‹ ŒuvresChapitre 19 sur 62 · L:N,-z..[jvGoOgIc · texte numérisé non relu

L:N,-z..[jvGoOgIc

I30 ÉTAÏ POLITIQUE

lomon n'a point connu l'ordre corinthien, usité seulement sous les empereurs de Rome; mais leur tradition au sujet de ce prince donne lieu à trois remarques importâmes.

La première est que toute tradition sur la hante antiquité est aussi uutle chez les Orientaux, que chez les Européens. Parmi eux, comme parmi nous, les faits de cent ans, quand ils ne sont pas écrits, sont altérés, dénaturés, oubliés : attendre d'eux des éclaircissements sur <x qui s'est passé au temps de David ou d'Alexandre, c'est comme si on demandait aux paysans de Flandre des nouvelles de Clovis ou de Charlemagne.

La deuxième est que, dans toute la Syrie, les Mahoniétans, comme les Jui& et les Chrétiens, attribuent tous les grands ouvrages à Salomorti non que la mémoire s'en soit perpétuée sur les lieux, mais parce qu'ils font des applicatioDS des passages de l'anden Testament : c'est, avec l'ÉTangile, la source de presque toutes les traditions, parce que ce sont les seuls Uvres historiques qui soient lus et connus; mais comme les interprètes sont très-ignorants, leurs applications manquent presque toujours de vérité : c'est ainsi qu'ils sont en erreur, quand ils disent que Balbek est la do~ mus saltûs Libani de Salomon; et ils choquent également la vraisemblance, quand ils attribueut à ce roi les puits de Tyr et lès édifices de Palmyre.

EnÛQ , une troisième remarque est que la

Uiqrzo^bvGoOglt'

croyance aux trésors cachés s'est accréditée et se soutient par des découvertes qui se font eifectivement de temps à autre. Il n'y a pas dix ans que l'on trouva à Mébron un petit cofifre plein de médailles d'or et d'argent, avec un livre d'ancieu arabe, traitant de la médecine. Dans le pays des Druzes, un particulier découvrit aussi, il y a quelque temps, une jarre où il trouva des monnaies d'or faites en croissant ; mais comme les ct}mmaadants s'attribuent ces découvertes, et que, sous prétexte de les faire restituer , ils ruinent ceux qui les ont faites , les propriétaires s'efforcent d*en dé* rober la connaissance : ils foudent en secret les monnaies anciennes, ou même ils les recachent par ce même esprit de craûite qui les fit enfouir dans les temps anciens, et qui indique la même tyrannie.

D'après la magnificence extraordinaire du temple de Balbek, on s'étonnera avec raison que les écrivains grecs et latins en aient si peu parlé. îf^ood, qui les a compulsés à ce sujet, n'en a trouvé de mention que dans un fragment de Jean d'Antioche, qui attribue la construction de cet édifice à l'empereur Antonin-le-Pieux. Les inscriptions qui subsistent sont conformes à cette opinion , et elle explique très-bien pourquoi l'ordre employé est le corinthien, puisque cet ordre ne fut bien usité que dans le troisième âge de Rome; mais l'on ne doit pas alléguer, pour la con-

:,q,-zo=[jvGoOgIc

laa iTAT POLITIQUE

firmer encore, l'oiseau sculpté sur la soffite : si son bec crochu, si ses grandes «erres et le caducée qu'elles tiennent doivent le laire regarder comme un aigle, l'aigrette de sa tète, semblable à celle de certains pigeons, prouve qu'il n'est point l'aigle romain : d'ailleurs il se retrouve le même au temple de Palmyre , et par cette raison il s'annonce pour un aigle oriental, consacré au soleil, qui lut la divinité de ces deux temples. Son culte existait à Balbek dès la plus haute antiquité. Sa statue, semblable à celle d'Osiris, y avait été tran^ortée A'HéliopoUs d'Egypte. On l'y adorait avec des cérémonies que Macrobe décrit dans son livre curieux des Saturnales (i). Wood suppose, avec raison , que ce fbt de ce culte que vint le nom de Balèek, qui signifie en syriaque ville de Bal, c'est-à-dire du soleil Les Grecs, en. disant Héliopolis, n'out fait, comme en bien d'autrm cas, qu'une traduction littérale de l'oriental. On ignore l'état que put avoir cette ville dans la haute antiquité; mais il est à présumer que sa position sur la route de Tyr à Pahnyre lui donna quelque part au commerce de ces opulentes métropoles. Sous les Romains, au temps d'Auguste, elle est citée comme tenant garnison; et il reste sur le

(■) Il y appelle BêUopolis ville des Assyriens, par la confusioii que les ancieDs font souvent de ce nom avec celui de Syriens.

DB LA. STRIE. I a3

mur de la porte du midi, à droite en entrant, une inscr^)tion qui en fait preuve; car on y Ut en lettres grecques : Kenturia prima. i4o ans après cette époque , Antonin y bâtit le temple actuel à la place de l'ancien , qui sans doute tombait en ruines; mais le christianisme ayant pris l'ascen* dant sous Constantin , le temple moderne fut négligé, puis converti en église, dont il reste un mur qui masquait le sanctuaire de l'idole. Il subsista ainsi jusqu'à l'invasion des Arabes : il est probable qu'ils envièrent aux chrétiens une si belle possession. L'église moins fréquentée se dégrada : les gueires survinrent; on en fit un lieu de défense; l'on bâtit sur le mur de l'enceinte, sur les pavillons et aux angles, des créneaux qui existent encore; et de ce moment, le temple , exposé

' au sort de la guerre, tomba rapidement en ruines. L'état de la ville n'est pas moins déplorable; le mauvais gouvernement des émirs de la maison de Hatfiiuche lui avait déjà porté des atteintes funestes; le tremblement de 1759 acheva delà ruiner. Les guerres de l'émir Yousef et de Djezzâr ont encore aggravé sa situation; de 5ooo habitants que l'on y comptait en 1751, il n'en reste pas 1300, tous pauvres, sans industrie, sans commerce, et sans autres cultures que quelques cotons, quelques maïs et des pastèques. Dans toute celte partie, le sol est maigre, et continue d'être tel, soit en remontant au nord, soit en descendant au

' sud-est vers Damas.

134 BTAT POLITIQUE

Page 1