , à Bayes , ou aux coteaux boisés n de Pausilippe, et à leur retour dans une barque » le long de la baie éclairée par la lune^ la » mélodie des chants d'Italie semblait enchanter » le rivage. Souvent c'était un trio de vendan- » geurs se reposant des fatigues du jour , sur un » promontoire, à l'ombre des peupliers, ou quel- » quefois la musique vive et gaie d'une danse de » pêcheurs rasse^lblés sur la ylage* La i:ame
Mb. des bateliers restait immobile , tandis que les^ » voyageurs prêlaient l'oreille h. des yoix aux- » quelles le sentiment ajoutait un charme que » l'art seul ne peut donner^ ou bien ils admi- » . raient la gr&ce légère ^t naïve qui distingue la )>.. danse des pécheurs et des villageoises des en- ». virons de Naples* Souvent en doublant un » ' promontoire dont les masses boisées s'avançaient )) comme suspendues sur la mer, ils découvraient n des perspectives magiques , ornées par des » groupes de danseurs , et que le pinceau ne ». saurait rendre. L'eau profonde et limpide ré* ». fléchissait tous les accidens du paysage , les » rochers découpés en formes bizarres , et cou- », verts de bosquets, dont le feuillage abondant »; descendait jusqu'à leur base , la F'illa en ruines ». se montrant à travers les arbres, sur un cap » avancé ; les chaumières sifôpendaes sur les pr^ » cipices, et les groupes dansant sur le rivage* » Tous ces objets éclairés par la lumière argentée » de la lune ou à demi voilés par les ombres ». de la nuit, et d'un autre côté la mer resplen- »^ dissante de clartés et sillonnée en tout sens » par des vaisseaux que l'on distinguait dans le » lointain , présentaient un spectacle d'une ma- » . gnifîçenee sublime. »
Il y a dans l^Italien d'autres passages descriptifs qui , comme ceux des Mystères d'Udolphe^ se rapportent au style de Salvûtor Rosa.
L'enthousiasme pour le nouveau roman de nûstress Radcliâe fut égal à celui qu'avaient excité les deux précédens ; et l'on ne peut pas dire que ce fut le froid accueil du public qui la décida à se retirer d'un théâtre où elle brillait de tout l'éclat, de sa renommée. Cependant f/to-
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lien fut le dernier oayrage^e mUtress RadcUffe publia*
On ne peut former que des conjectures bien Tagues sur les motifs qui condamnèrent^ pendant plus de vingt ans , une imagination aussi féconde à une stérilité dont les lecteurs avaient peine à se consoler. La douceur de son caractère auraitelle été intimidée par, une critique désobligeante qui, comme l'envie^ pardonne rarement au talent; ou bien, comme il arrive souvent, n^ist^ess Badclifie aurait-elle été dégoûtée de voir le genre de composition qu'elle avait mis en vogue , profané par la tourbe des scrviles imitateurs qui copièrent et rendirent plus sensibles ses défauts sans reproduire sts beautés* Elle fut si ferme dans sa résolution , que pendant plus de vingt ans le nfmi de mistre^S Radcliffe n'était pronpncé que par ceu^ qui parlaient de se^ anciens ouvrages, et elle menait une vie si retirée ^ que l'opinion générale était qu'elle n'existait plus*
Quoiqu'elle n'ait rien publié, il est i|npo^ib|^ de croire qu'une imagination aussi fecpude ^ * aidée d'une aussi grande facilité, soit demeuré^ inactive pendant un aussi long ii^tervalle; mais les manuscrits qu'elle a pu laisser sont encore inédits* JNous avons q^elque motif de çroii*e que dans un temps elle avait eu des arr^ingçpeï^
ÎiresGue conclus avec une maison respect^plp 4^ ibrairie pour un roman poétique î ils furent rompus, parce que l'auteur changea d'avis, ou retarda le moment de la publication. Il faut espérer que le mondc^ ne sera pas définitivement privé de ce qui ne pourrait être qu'une source de plaisir pour lui (i).
( 1) Od a puLI.^ depuis cette nolkc un roman de mislress Bad*
La yie priyëe de mistress RadclifTe semble avoir été particulièrement calme et retirée. Elle se refusa probablement à cette sorte de notoriété qui, dans la société de Londres^ s'attache aux per^ sonnes dont les écrits ont de la rcputaûon* Jamais peut-être un auteur, dont les ouvrages ont été universellement Iqs et estimés, ne fut si peu connu personnellement, même de cette classe . de gens distingués qui appuient leurs prétentions au ton fashionahle sur la fréquentation d'une société de littérateurs Sa demeure n'eu était pas moins agréable , et son bonheur domestique ne fut pas troublé , quoique beaucoup de ses admirateurs crussent ^ et que Quelques-uns croient encore , que , sans cesse occupée des terreurs qu'elle décrivait y jsa rabon s'aliéna enfin y et que l'auteur des MyatèreB d'Udolphe habitait la tristç enceinte d'une maison de fous* Ce bruit se répandit si généralement, et a été si souvent répété par les journaux et dans la société, que l'éditeur de cette notice l'a cru pendant plusieurs années , jusqu'à ce qu'il ait su de très-bonne part qu'il n'y avait jamais eu le moindre fonde* ment à cette fable.
Un fau^ rapport d'un genre différent fit beaucoup de peine à mistress Radcliflfe. Dans sa correspondance , miss Seward , parmi les commérages littéraires du jour , avança sans façon que The Play 8 on the Passions (i) sont de mistress Radcliffe, et qu'elle les avouait. Mistress Radcliffe fut trè^s-fàchée qu'on la jugeât capable d'emprunter la réputation d'une autre \ et miss Seward
cliffe, sous le titre de Gaston de BlomlevUh. — Ed.
' (l) Drames sur ht passUns^ par miss Baillie. yoje* le Yojag« littéraire en Angleterre et en Ecosse. Tome 1er. — Ed.
RADCLÏFFE. iioi
n'eût pas ëtë moins ; affligée si elle ayait pu prévoir le chagrin qu'elle causerait en donnant cours Il une supposition si peu fondée. Le fait est que miss Seward, s'étant mise à un régime de nou- "velles littéraires , était souvent la dupe des pourvoyeurs empressés de lui donner la nouvelle la plus fraîche , sans s'embarrasser si elle était vraie. Pendant les douze dernières années de sa vie > mistress Radcliffe souffrit beaucoup d'un asthme spasmodtque qui affecta et affaiblit sa constitution* Cette maladie chronique prit un caractère plus dangereux le 9 janvier 1822 , et, le 7 février suivant y mit un terme à la vie de cette femme ingénieuse et aimable : elle mourut dans sa maison de liOndres»
Mistress Radclifie a un droit incontestable à prendre place parmi le petit nombre des écrivains que l'on distingue comme fondateurs d'une école* Un grand nombre d'auteurs ont cherché à l'imiter^ mais ils sont restés bien au-dessous du modèle^ il faut peutrêtre faire une exception en faveur de l'auteur de la Famille de Montorio (1) (le révérend Maturin.)
Le roman , tel que mistress Radcliffe l'a conçu , est au roman moderne ( novel) ce que l'anomalie dramatique appelée mélodrame est au drame pioprement dit. Il ne cherche ni à plaire à l'esprit par la peinture du cœur humain, ni à émouvoir les passions par des scènes pathétiques, ni ai parler à l'imagination par des tableaux de mœurs , ni à exciter la gaieté par des situations c(5miquès
{l)Th« fmimlj •/ Monlorio,
ïo» RADCLTFFE.
oa bouffonnes. En d'autres termes , ce genre necaptiye l'attention ni par les. moyens de la tra-> gédie j ni par cenx de la com^e ; et cependant il produit, par des mo]Fens étrangers à ces dew^ genres de composition , un très-grand effet , en excitant le sentiment de la crainte soit par des^^ dangers natarels, soit, à Taide de la saperstition*. Toat le charme consiste dans la description d'incidens tout extérieur» / les caractires sont entier rement subordonnés au lieu de la scène , comme les figures d'un pay^ ge ne se distinguent que par les traits qui les mettent en barmonie avec les arbres et les^ rochers , objets ^incipanx^ du tableau. Tous les personnages (et ici le rapproche-» ment du mélodrame et des romans dans le genre des Mystères cTUdolphe est facile à faire) figurent , non comme, individus, mais comme représentant la classe à laquelle ils appartiennent. Un comte farouche et despotique; une vieille concierge de château, qui est dépositaire de presque tous les secrets de la famille; une femme de chambre causeuse; un valet plaisant et gai ; un ou deux bandits capables de tout ; et une héroïne qui , douée de toutes les perfections imaginables, se trouve exposée à toute espèce de dangers, voilà le fonds du magasin d'un romancier et d'un auteur de mélodrames. Si ces personnages se présentent dans le costume qui convient à leurs rôles, et parlent le langage de leur condition, de leur rang et de leur caractère , il ne faut pas s'attendre à ce que les spectateurs se tiennent les côtés de rire , ou fondent en larmes en les écoutant. D'un autre côté il est indispensable que ces personnages , qui n'ont point de traits particuliers qui les distinguent, aient la physionomie de la
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classe à laquelle ils appartiennent ; que leur costume corresponde à leur rôle dans la pièce ; que leur langage et leur maintien augmentent la frayeur qu'ils doivent inspirer^ ou^ dans l'occasion, forment un contraste dramatique. Mistress Radcliffe avait le grand talent de peindre ces personnage^, de ne les présenter que dans le jour douteux qu'exige le mystère , et de les faire parler et se conduire d'une manière analogie à leur situation et à leur intervention*
Kpus citerons pour exemple l'admirable portrait du moine Schedoni dans le roman de riialien»
<( Sa figure était remarquable et frappante , « mais ce n'était point par sa grâce* U était c( grand, et, quoique extrêmement maigre, ses « membres étaient larges et forts* Quand il marte chait, enveloppé dans la robe noire de son « ordre, il y avait dans son air quelque chose c( de terrible,— -quelque cbose de plus qu'humain*. <( Son capuchon, jetant une ombre sur la pâleur > (( livide de son visage, ajoutait à la sévérité « de sa physionomie , et donnait â ses grands <( yeux un caractère de mélancolie qui approchait <( de l'horreur. Ce n'était pas la mélancolie d'un u cœur sensible et blessé , mais celle d'une âme <( sombre et féroce. Il y avait dans son visage c( quelque chose de très-singulier , et que l'onr (( ne saurait définir. On y apercevait les traces « de bien des passions qui semblaient avoir laissé (( leur empreiQte sur ces traits qu'elles n'ani- « maîent plus* La tristesse et la sévérité y dor- » minaient ^ ses yeux étaient si perçans qu'ils (( semblaient pénétrer d'un seul regard dans les «( profondeurs du ceeur des hommes, et y lire <( leurs plus secrètes pensées* Peu de personnes
2o4* RADCaLIFFE;
« pouvaient supporter ce coup d'œif scrutateur ;, (( et Ton cherchait à éviter ses yeux quand on « les avait déjà rencontrés. Cependant, malgré « cette sombre austérîté, quelques occasions rares (( avaient prêté à sa physionomie un caractère (c tout, différent : il pouvait s'accommoder avec c( une étonnante facilité à Fhumeur et aux passions « des personnes qu'il voulait se concilier , et il « parvenait à les subjuguer entièrement (i).
Ce portrait et- plusieurs autres qui se trouvent dans les romans dé mistress Radcliffe révèlent untalent peu ordinaire* Ils sont , à la vérité , plutôt du domaine du roman que peints d'après nature; mais l'impression qu'ils font sur l'imagination est à peine affail)lie par la réflexion, qu'ils sont en quelque sorte aussi fabuleux que les fées et les ogres.
Quand le public s'est laissé surprendre Jusqu'à applaudir, il est assez ordinaire qu'il s'en dédommage en censurant avec une sévérité égale à l'enthousiasme qu'il avait témoigné; précisément comme les enfans , quand ils sont fatigués de leurs joujoux, les brisent en morceaux. Mistress Radcliffe était destinée à éprouver le sort commun à tous les auteurs, (es critiques que l'on ût de ses ouvrages furent quelquefois d'autant plus cruelles , qu'elles étaient écrites par des hommes de talent qui suivaient la même carrière qu'elle; en sorte que l'envie peut fort bien n'y avoir pas .été tout-à-fait étrangère. On a dit dans le temps, et l'on a quelquefois répété depuis , que les romans de mistress Raddiffe, et l'enthousiasme qu'ils
(i)Sir Walter Scott aurait pu remasquer que lord Byron s'eit approprié les principaux traita de ce portrait de Schedoni , pour peindre Conrad , Lara et surtout le Giaonr. •» Ed.
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avaient excite ^ prouvaient le mauvais goût de l'époque. Au lieu de continuer k aig:ier les peintures -vraies des passions, comme celles de Ricbardson, ou des mœurs , comme celles, de Smollett et de Fielding, ou en revenait aux contes d'enfans, et Ton ne pouvait se rassasier des fictions ex« travagantes et improbables d'une imagination exaltée.
Quand on veut être juste, on s'aperçoit bientôt que cette critique tient à cet esprit dépréciateur. qui cherche à détruire la réputation d'un écrivain, en lui refusant les qualités qui appartiennent à un genre de composition tout-à-fait différent de celui qu'il a choisi. La question n'est pas si les rjomans de mistress Radcliffe ont l'espèce àe mérite que son plan n'exigeait pas , et qu'il excluait même ; il ne s'agit pas non plus de prononcer si le genre qu'elle a choisi a la dignité et l'importance de celui que les grands maîtres ont illustré. L'unique point à décider, est de savoir si, considéré comme genre nouveau , le roman de mistress Radcliffe a quelque mérite, et fait plaisir. Quant à ces avantages particuliers d'un autre genre qu'on regrette de ne pas trouver dans ses ouvrages , portons nos regards sur les œuvres de la nature , et nous nous convaincrons combien est injuste ce système de critique. Nous voyons igue non-seulement chaque étoile diffère d'une autre par son éclat particulier^ mais. que chaque arbre a ses fruits , et que chaque fleur a sts beautés qui lui appartiennent exclusivement. Il en est de même du champ de la littérature; il y faut de la variété , et l'on peut dire de la muse de la fiction , comme de ses autres sœurs :
m6 RADCLIFFE.
MiilU hmhtt^ntafUy mille dectnUr hmbH (l).
On pourrait ajouter pour confondre les hypercritiques auxquels nous faisons allusion ^ que nonseulement la yariété inânie de nos goûts exige difierens styles de composition pour la satisfaire, mais que si l'on demandait un genre qui eût du cbarme pour l'homme instruit et l'ignorant , pour l'homme grave et le frivole , l'homme du monde et le campagnard, ce serait peut-être le genre même que dans leur censure austère ils cherchent à déprécier. Il y a beaucoup de personnes trop superficielles pour goûter les beaux mais longs développemens de passions que l'on admire dans Richardson ; il en est d'autres qui n'ont pas assez de vivacité dans l'esprit pour saisir l'esprit de Lesage j d'autres ont dans le caractère une disposition à la tristesse qui les empêche de trouver du charme au naturel comique de Fielding : et ces mêmes personnes quittent difficilement la lecture des Mystères d'Udolphe , " ou du Roman de la Forêt. La curiosité , le plaisir du mystère et un germe caché de superstition sont au nombre des élémens de l'esprit humain, et plus communs que le sentiment et le goût chez la plupart des hommes.
L'auteur inconnu des Essais de Littérature , qui , au sujet de ce genre de romans , se fait gloire d'avoir un cœur anglais, qui n'est pas accoutumé à tressaillir à l'aspect d'un spectre , ou au bruit des ossemens d'un squelette :
.» Booitstm êfiffhh hetiri ,
Utuued ai ghosts or rattlihg ioms to starf.
ne conteste point aux ouvrages de mistress Èad-
(!■) Elle a mille ornemens , chacun est ucc grâce.
RADCLIFFE. ncj
dUfle te&s mérite de composiûo». Il fait même tto assez grand éloge de son talent, après avoir parlé ayec peu de respect de quelques autres dames qui se sont exercées dans la même carrière. « Quoiqu'elles soient toutes de& femmes d'esprit , <( dit-il, elles font des romans trop sombres et « trop larmoyans , dont les aventures impro- (c bables tCHirnent la tête h nos filles ; elles u affectent aussi volontiers une teinte de dé* (c mocratte. Il n'^eu est pas ainsi de la grande <( magicienne des Mystères d'Udolphe : nourrie (( par les muses de Florence dans leurs grottes^ <( solitaires , sous les voûtes de la superstition <( gothique, et au milieu des terreurs de la magie; « c'est une femme poète que l'Ârioste aurait saluée (( avec transport comme une autre Trivulze nourrie <( dans l'antre sacré;
dr La nudrila « Damigella TrivuUia al taero speeo » (l)> '
Mistress RadclifiTe n'eut connaissance de ce compliment flatteur que long-temps après la publication de la satire , mais la sévérité d'un tel jtige, et la connaissance parfaite qu'il avait des mœurs et de la langue de l'Italie , qu'elle avait cboisie pour le lieu de ses plus belles scènes, durent rehausser 4e prix de cet éloge.
U faut ^encore observer que la même classe de critiques qui cherchaient à ridiculiser ses romans comme improbables et hors de la natiù>e, cherchaient surtout k rabaisser le génie de l'auteur sous prétexte de la facilité de sa tâche* U ne
(l) Ver» du début du chant quarante-sixième de VOrlando furioso. UArioste nomme toutes les beautés qui préparent son triomphe poétique , et entre autres /« jeune TtwuIm ^ nourrie dtuu Vantr* tneré »- Eo.
2o8 RADCLIFFE.
fallait , selon- eux , ni art ni talent pour produire lia intérêt et dés émotions qae la légende Yulçaire d'ufr revenant- excite , après tout , bien plus fortement que les descriptions étudiées de mistress Radcliffe. Cette critique n'est pas plus fondée que la première , c'est bien par des ' ressorts qu'un talent médiocre peut faire jouer , que mistress Radcliffe captive l'attention. Mais ces ressorts , un usage trop fréquent risque de les user; le public est bientôt , /comme Macbeth , rassasié d^horreurs , et devient insensible aux stimulans les plus actifs de cette espèce. Il fallait donc tout le talent de mistresâ Radcliffe pour faire éprouver à ses lecteurs le même intérêt! dans trois romans du même genre , tandis que de ses nombreux imitateurs , qui ont voulu aussi nous promener dans les vieux châteaux , les forêts , et \ts antres affreux , aucun n'avait pu fixer l'attention du public jusqu'à ce que M. Lewis publiât le Moitié^ plusieurs années après que mistress Radcliffe eut renoncé à écrire.
L'auteur cherche surtout, dans ses compositions, à émouvoir ses lecteurs par les idées d'un danger , d'un crime secret , et d'une apparition toujours imminente ; en un mot , par le terrible combiné avec le merveilleux ; le plan général et les matériaux de ces romans concourent également à ce but* Ses tableaux sont en général aussi sombres que son 'histoire , et ses personnages , de ces hommes dor.t le regard seul vient encore les rembrunir. L'action se passe général^ilent dans ces régions méridionales de l'Europe , ou les passions , comme les plantes du sol , se ressentent 'de l'influence d'un soleil brûlant. Ces contrées abondent eh monumens mutilé» de l'antiquité ,
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et en debrîs gotliiques du moyen âge; la tyrannie féodale et la superçtilion du culte romain y exercent encore leur empire sur l'esclave et le bigot crédules j le seigneur ou le prêtre hautain y conservent ce pouvoir despotique qui déprave presque toujours le cœur , et trouble la raison. Le théâtre de l'action , les matériaux mis en usage, sont habilement choisis pour donner de la probabilité à des événemens qui n'en auraient aucune si la scène se passait en Angleterre* Toutefois en faisant ces concessions à la différence des mœurs étrangères et a celle de reffel que ces événemens peuvent produire sur les esprits de peuples dont les idées ne sont pas les nôtres, nous sommes forcés d'avouer que cette succession interminable de malheurs qu'éprouve l'héroïne ne nous paraît pas dans la nature. Elle lutte trop continuellement contre l'adversité ; — si , parfois, une scène plus gaie vient animer le tableau, c'est seulement pour, faire un contraste, et jamais pour soulager l'âme de la mélancolique et sombre impression que l'histoire a, produite sur elle.
En cherchant à exciter la sensation d'une terreur naturelle et superstitieuse, mistress Radcliffe a souvent recours à l'obscurité et h l'incertitude, qui sont peut-être les sources les plus fécondes des émotions sublimes ; car il est peu de dangers avec lesquels un esprit ferme ne se familiarise, quand on les lui présente comme certains et sous une forme sensible , tandis que les plus braves ont tressailli dans l'obscurité à l'idée d'un péril douteux. Suspendre le récit au moment où il devient le plus intéressant , éteindre une lampe précisément lorsqu'on allait lire un parchemin qui contient un secret horrible, faire apparaître des
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ombres, faire eotendre des sons sinistres , oc sont là des ressources connues que mistrcss Radclifie a employées avec plus d'effet qu'aucun autre romancier. Il est vrai que pour amener une scène dramatique, l'art de l'auteur se montre trop, à' découvert. Ses héroïnes se placent yolontairement dans des situations que* toute femme seule eût na* turellement cherché à éviter. C'est presque toujours l'heure de minuit qu'elles choisissent pour aller découvrir les mystères d'une chambre inhabitée ou d'un passage secret ; en général elles y Tont avec une lampe qui s'éteint au moment où elles sont près de lire les choses les plus intéressantes. La simplicité de l'histoire en est un pett< altérée ; c'est exactement comme si nous voyions habiller le fantôme ^ui doit nous faire tressaillir, çt ce défaut , quoique racheté par des beautés sjuis. nombre, n'a pas échappé à la critique.
Un des traits caractéristiques des romans'de mistress Radclifie est la règle qu'elle s'était imposée de donner à la conclusion de l'histoire l'çxpUcation naturelle de toutes les circonstances , q^Iqpe mystérieuses., quelque surnaturelles qu!clles pussent paraître. Il faut convenir qu'elle a beaucoup mieux réussi à. exciter l'intérêt et la terreur, qu'à expliquer les moyens qu'elle avait mis en usage pour produire ce& sensations, ^ous avons déjà eu. occasion de parler de ce fléau des auteurs de roman, de ces derniers chapitres ,oit il faut débrouiller les fils de ces aventures qu'ils ont pris tant de peine à compliquer , et expliquer tous les incidens qu'ils ont cherché à rendre si inexpli^ cables. S'il était permis à ces grands magiciens, qui font à plaisir du merveilleux et du terrible-, de renvoyer leurs spectres comme ils les ont évo-
IIADCLI7FE. an
q^és, k la {aTenTi d'une lueur douteuse , auxiliaire puissant de la. fantasmagorie , la tâche serait beaucoup plus £acile ^ et le beau fragment de Sir Ber-trand ne serait pas unique dans ce genre. Mais on ne permet pas aux auteurs modernes d'éluder ainsi les difficulte's.
Le lecteur connaît peut-être Thistoire de ce Tieux juge formaliste , devant qui on Tint déposer que l'esprit d'une personne assassinée avait déclaré au témoin que l'accusé était coupable. — u Le témoignage de l'esprit est très- valide , dit-il , mais je lui conteste le droit de le transmettre par la bouche d'un tiers , et je le somme de comparaître en personne. » Le public de nos jours est tout aussi exigeant que ce juge; il veut que le conteur explique lui-même son histoire : celui-ci doit donc examiner si un agent surnaturel est nécessaire pour le^dénoùment, et alors faire paraître sur la scène son spectre ou son démon ^ ou bien ^ comme mistress Radclifie y entreprendre de tout éclaircir par des agens naturels*
Dans quelques remarques sur le Château cTOtrante, nous nous sommes déjà prononcés en faveur du moyen plus simple d'appeler franchement la superstition an secours de Part* Les esprits et les sorcières étant, il n'y a pas encore très-longtemps , reconnus par l'autoi^ité légale >^ce ne se-* rait pas exiger du lecteur un effort extraordinaire de crédulité que de lui proposer, quand on l'entretient de ses ancêtres , d'ajouter î^hçe que ses ancêtres croyaient pieusement*. Cependant , malgré les succès de Walpole et, de Matufin , k qui l'on peut ajouter l'auteur de Forman (i), on. est fiprcéde reconnaître que l'emploi de ces ressorts est.
(i) 3 ToL iii'ia. — Eo>
ai a RADCLIFFE.
une affaire très-délicate. Il n'y a qn'un pas, disait Bonaparte, entre le sublime et le ridicule, et dans ce siicle d'incrédulité il faul avouer qu'un très> grand talent peut seul empêcher le surnaturel de tomber dans le burlesque. UincreduUu odi est une objection formidable.
Quelques auteurs modernes ont assez ingénieusement tenté des espèces de compromis entre la foi ancienne et l'incrédulité moderne. Ils ont fait apparaître des fantômes ou rapporté des prophéties accomplies d'une manière surprenante, sans prononcer si c'était l'effet d'une influence siurnaturelle , ou si ces apparitions étaient le produit ( ce qui est assez souvent le cas ) d'une imagination exaltée ou d'un hasard bizarre. C'est ainsi qu'a été éludée la difficulté qu'il s'agissait de résoudre. Si cela ne devait pas nous entraîner trop loin de notre sujet, nous examinerions jusqu'à quel point l'auteur d'une fiction est tenu par sa charte à satisfaire la curiosité du public, et si, comme peintre des mœurs , il n'a pas le privilège de laisser quelque chose dans l'ombre , quand le cours naturel des événemens cache tant d'iqcidens dans une obscurité complète. Au reste , c'est peiU-être la manière la plus adroite de terminer un récit de merveilles , parce que c'est le moyen de composer avec le goût de.deux classes différentes de Tecleurs : les premiers qui, comme les enfans , veulent qu'on leur explique toutes les circonstances et tous les incidens d'une histoire ; et les seconds, semblables à ces hommes qui, «se promenant au. clair de la lune pour le plaisir d'y rêver , sont importunés de l'exactitude minutieuse d'un compagnon complaisant, toujours empressé à dépouiller prosaïquement \ts troncs d'arbres et les pierres des
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formes -vaporeuses que Timagination leur avait prête'es.
On peut, à la ve'rité, approuver le moyen dont se sert mistress Radcliffe pour expliquer ses mystères , en ce qu'il est fondé sur les probabilités. Il y a beaucoup de situations naturellement romanesques , et dont l'obscurité mystérieuse est éclaircie par la découverte de quelque complot ou ;de quelque déception; telles ont été les impostures de la superstition dans tous les siècles. Dans le moyen âge^ dés membres du tribunal secret avaient recours à ces illusions , et de nos jours elles ont été pratiquées par les rosecroix et les illuminés y dont les machinations ont servi de base à Schiller dans son beau roman du Sorcier (i). Mais mistress Radcliffe n'a pas eu recours à une solution aussi artiHcielle^ et je crois qu'elle n'en a pas mieux réussi. Un pas furtif qu'on entend derrière la tapisserie peut sans doute ^ dans certaines circonstances , et quand les nerfs sont irrités , avoir une grande influence sur l'imagination; mais si le conteur de bonne foi découvre que c'est un chat qui est la cause du bruit, toute la solennité du sentiment s'évanouit, et le visionnaire ne .pardonne point à ses sens et h sa raison d'avoir été dupes d'une déception. Nous craignons que la plupart des lecteurs n'éprouvent le même désappointement quand ils lisent pour la première fois la solution peu satisfaisante des mystères du manteau noir et de la figure en cire, qui est différée de chapitre en chapitre, comme trop horrible à entendre.
Il est un autre inconvénient attaché aux récits qui ont tenu l'imagination en suspens, et qui ne
(l) TheGhoit^seer{der Zauberer).
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la satisfont pas entièrement parce que rex[)âtcation est imparfaite : tout Tinter et finit ayec la première lectore dn roman , et pins il a été yit, moins il pent être reproduit à une seconde lecture. Les romans de mistress Radcliffe, dont l'intrigue est heureusement compliquée et le dénoûment ingénieux, se font relire ayec plaisir. La curiosité est remplacée par un plaisir plus calme. On admire l'art de Tauteur; on remarque mille passages qui rendent la catastrophe probable ^ et qui ont échappé à la première lecture* Il n'en est pas ainsi d'un roman dont l'auteur ne donne qu'une «xplicatîen insuffisante des émotions fortes qu'il a produites ; le lecteur s'aperçoit qu'il a été trompé comme l'enfant cpii a vu de trop :prhs le feu des machines du théâtre : l'idée des décors et des poulies détruit pour toujours l'illusion. On exige d'un roman qu'il soit intéressant et extraordinaire, et l'on ne permet pas à l'auteur d'expliquer ce qu'il y a de merveilleux par les causes ordinaires, parce que ce sont des moyens usés; on ne lui permet pas non plus de l'expii^er par une influence surnaturelle , parce que l'on n'y croit pas : il n'est donc guère surprenant que , gênée par ces règles sévères , mistress Radcliffe , qui possédait à un degré supérieur l'art d'exciter la curiosité; n'ait pas toujours été également heureuse dans la manière de la satisfaire.
La mystérieuse disparition de Ludovico^ après qu'il a entrepris de veiller toute une nuit dans un appartement où il revient des esprits, peut donner une idée de l'art admirable qu'elle emploie. Le lecteur est habilement préparé à quelque catas^ trophe étrange par l'histoire de revenant qu'il est occupé à lire pour se distraire de sa solitude, au
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moment où il disparaît de la scène. Il serait injuste de nier que Texplicalion de cet incident mystérieux ne soit aussi probable que l'exige un roman ; c'est là peut-être Texempie qui prouve le mieux le talent particulier de mistress Radcliffe. Les incidens du Toile noir et de la figure en cire peuvent être considérés comme d'autres exemples où l'explication ne remplit pas l'attentie du lecteur désappointé. D'un autre côté elle a le soin , suivanj le précepte classique y « de cacber son art "») dans le beau passage où la marquise concerte , dans le chœur du couveut de San Nicolo, avec l'atroce Schedoni, l'assassinat d'Hélène.
« — Point de violence , s'il est possible , ajouta t( la marquise^ comprenant aussitôt sa pensée, cr mais ne tardez pas 3 qu'elle meurepromptemcnt ! (( La peine doit suivre le crime. En disant ces <( mots , les yeux de la marquise se portèrent « sur un confessionnal y où on lisait en lettres « noires une inscription conçue en ces termes : « Dieu t'entend ! Ces mots terribles la frapc( pèrent; sa physionomie s'altéra ; elle tomba dans a une rêverie profonde. '— Schedoni était trop c( absorbé dans ses propres pensées pour l'ob- <( server, ou pour dtoêler la cause de son u silence. £lle revint à elle-même, et réfléchissant f( que c'était l'inscription commune de tous les (( confessionnaux, elle cessa de voir dans celle-là « un avertissement particulier. Ce ne fut cependant <c qu'après quelques momens qu'elle put reprendre « sa conversation.
« — Vous parliez, mon père, dit la marquise, a d'un endroit... Vous disiez que sur la côte de « l'Adriatique il y a une maison...
. « — Oui, dit le confesseur toujours rêvant;
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c( dans une chambre de cette maison il y a...
« — Quel bruit est ceci ? dît la marquise en (( Tinterrompant. Ils prêtèrent l'oreille, et dis- <c tifi^uèrent quelques sous graves et plaintifs dans c( rélojguement.
(( ^-Quelle triste musique! dit la marquise d'une « voix tremblante ^ les vêpres sont finies depuis « long-temps ?
« —Ma 'fille, dit Scbedoni d'un air sévère, <( vous disiez que vous aviez le courage d'un « homme. Hélas! vous avez le cœur de votre sexe.
« — Ëxcusez-moi , mon pèrej je, ne sais à quoi (( attribuer l'agitation que j'éprouve^ mais je la <( surmanterai. — Cette chambre ?
u — Dans cette chambre, dit le confesseur, « il y a une porte secrète pratiquée depuis longce temps.
(( — Et pour quelle fin ? demanda la maru quise.
« — ' Excusez^moi , ma fille ; il suffit que vous « sachiez qu'il y a une porte, dont nous ferons M un bon usage. Par cette porte, au milieu de <( la nuit, quand elle sera ensevelie dans le « sommeil.. •
<( — Je vous comprends, dit la marquise, je « vous comprends ! Mais pourquoi ? Vous avez (( vos raisons sans doute; — mais quelle nécesc( site d'avoir une porte secrète dans une maison <(^ que vous dites isolée , habitée par une seule <( personne? ,
« — Dans cette chambre, continua Schedoni (( sans répondre à la question, une issue secrète <( conduit à la mer. Là , sur le rivage , au milieu u des ténèbres; là, plongée dans la mer, nulle « trace laissée...
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«-—Paix! dit la marquise en tressaillant^ a encore ces sons plaintifs.
(( L'orgue résonna faiblement dans le chœur. (( Ensuite un chant lent et mélancolique se mêla (( au son lugubre de la cloche.
c( — Qui est-ce qui est mort? dit la marquise , c( changeant de yisage; c'est un requiem.
(( ... Dieu fasse paix au défunt ! dit Schedoni « avec un signe de croix ^ Dieu fasse paix à (c son âme!
« — - Écoutez ce chant ^ dit la marquise d'une « voix tremblante, c'est un premier requiem. (( Une âme vient de quitter son corps mortel.
« Ils écoutèrent en silence. La marquise était <( toute troublée, elle changeait de couleur k chaque (( instant 3 sa respiration était pénible et entrece coupée; elle versait Qiême quelques larmes, « non de tristesse , mais de désespoir. »
On a beaucoup vanté avec justice le style de mistress Radclifle^ et son talent descriptif, qui portent l'empreinte de son imagination ardente et riche. Il est des artistes dont un dessin correct est le principal mérite ; chez d'autres , c'est la vigueur et la vivacité du coloris, et mistress Radclifie appartient k cette dernière classe. Ses paysage» n'ont pas à beaucoup près l'exactitude et la vérité de ceux de sa contemporaine, mistress Charlotte Smith , dont les esquisses sont si parfaites, qu'un artiste n'aurait pas beaucoup de peine à les rendre sur la toile. Celles de mistress Radcliffe, au contraii'e, donneraient de nobles et grandes idées pour produire un effet général, mais laisseraient k l'imagination du peintre le soin de tracer un tableau exact. Comme ses histoires