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romme les Turks gouvernent ! I>e commerce de Tripoli est aux mains des Français seuls. Ils j ont un consul et trois comptoirs. Ils exportent les soies et quelques éponges que l'on pèche dans la rade; il les payent avec des draps , de la cochenille , du sucre et du café d'Amérique; mais, en retours conime en entrées , celte échelle est inférieure à sa vassale , Lataqié.
La ville moderne de Lataqié, fondée jadis par Seleuats Nicator, sous le nom de Laoâikea, est située à la base et sur la rive méridionale d'une tan> gue de terre qui saille en mer d'une demi>Iieue. Son port, comme tous les autres de cette côte, est une espèce de parc enceint d'un môle dont l'entrée est fort étroite. Il pourrait contenir a5 ou 3o vaisseaux ; mais les Turks l'ont laissé combler au point que quatre y sont mal à l'aise; il n'y peut même flotter que des bâtimens au-dessous de ^oo tonneaux, et rarement se passe-t-il une année sans qu'il en échoue quelqu'un à l'entrée. Malgré cet inconvénient, Lataqié Mt un trèsgros commerce ; il consiste surtout vn tabacs â fumer, dont elle 'envoie chaque année plus de 20 chargements à Damiette. Elle en reçoit du riz , qu'elle distribue dans la Haute-Syrie pour du coton et des huiles. Du temps de Strabon , au lieu de tabac, elle exportait en abondance des vins vantés que produisaient ses coteaux. C'était encore l'Égypte qui les consommait par la voie d'Alexandrie. II. 5
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Lesquels des anciens ou des modernes ont gagné à ce changement de jouissance? II ne faut pas parler de Lataqiéià de Tripoli comme villes de guerre. L'une et l'autre sont sans canons , sans murailles , sans soldats : un corsaire en ferait la conquête. On estime que la population de chacuue d'elles peut aller de 4 à 5,ooo âmes.
Sur la côte , entre ces deux villes , on trouve divers villages habités, qui jadis étaient des villes fortes : tels sont Djebilé^ le lieu escarpé de Merkab, Tartosa, etc.; mais l'on trouve encore plus d'emplacements qui n'ont que des vestiges à demi effacés d'une habitation ancienne. Parmi ceux-là, l'on doit distinguer le Rocher , ou si l'on veut , l'île de ^oua«f,jadisville et république puissante, sous le nom ^Aradus. II ne reste pas un mur de cette foule de maisons qui , selon le récit de Strabon , étaient bâties à plus d'étages qu'à Rome même. La liberté dont ses habitans jouissaient , y avait entassé une population immense , qui subsistait par le commerce naval , par les manufactures et les arts. Aujourd'hui l'île est rase et déserte , et la tradition n'a pas même conservé aux environs le souvenir d'une source d'eau douce, que \e&Aradiens avaient découverte au fond de la mer , et qu'ils exploitaient en temps de guerre, au moyen d'une cloche de plomb et d'un tuyau de cuir adapté à son fond. Au sud de Tripoli , est le pays de Kesraouân , lequel s'étend de Nahr-el-kelb par le Liban , jusqu'à Tri-
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poli même. Djebail, jadis Boublos , est la ville la plus conûdérable de ce canton; cependant eHe n'a pas plus de 6,000 habitans : son ancien port , construit comme celui de Lataqîé, est encore plus maltraité ; à peine en reste-l-il des traces. La rivière d'Fi&niAt/n, jadis .^tionû, qui est àdeux lieues au midi , a le seul pont que l'on trouve depuis Àntioche , celui de Tripoli excepté. Il est d'une seule arche de 5o pas de large , de plus de3o pieds d'élévation au-dessus du rivage, et d'une structure trèsl^ère : il paraît être qn ouvrage des Arabes.
Dans l'intérieur des montagnes, les lieux les plus fréquentés des Européens, sont les villages à'Éden et de Becharrai^ où les missionnaires ont une maison. Pendant l'hiver , plusieurs des habitants descendent sur la côte , et laissent leurs maisons sous les neiges, avec quelques personnes pour les garder. De Beckarrai, l'on se rend aux cèdres, qui en sont à 7 heures de marche, quoiqu'il n'y ait que 3 Ueues de distance. Ces cèdres si réputés , ressemblent à bien d'autres merveilles ; ils soutiennent mal de près leur réputation : quatre ou cinq gros arbres, les seuls qui restent, et qui n'ont rien de particulier, ne valent pas la peine que l'on prend à franchir les précipices qui y mènent.
Sur la frontière du Kesraouân, à une lieue au nord de Nakr-el-kelb, est le petit village SAntoura, où les ci-devant jésuites avaient établi une maison
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qui n'a point la splendeur de celles d'Europe; mais dans sa simplicité, cetb> maison est propre ; et sa situation, à mi*côte, les eaux qui arrosent ses vignes et ses mûriers , sa vue sur le vallon qu'elle domine , et l'échappée qu'elle a sur la mer , en font un ermitage agréable. Les jésuite^ y avaient voulu annexer un couvent de filles, situé à un quart de lieue en face ; mais les Grecs les en ayant dépossédés , ils en bâtirent un à leur porte, sous le nom de la Fisitation. Ils avaient ausû bâti à 300 pas au-dessus de leur maison , un séminaire qu'ils voulaient^ peupler d'étudiants maronites et grecs - latins ; mais il est resté désert. Les lazaristes qui les ont remplacés , entretiennent à Antoura un supérieur curé et un frère lai, qui desservent la mission avec autant de charité que d'honnêteté et de décence.