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c'est de vtnr sur ces ruines sacrées de k magnificcDce d'un peuple puissant et poli, une trentaine dé huttes de terre, où habitent autant de familles de paysans qui ont tout l'extérietiT de la misère. Voilà à quoi se réduit la population actuelle d^un lien jadis si fréquenté. Toute Tindustrie de ces ' Arabes se borne k cultiver quelques oliviers et le peu de blé qu'il leur faut pour vivre; toutÀ leurs richesses se réduisent à quelques chèvres et à quelques brebis qu'ils font pattre ilans le désert ; toutes leurs relations consistent en de petites caravanes qui leur viennrat cinq ou six fois par an de Homs, dont ils dépendent : peu capables de se défendre de la violence,, ils sont obligés de payer de fréquentes contributions aux Bédouins, qui les vexent ou les protégeât, u Leur corps est sain et bien
■ fait, ajoutent les voyageurs anglais; et la rareté «des maladies parmi eux, prouve que l'air de " Palmyre mérite l'éloge qu'en fait Longin, dans K son épître à Porphyre. Il y pleut rarement, ii ce s n*est au temps des équinokes, où il arrive aussi
■ de ces ouragans de sable, si dangereux dans le a désert. Le teint de ces Arabes est très-h&lé par « la grande chïdeur; mais cela n'empêche pas que « les femmes n'aient de beaux traiti^ Elles sont « voilées comme dans tout l'Orient; mais elles ne u se font pas tant de scrupule qu'ailleurs de laisu siBr voir leur visage; elles se teignent le bout
■ des doigts en roux(avec du henAé), les lèvres
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» en bleu, les sourcils en noir; et elles portent « aux oreilles et au nez de gn» anneaux d'or ou a de cuivre. »
L'on ne peut voir tant de monuments d'industrie et de puissance, sans demander quel fiit le siècle qui les vit se développer, quelle (ut la source des richesses nécessaires à ce développement; en un mot, quelle est l'histoire de Palmyre, et pourquoi elle se trouve située si singulièrement, étant en quelque sorte une île séparée de la terre habitable, par une mer de saUes stériles. Les voyageurs que j'ai dtés , ont fait sur ces questions des recherches intéressantes^ mais trop longues pour être rapportées dans cet ouvrage : il faut lire dans le leur, comment ils distinguent à Pahnyre deux genres de ruines, dont les unes ap* partienneut à des temps très-reculés, et ne sont que des débris informes; les autres, qui sont les monuments subsistants, appartiennent à des siècles plus modernes. On y verra comment, se fondant sur le genre d'architecture qui y est employé , ils en assignent la (xtnstruction aux trois siècles qui précédèrent Dioclétien, dans lesquels l'ordre corinthien fut préféré k tous les autres. Ils démontrent par des raisonnements pleins de sagacité, que Palmyre, située à trois journées de l'Euphrate , dut toute sa fortune à l'avantage d'être sur l'une des routes du grand commerce qui a de tout temps existé entre l'Euphrate et l'Inde; enfin
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DE LA STRIE. l55
ils constatent qu'elle acquit son plus grand accroissement lorsque, deveuue barrière entre les Bomaios et les Parthes, elle eut l'art de se maintenir neutre dans leurs démêlés, et de Êiire serw le luxe de ces puissants empires à sa propre opulence.
De tout temps , Palmyre fut im entrepôt naturel ptoùr les marchandises qui venaient de llnde par le golfe Persique , et qui de là , remontant par l'Ëuphrate ou par te désert, allaient , dans la Phénicie et l'Asie mineure, se répandre chez des nations qui en forent toujours avides. Ce commerce dut y fixer dès les siècles les plus reculés un commencement de population, et en faire une place importante quoique encore peu célèhre. Les deux sources d'eau douce ( i) que son sol possède, furent surtout un attrait puissant d'habitation dans ce désert aride et sec partout ailleurs. Ce furent sans doute ces deux raotifii qui attirèrent les regards de Salomon , et qui engagèrent ce prince commerçant à porter ses armes jusqu'à cette limite si reculée de la Judée, a II y construisit de «bonnes murailles, dit l'historien Josèphe (a), « pours'en assurer ta possession, et il l'appela 7W-
(i) Ces eaux sont chaudes et soufrées; mais les habitaots qui, hors de là, n'eu ont que des saumâtres, les trouveat bonnes ; et du moins elles sont salubres.
{i) jtntiq.Jaii. \ih. S, c. 6.
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« mour, qui signifie lieu de palmiers. » L'on a voulu inférer de ce récit que Salomon en fut le premier fondateur ; mais l'on en doit plutôt condtue que déjà ce Heu avait une iniptHtance connue. Les palmiers qu'il y trouva ne sont l'arbre que des pays habités : dès avant Moïse , lés voyagai d'Âbrahim et de Jacob , de la Mésopotamie dans la Syrie , indiquent entre ces contrées des relations qui devaient animer Pahnyre.La cannelle et les peiies mentionnées au temps du législateur des Hébreux , attestent une communication avec rinde et le golfe Persique, qui devait suivre l'Euphrate , et passer encore à Palmjrre. Aujourd'hui que ces siècles sont éloignés, et que la plupart des monuments ont péri , Von raisonne mal sur l'état de ces contrées à ces époques, et on le saisit d'autant moins bien , que l'on admet comme Êiits historiques des faits antérieurs qui ont un caractère tout différent; cependant, si l'on observe que ks hommes de tous les temps sont unis par les mêmes intérêts et les mêmes jouissances, l\m jugn-a qu'il a dû s'établir de très-bonne heure des relations de commerce de peuple à peuple , et que ces relations ont dû être i peu près les mêmes qui se retrouvent dans les temps postérieurs et mieux connus. D'après ce principe , en ne remontant pas au delà du siècbe de Salompn , l'invasion de Tadmour par ce prince est un &it qui décèle uue foule de rapports et de couséquences. h»
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roi de Jérusalem u'eùt porté soa attenUon sur un poste si éloigné , si isolé, sans un puissant motif d'intérêt. Cet intérêt n'a pu être que o«lui d'un grand commerce , dont ce lieu était déjà l'entrepôt , dont l'Inde était un des objets éloignés , dont le golfe Persique était le prinàpal foyer. Divers faits combinés concourent surtout à indiquer ce dernier article : bien plus , ils conduisent néces» sairement à reconnaître le golfe Persique pour le centre du commerce de cet Ophir sur lequel on a bâti tant de mauvaises hypothèses. Ed efiet, n'est-ce pas dans ce golfe que les Tyriens entretinrent dès les siècles reculés un commerce, et eureot des possessions dont les Ues de Tyrus et Aradus restèrent les monuroeiUs? Si Salomon rechercha l'alliance de ces Tyriens, s'U eut besoin de Leurs pilotes pour guider ses ^«isseaux , te but du voyage ne dut-il pas être les beux qu'ils fvé" quentaieat déjà , où Us se rendaient par leurs ports de i^Aœm'cum q^ii/uâ^, sur la raw Bouge, et peutêtre de Tor, dont le nom semble ^^w tr»ce du leur ? Les perles qui fiirent un des prûocipâux «rticles du commerce de Salomon, ne soot-alLes pas le produit presque exclusif de la côte du gobfe , entre les îles de Tyrus et Amdm ( aujoard'btii Bahrain } , et Iç cap Masandoum ? Les paons qui firent l'admiration des iaik, n'ont-ils pas toujours passé pour originaires de la province de Perse adjacente an golfe? lies singes ne venaient>its pas
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l58 ^TA.T POLITIQUE
de l*Yémen , qui était 8ur la route , et où ils abondent encore? N'est-ce pas dans cet Yémen qu'est le pays de Saba, dont la reine apporta au roi juif de Yertcens et de l'or? Ne sont-ce pas ces Sabéens que Strabon vante pour la quantité d'or qu'ils possédaient? On a cherché Ophir dans l*Inde et dans l'Afrique ; mais n'est-il pas un des douze cantonsou peuples arabes mentionnés dans leurs origines hébraïques?Ëtpeut>on le séparer de leur continent , quand c& origines suivent partout un ordre méthodique de positions, quoi qu'en aient dit fiochut et Calmet ? Enfin , n'est-ce pas le nom même de cet Ophir qui se retrace dans celui d'Q/ïir, ville du distiict d'Oman , sur la côte des Peries?Ce paya n'a plus d'or., mais qu'importe, si Strabon nous apprend qu'au temps des Séleucides , les habitants de Gerrha , sur la route de Babylone , en retiraient une quantité considérable? Si l'on pèse toutes ces circonstances , l'on conviendra que le golfe Persique fut le foyer du plus grand commerce de l'anden Orient; que ce fut pour y communiquer par une voie plus courte ou plus sûre , que SaloraoD se porta jusqu'à l'Ëuphrate; et qu'enfin, i titre d'entrepôt commode , Palmyre dut avoir dès cette époque un état , sinon brillant , du moins assez considérable. On juge même, en méditant sur les révolutions des siècles qui suivirent , que ee commerce fut un agent principal de ces grands mouvements de la basse Asie , doqt des chroni-
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DE LA STRIE. f Sg
ques stériles ne reodeot point raison. Si , postérieurement à Salomon , les Assyriens de Ninive tournèrent leur ambition vers la Kaldée et le cours inférieur de l'Euphrate, ce fut pour se rapprocher du golfe Persique, source de l'opulence. Si Babylone, de vassale de Ninive, devint en peu de temps sa rivale , et siège d'un empire nouveau, ce fut parce que son site la rendit l'entrepôt de cette circulation. Enfin , si ses rois firent des guerres si opiniâtres à Jérusalem et à Tyr, ce ne fut pas seulement pour dépouiller ces villes des richesses qu'elles possédaient , mais encore pour obstruer la dérivation qu'elles causaient par la mer Rouge. Un historien (i) qui nous apprend que Nabukodonosor, avant d'assiéger Jérusalem , s'empara de Tadmour, nous indique que cette ville participait aux opérations des grandes métropoles environnantes. Leur chute , arrivée par gradation, devint pour elle, sous l'empire des Perses et sous les successeurs d'Alexandre, le mobile de l'accroissement qu'elle semble acquérir tout à coup au temps des Parthes et des Romains ; elle eut alors une période de plusieurs siècles de paix et d'activité , qui permirent à ses habitants d'élever ces monuments d'opulence dont nous admirons encore les débris. Ils purent y déployer d'autant plus de luxe , que le sol ne permettait aucun autre genre
(i) Jean d'ikiitîoche.
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ifio ÉTAT politiqut:
de dépense , et que le faste des négociants en tout pays 3« porte volontiers vers les constructions. Odenat et Zénobie mirent le comble à cette prospénté; mais, pour avoir voulu passer la mesure naturelle , ils en détrwsirent tout à coup l'équilibre , etPalmyre, dépouillée pu- Aurében de l'état qu'elle s'était fait en Syrie, puis assiégée, prise et dévffîtée par cet empereur , pei^it en un jour la liberté et la sécurité, qui étaimt les premiers mobiles de sa grandeur. Depuis lors, les guerres perpétuelles de ces contrées, les dévastations des conquérants, les vexations des despotes, en appauvrissant tes peuples , ont diminué le commerce et tari la source qui venait au sein des déserts Ëiire fleurir l'industrie et l't^ulence : les iaibles canaux qui en ont survécu , dérivés par Âlep et Damas, ne servent aujourd'hui qu'à rendre son absndoo plus sensible et plus complet.
En quittant ces ruines vénérables, et rentrant dans la teri% hcibitéc, nous trouvons d'abord HomSt r&uesus des Grecs, située sur la rive orientale de rcteimte. Cette ville, jadis place forte et très-peuplée, n'est phis qu'un assez gros bourg ruiné, où l'ou ne compte pas plus de deux mille habitait, [^rtie Grecs et partie Musulmans. Il y réside un aga, qui tiestf à titre de 6ou»&rme, du pacba de Damas, toute la contrée jusqu'à Palmyre. Le pacha lui-même tient cette ferme à titre d'apanage relevant immédiatement du sultan : il eu est de même
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I>F. LA SVR lE. l6l
de Hama et de Marra. Ces trois fermes sont portées à quatre cents bourses, ou cinq cent mille livres; mais elles rapportent près du quadruple.
A deux journées de chemin au-dessous tleZfonw, est Hama, célèbre en Syrie pour ses roues hydrauliques. Elles sont en effet les plus grandes que l'on y connaisse; elles ont jusqu'à trente-deu± pieds de diamètre. La circonférence de ces roues est formée par des augets disposés de telle foçou, qu'en tournant dans le courant du fleuve , ils se remplissent d'eau, et qu'en arrivant au zénith de la roue, ils se dégorgent dans un bassin, d*où Teau se rend par des canaux aux bains pid}Ucs et particuUers. La ville est située dans une vallée étroite, sur les deux rives de l'Oronte; elle contient environ quatre mille âmes, et elle a quelque activité, parce qu'elle est sur la route d'Alep à Tripoli Le sol est, comme dans toute cette partie, très-propre au 6x)ment et au coton; mais la cul- ■ ture, exposée aux rapines du Motsallam et des Arabes, est languissante. Un chaik de ceux - ci, nommé Mohammad-el-Korfân, s'est rendu si puissant depuis quelques années, qu'il est parvenu à imposer des contributions arbitraires sur le pays. On estime qu'il peut mettre sur pied jusqu'à trente mille cavaliers.
En continuant de descendre l'Oronte par une route qui n'est qu'un peu fréquentée , l'on rencontre dans un terrain marécageux un lieu inlé-
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l6a ÉTAT POLITIQUE
ressant par le contraste <)e fortune qu'il pfésetite. Ce lieu appelé Fatmé^ était jadis, sous le nom à'^paméa^ l'une des plus célèbres villes de ces cantons. C était là , dit Strabon , que les Séleucides avaient établi l'école et la pépinière de leur cavaierie. Le terrain des environs, abondant en pâturages , nourrissait jusqu'à trente mille cavales , trois cents étalons et cinq cents éléphants. Ati lieu de cette création si animée , à peine les ma^ rais de Famié nourrirent-ils aujourd'hui quelques buffles et quelques moutons. Aux soldats vétérans d'Alexandre qui en avaient fait le lieu de leur repos, ont succédé de malheureux paysans qui vivent dans les alarmes perpétuelles des vexations des Turks et des invasions des Arabes. De toutes parts, les mêmes tableaux se répètent dans ces cantons. Chaque ville et chaque village sont formés de débris, et assis sur des mines de constructions anciennes : on ne cesse d'en rencraitrett soit dans le désert, soit en remontant la route jusqu'aux montagnes de Damas; soit même en passant au midi de cette ville , dans les immenses plaines du Haurân. Les pèlerins de la Mekke, qui les traversent pendant cinq à six journées, attestent qu'ils y trouvent à chaque pas des vestiges d'anciennes habitations. Cependant ils sont moins remarquables dans ces plaines, attendu que l'on y manque de matériaux durables ; le sol est une terre pure sans pierres , et presque sans cailloux.
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DE LA STBIE. |63
Ce que l'on raconte de sa fertilité actuelle, répond parfaitement à l'idée qu'en donnent les livres hébreux. Partout où l'on sème le froment, il rend en profusion si les pluies ne manquent pas, et il <Toît à hauteur d'homme. Les pèlerins assurent même que les habitants ont une force de corps et une taille au-dessus du reste des Syriens : ils en~ doivent différer à d'autres égards , parce que leur climat, excessivement chaud et sec, ressemble plus à l'^ypte qu'à la Syrie. Ainsi -que dans le' désert, ils manquent d'eaux vives et de bois, font du feu avec de la fiente, et bâtissent des huttes avec de la terre battue et de la paille. Ils sont très-basanés ; ils paient des redevances au pacha de Damas. Mais la plupart de leurs villages se mettent sous la protection de quelques tribus arabes; et quand les chaiks ont de la prudence, le pays prospCTe et jouit de la sécurité. Elle règne encore plus dans les montagnes qui bornent ces plaines à l'ouest et au nord ; ce motif y a attiré depuis quelques années nombre de Ëimilles druzes et maronites, lassées des troubles du Liban; elles y ont formé des Déa{i), on villages, où elles professent librement, leur culte, et ont des chapelles et des prêtres. Un voyageur intelligent trouverait sans doute en ces cantons divers obgets intéressants d'antiquité et
())Dc là le mot espagnol aMea.
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lti4 ÉTAT POLITIQUE
d'histoire naturelle ; mais aucun Européen connu n'y a encore pénétré,
£n se rapprochant du Jourdain , lepays devient plus montueux et plus arrcfflé; la vaUée où coulé ce fleuve, est en général abondante en pâturages, surtout dans la partie supérieure. Quant au fleuve lui-même , il a- moins d'importance, que l'imagination n'a coutume de lui en donner. Les Arabes, qui méconnaissent le nom de Jourdain , l'appellent el-Chariâ: sa largeur commune entre les deux principaux lacs , ne passe guère soixantedix à quatre-vingts pieds; en récompense, il a une profondeur de dis à douze pieds. Dans l'hiver, il sort du lit étroit qui l'encaisse, et gon0é par les pluies , il déborde sur les deux rives jus- . qu'à former une nappe large quelquefois d'un quart de Ileue; sa grande crue est en mais, au temps que les neiges fondent sur les montagnes du CkaiA : alors , plus qu'en tout autre temps , ses eaux sont troubles et jaunâtres, et sou cours impétueux. Ses rives sont couvertes d'une épaisse forêt de roseaux, de saules et d'autres arbustes qui servent- de repaire aune foule de sangliers, d'onces, de cbacals, de lièvres et d'oiseaux.
En traversant le Jourdain, à mi-chemin des deux lacs, on entre dans un canton montueux, jadiscélèbre sous le nom de royaume de.$amantf,et'connu aujourd'hui sous celui àt^SL-js,àçNâblous,<]m eoest le chef-lieu. Ce bourg , situé près de Sikem , et
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DE LA. SYRIE. l65
BUT les ruines de la JVeapolis des Grecs , est U ré ■ «idence d'un chaîk qui tieot i ferme le tribut, dont il rend compte au padia de Damas lors de sa tournée. L'état de ce pays est à peu près le même que celui des Druzes, avec la différence que ses habitants sont des musulmans zél^ au point de ne pas souffrir volontiers des chrétiens parmi eux. Ils sont répandus par villages dans leurs montagnes, dont le !^oI, assez fertile , produit beaucoup de blé, de coton , d'olives et quelques soies. L'éloignement où ils sont de Damas, ' et la difficulté de leur terrain, en le préservant jusqu'à un certain point des vexations du gouvernement, leur ont procuré plus d'aisaboe que l'on n'en trouve ailleurs. Ils passent même en ce moment pour le plus riche peuple de la Syrie : Ils doi'- Vent cet avantage à la conduite adcoite qu'ils ont tenue dans les derniers troi^les de la Galilée et de la Palestine; la tranquillité qui régnait clie2 eux, engagea beaucoup de gens aisés à venir s'y mettre àd'î^ri des revers de la fortuné. Mais depuis quatre ou cinq ans, l'anibition c}e quelques cbaiks , fomentée pu* 'les Turks, ai suscité un efrprit'de f^tion'«tdcdiscorde,q«iiiades^-e£Eets ppe&r qae ausâi fîcheUx que l«s vexations des pacha^. A deux journées au' sud dâ- IVààlous, en tnarcbant par des montagnes qirià chaque pas deviennent plus rocailleuses et plus arides, l'on .arriy à une villç qui, comme tant d'autres que nou
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l66 ÉTAT POLITIQUE
avons parcourues , présente un grand exeraple.de la vicissitude des diosea humaines : à voir ses murailles abattues , ses fossés comblés , son enceinte embarrassée de décombres , l'on a peine à reconnaître cette métropolecélèbre qui jadis lutta contre les empires les plus puissants; qui balança un instant leseHortsde Rome même ; et qui, par unretour bizarre du sort , en reçoit aujourd'hui dans sa chute l'hommage efrle respect; en un mot, l'on a pdne à reconnûtre Jérusalem. L'on s'étonne en> ocre plus de sa fortune en voyant sa situation : car^ placée dans un .terrain scabreux et privé d'eau , entourée de ravines et de hauteurs difficiles, écartée de tout grand passage, elle ne snnblait propre à devenir ni un entrepôt de commerce, ni un siège de .consommation; mais elle a vaincu tous les obstacles, pour prouver .sans doute ce que peut l'opinion maniée par un législateur ha: bile , ou favorisée par des circonstances heureuses. C'est cette même opinion qui lui conserve encore un reste d'existence : la renommée ' de ses merveilles, perpétuée chez les Orientaux, en appelle et en fixe toujours un. certain nombre dans ses murailles; musulmans,. chrétiens, jui&, tous sans distinction de secte, se font un honneur de voir ou d'avoir vu la ville noble et sainte, comme ils l'appellent (i). A juger par le respect qu'ils affec-
(i) Les Orientaux a'appellent jamais Jérusalem que du nom
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tent pour ces lieux sacrés, l'on croirait qu'il n*est pas au inonde de peuple plus dévot ; mais cela ne les a pas empêchés d'acquérir et de mériter la réputation du plus méchant peuple de la Sj'rie , sans excepter Pâmas même : l'on estime quele nombre des habitants se monte à 13 ou i4iOOoames. Jérusalem a eu de temps en temps des gouverneurs propres, avec le titre de pachas ; mais plus ordinairement elle est , comme aujourd'hui , une dépendance de Damas , dont elle reçoit un motsallam ou dépositaire d'autorité. Ce motsallam en paie une ferme , dont les fonds se tirent du miri , des douanes, et surtout des sottises des habitants chrétiens. Pour concevoir ce dernier article, il faut savoir que les diverses communions des Grecs schismatiques et catholiques, des Arméniens, des Coptes , des Abyssins et des Francs se jalousant mutuellement la possession des lieux saints, se ta disputent sans cesse à prix d'argent auprès des gouvenieurs turks. C'est à qui acquerra une prérogative, ou l'ôtera à ses rivaux; c'est à 'qui se rendra Je délateiu* des écarts qu'ils peuvent commettre. A-t-on fait quelque réparation clandestine à une église ; a-t-on poussé «ne procession plus
de etQodt, la itânte, en y ajoutaat quelquefois l'épithète de el-Chiiif, la noble. Ce nom et-Qods inc paraît l't^tymologte de tons les Casiut de l'aniiquité, qui, cemme Jérusalem, avaient le double attribut d'être des lieux-hauu , et de [korler des temples ou lîeuj: saint*.
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ï6S ÉTAT POLITIQDE
loin que de coutume; est-il arrivé un pèlerin par une autre porte que celle qui lui est assignée , c'est un sujet de délation au gouvernement , qui ne manque pas de s'en prévaloir, pour établir des avanies et des amendes. De là des inimitiés et une guerre étemelle entre les divers couvents, et entre les adhérents de chaque communion. Les Turks, à qui a chaque dispute rapporte toujours de l'argent, sont, comme l'on peut croire, bien éloignés d'en tarir la source. Grands et petits , tous en tirent parti; les uns vendent leur protection; les autres leurs sollicitations : de là un esprit d'intrigue et de cabale qui a répandu la corruption dans toutes les dasses; de là, pour le motsalblm, un casuel qui chaque année monte à plus de 100,000 piastres. Chaque pèlerin lui- doit une entrée de 10 piastres; plus, un droit d'escorte pour te voyage au Jourdain , sans compter les aubaines qu'il tire des imprudences que ces étrangers commettent pendant leur séjour. Chaque couvent lui paie tant pour un droit de procession , tant pour chaque réparation à faire; plus, dés présents à l'avènement de chaque supérieur , et au sien propre ; plus , des gratifications sous main , potn* obtenir des bagatelles secrètes que Ton sollicite, et tout cela va loin chez les Turks, qui , dans l'art de pressurer , sont aussi entendus que les plus habiles gens de loi de l'Europe. En outre, le motsallam perçoit des droits sur la sortie d'une
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demrée particulière à Jérusalem; je veux parler ûes chapelets , des reliquaires, des sanctuaires, des croix y des passions, des agnus-det , des scapuiaires, etc., doot il part chaque année près de 3oo caisses. La fabrication de ces ustensiles de piété est la branche d'iodustrie qui fait vivre la plupart des familles chrétiennes et mahométanes de Jérusalem et de ses environs; hommes, femmes et enfants, tous s'occupent à sculpter, à tourner le bois , le corail , et à broder en soie , en perles et en fil d'or et d'argent. Le seul couvent de Terre-Sai/ue en enlève tous les ans pour 5o,ooo piastres; et ceux des Grecs, des Arméniens et des Captes réunis, pour une somme encore plus ^srEe : ce genre de confroerce est d'autant plus nécessaire aux fabricants, que la main-d'œuvre ~ est presque l'unique objet de leur salaire ; et il devient d'autant plus lucratif aux débitants, que le prix du fonds est décuplé par une valeur d'opinion. Ces objets exportés dans la Turkie, l'Italie, le Portugal, dans l'Espagne et ses colonies, en font revenir à titre d'aumônes ou de paiements , des sommes considérables. A cet article les couvents joignent ane autre branche moins impor^ tante, /a visite des pèlerins. L'on sait que de tout temps , la dévote curiosité de visiter les saints lieux , conduisit de tous côtés des chrétiens à Jérusalem; il fut même un siècle où les ministre^ de la religion en avaient fait un acte nécessaire
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au salut. L'on se rappelle que ce fut. celte ferveuF qui, agitant l'Europe entière, produisit les croisades. Depuis leur malheureuse issue, le zèle des Européens se refroidissant de jour en jour, le nombre de leurs pèlerins s'est beaucoup diminué^ et il se réduit désormais à quelques moines dlta- Ue, d'Espagne et d'Allemagne. Mais il n'en est pas ainsi des Orientaux : ûdèles à l'esprit des temps passés , Us ont continué de regarder le voyage de Jérusalem comme une oeuvre du plus grand mérite. Ils sont même scandalisés du relâchement des Francs k cet égard, et ils disent qu'ils sont tous devenus hérétiques ou infidèles. Leurs prêtres et leurs moines, à qui cette ferveur est utile, ne cessent de la fomenter. Les Grecs surtout as- • surent que le pèlerinage acquiert les indulgences plénùres, non-seulement pourlepassé , mais, même pour l'avemr; et qu'il absout , non-seulement du meurtre , de l'inceste , de la pédérastie , mais encore deVinfraction At jeûne et des jours de Jétes, dont ils font des cas bien plus graves. De si grands encouragements ne demeurent pas sans effet; et chaque année il part de la Morée, de l'Archipel, de Constantinaple, de l'Anatolie, de l'Arménie , de l'Egypte et de la Syrie , une foule de pèlerins de tout âge et de tout sexe ; l'on en portât le nom^ bre, en 1784, à aooo têtes. Les moines, qui trouvent sur leurs registres, que jadis il en passait 10 à 12,000, ne cessent de dire que la religion dé-
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DE LA STBli!. 1^1
périt, et que le zèle des fidèles a'éteint. Mais il faut convenir que ce zèle est un peu ruineux , puisque le simple pèlerinage coûte au moins 4iOOO livres, et qu'il en est souvent qui, au moyen des offrandes, se montent à 5o et 60,000 livres.
Yàfa est le lieu où débarquent ces pèlerins. Ils y arrivent en novembre, et se rendent sans délai à Jérusalem,où ils restent jusqu'après les fêtes de Pâques. On les loge péle-mêle par Ëunilles , dans les cellules des couvents de leur communion.Les reli^eui ont bien scnn de dire que ce logement est gratuit ; mais il ne serait ni hohnête ni sûr de s'en aller sans Êiire une offrande qui excède de beaucoi^ le prix marchand d'une location. £n outre, l'on ne peut se dispenser de payer des messes T des services, des exorcîsmes, etc., autre tribut assez considérable. L'on doit acheter encore des crudfix, des chapelets, des agnus-dei , etc. Le jour des Rameaux arrivé, l'on va se purifier au Jourdain i et ce voyage exige encore une contribution. Année commune, elle rapporte au gouverneur 1 5,000 sequins turks , c'est-à-dire 1 1 a,5oo livres (i), dont il dépense environ la moitié en frais d'escorte et droits de passage qu'exigent les Arabes. Il faut voir dans les relations particulières de ce pèlerinage j la marche tumultueuse de cette foule dévote dans la plaine de Yericho; son zèle
(i) A misoii dt! 7 livrer lu sous.
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lya ETAT POLITIQUE
indécent et superstitieux, k se jeter hommes, femmes et enfants , nns dans le Jounlain ; leur fatigue à se rendre au bord de la mer M6rte; leur ennui à la vue des rochers de cette contrée , la [dus sauvage de la nature; enfin leur retonr etleiir-viatc des saints lieux, et la cérémonie du feu nddveau qui descend du ciel le samedi saint, e^^ôriè par un ange. Les Orientaux croient encore à ce miracle ^ quoique tes Francs aient reconnu que les prêtres, retirés dans la sacristie, nnploieM des moyens très-naturels. Là Pâque finie , chaciûj retourne en son pays, fier de pouvoir. émuler- avec les musulmans pour le titre de pèlerin (t); pliisieurs même , afin d'être reconnus partoid: peut tels, se font graver sur la main, sur le poignet ou sur le bras , des figures de croix , de lancç , et le chiSre de Jésus et de Marife. Cette gravure douloureuse et quelquefois périlleux (3) ,. se fj^t avec des aigtiiUes dont on remplit ia piqûre de poudre à canon, ou de chaux d'antimoine. Elle resté iueffaçaUe : les musulmans ont la méiûe pratique ; et "elle se relrciuve chez les Indiens , «jhez les sauvages, et chez les peuples ancieiis, toujours
(1) La différence entre eux est que ceux de la Hekke s'appellent Hadj'ii, et ceux de Jérusalem Moqodsi, nom Tormé sur celui de la ville, el-Qodt.
(i) J'aivn un pèlerin qui en avait perdu le brw, parce qu'on avait piqué le nerf cubital.