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CHAPITRE V

Du pachalic de Saide , dit aussi d'Acre.

rix midi du pachalic de Tripoli , et sur le prolongement de la même côte maritime , s'étend un troisième pachalic^. qui jusqu'à ce jour a porté le nom de la ville àfi^Saide, sa capitale, mais qui maintenant pouira prendre. celui SAcre, où lé

pacha, depuis quelques années, a transféré sa réùdence. La consistance de ce gouvernement a beaucoup vaiié dans ces derniers temps. Avant Dâher, il était composé du pays des Druzes et de toute la côte, depuis Nahr-el-kelb jusqu'au Carmel. A mesure que Ddher s'agrandit , il le resserra au point que le pacha ne posséda plus que la ville de Saide , dont il finit par être chassé ; mais à la chute de Ddker, on a rétabli l'ancienne consistance. Djezzâr, qui a succédé à ce ckaik en qualité de pacha , y a fait annexer le pays de Safad, de Tabcaié^ de Balbek, ci-devant relevant deDamas, et le terriritoire de Qâîsarié (Césarée) , occupé par les Arabes de Saqr. C'est aussi ce pacfaa qui, profitant des travaux de Ddher à jicre , a transféré sa résidence en cette ville ; et de ce moment elle est devenue la capitale de la province.

Par ces divers accroissements , lepachalic S Acre embrasse aujourd'hui tout le terrain compris- depuis I^àhr-el-kelh jusqu'au sud de Qâîsarié, entre la Méditerranée à l'ouest , l'Antiliban et le cours supérieur du Jourdain à l'est. Cette .étendue lui donne d'autant plus d'importance,, qu'il yjoint des avantages précieux de position et de sol. Les plaines S Acre, ^Ezdredon, AeSour, de Haoulé, et le bas-Beqdâ , sont vantées avec raison pour leur fertilité. Le blé , Forge , le maïs , le coton et le sésame y rendent , malgré l'imperfection de la culture , vingt et vingt -cinq pour un. Le pays de

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QaUarié possède une forêt de chéoes , la seale de la Syrie. Le pays. de Safodàonne des cotons que leur blancheur fait estimer à l'égal de ceux de Cypre. Les montagnes voisines de Sour ont des tabacs aussi bons que ceux de Lataqié , et l'on y trouve un canton où ils ont un parfum de giro* fie qui les fait réserver à l'usage exclusif du sultan et de ses femmes. Le pays des Druzes abonde en vins et en soies ; enfin par la position de la côte et la quantité de ses anses, ce pachalic devient l'entrepôt nécessaire de Damas et de toute la Syrie intérieure.

Le pacha jouit de tous les droits de sa place ; il est gouverneur despote, et fermier général. Il rend chaque année à la Porte une somme fixe de sept cent, cinquante bourses ; mais en outre , il est obligé, ainsi qu'à Tripoli, de fournir le £^erde ou co/ivoi des pèlerins de la Mekke. On estime également sept cent cinquante bourses la quantité de riz « de blé, d'orge employés à ce convoi. Le bail delà ferme est pour un an seulement ; mais il est souvent prorogé. Ses revenus sont : i^lemiri; a" les sous -fermes des peuples tributaires, tels que les Druzes , les Motouâlis , et quelques tribus d'Arabes ; 3' le casuel toujours abondant des successions et des avanies; 4° les produits des douanes, tant sur l'entrée que siu- la sortie et le passage des marchandises. Cet article seul a été porté à mille bourses ( i,25o,ooo liv. ) dans la ferme que

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DE LA STRIE. ■Jt

Djezzâr a passée, en 1 784* ^^ tous ses ports et anses. Enfin ce pacha , usant d'une industrie familière à ses pareils dans toute l'Asie , fait cultiver des terrains pour son compte , s'associe avec des marchands et des manufacturiers , et prête de l'argent à intérêt aux laboureurs et aux commerçants. La somme qui résulte de tous ces moyens, est évaluée entre neuf et dix millions de France. Si l'on y compare son tribut, qui n'est que de i5oo bourses, ou 1,875,000 liv,, l'on pourra s'étonner que la Porte lui permette d'aussi gros bénéfices ; mais ceci est encore un des principes du divan. Le tribut une fois déterminé , il ne varie plus. Seulement si le fermier s'enrichit , on le pressure par des demandes extraordinaires ; souvmt on le laisse thésauriser en paix j mais lorsqu'il s'est bien enri^ chi , il arrive toujours quelque accident qui amène à Constantinople son coifre fort ou sa tête. En ce moment, la Porte ménage Dj'ezaâr, à raison, ditelle, de ses services. En effet , il a contribué à la ruine de Sâher ; il a détruit la famille de ce prince, réprimé les Bédouins de Saqr, abaissé les Druzes, et. presque anéanti les Motouâlis. Ces succès lui ont valu des prorogations qui se continuent depuis dix ans. Récemment il a reçu les trois queues , et le titre de ouâzir{ym.t) qui les accompagne(T); mais, par un retour ordinaire , la Porte commence

(t) Tout ifscha à trois queues est titré viiir.

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à prendre ombrage de sa fortune; elle s'alanne de son humeur entreprenante ; lut , de son côté , redoute sa fourberie ; en sorte qu'il r^^ne de part et d'autre une défiance qui pourra avoir des suites. Il entretient des soldats en pins grand nombre et mieux tenus qu'aucun autre pacha ; et il observe de n'enrôler que des gens venus de son pays ; c'est-à-dire des Bocknâqs et des Amautes ; leur nombre se monte à environ neuf cents cavaliers. II y joint environ mille Barbaresques à pied. Les portes de ses villes frontières ont des gardes régulières; ce qui est inusité dans le reste de la Syrie. Sur mer , il a une frégate , deux galiotes et un diébeh qu'il a récemment pris sur les Maltais. Par ces précautions , dirigées en apparence contre l'étranger, il se met en garde contre les surprises dil divan. L'on a déjà tenté plus d'une fois la voie des capidjis; mais il lésa Ëiit veiller de si près, qu'ils n'ont rien pu exécuter ; et les coliques subites qui en ont fait périr dci'x ou trois , ont beaucoup refiroidi le zèle de ceux qui se chargent d'un si cauteleux emploi. D'ailleurs il soudoie des espions dans le séntî ou palais du sultan , et il y répand un argent qui lui assure des protecteurs. Ce moyen vient de lui procurer le pachalic de Damas, qu'il ambitionnait depuis long -temps, et qui en effet est le plus important de toute la Syrie. Il a cédé celui d's/Zcre à un mamlouk nommé Sèlim , son ami et son compagnon de fortune ; mais cet

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