‹ Œuvres complètesChapitre 16 sur 63 · IÔ · texte numérisé non relu

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engager les membres de la diète à poursuivre avec plus de rigueur l'hérésie de Luther, et à abandonner la proposition d'assembler en Allemagne un concile général ; mais comme ils voyaient bien que le nonce était beaucoup plus jaloux de ménager les intérêts de la cour de Rome que de conserver la tranquillité de l'empire et la pureté de l'église , ils restèrent inflexibles et continuèrent à préparer la liste de leurs griefs pour la faire présenter au pape L Le nonce, craignant d'être chargé d'une commission si désagréable , et ne voulant pas porter à sa cour une remontrance qui ne manquerait pas de lui déplaire , sortit brusquement de Nuremberg sans prendre congé de la diète 2.

Aussitôt les princes séculiers dressèrent cette liste, si fameuse dans les annales d'Allemagne, contenant cent objets de plaintes, sur autant d'abus qu'ils attribuaient à la tyrannie de la cour de Rome. Les princes ecclésiastiques se contentèrent de ne mettre aucune opposition à cette démarche, mais ils crurent qu'il ne leur convenait pas d'y accéder. Ces plaintes étaient pour la plupart une répétition des articles de la liste qui fut dressée sous le règne de Maximilien. II serait trop long d'en faire une énumération détaillée. On s'y plaignait des sommes exigées pour les dispenses , les absolutions et les indulgences ; des frais qu'entraînaient les procédures portées à Rome; des abus innombrables produits par les réserves, les commandes et les annates ; du privilège de se soustraire à la juridiction séculière qu'avait obtenu le clergé , de tous les artifices qu'employaient les juges ecclésiastiques pour attirer à eux la connaissance des causes civiles , des mœurs indécentes et scandaleuses d'un grand nombre d'ecclésiastiques, et de plusieurs désordres particuliers, dont la plupart ont déjà été rapportés au nombre des circonstances qui favorisèrent le succès et la propagation rapide des opinions de Luther. Les princes terminaient cette liste par déclarer que , si le saint siège ne se hâtait de les délivrer de ces fardeaux intolérables , ils étaient déterminés à ne pas s'y soumettre plus long-temps, et à employer tout le pouvoir et toute l'autorité que Dieu avait mis entre leurs mains pour s'en affranchir 3.

1 Fascic. rer. expet. et fugiend., p. 349. » Jbid., p. 376.

3 Jbid., p. 354.

Au lieu des rigoureuses poursuites que le nonce avait sollicitées contre Luther et ses sectateurs , la résolution ou le recez de la diète contenait seulement une injonction générale à tous les ordres de l'empire d'attendre paisiblement les décisions du concile général qu'on devait convoquer, et jusqu'à ce temps de ne publier aucune opinion nouvelle contraire aux dogmes reçus dans l'église; et l'on avertissait les prédicateurs de s'abstenir de traiter aucun point de controverse dans leurs discours publics, et de se borner à une exposition simple et instructive des vérités de la religion i.

Les réformateurs tirèrent de grands avantages de ces actes de la diète : ils y trouvaient la preuve la plus complète et la plus authentique de l'énorme corruption qui s'était établie à la cour de Rome et des charges insupportables dont le clergé opprimait l'empire; ilsavaient une preuve du premier article , dans le témoignage du pape même, qui reconnaissait que leurs invectives et leurs accusations n'étaient ni calomnieuses ni injustes. A l'égard du second , c'étaient les représentai mêmes du corps germanique , dans une assemblée où il s'en fallait de beaucoup que les protecteurs de la nouvelle doctrine russent les plus nombreux et les plus puissans, qui ava; -nt mis au nombre des principaux griefs de 1 empire les pratiques de l'église romaine qu'attaquaient tous les jours Luther et ses disciples. Aussi dans tous les écrits de controverse qu'ils publièrent depuis cette époque, ils en appelèrent souvent à la déclaration expresse d'Adrien et aux cent griefs de la diète pour appuyer tout ce qu'ils avançaient sur les déréglemens ou sur les rapines et l'insatiable ambition de la cour de Rome.

A Rome on regarda la conduite d'Adrien comme une preuve d'une extrême imprudence et d'une simplicité puérile. Ces hommes, vieillis au milieu des artifices et de la corruption de la cour des papes, et accoutumés à prendre pour règle de leurs actions non la justice, mais leur intérêt , furent étonnés de voir un pontife qui , s'écartant des prudentes maximes de ses prédécesseurs, avouait ingénument des désordres qu'il devait cacher, et qui , sans égard à ce qu'il devait à sa dignité , demandait conseil à ceux

Fascic. rer. expel. et fugiend., p. 248.

même à qui il aurait dû donner des ordres. Ils craignaient que, par cette franchise si peu politique, au lieu de rappeler les ennemis de l'église dans son sein, il ne les rendît plus présomptueux, et que, loin d'étouffer l'hérésie, il n'ébranlât les fondemens de la puissance des papes , et ne fit tarir les principales sources des revenus du clergé l. Ce fut par cette raison qu'ils s'opposèrent adroitement à tous les plans de réforme que proposait Adrien, et qu'à force de multiplier les objections et les difficultés, ils tâchèrent d'en empêcher ou d'en retarder l'exécution. Adrien surpris, d'un côté , de l'obstination des Luthériens, de l'autre, révolté des mœurs et des maximes italiennes, gémit souvent sur sa situation , et regretta le temps de sa vie où, simple doyen de Louvain, il se trouvait plus heureux dans un poste moins élevé , où l'on attendait peu de lui, et où rien ne pouvait arrêter l'effet de ses bonnes intentions 2.

Clément VII , son successeur, fut autant audessus de lui dans l'art de gouverner , qu'il lui était inférieur du côté de la pureté des mœurs et de la droiture des intentions. Il avait non-seulement, comme tous les papes , une répugnance extrène pour la convocation d'un concile ; mais comme il n'avait assuré son élection que par des moyens très peu canoniques , il redoutait une assemblée qui aurait le droit de la soumettre à un examen dont le résultat pouvait lui être funeste. Il résolut donc pour sortir de l'embarras où l'avait jeté l'imprudence et la maladresse de son prédécesseur, d'éluder par toutes sortes de moyens les demandes des Allemands, tant sur la convocation d'un concile que sur la réforme des abus de la cour de Rome. Dans celte vue , il fit choix du cardinal Campege, homme très adroit, que les papes avaient déjà chargé de plusieurs négociations importantes , et il l'envoya en qualité de nonce à la diète de l'empire assemblée de nouveau à Nuremberg.

Campege , sans faire mention de ce qui s'était passé à la diète précédente, fit un long discours où il exhorta l'assemblée à exécuter avec vigueur l'édit de Worms , comme le seul moyen d'extirper l'hérésie de Luther. La diète répondit qu'elle voulait savoir auparavant les intentions

1 Fra-Paolo, Hist. del ConciL}p.28. Pallayic, HisU, pag. 58.

■ Jovius , Vita Adr., p. 118-

du pape sur la proposition d'un concile , et sur les cent griefs qu'elle avait exposés. Le nonce tâcha d'éluder le premier article, en déclarant d'une manière vague et générale que l'intention du pape était de prendre les mesures qui seraient les plus avantageuses au bien de l'église : quant au second point , comme la liste des cent griefs n'était arrivée à Rome qu'après la mort d'Adrien , et qu'ainsi elle n'avait point été pré- ''^ntée dans les formes au pape actuel, Campege »e prévalut de cette circonstance pour éviter de faire au nom de son maître une réponse positive sur cet objet : il observa pourtant que cette liste contenait plusieurs articles aussi peu soumis que peu décens, et que la diète, en publiant cette liste de sa propre autorité , avait manqué ouvertement au respect dû au saint siège. 11 finit par demander encore qu'on procédât avec rigueur contre Luther et ses adhérens ; mais quoiqu'il

fût vivement secondé par l'ambassadeur de l'em- jusque dans les racines de l'arbre 2

pereur qui dans ce temps-là s'empressait de flatter le pape, et qui fit beaucoup de protestalions sur le zèle de son maître pour l'honneur et la dignité du saint siège, le recez de la diète fut conçu presque dans les mêmes termes que celui de la précédente, et l'on n'y ajouta aucune déclaration plus sévère contre Luther et son parti l.

Avant de quitter l'Allemagne , Campege ., dans la vue d'éblouir et de gagner le peuple , publia certains règlemens pour réformer quelques désordres et quelques abus qui dominaient parmi le bas clergé ; mais cette légère réforme , qui était bien éloignée de répondre au désir des luthériens et aux demandes de la diète , ne satisfit personne , et produisit très peu d'effet. Le nonce , d'une main timide , élagua quelque» branches : les Allemands voulaient qu'on frappât un coup plus ferme, et qu'on attaquât le mal

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