‹ Œuvres complètesChapitre 115 sur 148 · X. DE MAISTRE · texte numérisé non relu

X. DE MAISTRE

vement le spectacle qu'il avait devant lui. A la lueur du feu qui flambait de temps en temps, une hache brillait dans un enfoncement de la muraille. Le vieillard, vaincu par le sommeil, laissait tomber parfois sa tête sur sa poitrine. Ivan vit qu'il était temps, et se leva debout. Le geôlier soupçonneux s'en aperçut aussitôt. « Que fais-tu là, toi ? » lui dit-il durement. Ivan, au lieu de répondre, se rapprocha du feu en baillant, comme un homme qui sort d'un profond sommeil. Ibrahim, qui sentait lui-même ses paupières s'appesantir, obligea Kascambo de jouer de la guitare pour le tenir éveillé. Ce dernier s'y refusait ; mais Ivan lui présenta l'instrument en faisant le signe convenu. « Jouez, maître, dit-il, j'ai à vous parler. » Kascambo accorda l'instrument, et, se mettant à chanter, ils commencèrent ensemble le terrible duo suivant.

KASCAMBO

Hai luli,hai luli, que veux-tu me dire? Prends garde à toi. (A chaque demande et à chaque réponse ils chantaient ensemble les couplets de la chanson russe suivante :

Je suis triste, je m'inquiète, Je ne sais plus que devenir.

Mon bon ami devait venir, Et je l'attends ici seulette.

Hai luli, hai luli, Qu'il fait triste sans son ami !

IVAN Voyez cette hache, mais ne la regardez pas. Hai luli, hai luli, je fendrai la tête à ce coquin.

Je m'assieds pour filer ma laine, Le fil se casse dans ma main :

Allons! je filerai demain, Aujourd'hui je suis trop en peine.

Hai luli, hai luli, Où peut donc être mon ami ?

KASCAMBO

Meurtre inutile ! hai luli, comment fuirai-je avec mes

fers ?

Comme un petit veau suit sa mère, Comme un berger suit ses moutons, Comme un chevreau, dans les vallons, Va chercher l'herbe printanière,

Hai luli, hai luli, Je cherche partout mon ami...

===== LES PRISONNIERS DU CAUCASE

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