CARACTÈRE GÉNÉRAL ET STYLE DES ROMANS DE CHEVALERIE
Quant au style dans lequel les romans furent copiposés , Du Cauge nous apprend que les ménestrels consacraient leurs vers le plus souvent k flatter les grands, et à célébrer les louanges des princes qui les protégeaient. Il ajoute que sou«vent, à côté de cette adulation , ils recommandaient à tous leurs auditeurs de suivre les voies de la vertu et de l'honneur , et leur montraient en exemple ces belles entreprises par lesquelles les héros des romans s'étaient rendus immortels (i). Il donne un extrait du roman de Bertrand du Guesclin , où son auteur ordonne à tous ceux qui veulent s'élever à la renommée dans les armes , de suivre l'exemple des vaillans gestes des paladins de Charlemagne , et des chevaliers de la Table ronde , tels qu'on les a chantés dans
(l) Ministrelli dicti pnesertim scurrae, niimi, joculatores , quos etiamoum vulgo menestreux, vel menestrlertf appellamus. Ponro ejiu modi «carrarum manus erat principes non suis dantaxat Indiens obleclare y sed et eorum aures variis avorum , adeocpie ipsorum principum laudibns, non sine assentatione , cum cantilenis et masicis instrumentis demulcere. Interdum ctiamvirorum insig4 nium et heroum gesta , aut explicata et jneunda narratione , commemorabant, aut suavi vocis inflexione, fidibnsque decertdsaiLt , que sic dominorum ccterorumque qui bis inlererant ludicris , nobilinm animos ad' virtutem capessendam et summorum virorum imitationem accenderent ; quod fuit oUm apud Gallos bardorum ministerium , ut auctor est Tacitus. Neque enim alios a ministrelli*, veteram Gallorum hardos fuisse pluribus prohftt Henricns Valesius ad i5 ▲mmiani. Olostariumy verbo Miftisk'wUi.
les romans* On ne peut contester que ces réchs poétiques où la vertu , la générosité, le courage , le dévouement à sa dame, le zèle pour la reKgion catholique se trouvaient réunis an plus haut degré de perfection romanesque chez le chevalier courtois, n'aient exercé une grande influence sur les mœurs générales du temps. Les chevaliers imaginaires des romans étaient tellement identifiés avec ceux de l'histoire véritable, que l'on voit de graves historiens citer les exploits des premiers, comme les corollaires des actions réelles qu'ils racontent (i). Cependant les vertus que les romans offraient comme de parfaits modèles^ étaient toutes de ce genre exagéré et emphatique, qui constitue le génie même de la chevalerie. H fallait d'abord que chaque héros fût doué d'une grande force physique, qu'il possédât une adresse parfaite pour tous les exercices militaires ; Ces deux qualités formaient les attributs indispensabl.es de tout héros de roman , et chaque romancier avait droit de les lui accorder. Le romancier pouvait encore h son gré imaginer toute sorte de dangers, et en délivrer son héros par des exploits
Qui veut avoir renom des boas et des raillant, Il doit aller souvent i la pluie et au clumpt » Et eslre en la bataille ûnsi qne fu Rolland , Les quatre fils Haiiaon , et Charlou li pins grande Li DusLions de Bourges , et Guion de Connani , Perceval li Gallois , Lancelot et Tristans , ▲lexandrei, Arlns , Gode&oy ly sachant De quoi cils ménestriers font les nobles romans. (CArwueoft BeHrandi Guetclim^ citée par du Gange , ibid.) (i) Barboar, rbistorien écossais, fait de graves reproches i un Chef des Higblands qui , en cél^rant les explmts de Bruce , le compare an héros celte Fin Mac Coul, trouvant qu'il aur»it bien mieux fait de le comparer 4 Grandifer, célèbre chevalier de^romans d*Alexaadre.