‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 59 sur 65 · TOME X · texte numérisé non relu

TOME X

repas. Tout à coup les sonfilrances de ses enfans loi inspirèrent une sorte de ressentiment sauvage , et se levant comme en sursaut^ il s'écrta : — - Mon fils Tend son sang à un chirurgien . pour nous sauTcr la vie \ ma fille est sur les bords de l'abîme de la prostitution ^ et tremble de s'y précipiter pour nous procurer un repas; et que faîs-tu pendant ce temps, toi , inutile TÎeillard ? Lève-toi , lève-toi , et demande l'aumône pour nous y ou il faudra que tu meures de faim. A. ces mots il leva la main contre le vieillard sans défense. A cette vue horrible , Inès jeta de grands cris, et les enfans , accourant, se placèrent au-devant de leur père. Sa rage ne fit qu'augmenter, et il distribua de tous côtés des coups qui furent supportés sans murmure. Quand l'orage fut apaisé , il s'assit et fondit en larmes.

(( Dans ce moment, au grand étonnement de tout le monde, bxcepté de Walberg, le vieillard , qui , depuis l'enterrement de sa femme , n'avait fait d'autre chemin que de son fauteuil à son lit , et de son lit à son fautenil , et cela encore appuyé sur quelqu'un de sa famille, se leva tout à coup comme poui^ obéir à son fils, et marcha d'un pas ferme et as^ré vers la porte. Quand il l'eut atteinte , il s'arrêta , regarda en arrière avec un inutile effort de mémoire , et sortit lentement. Tel fut l'effroi que toute la famille éprouva à ce dernier regard, qui ressemblait à celui d'un cadavre marchant lui-même vers sa tombe , que personne n'essaya d'arrêter ses pas, et plusieurs momens s'écoulèrent avant qu'£\erard se recueilHt assez pour le suivre.

« Cependant , Inès , qui avait renyoyë ses enfans , s'était assise à côte de son malheureux époux, et s'efforçait de le consoler. Sa voix/ qui avait une douceur remarquable , sembla produire un effet mécanique sur lui. Il tourna d'abord la tête vers elle , puis s'appuyant sur son épaule , il versa quelques larmes ', enfin , se jetant sur sbn sein , il ne retint plus ses sanglots. Inès profita de ce moment pour lui faire sentir rhorreur qu'elle éprouvait de l'outrage fait à son père, et le supplia d'implorer la miséricorde divine pour un crime qui , a ses yeux , équivalait presque à un parricide. Walberg lui demanda d'un air égaré ce qu'elle voulait dire. Elle répondit en frémissant : Votre père... votre pauvre vieux père! .... Mais Walberg , souriant avec une expression de confiance mystérieuse et surnaturelle qui glaça le sang de sa femme, approcha ses lèvres de son oreille et lui dit tout bas : Je n'ai plus de père ! il est mort , il y a long-temps qu'il est mort I je l'ai enterré le jour que j'ai creusé là tombe de ma mère ! pauvre vieillard , ajouta-t-il avec un soupir , cétait bien heureux pour lui... Il aurait vécu pour pleurer et peut-être pour mourir de faim. Mais je vais vous dire quelque chose, Inès...; n'en répétez rien à personne. Je m'étonnais de ce qui faisait diminuer si vite nos provisions ; je ne savais pas pourquoi ce qui auparavant était suffisant pour quatre suffisait à peine aujourd'hui pour un. J'ai long-temps guetté, et j'ai enfin découvert.. • mais c'est un grand secret... un vieux revenant visitait tous les jours la maison. Il prenait la forme d'un vieillard couvert de haiUons, avec une longue barbe blanche ^ il so

o68 MATURIN.

BMtUk à Ubie et déTerâit loat^ taadis que ies enfans mouraient de faim en le regardant... Mais je l'ai Crappé, îe l'ai maudit, je l'ai chassé an nom dn Tout-Puissant , et il est parti. Oli ! comme il était atide ce revenant! mais il ne nous poursuirra plus, et nous en aurons assez.. • assez, pour demain y — » ajouta-t-il en se rappelant son désespoir habituel dans son délire. Inès, accablée d'horreur à cette preuve évidente de démence^ ne chercha point à l'interrompre. Elle s'efforça seulement de le calmer , en priant intérieurement le ciel de préserver sa propre raison. Walberg observa ses regards , et avec la prompte méfiance naturelle k un commencement de folie , il ajouta : Si vous ne croyez point ce que je viens de vous ^ire, vous ajouterez sans doute encore moins de foi à l'horrible apparition qui me poursuit depuis qudque temps , etc. ^ etc. (i). ji

Melmoth conùenX plusieurs passages de la même forée.

1(0 dernier roman de M. Maturin, les AUn^ geois , atteste • encore la sombre et inépuisable imagination du romancier irlandais ; mais ici c'est un tableau d'ensemble , un tableau historique , où malgré quelque confusion dans la distribution des groupes^ on voit ressortir sur le premier plan plusieurs jBgures saillantes , entre autres celle de Simon de Montfort {%). Dans la préface, M. Mar

(i) Certes^ celle sciae , et ceHe de reaterrement de la mère dt Walberg , ne peuvent être comparées qu'à la scène de l'enlerrement du jeune pêcheur dans PJmî^uaire..*, De tels passages établissent une distance immense entre Maturin et les écoliers de récole frénétique. — Eo.

.j[2) Ce roman , qu'on aurait pu inlituler les PmritttUu d» Fnmet,

turlD annonçait le projet de publier une sërie de romans historiques. Il faut espérer que dans son héritage quelque manuscrit viendra justifier encore la juste admiration qu'inspire^ malgré ses défauts , le talent de l'auteur de Melmoth et des albigeois.

a é\.é traduit récemment , ainsi ^e Tavaient «té tout Iti autres romans de Malaria —• Tu.

NOTICE

BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE

SDR.

L'esquisse biographique qu'on va lire a été communiquée à l'auteur de la manière la plus obli-^ géante par mistress Dorset , sœur de Charlotte Smith 'y mais il reste responsable des observations critiques qui la terminent.

Charlotte Smith était fille ainée de Nicolas Turner de Stoke-House , comté de Surrey , et de Bignor-Park^ comté de Sussex, et d'Anna Tewers , sa première femme. Elle n'avait pas encore quatre ans qu'elle perdît une mère aussi distinguée par une intelligence supérieure que par une beauté peu commune. Le soin de son éducation retomba sur sa tante ^ qui, avec un zèle infatigable , consacra les plus belles années de sa vie à remplir les devoirs . dont elle s'était chargée. Le but de son ambition semble avoir été de donner des talens à sa nièce ; et elle ne perdit pas de temps pour

s'en occuper , car Charlotte était encore dans sa première enfance quand elle reçut les leçons d'un excellent -maître y et ce fut siu: la table qui servait pour le dîner y qu'elle apprit ses premiers pas. Elle ne pouvait se rappeler le temps où elle ne savait pas lire, et elle avait l'habitude de lire tous les livres qui lui tombaient sous la main^ même avant d'avoir été à l'école. Elle y fut envoyée à l'âge de six ans , et fut placée dan^ une pension estimée à Chichester.

Son père^ désirant cultiver le talent .qu'elle montrait pour le dessin , engagea Georges Smith , artiste célèbre ; né dans cette ville et y demeurant ^ à lui donner les premiers élémens de son art^ et on la conduisait chez lui deux ou trois fois par semaine ; pour qu'elle reçût ses leçons.

Elle fut retirée de Chichester dans le cours de sa huitième année ^ et on la plaça à Kensington, dans une pension jouissant alors d'une haute réputation , où les jeunes personnes des familles les plus distinguées recevaient leur éducation. Pour rendre compte de ses progrès à cette époque , je ^uis tentée d'emprunter la plume d'une dame qui était sa compagne d'école ^ et qui en parle dans les termes suivans :

(( En réponse à la question que vous me faites si^ pendant notre intimité à l'école y mistress Smith était supérieure aux autres jeunes personnes de son ftge , ma mémoire me met en état de vous dire ' que y pour l'écriture et le dessin , elle nous surpassait presque toutes. Il était reconnu qu'aucune de ses compagnes n'approchait d'elle pour la danse y et c'était elle qu'où mettait en avant y chaque fois qu'on rendait une compagnie témoin de nos talens. Elle aurait >ea une supériorité décidée sur toutes

aja CHARLOrrE SMITH,

les antres ^ si son application avait été proportionnée à ses moyens ; mais on l'avait toujours regardée comme ayant trop de génie pour étudier '^ elle avait beaucoup de goût et l'oreille juste en musique ^ mais elle ne s'y appliqua pas avec assez d'assiduité pour y réussir. Cependant, quoiqu'elle pût être inférieure aux autres sur quelques points ^ elle leur était fort supérieure pour Tintelligence et pour le développement progressif de l'esprit* Elle avait lu beaucoup plus qu'aucune de ses compagnes , et elle composait continuellement des vers* On la regardait comme ayant un caractère romanesque , et quoique je n'eusse pas une tournure d'esprit semblable , je ne l'en aimais et ne l'en admirais pas mçins. A mon avis , ses idées étaient toujours originales^ pleines d'esprit et d'imagination , et sa conversation singulièrement agréable; j'ai continué à penser de même depuis que plus de commerce avec la société et une connaissance plus parfaite du monde , m'ont mise plus en état d'apprécier son caractère. »

' Dans ce pensionnat , il était d'usage que les jeunes personnes jouassent des pièces de théâtre en français et en anglais; et en ces occasions, les talens de miss Turner étaient toujours mis en réquisition, attendu qu'elle était regardée , sans comparaison , comme la meilleure actrice de la petite troupe ; ses talens pour le théâtre étaient applaudis tant dans sa pension que chez son père où on lui demandait souifent d'en donner un échantillon , quand il s'y. trouvait compagnie* Je ne crois pas que cette coutume, certainement peu judicieuse , de lui faire ainsi déployer ses

talens à un âge si tendre , ait produit sur elle l'effet défavorable qu'on aurait pu en attendre. Elle

n'en contracta ni hardiesse , ni confiance dëmesure'e en elle-même ^ car elle avait des manières modestes , plutôt qu'à prétentions ^ cependant cette circonstance exerça probablement une influence fâcheuse sur son caractère y et contribua à nourrir cette disposition d'esprit romanesque , qui l'avait distinguée même dans son enfance. Ce fut dans cette pension qu^elle commença à faire de» vers j on les montra aux amis de la famille | comme étant des preuves d'un génie précoce , mais on n'en conserva aucun. J'ai un souvenir confus que le sujet d'une de ses compositions de jeunesse était la mort du général Wolfe, et elle n'avait alors que dix ans ) mais elle parle dans un de ses ouvrages de pièces de vers qu'elle avait faites étant encore plus jeune*

A douze ans^ die sortit de pension; et son père , qui passait alors une partie de l'année à Londres^ lui donnar des maîtres chez lui^ Mais elle ne put tirer que bien peu de profit de leurs instruetionS; car ^ malgré sa grande jeunesse , elle fut introduite dans la société, fréquenta avec sa fanrille tous les endroits publics^ et son air et ses manières étaient- tellement au*dessus de son âge, qu'elle n'avait que quatorze ans quand un homme d'une condition et d'une fortune convenables la demanda eh mariage à son père qui refusa cette proposition à cause de l'extrême jeunesse de sa fille. Il eût été heureux que des raisons si puissantes eussent conservé toute leur' force quelque^ années de plus. '*^

Quand tant d'objets se disputaient son attention , et avec les veilles occasionées par une vie passée dans la dissipation , ses études , si l'on

a74 CHARLOTTE SMITH,

peat leur donner ce nom, ne furent suivies ni avec diligence ni avec succès. Gomme si elle eût prévu combien serait courte la durée des plaisirs de sa jeunesse, elle s'y livra avec toute l'ardeur naturelle à la vivacité de son caractère, et quoique son père fût quelquefois disposé à mettre des bornes au goût qu'elle montrait pour la dissipation , il se laissait toujours désarmer par quelques soupirs ou quelques larmes. Elle n'avait rien perdu de sa passion pour les livres, quoique ses lectures ne fussent pas choisies , et se bornassent principalement à la poésie et aux ouvrages de fiction. A cette époque , elle envoya plusieurs de ses pièces de vers aux éditeurs du Magasin des Dames , sans en rien dire à sa tante.

U est évident que l'éducation de mistress Smith, ^ quoique dispendieuse , fut superficielle, et peu propre à lui assurer de grands avantages. L'indulgence sans bornes de son père , et celle d'une tante, dont elle était presque l'idole, n'étaient " pas faites pour préparer son esprit à lutter contre les calamités qui l'assiégèrent par la suite. Elle regretta bien souvent qu'on n'^eût pas dirigé son attention vers des lectures plus utiles , et vers l'étude des langues. Si elle eut quelque avantage sur d'autres jeunes personnes , elle le dot nécc^ sairement à la société de son père , qui était luimême non-seulement un poète élégant , et un savant , mais un hoinme doué d'une imagination et d'un esprit infinis; il était presque impossible de vivre sans saisir quelques étincelles du feu qui animait sa conversation , et qui le rendait un des hommes de son temps dont la société était le plus agréable. Cependant, quand on fait attention au

court espace de temps qui s'écoula entre sa sortie de pension et son mariage ^ et à la circonstance que l'amabilité de son pèr« comme convive faisait si généralement rechercher sa compagnie^ qu'il lui restait peu de loisir h donner à sa famille, on doit croire qu'elle ne s'était pas approprié l'esprit enjoué et la veine particulière de gaieté <{ui distinguait son entretien , mais qu'elle en avait plutôt hérité*

En 1 764 , M. Turner se décida à se remarier , et sa beilc-sœur envisagea cet événement avec les craintes les plus pénibles pour le bonheur de celle qui était l'objet de sa plus chère a^ection , et qui jusqu'alors n'ayant été contrariée dans aucun de ses désirs y ni même de ses caprices , était mal préparée à se soumettre à l'empire d'une belle- -.mère. Sans réfléchir que le mal qu'elle prévoyait, et qui était pour elle un- sujet de tant d'inquiétudes , ne serait probablement que de courte durée ^ puisqu'il n'était pas vraisemblable qu'une jeune personne si généralement admirée restât long-temps dans le célibat, elle s'efforça avec une précipitation qu elle eut ensuite tout lieu de regretter j de rétablir avantageusement. Ses désirs furent secondés par quelques parcns officieux et à vue courte , par le moyen desquels M. Smith se trouva avec miss Turner , après qu'ils l'eurent convenablement disposé par leurs discours et leurs éloges immodérés , à devenir amoureux à la première vue. L'événement justifia leur attente , on eut soin d'entretenir la flamme par de fréquentes parties de plaisir , et* par des rendez-vous dans les endroits ouverts au public. Il venait d'atteindre vingt et un ans, et elle n'en avait pas tout-à«fait quinze, quand ils se virent pour la première fois ; et il

ne fut pas très -difficile de la dëter miner à entrer dans les vues de sa tante. Une proposition de mariage fut faite , et elle fut acceptée sans qu'on prit beaucoup de renseiguemens sur les dispositions et le caractère du jeune homme. Il était fils cadet de Richard Smith , négociant faisant le commerce des Indes occidentales , et directeur de la compagnie des Indes orientales , qui ayait réalisé une fortune considérable , et associé son second fils à ses affaires lucratives. Le choix de son fils n'obtint pas d'abord son approbation ; il aurait voulu que ce fils eût choisi la fille de quelque citadin industrieux , plutôt que celle d'un homme vivant dans les plaisirs du mondé , et qu'il supposait , avec assez de raison , n'avoir pas été élevée dans ces habitudes d'économie qu'il regardait comme les qualités les plus désirables dans une femme. Mais sa première entrevue avec sa future belle^ fille fit disparaître toutes ces objections, et il lai accorda toujours une affection qui allait même jusqu'à la partialité. Ce mariage eut lieu le 23 février 1765, et après avoir passé quelques mois chez une sœur de M. Smith , veuve de William Berney , mistress Smith se trouva établie dans la maison qui lui avait été préparée dans une des rues les plus étroites et les plus sales de la Cité* C'était une grande et sombre habitation dans laquelle les r ayons bienfaisans du soleil n'avaient jamais pénétré; il était impossible d'y entrer sans éprouver un frisson et un accablement d'esprit qui faisait naître un désir bien décidé d'échapper aux ténèbres que tout le goût déployé dans l'ameublement , et toutes les sommes qu'on avait dépensées pour cet objet; n'avaient pu réussir à dissiper.

Les habitudes auxquelles on attendait que la jeune maîtresse de ce logîs se conformât , n'étaient guère d'accord avec ses dispositions. Le rez-dechaussée était destiné aux affaires du commerce; M. Smith père y venait tous les matins pour sur* veiller les opérations de son négoce , et il prenait ordinairement son chocolat dans le cabinet de toilette de sa belle-fille. C'était un digne homme ^ et même d'un excellent caractère ; mais il avait peu vu la société , ses idées étaient étroites , et ses habitudes et ses manières n'étaient pas faites pour inspirer l'affection ^ quelque droit qu'il pût avoir au respect et à la reconnaissance; il n'avait aucun goût pour la littérature, et les amusemens élégans de sa belle-fille ne lui paraissaient que des sources de dépenses et des moyens de perdre un temps qu'il regardait comme devant être exclusivement consacré aux occupations domestiques. Sa manière de parler était pétulante et tranquille en même temps ^' et ses yeux noirs et vifs, ombragés par de gros sourcils de même couleur y lançaient des regards pénétrans, qui semblaient toujours chercher quelque chose à blâmer. Aussi toutes les fois que le craquement de ses souliers annonçait qu'une de ses visites domidliaires allait avoir lieu , c'était un signal pour que sa belle-fille cachât tout ce qui aurait pu être pour lui un sujet de reproche ou un objet de curiosité. Si quelqu'une de ses amies ou de ses connaissances venait la voir, il les examinait avec un air de curiosité soupçonneuse , qui les obligeait ordinairement à abréger leur visite , et qui leur ôlaît le désir d'en faire de nouvelles. Sa femme , qui était à cette époque en fort mauvaise santé; exigeait la présence constante de-

toute sa famille , et il aurait été difficile de trouver une tâche plus pénible pour une jeune personne* « Je passe presque toutes les journées y » disait mistress Smith dans une lettre à une des amies de son enfance, « auprès de la yieille dame malade, quoique- je ne sois nullement sa favorite; quelqu'un lui a dit que je n'ai pas été parfaitement élevée, '— ce qui n'est peut-être que trop vrai , — çt elle me fait des questions auxquelles , pour dire la vérité , je ne suis pas toujours en état de répondra* Il n'y a pas de femme , dit-elle , qui soit si propre à être maîtresse de maison, que les dames des Barbades^ ^t elle oppose sans cesse k mon ignorance leurs talens pour tenir un Qiénage. Malheureusement les choses que je connais me mettent peu en crédit dans son esprit, et sont plutôt un désavantage pour moi. Cependant je n'ai encore vu aucun de ses phénix, et je ne suis nullement disposée à leur porter envie* »

Les manières tristement cérémonieuses de cette damoi sa grande taille^ sa maigreur, son air do langueur , son teint jaune , et l'accent monotone et traînant de sa prononciation , défaut particulier aux personnes nées dans les Indes occidentales , la rendaient une des femmes les plus fatigantes qu'on puisse imaginer , et je crois fort que ses dissertations économiques n'avaient que peu d'attraits pour une jeune femme à qui l'on n'avait jamais demandé qu'elle donnât beaucoup de soins aux affaires du ménage, et qu'elle les écoutait avec nne indifférence trop marquée. La belle mère ne vécut pas assez long-temps pour opérer la réforme qu'elle désirait si vivement. Cependant sa mort ne diminua guère le poids des chaînes que portait mistress Smith* Sa présence auprès de son beau-

père devint plus nécessaire que jamais^ et jamais devoir plus pesant ne fut le partage de la jeunesse et de la beauté. Le pauvre vieillard était affligé d'une complication de maladies ; un long séjour dans les Indes occidentales l'avait rendu si sensible au froid y que la moindre brise le faisait frissonner; il n'était pas permis au moindre souffle d'air de rafraîchir l'appartement dans lequel il était assis dans les jours les plus chauds de l'été ^ enveloppé dans sa roquelaure rouge y entouré de tout l'appareil de la maladie. Il attendait de sa belle-fille qu'elle l'accompagnât dans %^s promenades sur de grandes routes couvertes de poussière^ une glace de la voiture n'étant baissée que suffisamment pour laisser entrer l'odeur des fours à brique, ou des eaux stagnantes dans les fossés ^^% environs d'Islington.

Dans les intervalles de cette récréation | elle avait à assister aux lectures d'une vieille gouvernante ^ dont la besogne consistait en partie à tâcher d'endormir son maître en lui lisant des livres de dévotion , écrits dans l'esprit le plus sombre y et qui s'en acquittait avec l'accent le plus prononcé du comté de Gumberland. Jamais la religion n'avait pris un extérieur si peu attrayant.

Dans sa propre maison , sa situation ne fut pas améliorée par l'arrivée de quatre à cinq jeunes gens volontaires , fils des correspandans de M» Smith dans les Indes occidentales, et qui venaient rhabiter pendant les vacances des collèges d'Eton et d'Harrow.

Quoiqu'elle pût, dans l'occasion, s'abandonner à la gaieté de son imagination , et décrire ces scènes d'ennui et de désolation de la manière la plus enjouée, cependant l'aversion qu'elle con-

i8o CHARLOTTE SMITH,

serrait pour tout ce qui avait rapport à cette époque de sa TÎe, et le contraste qu'elles offraient avec Penjouement et la vivacité dé ses premières habitudes^ semblent avoir fait sur elle la pliis profonde impression , et avoir fini par se représenter à son esprit de la manière Ik plus forte. Ses sentimens à cet' égard" sont supérieurement exprimés dans son poème de Beechy Head^ qu'elle n'a jamais terminé*. Plusieurs vers en ont été cités par l'élégant auteur de la Literaria censura*

Le petit poèine suivant^ dans lequel la mélancolie et Ja gaieté sont mêlées avec agrément^ parait, d'après le caractère faible de l'écriture^ avoir été composé peu dé temps avant sa mort;

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