FOE
ses travaux littéraires , dont les premiers fruits farent un Hymne à la Victoire , et une Double bienvenue au duc de Marlhorough , général dont les glorieux exploits lui avaient fourni les sujets de ces deux opvrages*
Notre auteur continua alors, pendant plusieurs années à rédiger sa Ret^ue et à comptïser des pamphlets politiques ; et pendant ce teiops il €in exposé à bien des inquiétudes , et souvent même h des dan- ^ers. Mais il fat soutenu par le sentiment intime de sa situation comme citoyen anglais libre , et jouissant des droits -de la Cité de Londres ; joignant à ces titres un degré considérable de courage personnel et de résolution , il sut faire face aux manœuvres de ses ennemis, et vint à bout de les déjouer. On aura de la peine à croire aujourd'hui <}ue , lors d'un voyage d'affaires qu'il fit dans ks parties occidentales de l'Angletert^e, on forma le projet de s'emparer de^a personne et de l'envoyer à l'armée comme soldat^ que les juges de paix de ces comtés, dans l'ardeur de leur esprit de parti , résolurent de le faire arrêter comme va- . gabond; et que, pendant son absence, on comjmença des poursuites contre lui pour des dettes qui n'existaient pas. Cependant De Foe a affirmé toutes ces ^circonstances dans sa Revue , et nous n'avons pas appris qu'on ait jamais cherché à jeter des doutes sur sa véracité à cet égard.
Vers cette époque ( 1706 ) il se présenta une place à laquelle les talens de notre auteur convenaient particulièrement. Le cabinet de la reine Anne avait besoin de quelqu'un qui eût é.^ connaissances générales en commerce, de l'habileté et des manières insinuantes, pour l'envoyer en Ecosse , dans le dessein de faire passer la grande
^mesure de l'Udioti. Lord Godolpbin rëselut d'employer De Foe à cette mission. H h présenta donc à la reine , qui le reçut avec bonté ; et quelques jours après il partît pour. Edimbourg. La nature particulière de ses instructions n'a jamais été rendue publique ; mais en arrivant à Edimbourg^ en octobre 1706, De Foe fut reconnu comme un personnage presque diplomatique* Nous sommes oWigës de renvoyer nos lecteurs k son Histoire de l'Union pour les détails variés •et intéressans de cette mission, attendu qu'ils occuperaient plus de pUce que nous ne pouvons leur en donner dans celle notice biographique.
De Foe ne parait pas avoir gagné les bonnes grâces des Écossais, quoique pendant sou séjour "-en Ecosse il eût publié en l'honneur de cette nation un poème intitulé Caledonia. Il parle de plusieurs dangers immincns auxquels il échappa « par sa propre prudence et par la permission de Dieu. » Il n'est pas étonnant que lorsque presque toute la nation était décidément prononcée contre l'Union, un Iromme comme De Foe, envoyé en ce pays pour favoriser cette mesure par tous les moyens possibles, directs et indirects , ait été vu de mauvais œil et même exposé à être assassiné. L'acte d'Union fut passé par le parlement d'Ecosse en janvier 1707, et De Foe retourna k Londres en février suivant, pour écrire l'histoire de ce grand traité entre les deux nations. On croit que la reine Anne récompensa «es services par une pension.
Pendant les troubles qui eurent lieu jusqu'à la fin 4e la guerre par le traité d'Utredit , De Foe, rendu plus sage par rexpérience, vécut tranquillement à Newinglon , continuant à pu-
blier sa Hetfue* £a s'aoquittant de cette t&dw il rencontra pourtant des obstacles qu'il surmonta y et il essuya àts reproches auxquels il riposta ; mais après les cbaugemens politiques qui firent sortir du ministère son premier protecteur sir Robert Harley, et ensuite lord Godolpbin, le secours pécuniaire qu'il recevait de la trésorerie paraît aifoir cessé , et il fut obligé de se remettre à écrire sur divers sujets pour pourvoir à ses besoins. L'agitation politique dn temps lui fournii des sujets; mais malheureusement pour De Foe les torys et le^ jacubites, k cette époque, étaient des hommes qui prenaient tellement les choses au pied de la lettre, qu'ils, n'entendaient pas raillerie , et il fut arrêté et conduit dans son ancien ^itc pour quelques sarcasmes qui n'étaient évidemment que de l'ironie.
Les écrits pour lesquels il fut poursuivi étaient au nombre de deux : Que faire si le Prétendant arrivait ? et Que faire si la reine venait à mourir? « Il est bien évident, dit De Foe, que les titres de ces ouvrages sont des plaisanteries, afin de les placer dans les mains de ceux qui avaient été trompés par les jacobites. » Cette explication ne fut pas jugée suffisante; il fut mis en jugement, déclaré coupable , condamné à une amende de huit cents livres sterling , et mis en prison à Newgate. Il fut alors obligé de renoncer à publier sa Revue ; et il est assez singulier qu'il ait abandonné cet ouvrage tandis qu'il était à Ncvsrgate, où il eu avait conçu la première idée neuf ans auparavant.
Après êtie resté en prison -quelques mois , il en sortit par ordre delà reine en novembre 1713. Quoique sa mise en liberté prouvât que l'innocence de s^s intentions était adioise, sinon re-
connue , on ne fil rien pour lui , et la mort de lareine^ qui arriva bientôt après (en juillet 1714), le laissa sans défense contre les attaques de ses ennemis. «Dès que la reine fut morte ^ dit-il, et que le roi, comme de droit, eut été proclamé, la rage de mes ennemis s'accrut à un tel point,' qu'il m'est impossible d'exprimer les menaces qu'ils me firent ; et quoique je n'aie rien écrit depuis l'a mort de la reine, on nâ'attribue un grand nombre d'ouvrages, et j'ai k souffrir les insultes de ceux qui y répondent. » Ce fut l'époque la plus malheureuse de sa vie : il avait perdu sa place, quelle qu'elle fût ; il avait été obligé de renoncer k sa Repue; tout ce qu'il se hasardait à publier était reçu avec méfiance, et il était attaqué de toutes parts par une faction qui l'accablait d'injures. Des souffrances si peu méritées influèrent bientôt sur sa santé , mais la force de son esprit lui restait, et il résolut de prouver l'innocence de sa conduite, et de rendre tout son éclat ii sa réputation ternie. Ce fut dans cette vue qu'il publia eu 1716 un jippel à r honneur et à la justice même de ses plus cruels ennemis , étant un compte fidèle de sa conduite dans les affaires publiques. Cet ouvrage contient une défense longue et détaillée de sa conduite politique, et un exposé touchant de toutes sts souffrances. Nais ce travail avait été trop pénible pour lui. Quand il passa en revue ce qu'il avait fait, et la manière dont il en avait été recompensé 3 ce qu'il avait mérité, et les tourmens qu'il avait endurés^ son esprit ardent ne put supporter ce tableau, et il fut frappé d'une attaque d'apo-