‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 7 sur 11 · I. A JF.rNK SII'.KP.IKNNF,. 2'jl · texte numérisé non relu

I. A JF.rNK SII'.KP.IKNNF,. 2'jl

i\vvssvv Prascovio. Ces dames se décidèrent donc à Ini donner les jnoyens de continner sa route. Au retour du prinlems, M"*" Milin , après avoir pourvu ii tout ce dont elle pouvait avoir besoin , arrêta pour elle une place sur un bateau de transport : elle la mit sous la garde d'un homme qui se rendait à Ni jeni pour des affaires de commerce , et qui étail habitué à ce voyage difficile.

Avant de passer les monts Oural s , \ qui séparent Ekatherinembourg de Ni- l jeni/fon s'embarque sur les rivières n/ qui sortent de ces mêmes montagnes et qui se portent vers le nord. On voyage par eau jusque dans le Tobol , que l'on quitte ensuite pour s'approcher des montagnes. Le passage n'est ni bien ,

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haut, ni très -difficile. Lorsqu'on l'a franchi , l'on s'embarque de nouveau sur les eaux qui descendent dans le Volga. Prascovie, n'ayant pas les moyens de se procurer une voiture et de voyager en poste , profita d'une des nombreuses embarcations qui portent en Russie le fer et le sel par la Tchousova et la Khama. /

Son conducteur lui épargna tous les embarras de ce long voyage qu'elle n'aurait pu faire seule sans courir de grands dangers ; mais son malheur voulut que cet homme tombât malade en traversant les défilés, et fût contraint de s'arrêter dans un petit village sur les bords de la Khama : elle fut donc encore livrée à elle-même, et privée de

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tout appui. Eih* fit heureusement le trajet jusqu'à l'einljoucliure de la Khaiiia dans le Volga. ^Depuis ce lieu, le bateau, remontant le fleuve, était tiré par des chevaux. jLa voyageuse éprouva , dans ce dernier trajet, un accident qui lui lit courir les plus grands dangers. Pendant un des violens orages qui sont très-fréquens dans ces contrées, les bateliers , voulant éloigner la barque du rivage, poussèrent, avec force, une grande rame, qui servait de gouvernail , du coté oii plusieurs personnes étaient assises sur le bord du bateau et n'eurent plus le tenis de lu retirer : trois passagers, au nombre desquels était Prascovie, furent renversés dans le fleuve. On les retira aussitôt, et la

jeune fille ne fut point blessée; mais la honteî qu'elle éprouvait de changer de vêtement devant tant de monde fit qu'elle les laissa sécher sur elle : un violent rhume fut la suite de cet accident qui eut une influence malheureuse sur sa santé.

Les dames d'Ekatherinembourg, qui avaient chargé son conducteur de faire les arrangemens nécessaires pour la continuation de son voyage depuis Nijeni, ne l'avaient recommandée à personne dans cette ville oii Prascovie n'avait pas l'intention de s'arrêter : elle se trouva donc, à son arrivée, sans connaissance et sans protection. Les bateliers la déposèrent sur le bord du fleuve avec son petit équipiîge, qui était devenu plus

volumineux parles soins de M""" Milin.

/En face du pont oii l'on débarque ordinairement sur le rivage du Volga , se trouvent une église et un couvent de ^. religieuses situés sur une éminence.

(Elle, s'y achemina pour faire ses prières accoutumées , se proposant d'aller ensuite chercher un gîte quelque part

dans la ville. / If

-*En entrant dans l'église, qui lui parut déserter^ ellejeù tendit, au travers de la grille, les chants des religieuses qui achevaient leurs prières du soir , et regarda celte circonstance comme de bon augure. '(( Un jour, se disait - elle , si n Dieu favorise mes vœux , je serai de » même cacliée sous le voile, n'ayant

» plus d'autre occupation que celle de

» remercier la Providence de ses fa- » veiti's. »

Xorsqu'elle sortit de l'église le soleil se couchait : elle s'arrêta quelque tems sous la porte , frappée de la belle vue qui se présentait à ses regards. La ville de INijeni Novogorod , située- au confluent de deux grands fleuves , l'Oca et le Volga , offre , du point oii elle se trouvait , un des plus beaux sites que l'on puisse contempler: son étendue lui paraissait immense , et lui inspirait une espèce de crainte./

En partant d'Iscliim , Prascovie ne s'était représentée que les dangers physiques qu'elle pouvait courir : elle était préparée d'avance à braver la faim et les froids les plus rigoureux , la mort

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elle-même; mais, depuis que la société commençait à lui être connue, elle entrevoyait des obstacles d'un autre genre, contre lesquels tout son courage ne pouvait la soutenir. Après avoir échappé au désert, elle pressentait cette affreuse solitude des grandes villes oîi le pauvre est seul au milieu de la foule, et où, comme par un horrible enchantement , il ne voit autour de lui que des yeux qui ne regardent pas, et des oreilles sourdes à ses plaintes.

Depuis qu'elle avait connu les dames d'Ekatherinembourg, un nouveau sentiment des bienséances et un peu d'orgueil, peut-être, lui rendaient plus pénibles les démarches auxquelles l'obligeait sa situation. « Hélas, disait-

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» elle, où trouverai-je des amies comme » celles que j'ai quittées ! Me voilà » maintenant à plus de mille verstes » d'elles ! Que deviendrai-je en arrivant » à Pétersbourg lorsque j'approcherai » du palais impérial, moi qui tremble » de me présenter ici dans une misé- » rable auberf^e ? »

Ces réflexions s'offrirent avec tant de force à son esprit, que, pour la première fois , un profond découraf^ement s'empara d'elle , et lui arracha des larmes. Le souvenir de son père qu'elle avait abandonné, peut-être inutilement, la remplit de regrets et de terreur. Mais bientôt elle se reprocha sa faiblesse et son manque de ccmfiance en Dieu ; elle en demanda pardon à son ange gardien :

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