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CHAPITRE VI

Du pachalic de Damas.

Xje pachalic de Damas, quatriètne et dernier de la Syrie, en occupe presque toute la partie orientale. Il s'étend au oord , depuis Marra , sur la route d'^lep, jusqu'à Habroun , dans le sud-est de la Palestine: la ligne de ses limites à l'ouest suit les montagnes des Ansârié, celles de l'Àntiliban, le cours supérieur du Jourdain.; puis traversant ce fleuve au pays de Bisân , elle enveloppe Nâblous , Jérusalem, Habroun, et passe à l'orient dans le désert, où elle s'avance plus ou moins, selon que le pays est cultivable; mais en général elle s'y éloigne peu des dernières montagnes, à l'exception du.canton de Tadmour on Palmjre, vers lequel elle prend un prolongement de cinq journées.

Dans cette vaste étendue de pays, le sol et les produits sont variés; les plaines du ffauran, et celles des bords de l'Oronte sont les plus fertiles; elles rendent du froment , . de l'oi^e , du doura , du sésame et du coton. Le pays de Damas et le haut Beqâà , sont d'un sol graveleux et maigre , plus propre aux fruits et au tabac qu'aux autres denrées. Toutes les montagnes sont attribuées aux oli-

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viers, aux mûriers, aux fruits, et en plusieurs lieux aux vignes , dont les Grecs font du vin , et les Musulmans des raisins secs.

Le pacha jouit de tous les droits de sa place; ils sont plus considérables que ceux d'aucune autre ; car outre la ferme générale et le commandement absolu, il est encore conducteur de la caror vane sacrée de la MekAe , sous le nom très-respecté A'émir-Hadj (i). Les Musulmans attachent une si grande importance à cette conduite, que la personne d'un pacha qui s'en acquitte bien devient inviolable même pour le sultan; il n'est plus permis de verser son sang. Mais te divan sait tout concilier; et quand un tel homme encourt sa disgrâce , il satisfait tout à la fois au littéral de la loi et à sa vengeance, en le faisant pUer dans un mortier, ou étouffer dans un sac, ainsi 'qu'il y en a eu plusieurs exemples, '

Le tribut du pacha au sultan n'est que de quarante-cinq bourses (cinquante-six mille deux cent cinquante livres); mais il est chai^ de tous les frais du Hadj. On les évaliie à six mille bourses, ou sept millions cinq cent mille livres. Us consis- . tent. en provisions de blé, d'orge, de riz, etc. , et en louage de chameaux qu'il faut fournir aux trou-

(i) La caravane de la Mekke porte exclusivement ce nom de Hadj, qui si^m&e pèlerinage : les autres se nomment simplement Qafi.

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p«s d'escorte, et jt beaucoup de pèlerins. En outre , l'oii doit payer dix-huit cents boones aux tribus arabes qui sont sur la route, pour obtenir un libre passage. Le pacha se rembourse sur le miri ou impôt des terres, soit qu'il le perçoive luimême, soit qu'il le sous-afferme, comme il arrive en plusieurs lieux. Il ne jouit pas des douanes ; elles sont régies par le deftardâr ou maître des registres , pour être employées à la solde des janissaires et des gardes des châteaux qui sont sur la route de la Mekke. Le pacha hérite en outre de tous les pèlerins qui meurent en route ; et cet article n'est pas sans importance, car l'on a observé que c'étaient toujours les plus riches. Enfin, il a son industrie, qui consiste à prêter à intérêt de l'argent aux marchands et aux laboureurs , et à en prendre k qui bon lui semble ,à titre de baise ou Savame. Son état militaire consiste en six ou sept cents janissaires, moins mal tenus et plus insolens qu'ailleurs; en autant de Barbaresques nus et pillards comme partout, et en huit à neuf cents délibatJtes ou cavaliers. Ces troupes , qui passent en Syrie pour un corps d'armée considérable , lui sont nécessaires, non-seulement pour l'escorte de la caravane , et pour répiimer les Arabes, mais encore contre ses propres sujets, pour la perception du miri. Chaque année , trois mois avant le départ du Ha4l, il fait ce qu'on appelle la tournée; c'està-dire qu'escorté de ses troupes, il parcourt son

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vaste gouverDçnaent , en fusant contnbuer les villes et les villages, la. liquidation se passe rarement sans troubles ; le peuple ignorant, excité par des chefs iactieux , ou provoqué par l'injustice du pacha , se révolte souvent , et paifi sa dette k coups de fusil ; lès habitants de Nâblous , de Belhlem et de Habroun , se sont fait en ce genre une réputation qui leur vaut des franchises particulières ', mais aussi , lorsque Toccasion se présente , on leiu* iait payer au décuple les intérêts et les dommages. Le pachalic de Damas, par sa situation, est plus exposé qu'aucun autre aux incurûons des Ârabes- Bedouins : cependant ou observe qu'il est le moins miné de la Syrie. La raison qu'on en donne est qu'au lieu d'en changer fréquemment les pacbas, comme elle fait ailleurs, la Porte le donne ordinairement à vie : dans ce siècle, on l'a vu occupé pendant cmquante ans par une riche Emilie de Damas, appelée El-Jdm, dont un père et trois frères M sont succédé. Aséàd^ le dernier d'entre euK, dont nous avons parte dans l'histoire deDâ' her , l'a tenu quinze ans , pendant lesquels il a fait un bien infini. Il avait établi assez de discipline parmi ses soldats , pour que tes paysans fussent à l'abri de leurs pillages- Sa passion était , comme à tous les gens en place de la Turkie , d'entasser de l'argent : mais il ne le laissait point oisif dans ses caisses ; et par une modération inouïe dans ce pays , il n'en retirait qu'un intérêt de six pour

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ceiit(i).On cite de lui un trait qui donnera uoéidée de son caractère : s'étant un jour trouvé dans un besoin d'argent, les délateurs qui environnent les pachas lui conseillèrent d'imposer une avanie sur les chrétiens et sur les fabricantsd'étofTes.OimÂfen croyez -vous que cela puisse me rendre ? dit Asàd : Cinquante à soixante bourses,\\à répondirent-ils. Mais , répliqua-t-il , ce sont des gens peu riches ; comment feront'ils cette somme? Seigneur, ils vendront les Joyaux de leurs femmes, et puis ce sont des chiens. — Je veux éprouver, reprit le pacha , si je serai plus habile avaniste que vous. Dans le jour même il envoie ordre au mofti de venir le trouver secrètement et de nuit ; le mofti arrivé, Asàd lui déclare « qu'il a appris que depuis longn temps il mèâe dans sa maison une vie très-irré- M gulîère; que lui, chef de la loi , boit du vin et' » mange du porc , contre les préceptes du livre » très-pur; qu'il a résolu d'en faire part au mofti *i de iSfam^a^(Constantinople),mais qu'ilavoula D l'en prévenir, afin qu'il n'eût point à lui repro- «cher de perfidie, n LemofH, effrayé de cette menace , le conjure de s'en désister; et comme chez les Turks on traite ouvertement les affaires , il lui promet un présent de mille piastres. Le pacha rejette l'offre; le mofti double et triple la

(i) En Syrie ei en Egypte rintérét ordinaire est de douze buqninze pour cent; souventUva à vingt et trente.

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