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leur vie domestique. Chaque jour, ils ont 7 heures de prières à l'église, et personne n'en est dispensé. Ils SQ lèvent à 4 heures du matin, se couchent à 9 du soir, et ne font que deux repas, savoir, à 9 et à 5. Ils font perpétuellement maigre, et se permettent à peine la viande dans les plus grandes maladie$;ils ont, comme lesautresGrecs, trois grands carêmes par an, une foute de jeûnes, pendant lesquels ils ne mangent ni œu&, ni lait, ni beuire , ni même de fromage. Presque toute l'année ils vivait de lentilles à l'huile, de fèves, de m au beurre, de lait caillé, d'olives et d'un peu de poisson salé- Leur pain est une petite galette grossière et mal levée , dure le second jour , et que l'on ne renouvelle qu'une fois par semaine. Avec cette nourriture, ils sa prétendent moins sajets aux maladies que les paysans : mais i) faut remanier qu'ils portent tous des cautères au bras , ' et que phifôeurs sont attaqués d'hernies, dues, je oicns, k l'abus de l'huile. Chacun a pour loge-: ment une étroite cellule , et pour tout meuble une natte, (m matelas, une cmiverture, et point de draps; ils n'«n ont pas besoin, puisqu'ils dorment vêtne. Leur vêtement est una grosse chemise de cot<m rayée de bien, un caleçon, une camisole, et une robe de bure brune si roide et si épaisse, qu'elle se tient debout uns faire un pli. Contre l'usage du pays, ils portent des cheveux de huit pouces de long; et au lieu de capuchon, un c^?
lindre de feutre de dix pouces de hauteur, tel que celui des cavaliers turks. Enfin chacuu d'eux, à l'exception du supérieur, du dépensier et du vi- caire , exerce un métier d'un genre nécessaire o« Utile à la maison ; l'un'est tisserand, et fabrique les étoffes; l'autre es! tailleiu-, et coud les habits; cetut-cî est cordonnier, et fait les souliers ; celui-là est maçon , et dirige les constructions. Deux sont chargés de la cuisine, quatre travaillent à l'imprimerie, quatre à la reliure ; et tous aidait à la boulangerie, le jour que l'cm fait le pain. La dépense dé 4o à 4^ bouches qui composent le couvent , n'excède pas chaque' année la somme de 12 bourses, c'est-à-dire, ï5,'ooo liv.; encore sur cette somme prénd-oi) les frais de l'hospitalité de tous les passants , ce qui forme un' article consid^able. Il'est vrai que la plupart de ces passants laissent des dons ou aumônes, qui font une partie du revenu de la maison ; l'autre partie provient de la culture des terres. Ils en eut pris à rente une asses grande étendue j dont ils paient 400 piastres de redevance à deux émirs. Ces terres ont été défrichées parles premiers religieux; mais au]ourd'hui,ils ont jugé à propos d'en remettre' la culture à des paysans qui leur paient la moitié dé tous les produits. Ces produits sont des soies blanches et jaunes que Ton vend à Bàtrout; quelques grainset des vins (i)
(1) Ces vins sont de trois espèces r savoir, le rougè, le blanc
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qui, faute de débit, sont offerts en présent aux bienfaiteurs , ou consoinmés dans la maison. Ci-devant les religieux s'abstenaient d'en boire; nulis^ par une marche commune à toutes les sociétés, ilsse sont déjà relâchés de leur austérité première; ils commencent aussi à se tolérer la pipe et le café , malgré les réclamatiousdesandensjjalonxentout pays de perpétuer lés habitudes de leur jeunesse.
et le jauae : ie blanc, qui est le plus rare, est amer à un point qui le rend désajjréable. Par un excès contraire, les deux autres sont trop doux et trop sucrés. La raison en est qu'on les fait bouillir, en sorte qu'ils ressemblent au vin cuit de Prorence. L'usage de tout le pays est de réduire le moAt aux deux tiers de sa quandté. On ne peut en boire pendant le repas sans s'exposer à des aigreurs, parce qu'ils dévdoppeai leur fermentation dans l'ettOBiac. Cependant ûy t quelques ci^itons oA l'on ne cuit pas le jrouge, et alors il acquiert une qualité presque ^ale au Bordeaux. Le vin jaune est célèbre ches nos négociants , sous le nom de vin iTor, quH doit à iâ belle couleur de topaze.' Le pins estimé se eneille sur les co-i team du Zoûq ou village de Masheh pcès Sjntotira. Il n'est pas nécessaire de le cuire , mais il est trop sucré. Voilà ces vins du Liban vantés des anciens gourmets grecs et romains. C'est à nos Français à essayer s'ils seraient du même avis ; mus ils doivent observer que dans le passage de la mer , les vins cuits fermement une seconde fois, et fout crever les tonneaux. IT est probable que les habitants du Liban n'ont rien cbangé & l'ancienne méthode de faire le viu, ni à la culture des vignes» Elles, sont disposées par écbalas de six à huit pieds de hauteur. On ne les taille point comme en France , ce qui nuit sârement beaucoup à la quantité et A la qualité de la recette. La vendange se fait sur la fin de septembre. Le couvent de Harhanna cueille environ cent cinquante idbié ou jarres de terre, qui tiennent à peu près cent dis pintes. Le prix o le pays peut s'évaluer à sept ou huit sous notre pinte.
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d'environ 200 pas de long. L'espace compris entre cet écueit et le château , sert de rade aux vaisseaux ; mais ils n'y sont pas en sûreté contre le gros temps. Le rivage qui règne le long de la ville , est occupé par un bassin enclos d'un môle ruiné. C'était jadisle port ; mais le sable l'a rempli au point qu'il n'y a^ que son embouchure près le château, qui reçoive des bateaux. C'est Fa^relDin, émir desDruzes, qui a commencé la mine de tous ces petits ports, depuis Bairout jusqu'à Acre , parce que craignant tes vaisseaux turks , il y fit couler à fond des bateaux et des pierres. Le bassin de Saide , s'il était vidé, pourrait tenir ao à a5 petits bâtiments. Du côté de la mer, la ville est absolument sans muraille; du côté de la terre , celle qui l'eaceint n'est qu'un mur de~^rison. Toute l'artillerie réunie ne monte pas à six canons , qui n'ont ni afluts ni canonnier. A peine compte-t-on 100 hommes de garnison.
L'eau vient de la rivière d'jéoula, par des canauX' découverts où les femmes vont la puiser. Ces canaux servent aussi à abreuver des jardins d'un sol médiocre, où l'on cultive des mûriers et des limoniers.
Saide est une ville assez commerçante, parce qu'elle est le principal entrepôt deDamas et du pays intérieur. Les Français, les seuls Européens que l'on y trouve, y ont un consul et 5 ou 6 maisons de commerce. Leurs retraits consistent en soie, etsurtout en cotons bruts ou filés. liC travail de ce coton
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est la principale branclie d'industrie des habitants, dont le nombre peut se monter à cinq mille âmes.
A 6 lieues au sud deSaïde, en suivant le ri< vage. Ton arrive par un chemin de (i^ine trèscoulant, au village de Souf. Nous avons peine à reconnaître dans ce nom celui de Tjr, que nous tenons des Latins; mais si l'on se rappelle que ly fut jadis ou ; si l'on observe que les Latins ont substitué le i aaihêta des Grecs , et que ce thêta avait le son sifBant àuth anglais dans think (i), l'on sera moins étonné de l'altération. Elle n'a point eu lieu diezles Orientaux, qui, de tout temps, ont appelé Tsour et Sour le lieu dont nous parlons.
Le nom de lyr tient à tant d'idées et de faits int^ssants pour quiconque a lu l'histoire , que je crois faire une chose agré^le à tout lecteur, en traçant im tableau fidèle des lieux qui furent jadis le théâtre d'un commerce et d'une navigation immenses, le berceau des arts et des sciences, et la patrie du peuple le plus industrieux peut-être et le plus actif qui ait jamais existé.
Le local actuel de Sour est une f^esqulle qui saille du rivage en mer en forme de marteau à tète ov^e. Cette tête est un fond de roc recouvert d'une terre brune cultivable, qui forme une petite plaine d'environ 800 pasde long sur 4oo de large. L'isthme qui joint cette plaine au continent, est un pur
(1) Et non le son ilc z, comme dans there.
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sable de mer. Cène différence de sol rend très-setisible l'ancien état dlle qu'avait la tête de marteau ayant qu'Alexandre la joignit au rivage par une jetée. La mer, en recouvrant de sable cette jetée, l'a élargie par des auerrissements successifs, et en a formé l'isthme actuel. Le village de Sour est assis sur la jonction de cet isthme à l'ancienne île , dont il ne couvre pas plus du tiers. La potute que le terrain présente au nord, est occupée par un bassin qui fut un pOrt creusé de main d'homme. Il est tellement comblé de sable, que les petits enfants le traversent sans se mouiller les reins. L'ouverture, qui est à la pointe même, est défendue par deux tours correspondantes, où jadis Ton attachait une chaîne de So à 60 pieds pour fermer entièrement le port. De ces tours part une ligae de murs qui , après avoir protégé le bassin du c6té de la mer, enfermait llle entière; mais aa-> jourd'hui l'on n'en suit la trace que pat les îàn* dations qui bordent le rivage, escepté dans le voisinage du port, où les Motoaâlii ûrent , il y a !io ans, quelques réparations, déjà en ruines. Plus loin eti mer, au nord-ouest de la pointe, à la distancé d'environ 3oo pas , est une ligne de roches à fleur d'eau. L'espace qui les sépare du rivage du continent eu face, forme une espèce de rade où les vaisseaux mouillent avec plus de sûreté qu'à Saide, sans cependant être hors de dangerj car le vent du nord-ouest les bat fortement > et
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DE LA STRIE: 9a
le fond fatigue les cAbles.£n rentrant'dans llle , Toii observe qae le village en laisse Ubre la partie qui donne sur la pleine mer, c'est-à-dire à l'ouest. Cet espace sert de jardin aux habitants; mais telle est leur iAertie, que l'on j trouve plus de roncea que de légumes. La partie du sud est sablonneuse et plus couverte de décombres. Toute la population du village consiste en 5o à 60 pauvres fiunilles , qui vivent obscurément de quelques cultures de grain, et d'im peu de pécbe. Les maisons qu'elles occupent ne sont plus , comme au temps de Strabon, des édifices à 3 et 4 étages , mais de chétives huttes prêtes à s'écrouler. Ci-devant elles étaient sans défense du cûté de terre; mais XcsMotoudSs^ qui s'en emparèrent en 1766, les fermèrent d'un mur de ao pieds de haut qui subsiste eucore. L'édifice le plus remarquable est une masure qui se trouve à l'angle du sud-est. Ce fut une église chrétienne^ bâtie probablement par les Croisés; il n'en reste que la partie du chœur : tout auprès, parmi àea monceaux de pierres, sont couchées deux belles colonnes à triple fût de granit rouge , d'une espèce inconnue en Syrie. Djezzâr, qui a dépouillé tons ces cantons pour orner sa mosquée d'Acre, a Voulu les enlever; mais ses ingénieurs n'ont pas même pu les remuer.
£n sortant du village sur l'isthme, on trouvt^ à cent pas de la porte une tour ruinée^ dans la' quelle est un puits où les femmes viennent cher-'
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n6 ÉTAT POLITIQUE
cher l'eau : ce puits a quinze ou seize pieds de pro' fondeur; mais .l'eau n'en a pas plus de deux ou' trois ; l'on n'en boil pas de meilleure sur toute la côte. Par un phénomène dont on ignore la raison , elle se trouble en, septembre , et elle devient, pendant quelques jours, pleine d'une argile rougeâtre. C'est l'occasion d'une grande fête pour les habitants; ib viennent alors en troupe à ce puits, et ils. y versent un seau d'eau de mer qui, selon eux, a la vertu de rendre la limpidité à l'eau de la source. Si l'on continuede marchersur l'isthme, vers le continent, l'on rencontre, de distance en distance, des ruines d'arcades qui conduisent en . ligne droite à un monticule, le seul qu'il y ait dans .la plaine. .Ce monticule n'est point factice comme ceux du. désert; c'est un rocher ' naturel d'environ i5o pas de ciroiit sur 4o à 5o pieds d'élévation; l'on , n'y , trouve qu'une maison en ruines et le tombeau d'un chaiA ou santon (i), remarquable par le dôme blanc qui le couvre. La distance.de ce rocher à Sour est d'un quart d'heure de marche au pas du cheval. À mesure que l'on s'en rapproche, les. arcades dont j'ai parlé deviennent plus fréquentes et plus basses ; elles finis-
(i) Chez les Musulmans, le terme de c/taî prend les sens divers de tonton, A'ernùie, à'idiot et àe/oa. Ils ont pour les imbéciles le m^ne respect religieux qui existait au temps de
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seot par former uoe ligne continue, qui du pied du nicher tourne tout à coup par un angle droit au midi, et marche obliquement par la campagne vers la mer; on en suit la file pendant une grande heure de marche au pas du cheval. C'est dans cette route que l'on recounalt, au canal qui règne sur les arches , cette construction pour un aqueduc. Ce canal a environ trois pieds de large sur deux et demi de profondeur; il est formé d'un ciment plus dur que les pierres mêmes; enfin l'on arrive à des puits où il aboutit, ou plutôt d'où U tire son origine. Ces puits sont ceux que quelques voyageurs ont appelés^w'b de Salomon; mais dans le pays, on ne les connaît que sous le nom àeRasel-àén, c'est-à-dire, tête de la source. L'on en compte un principal, deux moindres, et plusieurs petits; tous forment un massif de maçonnerie qui n'est point en pierre taillée ou brute, mais en ciment mêlé de cailloux de mer. Du côté du sud, ce massif saille de terre d'environ i8 pieds, et de i5. du côté du nord. De ce même côté s'offre une pente assez large et assez douce , pour que des chariots puissent monter jusqu'au haut. Quand on y est monté, l'on trouve un spectacle bien étonnant; car au lieu d'être basse ou à niveau (le terre, l'eau se présente au niveau de$ bords de l'esplanade , c'est-à-dire que sa colonne qui remplit le puits est élevée de 1 5 pieds plu^ haut que le sol. En outre, cette e^u n'est point calme; mais II. 7
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elle ressemble à mi torrent qui bouillonne, et elle se répand à flots par îles canaux pratiqué» à la surface du puits. Telle efit son aboDdance,:qu'elle peut faire marcher trois moulins qui sont auf>Fès^ et qu'elle forme un petit ruisseau dès tivant la mer^ qui en est distante de 4oo pas. L» bouche du puits principal est un octogo»e, dont chaque côte a s3 pieds 3 pouces de long, ce qui siipptMè 6i pieds au diamètre. L'on jirétend que ce puits n'a point de fond; mais le vojrageur Laroque as»* sure que de son temps ou le trouva à 36 brasses^ Il est remarquable que le mouvement de l'eau à la surface a rongé les parois intérieores du puits ; su point que le bord ne porte pins sur tien , et qu'il foi*me une demi-voûte suspendue sur feati; Parmi les canaux qui eu partent, il en est un principal qui se joint à celui desi arches dont j'ai parlé-.; Au moyen de ces arches, l'eau se portait jadis dî'abord au rocher, puis du rocher par l'isthniie^ k la tour où l'on puise l'eau. Du- reste, la campagne est une plaine d'environ deux lieues de lai^e, ceinte d'une chaîne de montagnes assez hautes, qui régnent depuis la Çdsmié jusqu'au cap Blanc. Le sol est une terre grasse et noirâtre, où l'ow cultive avec snceès le peu de blé et de cotoh que l'on y sème.
Tel est le local de Tjr, sur lequel il se présente quelques observations relatives à l'état de l'aueienne ville. On sait que jusqu'au temps où Naba-
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DELASTRIE. ()g
Àodonosor en fit le si^e , Tyr fut située dans le contineilt; I'od en^désigne remplacement kpalœ- . TyruSi c'est-à-dife, auprès deapuits; mais dans ce cas, pourquoi cet aqueduc conduit-il ji tant de frais (i) des puits au rocher? Bira-t-on qu'il fut construit après que les Tyriens eurent passé l'île? Mai» dès avant Salmanasar, c'est-ànjire i36 aui avant Nabukodonosor, leurs annales en font mention comme existant déjà. « Du temps â! EuluUeas^ « roi de Tyr, dit l'historien Ménandre, cité par a Josèphe {%), Salmanasar, roi .d'Assyrie, ayant « porté la guerre en Phénicie, plusieurs villes se « soumirent à ses armes; les Tyriens lui résïstè- « rent; mais bientôt abandonnés par Sidon, Acre « fi\.palce-TyTus,K^\ dépendaient d'eux, ils furent « réduits à leurs forces. Cependant ils continuèrent u de se défendre; et Salmanasar, rappelé à Ninive, «laissa des corps-de-garde près des ruisseaux et « de l'aqueduc pour en interdire l'eau. Cette gêne ff dura cinq ans, pendant lesquels les Tyriens « s'abreuvèrent au moyen des puits qu'ils creu- « sèrent. a
Si paltX'Tjrms fut un lieu dépendant de Tyr, Tyr était donc ailleurs; elle n'étsit point dans l'Ile, puisque les habitants n'y passerait qu'après NabukodoDOSor. Elle était donc au rocher, qui en a
(i) La largeur des piles ia arches est de neuf pieds. (a) Antiq, fadaic. lîb. g, c. 14.
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lOO ETAT POLITIQUE
dù être le siège primitif. Le nom de cette ville en fait preuve; car isourea phénicien sigaiûe rocker et le lieu Jbri. C'est là que s'établit cette colonie de Sidoniens, chassés du leur patrie deux cent quarante ans avant le temple deSalomon. Ils choisirent cette, position, parce qu'ils y troiiVèrent l'avantage. d'un lieu propre à la défense, et celui d'une rade très-voisine qtii , sous la protection de ri)e, pouvait couviir beaucoup de vaisseaux. La population de cette colonie s'étant accrue par le laps des temps et par le commerce, les Tyriens «urent besoin de plus d'eau, et ils construisirent l'aqueduc. L'activité qu'on leur voit déployer au temps de Saiomon engageait à l'attribuer ' à ce siècle. Dans tous les cas, il est très-ancien, puisque l'eau de l'aqueduc a eu le temps de former par ses fillrations des stalactites considérables. Plusieurs tombant des flancs du canal, ou de l'intérieur des voûtes , ont obstrué des arches entières. Pour s'assurer de l'aqueduc, l'on dut établir aux puits im corps-de-garde qui à^eVint pakE-Tjrrus. Doit-ou supposer la source factice, et formée par un canal souterrain tiré des montagnes? Mais alors, pourquoi ne l'avoir pas amenée au rocher même? II est plus simple de la croire naturelle, et de peii" ser que l'on a profité d'un de ces accideos de rivières souterraines dont la Syrie ofifre plusieurs exemples. L'idée d'emprisonner cette eau pour la faire remonter et gagner du niveau est digne des
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DE LA STBIE. rot
Phéniciens. lies choses en étaieiità ce point, quand le roi de Babylone , vainqueur de Jérusalem , vînt pour anéantir la seule ville qui bravât sa puissance. Les Tyriens lui résistèrent pendant 1 3 ans ; mais au bout de ce terme, las de leurs efibrts, ils prirent le parti de mettre la mer entre eux et leur ennemi, et ils passèrent dans l'île qu'ils avaient en face, k la distance d'un quart de lieue. Jusqu'alors cette île n'avait dû porter que peu d'habitations, vu là disette d'eau (i). La nécessité fit surmonter cet inconvénient; l'on tâcha d'y obvier par des citernes, dont on trouve encore des restes en forme de caves voiitées, pavées et murées avec le plus grand soin (2). Alexandre parut, et, pour satisfaire son barbare orgueil, Tyr fiit. ruinée; mais bientôt rétablie, ses nouveaux habitants profitèrent de la jetée par laquelle les Macédoniens s'étaient avancés jusqu'à l'île, et ils amenèrent l'a.queduc jusqu'à la tour où l'on puise encore l'eau. Mùntenant que les arcades ont manqué, comment l'y Irouve-l-on encore ? I^ raison en doit être , que l'on avait ménagé dans leurs fondements
(i) Josèpbe est en erreur lorsqu'il jiarle de lyr au temps A'Hiram comme étant bâtie dans l'île. Il confond , à son ordinaire, l'état ancien avec l'étal postérieur. Voyez Aniiq. Jud. lib. 8,c.5.
(3) L'on en a récemment découvert une considérable en dehors du mur de la ville. L'on n'y a rien trouvé, et le Motsftilam l'a Tait refermev.
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}Ut ETAT HULITIQUE
(les conduits eecrets qui continuent toujours de ramener des puits- La preuve que l'eau de la tour vient de Ras-el-àén est qu'à cette source elle se trouble en octobre comme à la tour; qu'alors elle ^ la piéme couleur, et en tout tempe le même gout. Ce& conduits doivent être nombreux; car il çgt airivé plusieurs voies d'eau près de la tour, sans (JUfi son puits ait cessé d'en fournir.
La puissance de Tyr sur la Méditerranée et dans l'Occident 'est assez connue; Carthage, Utique^ (ktdUc , en sont des monuments célèbres. L'on sait qu» cette ville étendait sa navigation jusque flans rOféan, et la portait au nord par delà l'Angleterre, et au sud par delà les Canaries. Ses relations à l'Of ient , quoique moins connues , n'étaient pas moins considérables; les îles de lyrus et .léradus (aujourd'hui Barhain), dans le golfe Persique, les villes de Faran et Phœnicum Oppidum, sur la mer Rouge, déjà ruinées au temps des Grecs, prouvent que IçsTyriens fréquentèrent dès longtf\mps les parages de l'Arabie et de la mer de l'Inde; mais il esiste un fragment historique qui contient à ce sujet des détails d'autant plus précieux, qu'ils offrent dans des siècles ret^ulés un tableau de mouvements analogues à ce qui se passe encore de nos jours. Je vais citer les paroles de l'écnvain, avec leur enthousiasme prophétique , en rectifiant des applications qui jusqu'ici ont été mal saisies.
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(' Ville superbe, qui reposes au bord des mers! a Tyrl qui dis : Mon empire s'étjCnd au aein de a l'Ooéan; «coûte l'oracle [wonoucé contre toi! Tu « portes ton commerce dans des îles (lointaines) . « chez les li^bitants de côtes ( ineonnues). Sous la « main les sapins de .Ih3ntr(i) deviennent des vais> « seaux; les cèdres du Liban, des mâts; les peu- « pliers de Bisan, des rames. Tes matelots s'aso seyent sur le buis de Chypj^ (a) orné d'une « marqueterie d'ivoire. Tes voiles et tes pavillons « sont tissus du beau lin de X Egypte; tes vètee ments sout teints de l'hyacinthe et de la pour- « pre de VHellas (3) (l'Archipel). SidonutJrouad « t'envoient leurs rameurs ; Djabtd ( Djebilé ) , ses « habiles constructeurs : tes gAimètres et tes sages « guident eux-mêmes tes proues. Tous les- vais- « seaux de la mer sont employés à ton commerce. « Tu tiens à ta solde le Perse, le Lydien, XÉgyp- « tieiif tes qnurailles sont parées de leurs bmicliers « et de leurs cuirasses. Les enfants tXArouad bor-
(t) Peut-être le mont Sannùie.
(a) Buis de Katim. Divers passa^i^s confrontés prouvent que ce nom ne doit pas s'appliquer A la Grèce , mais à llle de Chypre, et peut-étrt à la cdte de Cilicie, où le buis abonde. Il convient surtout k Ch7]>re par son analogie avec la ville de Kitiùm et te pays des Kitiens, îk qui Eululœas faisait la guerre du i«mps di; Scdmanascir.
(3) En b«breu aliehé, >)ui ne diffère en lien de Heltat , ancien uum de l'aichipel conservé dans Hcllespnnt.
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u dent tes parapets; et tes tours> gardées par les et i>/i>ne(i^nj(peuplepbéDicien),briUeDt de l'éclat « de leurs carquois. Tous les pays s'empressent de a négocier avec toi. Tarse envoie à tes marchés « de l'argent, du fer, de l'étain, du plomb. L'^o- (I nie (i), le pajre des Mosgues et de Teblis (a), u t'approvisionnent d'esclaves et de vases d'airain. a U^rménie t'envoie des mules, des chevaux, des '< cavaliers. L'Arabe de Dedan (entre Alep et Dan mas ) voiture tes marchandises. Des îles nomn breuses échangent avec toi l'ivoire et l'ébène. « h'^raméen (les Syriens) (3) t'apporte le rubis, <t la poupre, les étoffes piquées, le lin, le corail « et le jaspe. Les enfants à'Israèl et de Juda te « vendent le froment, le baume, la myrrhe, le « raisiné, la résine, l'buile; et Damas, le vin de « Halboun (peut-être Halab, où il reste encore « des vignes) et des laines fines. Les Arabes d'O- « man offrent à tes marchands le fer.poli, la caor « netie, le roseau aromatique; et l'Arabe deDedan a des tapis pour s'asseoir. Les habitants du désert « et les Kedar payent de leurs chevreaux et de
(i) Yottn, plaisainiuent travesti eajavan, quoique tes anciens n'aient point ccHinu notre ^a.
(a) 7*0^/ ou Tebiit s' écrit Huisi Tç/Km, aunorddel'Arméiiie, *ur la Trontiére de Géorgie. Ces mêmes cantons sont célèbres chez les Grecs pour les esclaves et pour le fer des Chafybes.
(3) Ce nom s'étendait aux Cappadodens et aux habitants de la Haule-Hésopotamie.
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leurs agneaux tes riches marchandises. Les Ara- " bes de Saba et Bamé (dans nfémen) t'enrichis- « sent par le commerce des aromates, des pierres « précieuses et de l'or (i). Les habitants de Haran, o de Kalaaé (en Mésopotamie) et HAdana (près « de Tarse), facteurs de l'Arabe de Cheba (près d de Dedan), de l'Assyrien et du Kaldéen, com- « mercent aussi avec toi , et te vendent des châ- H les, des manteaux artistement brodés, de l'aru gent, des mâtures, des cordages et des cèdres;
enfin tes vaisseaux (vantés) de Tarse sont à tes « gages. O Tyr, fière de tant de gloire et de ri- « chesses ! bientôt les flots de la mer s'élèveront a contre toi, et la tempête le précipitera au fond
1 des eaux. Alors s'engloutiront avec toi tes ria chesses; avec loi périront en un jour ton com- « merce, tes négociants, tes correspondants, tes 1 matelots , tes pilotes , tes artistes , tes soldats et « le peuple immense qui remplit tes murailles. Tes 1 rameurs déserteront tes vaisseaux; tes pilotes « s'assiéront sur le rivage, l'œil morne contre « terre. Les peuples que tu enrichissais, les rois 1 que tu rassasiais, consternés de ta ruine> jette- « ront des cris de désespoir. Dans leur deuil , ils « couperont leurs chevelures ; ils jetteront la cen-
(ï) Aussi Strabon dîl-ii, lib, i6, que les Sabëens avaicot fourni tout l'or de la Syrie, ayant que les habitants de Gerrka, prés de l'eiuboucliuFe de l'Euphrate, les eussent supplantés.
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lo6 ÉTAT POLITIQUE
« dre sur leur front dénudé; iU se rpuleroiït dans « la poussière, et ils diront ; Qui jamais égala Tyr^ « cette reine de la mer? » — Lefr révolutions du sort, ou plutôt la barbarie des Grefs du Bas-fj»pire et des Musulmans, ont accompli cet oracle. Au lieu de cette ancienne circulation si active et si vaste, Sour, rétkiit à l'état d'uu misérable village, n'a plus pour tout commerce qu'une exportation de quelques sacs de grains et de coton en laine, et pour tout négociant qu'un facteur grec au service des Français de iSoif^e, qui gagne à peipe de quoi soutenir sa famille. — A peiif lieues au sud de Sour, est la ville d'^^cre, en afabe Akka, connue dans les tpmps 1^ plus reculés sous le nom SAco, et postérieurement sous celui <le Plolémais. Elle occupe l'angle nord d'une baie , qui s'étend, par un demi cercle de t)xiis lieues, jusqu'à la pointe du Çarmel. Depuis l'expulsion des Croisés, elle était restée presque «déserte; mais de nos jours tes travaux de Dâker font res- Suscitée; ceux que /^'ézza/' y a Êiit çxéçuter depuis dix ans la rendent aujourd'hui l'une des premières villes de la côte. On vante la niiosquée de ce pacba oomma un chef-d'œuvre dp goût. Son bazar, ou marché couvert, ne le cède point à ceux d'Alep même ; et sa fontaine publique surpasse en élégance celles de Damas. Ce dernier ouvrage est aussi le plus utile; car jusqu'alors Acre n'avait pour toute ressource qu'un assez mauvais puits;
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maisl'eau est restée, comme auparavant, de médiocre qualité. L'on doit savoir d'autant plus de gr^ au pacha de ces travaux, que lui-même en a été l'ingénieur et l'architecte : il fait see plans, il trace ses dessins et conduit les ouvrages. Le port d'Acre est un des mieux situés de la côte , en ce qu'il est couvert du veut de nord et nord-ouest par la ville même; mois il est comblé depuis lii/erel-Dîn. Djezzâr s'est contenté de pratiquer un abord pour les bateaux. La fortification, quoique plus soignée qu'aucune autre, n'est cependant d'aucune valeur; il n'y a que quelques mauvaises tours, basses près du port qui aient des canons; encore ces |Hèces de fer rouillé sont-elles si mauvaises, qu'il en crève toujours quelques-unes à chaque fois qu'on les tire. L'enceinte du côté de la campagne n'est qu'un mur de jardin sans fossés.
Cette campagne est une plaine nue, plus proibnde et moins large que pelle de Sour; elle est entourée de petites montagnes qui s'étendent en tournant du cap Blanc au Carme). Les ondulations du terrain y causent des bas-fond» où les pluies d'hivec forment des lagunes dangereuses en été par leurs vapeurs infectes. Du reste , le sol est féeond, ot l'on y cultive avec le plus grand succès le blé et le coton. Os denrées sont la base du commerce <VÀcre, qui de jour en jour devient plus florissant. Dans ces derniers temps, le pacha, par
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un abus ordiuaire en Turkie, l'avait tout concentré dans ses maios; l'on ne pouvait vendre de coton qu'à lui ; l'on n'en pouvait acheter que de lui : les négociants européens ont eu beau réclamer les capitulations du sultan, Djezzâr a répondu qu'il était sultan dans son pays , et il a continué son monopole. Ces négociants sont surtout les Français , qui ont à jàcre six comptoirs présidés par un consul : récemment il est survenu un agent impérial , et depuis un an un agent russe.
La partie de la baie d'Acre.'où les :vaisseaux mouillent avec le plus de sûreté; est au nord du mont Carmel, au pied du village (te Haifa{vulgo Caifïe). Le fond tient bien l'ancre et ne coupe pas les câbles; mais le lieu est ouvert, au vent de nord-ouest, qui est violent sur . toute cette côte. Le Carmel , qui domine au sud , est un pic écrasé et rocailleux, d'environ 35o toises d'élévation. On y trouve, parmi les broussailles, des oliviers et des vignes sauvages, qui prouvent que jadis l'industrie s'était portée jusque sur cet - ingrat terrain; sur le sommet est une chapelle !dédiée au prophète Elie, d'où la vue s'étend au' loin sur la mer et sur la terre. Au raidi, le, pays offre une chûne de montagnes raboteuses, couronnées de chênes et de sapins, où se retirent des sangliers et des onces. En tournant vers l'est, on aperçoit à six lieues le local de Nasra ou Nazareth, célèbre dans l'histoire du clu'istianisiue : c'est un village
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niédiocre, peuplé d'un tiers de musulmans, et de deux tiers de Grecs catholiques. I^es PP. de TeiTe- Sainte, dépendants du grand couvent de Jérusalem, y ont un hospice et une église. Ils sont ordinairement tes fermiers du pays. Du temps de Dâher, ils étaient obligés de faire à ce chaik nn cadeau de mille piastres à chaque femme qu'il épousait, et il avait soin de se marier presque toutes les semaines.
A environ deux lieues au sud-est de liasra est le mont Tabor, d'où l'on a l'une des plus riches perspectives de la Syrie, Cette montagne est un cône tronqué de quatre à cinq cents toises de hauteur. Le sommet a deux tiers de lieue de circuit. Jadis il poi-Cait une citadelle; mais à peine en reste-t-il quelques pierres. De là l'on découvre au sud une suite de vallées et de montagnes qui s'étendent jusqu'à Jérusalem. Al'est, Ton voit comme sous ses pieds la vallée du Jourdain et le lac de Tabarté, qui semble encaissé dans un cratère de volcan. Au delà, la vue se perd vers les plaines du Hauran; puis tournant au nord, elle revient, par les montagnes de Hasbéya et de la Qâsmié, se reposer sur le» fertiles plaines de la Galilée, sans pouvoir atteindre à la mer.
La rive orientale du lac de Tabarté n'a de remarquable que la ville dont elle porte le nom , et la fontaine d'éaux chaudes minérales qui en est voisine. Cette fontaine est située dans la campa-
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gnc, à uii quart de lieue de Tabarié. Faute de soin, il s'y est entassé une boue noire, qui estub véritable éthiops martial. Leâ personnes attaquée^ de.douleurs rhumatianales trouvent des soulagemenls et même la guérison dans les bains de cette boue. Quant à la ville , ce n'est qu'un monceau de décombres, habité tout au plus par loo familles. A sept lieues au nord de Tabarîé, sur la croape d'une montagne, est la ville ou le village de Sajàd, berceau de la puissance de Dâher- Acette époque, il était devenu le sl^gè d'une école arabe, où les docteurs motouâKs fonuaient des élèves dans la science de la grammaire, et l'interprétation allégorique du Qâran. Les juiCa, qui croient que le mesMe doit établir le siège de aoil empire à Sqfad, avaient aussi pris ce lieu en a£Feotiou i et s'y étaient rassemblés au nombre de 5o à 60 familles; mais le tremblement de 1769 a tout détruit; et Safàd^ regardé de mauvais œil par les Turks, n'est plus qu'un village presque abandonné. En remontant de SafadAu nortl, l'on suit une chaîne -de hautes montagnes qui, sous te nom de DJebalrel-Chaik , iowm&itvt d'abiH-d les sources du Jourdain^ puis une foule de ruisseaux idont s'arrose la plaine de Damas. Le local élevé d'où partent ces ruisseaux compose un petit pays que l'on appelle Hasbéya. En ce moment il est gouverné par lu) émir, parent et rival de l'émir Yousef ; il en paie à Djezzâr une ferme de Go bourses.
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Le so) est mohtueux, et ressemble beaucoup au bas Liban; le prolongement de ces montagnes lu long de la vallée de Beqâà est ce que les auciens appellent AntHiban, à raison de ce qu'il est parallèle ào Liban des Druzes et des Maronites. \a vallée de Beqâà^ qui en forme la séparation, est l'ancienne Ceele-frfriey ou Syrie-Creuse proprement dite. Sa disposition en eocaissemeot profond^ en y . rassemblant les eaux des montagnes, en a isâX. de tout temps un des plus fertiles cantons de la Syrie; mais aussi en y concentrant tes rayons du soleil, elle y produit en été ime chaleur qui ne le cède pas même à l'Egypte. L'air néanmoins n'y est pas malsain, et sans doute parce qu'il est sans cesse renouvelé par le vent du nord , et que les eaux sont vives et non stagnantes. L'on y dort impunément sur le* terrasses. Avant le tremblement de 1759, tout ce pays était couvert de villages et de cultures aux mains des Jtfotouâlù; mais les ravages que tiausa ce phénomène^ tt ceux que les guerres desTurksy ont fait succéder, ont presque tout détfuit. Le seul lieu qui mérite l'attention, est la ville de Balbek.
Balbeki célèbre chez les Grecs et les Latins sous le nom d'Hélws-polis , ou viile du soleil, est située au pied de Vj^ntiliban, précisément à la dernière ondulation de la montagne dans la plaine. En arrivant par le midi, l'on ne découvre la ville qu'à la distance d'une lieue et demie, derrière un
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rideau d'arbres dont elle couronoe la verdure par un cordon bbnchâtre de dômes et de minarets.
Au bont d'une beure de marcbe, l'on arrive à ces arbres qui sont de très-beaux nojersj et bientôt, traversant des jardins mal cultivés, par des sentiers tortueux, l'on se trouve conduit au pied de la ville. Là se présente en face un mur ruiné, flanqué de tours carrées, qui monte à droite sur la pente, et trace l'enceinte de l'ancienne ville. Ce mur, qui n'a que lo à 12 pieds de hauteur, laisse voir dans l'intérieur des termins vides et des décombres qui sont partout l'apanage des villes turkes; mais ce qui attire toute l'attention sur la gauche est un grand édifice, qui, par sa haute muraille et ses riches colonnes, s'annonce pour un de ces temples que l'antiquité a laissés à notre admiration. Ce monument, qui est un des plus beaux et des mieux conservés de l'Asie, mérite une description particulière.
Pour le détailler avec ordre, il faut se supposer descendre de l'intérieur de la. ville; après avoir traversé tes décombres et les huttes dont elle est pleine, l'on arrive à un terrain vide qui fut une place (1); là, en face, s'offre à l'ouest une grande masure AA , formée de deux pavillons ornés de pilastres, joints à leur angle du fond par un mur de 160 pieds de longueur : cette façade domine le
(i) Suivez les planches.
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DE LA STRIE. I ti
sot par une espèce de terrasse, au bord de laquelle on distingue avec peine les bases de la colonnes, qui jadis régnaient d'un pavillon à l'autre, et formaient leportigae^ he portail est obstrué de pierres entassées; mais si l'on en surmonte l'obstacle , l'on pénètre dans un t«rrain vide, qui est une cour hexagone B, de 180 pieds de diamètre. Cette cour est semée de fûts de colonnes brisées, de chapiteaux mutilés, de débris de pilastres, d'entablements, de corniches, etc.; tout autour règne un cordon d'édifices ruinés CC, qui présentent à l'œil tous les ornements de la plus riche architec* ture. Au bout de celte cour, toujours en face à l'ouest^ est une issue Û, qui jadis fut une porte par où l'on aperçoit une plus vaste perspective de ruines , dont la magnificence sollicite la curiosité. Pour en jouir, il faut monter une pente, qui fut l'escalier de cette issue , et l'on se trouve à l'entrée d'une cour carrée E beaucoup plus spacieuse que la première (i). C'est de là D qu'est pris le point de vue de la gravure que j'ai jointe : le premier coup d'œil se porte naturellement au bout de cette cour, -où é.x énormes colonnes F, saillant majestueusement sur l'horizon, forment un tableau vraiment pittoresque. Un objet non moins intéressant est une autre file de colonnes qui règne
(i) Elle a trob cent cinquante pieds de large s trente-sis de long.
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à gauche , et s'annonce pour le péristyle d'un temple G; mais avant d'y passer, l'on oe peut sur Les lieux refuser des regards attentif anit ëdi6oe5 H qui enferment cette cour à droite et à gauche. Us fout une espèce de galerie distribuée par chambres hhhhh, dont on coni[^e sept sur chacune des grandes ailes ; savoir, deux en demi-cercle , et cinq en carré long. Le fond de ces chambres conserve des frontom de niches / et de tabernacles /, dont les soutiens août détruits. Du côté de la cour elles étaient ouvertes, et n'ofiiraient que quatre et six colonnes m toutes détruites. 11 n'est pas facile d'imaginer l'usage de ces appartements; mais Ton n'en admire pas moins la beauté de leurs pilastres /i, et la richesse de la frise de l'entablement O. L'on ne peut non plus s'empêcher de Démarquer l'effet singulier qui résulte du mélange des guir^ landes , des £euilluresdes chapiteaux, et des touffes d'herbes sauvages qui pendent de toutes parts. En traversant la cour diois sa longueur, l'on trouve au milieu une petite esplanade carrée t, où fut un pavillon dont il ne reste que les fondements. Ën6n , l'on arrive au pied des six colonnes F : c'est alors que Ton conçoit toate la hardiesse de lettr élévation, et la richesse de leur taille. Leur fèlt a ai pieds 8 pouces de circonférence, sur 58 de longueur; eu sorte que la hauteur totale, y compris l'entablement O, est de 71 à ya pieds. L'on s'étonne d'abord de voir cette superbe ruine ainsi
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solide et sans accompagnements; mais en examinant le terrain avec attention, l'on reconnaît tonte une suite de bases qui tracent un carré long FF de 268 pieds sur 146 de large : l'on en conclut que ce fut là le péristyle d'un grand temple, objet premier et principal de toute cette construction. Il présentait à la grande cour, c'est-à-dii-e k l'orient, une fece de 10 colonnes sur 19 de flanc (total 54). Son terrain était un carré long de plain-pied avec cette cour, mais plus étroit qu'elle; en sorte qu'il ne restait autour de la colonnade qu'une terrasse de 37 pieds de large : l'esplanade qui en résulte domine la campagne du côté de l'ouest, par un mur L, escarpé d'environ 3o pieds : à mesure que Ton se rapproche de la ville, l'escarpement diminue; en sorte que le sol des pavillons se trouve de niveau avec la dernière pente de la montagne : d'où il résulte que tout le terrain des cours a été rapporté. Tel fut le premier état de cet édifice ; mais par la suite on a comblé le flanc du midi du grand temple, pour en bâtir un plus petit, qui est celui dont le péristyle et la cage subsistent encore. Ce temple G, situé plus bas que l'autre de quelques pieds, présente un flanc de treize colonnes, sur huit de front (total 38). Elles sont également d'ordre corinthien ; leur fut a 1 5 pieds 8 pouces de circonférence sur 44 àe hauteur. L'édifice qu'elles environnent est un carré -long, dont la fiice d'entrée, tournée à l'orient, se trouve
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hors de la ligne de l'aUe gauche de la grande cour. L'on n'y peut arriver qu'à travers des troncs de coloones, des amas de pierres, et même un mauvais mur dont on l'a masquée. Lorsque l'on a surmonté ces obstacles, on se trouve à la porte, et de là les yeux peuvent parcourir une enceinte g qui fut la demeure d'un dieu; mais au lieu du spectacle imposant d'un peuple prosterné, et d'une foule de prêtres offrant des sacrifices , )e ciel ouvert par la chute de la voûte ne laisse voir qu'un chaos de décombres entassés sur ia terre, et souillés de poussière et d'herbes sauvages. Les murs, jadis couverts de toutes les richesses de l'ordre corinthien, n'ofïrent plus que des frontons de niches et de tabernacles, dont presque tous les soutiens sont tombés. Entre ces niches, régnent des pilastres cannelés, dont le chapiteau supporte un entablement plein de brèches; ce qui en reste conserve une riche frise de guirlandes, soutenues d'espace en espace par des têtes de satyre, de cheval, de taureau, etc. Sur cet entablement, s'élevait jadis la voûte, dont b portée avait Sy pieds de large, sur i lo de longueur. Le mur qui la soutenait en a 3i d'élévation, sans aucune fenêtre. L'on ne peut se faire une idée des ornements de cette voûte que par l'inspection des débris répandus k terre; mais elle ne pouvait être plus riche que celle de la galerie du péristyle : les grandes parties qui en'subsistent ojQrent des en-
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cadrements à losange, où sont représentées en relief tes scènes de Jupiter assis sur son aigle, de Léda caressée par le cygne , de IKane portant l'arc et le croissant, et divers bustes qui paraissent être des figures d'empereurs et d'impérati-ices. Il serait trop long de rapporter tous les détails de cet étonnant édifice. Les amateurs des arts les trouveront consignés avec la plus grande vérité dans l'ouvrage publié en 1757, à I^ndres, sous le titre de Ruines de Balbek (i). Cet ouvrage, rédigé par M. Robert fFood, est dû surtout aux soins et à la magnificence du chevalier ûaiviins, qui visita, en lySi, Balbek et Palmyre. On ne peut rien ajouter à la fidélité de la description de ces voyageurs ; mais depuis leur passage , il est arrivé quelques changements : par exemple , ils ont trouvé neuf grandes colonnes debout, et en 1784 je n'en ai trouvé que six F. Ils en comptèrent 29 au petit temple ; il n'en reste plus que ao : c'est le trem- Mementde 1759 qui en a causé la chute; il a aussi tellement ébranlé les murs du petit temple, que la pierre de lasoffite (3) de ta porte a glissé entre les deux qui l'avoisinent, et est descendue de huit pouces; en sorte que le corps de l'oiseau sculpté
(i) Jn-Jbl. ^AdaSy i vol. Cet ouvrage, cher et rare, ne se trouve que daus les grandes bibliothèques : on peut le coasulter à celle de la nation.
(a) La sofiitc est cette traverse qui règuo sur la tête lorsque ToD passe sons une porte.
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sur cette pierre, se trouve suspendu, détaché de ses ailes et de deux guirlandes qui, de son bec, aboutissent à deux génies. La nature n'a pas été ici le seul agent de destruction; tes Turks y ont beaucoup contribué pour Les colonnes. Leur motif est de s'emparer des axes de fer qui servent à joindre les deux ou trois pièces dont chaque fut est composé. Ces axes remplissent si bien leur objet, que plusieurs a>lonnes ne se sont pas déjointes dans leur chute : une entre autres, comme l'observe M. Wood, a enfoncé une pierre du inur du temple, plutôt que de se disloquer. Rien de si parfait que la coupe de ces pierres; elles ne sont jointes par aucun ciment, et cependant la lame d'uQ couteau n'entre pas dans leurs interstices. Après tant de siècles .de construction, elles ont, pour la plupart, conservé la couleur blanche qu'elles avaient d'abord. Ce qui étonnera davan^ tage , c'est l'énormité de quelques-unes dans tout le mur qui forme l'escarpement. A l'ouest L, la seconde assise est formée de pierres qui ont de-, puis 28 jusqu'à 35 pieds de longueur, sur environ 9 de hauteur. Par-dessus cette assise, à l'angle du nord-ouest, il y a trois pierres qui à elles seules occupent un espace de 175 pieds i; à savoir, la première, 58 pieds 7 pouces; la deuxième, 58 pieds 1 1 pouces, et la troisième 58 pieds juste , sur une épaisseur commune de 12 pieds. 1a nature de ces pierres est un granit blanc à grandes
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finettes luisantes corame le gypse; sa carrière règne sous tOHte ta ville et dans la montagne adjacente : elle est owrerte en plusieurs lieux, et entre autres sur la droite en arcivant à la ville. Il y est resté une pierre taillée sur trois faces, qui a 69 pieds a pouces de long, sur la pieds 10 pouces de large^ et i3 pieds 3 pouces d'épaisseur. Comment les andena csit-ils manié de telles masses? C'est sans doute un problème de mécanique culieuz à résoudre. Les haÏHtants de Balbek l'expliquent commodément, en supposant que cet édifice a été construit par les Djénoun ou Génies (1), sous les ordres du roi Salomon; ils ajoutent que le motif de tant de travaux fut de cacher cbns les souterrains d'immenses bréscvs qui y sont encore; plusieurs d'entre eux, dans le dessein de s'eu sai* air, sont descmdus dans les voûtes qui régnent ■ous tout l'édifice; mais Hnutilité de leurs redierches, et les avanies que les commandants en ont pris occasion de leur faire, tes en ont dégoûtés; ik croient les Européens plus heureux; et l'on tenterait vainement de les dissuader de l'idée où ils sont que nous avons l'art magique de rompre les taUsmans. Que peuvent les raisonnements contre l'ignorance et l'habitude? Il ne serait pas moins ridicule de vouloir leur démontrer que Sa-
(i) Espéocs d'esprits intermédiaires enire les angec et les diables.