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prantés des Grecs, elle pourrait foumv des observations curieuses aux personnes versées en cette partie. Il est très-rare d'en trouver de tels en Orient. Le Kaîre est peut-être le seul de l'Egypte et de la Syrie où il y ait des ckaih qui connaissent les principes de l'art. Ils ont des recueils d'airs qui ne sont pas notés à notre manière , mais écrits avec des caractères dont tous les noms sont persans. Toute leur musique est vocale; ils ne connaissent ni n'estiment l'exécution des instruments, et ils ont raison;' car les leurs, -sans en excepter la flûte, sont détestables. Ils ne connaissent non plus d'accompagnement que l'unisson et ta basse-coutinue du monocorde. Ils aiment le chant à voix forcée dans les tous hauts , et il £aut des poitrines comme les leurs pour en supporter l'effort pendant unquart' d%eure. Leurs airs, pour le caractère et pour l'exécution, ne ressemblent à rien de ce quï est connu en Europe, si ce n'est les séguidillas des Espagnols^ Ils ont des roulades plus travaillées que celles des Italiens mêmes, des dégradations et des inflexions de tons telles qu'il est extrêmement difficile à des gosiers européens de les imiter. Leur expression est accompagnée de soupirs et de gestes qui peignent la passion avec une force que nous n'oserions nous permettre. On peut dire qu'ils excellent dans le genre mélancolique. Â voir un Arabe la tête penchée, la main près de l'oreille en forme de conque; à voir ses sourcils froncés,
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ses yeux languissants ; à entendre ses intonations plaintives, ses tenues prolongées, ses soupirs sanglotants , il est presque impossible de retenir ses larmes, et des larmes qui, comme ils disent, ne sont pas amères : il faut bien qu'elles aient des channes , puisque de tous les chants celui qui les provoque est celui qu'ils préfèrent, comme de tous les talents celui qu'ils préfèrent est celui du chant.
Il s'en faut de beaucoup que la danse, qui chez nous marche de front avec la musique, tienne le même rang dans l'opinion des peuples arabes : chez eux cet art est flétri d'une espèce de honte; un bomme ne saurait s'y livrer sans déshonneur (i), et l'exercice n'en est toléré que parmi les femmes. Ce jugement nous paraîtra sévère , mais avant de le condamner il convient de savoir qu'en Orient la danse n'est point une imitation de la guerre, comme chez les Grecs , ou une combinaison d'attitudes et de mouvements agréables, comme chez nous; mais une représentation licencieuse de ce que l'amour a de plus hardi. C'est ce genre de danse qui, porté de Carthage à Rome , y annonça le déclin des mœurs républicaines ; et qui depuis, renouvelé dans l'Espagne par les Arabes, s'y per-
(1) Il faut en excepter la danse sacrée des derviches, <loDt les tountoiements ont pour objet d'imiter les mouTements des astres.
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pétue encore soiu le nom Aejaadatigo. Malgré la liberté de nos moeurs, il serait difficile, sans blesser l'oreille, d'en faire une peinture exacte; c'est assez de dire que la danseuse, les bras étendus, d'un air passionaé, chantant et s'accompagoant des castagnettes qu'elle tient aux doigts, exécute, sans changer de place, des mouvements de corps que la pasuon même a soio de voiler de l'ombre de la nuit. Telle est leur hardiesse, qu'il n'y a que des femmes prostituées qui osent danser en public. Celles qui en font profession s'appellent ^tuwÂzf, et celles qui y excellent prennent le titre XAlmé , ou de savantes dans l'art. Les plus célèbres sont celles duKaire. Un voyageur récent en a fait un tableau séduisant ; mais j'aTOue que les modèles ne m'ont point causé ce prestige. Avec leur linge jaune , leur peau fumée , leur sein abandonné et pendant, avec'leurs paupières noir* cies , leurs lèvres bleues et leurs mains teintes de henné, les ^ilmé ne m'ont rappelé que les bacchantes des PorcheroQs; et si l'on observe que chez les peuples, même policés, cette classe de femmes conserve tant de grossièreté, l'on ne croira point que, chez un peuple où les arts les plus simples sont dans la barbaiie, elle porte de la délicatesse dans celui qui en exige davantage. ~
L'analogie qui existe des arts aux sciences, doit faire pressentir que celles-ci sont encore plus négligées : disons mieux ; elles sont entièrement in-
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conButs. La barberitt jext complète dans la Syrie comme dabs l'Egypte vetl'ë^uiUbre qui a couCttine d'existé daa» ta. tùêtae empûre, doit étendre 6e jugement à toute la Turkie^ Ëa vain quelques personnes ont riiieùiiBimt réotitmé oen&re cette assertioa;«D vaialWa piaiédecalliéges,àetiemfd'é' ^Maehn., et deVre^ ;-ofb'iiatrt» eoi Turkie ne Eeprésenteot pas les mèioe&'idéeS'quift chez nous. Les«îëcLes d«»-lurlilM^sont.passés'pbtirleB Ar^es, et ils.aotit knaàtiç pour les Ttuks'. Ces deux nat tiens BtdBt ptéaimxemtaatm géomçtresi, ni «stro» ■taoK» j itî ouisiciffl^, .ni àiédectoà; àpeiike feronve- ^op un faooimeqniBBcfac saigna X9kcii/îamme{i): (|ttaod U ai>nl0npiéfle;cAutèT»,iippliqaéie fen, ou présent -onêiseeette: banale, sa sciénce'esl; épui> sé6 : auftà lei valets ;des Européens sont-Us consultés i:p«anke dds-^<lulapesj £k où se. filmeraient de» imédeÔDS , puiequU it'j a aucun -établissement d«ifB. genres at:i]UQ!r<maloraie liépugoeaus pt^4 jitgéft i -de ! la zdigii^ i^ ' L'aslronosiie . aurait . phu d'attrait potti» eBX;::ntais pakasttfoœxrpie'^etpten-dbntil'itrt deiliselesidéœts dw sebt dans, les meut vemeti(s>dei»tt)eSvetiu>D!la sfienoe profondeidé souBMttrcpaaBiBopTsme&tà^n^alcuL liés moine* de àkm^hanatt qui «aat^de^i^bfrrea', etiqùiéntre-* tiënnenl.des behaibnS'ariecdlenne^'Be sont -pas à
' (i) lÈS(>èce de laiîceJk à reï^n qu( Ae suppose ailcûrif^
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Cet égard moins ignorants que les «itres. Jamais » avant mtHi séjour, iU n'avaient ouï dire que la terre tournât autour dn soleil , «t peu s'en fallut que cette opinion n'y causât du scandale : car. les zélés, trouvant que cda- contrariait la bainte Bible» voulurent me traiter «n hérétique i beurensenaent que le vicaire-général eut le bon esprit de-douter et dédire : Sans ni croire aveuglément les F>wtcSf il nefinapas les démentir; oar tout ee qu'ils nous apportent de leiar arts est si /ort athdessus des nûtres ■,■ qu'ils ■ peut>eiU-apeFceO&ir des ehotes qtU sont aa^desszu de rtos idées.. 3'ea fus- quitte poirr ne point prendre la rotation sur nson compte, et pour la restituer à nos savant», qùi^ passent sûrement chez les nioineK pour des visionniûres. .
On' doit donc ùâre une grande' diff^noe des Arabes:de no&joursiàceuxdïff-jKifnKwn, et dVrouftrel-Jtaehid; encore faut-il avouer <que Ton se £ail; de ceux-ci des idées exagérées. Leur empiré fut trop, passa^r. pour -qu'ils, pusscét faive.'de grands, prognèst dons le^ 'Scteiiocs;) Oeque nous voyons arriv^.de nos jonrsiià'i^aelquBs. états- -de TEm^pe, prouve qu'il leur faut .daS'Sièeles: pour se naturalilerr AxiS9i,^dat)s:£e-qae.uons: connaissons de- livres de9-.AiÉabel9,>a» lesj tvouvons-nous que les traducteuns.ou l«s,éiihoii des Grecs. Xa seule science qui leur soit propre, la seule qu'ils cultivent encore est celle r|e ,lepr7c):^f^: et par étude de la tangue , il ne faut pas entendre- cet
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esprit philosophique qui, dans les moils, cherche lliistoire des idées pour perfecliouner l'art de les peindre. Chez les Musulmans l'étude de l'arabe n'a pour objet que ses rapports à la religion : ils sont étrrâts « attendu que le Qôran est Ut parole ùmnédiate de. Dieu : or , comme cette parole ne coDSwve l'identité de sa nature, qu'autant qu'on la prononce comme IMeu et son prophète, c'est une affaire capitale d'apprendre non - seulement la valeur des mots employés , mais encore les accents, les infleuons, les pauses, les soupirs, les tenues, enfin tous les détails les plus minutieux de la prosodie et de la lecture. Il faut avoir entendu leur déclamation dans les mosquées, pour se faire une idée' de H complication. Quant aux principes de la langue , Ceux de la grammaire seulement occupent pendant [dusieurs annéesi Vient ensuite le Ifakou, partie de la grammaire que Ton peut définir une sdenee. de terminaisons étrangères à l'arabe vulgaire, lesquelles se surajoutent aux. mots, et' varient selon les nombres, les cas, les genres et les personnes. Lorsque Ton sait cela^ l'on est déjà compté parmi les savants. Il faut ensuite étudier Yéhquence; et cela veut des années t parce que tes maîtres, mystérieux comme des brames, ne découvrent que peu à peu les secrets de letu- art. Enfin, l'on arrive aux études de la loi et au Faqah , ou science par excellence , qui est la théologie. Or, si l'on observe que
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la base perpétuelle de ces étutles est le Qdran ; que Ton doit méditer k fond ses sens mystiques et allégoriques, lire tous les commentaires, toutes les paraphrases de son texte (et il y en a deux cents volumes sur le premier verset); ù l'on observe qu'il faut discater des miltiers de cas de consdence riifiicuIeG : par exemple , s'il est permis d'employer de l'eiau impure à détremper du mortier ; si un honïme qtii a un cautère n'est pasdans le cas d'une feuMoe souillée; qti'ènfîn l'on débat longuement si Famé du prophète ne fut pas sacvée avant celle d'Adam ; s'il ne donna pas des consens à Dieu dans fa création , et quels Afrentcesccmsèils; l'on conviendra que l'on peut passer la Ti« entière à beancotip apprendre et k ne rien savoir. Quant à l'instruction du vulgaire , comme tes gens de loi n'exercent point les fooctiotts de nos curés et de nos prêtres , qrfils ne prêchent, ne catéchisent , ni ne eonfessent , l'on peut dire qu'il n'existe aucune instraetioA'; toute Féducation des enfants se borne à aller chez- des maîtres particuliers qui leur apprenipent à lire dans le Qûran, s'ils sont musulmans ,. ou dans les psaumes, s'ils sont chrétien^, et un peu à éetkeet à, compter de mémoire : celia dure jusqip^à l'adolescence, ijoe chacun se hâte de prendre an- métier pour se marier et gagn^ cfe quoi vivre^ Ia conCigioa de llgnorancc s'étend jusque sur las enfants des Francs; et il est d'axiome, à Marseille qn'un L^
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vatUia doit être ud jeune homme dissipé, paresseux, sans émolation, et qui ne saura autre chose que parter plusieurs langues , quoique cette règle ait ses exceptions comme toute autre.
En redierdiant les causés de l'ignorance générale des Orientaux, je ne dirai point avec un voyageur récent, qu'elle vient des dilBcultés de la langue el de l'écriture : sans doute la difBculté des dialectes, l'eotMtillage des caractères, le vice même de laoonstUutktn de l'alphabet, multiplient les difficultés de l'instruction ; mais t'hdsitude tes amnonte, et les Arabes parviennent à lire et à écrire ausû Ëtcilement que nous. La vraie cause est ta difficulté des moyens de s'instruire, parmi lesquels il faut compter eu premier lieu la rareté des lirres. Chez nous rien de si vulgaire que ce secours, nea de si répandu dans toutes les classes que la lecture. En Ori^it, au^contraire, rien de plus TVae. I^ns toute la Syrie , l'on ne connaît que deux collections de livres, celle de Mar-hanna, dont j'ai parlé, et celle de Djezzâr à Acre. L'on a vu combien la première, est faible , et pour la quantité, et pour la qualité. Je ne parlerai pas de la seconde comme témoin oculaire; mais deux personnes qui l'ont vue, m'ont rapporté qu'elle m contenait pas plus de 3oo volumes , et cependant ce sont les dépouilles de toute la Syrie, et, entre autres, du couvent de Saint' Sauveur ^ près* de Saide, et^ du chaik Katri, mofti de Ramié. A
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Alep, la maison de BUar est la seule qai possède des livres d'astronomie, que personne n'entend. A Damas, les gens de loi ne font aucun cas de leur propre science. Le Kaire seul est riche en li' vres. Il y en a une collection très-ancienne à la mosquée d'd-azhar, et il en circule jouraellement une assez grande quantité; mais il est défendu aux chrétiens d'y toucher. Cependant il y a la ans que les religieux de Mar-haniia voulant s'en procurer, y envoyèrent un des leurs pour en acheter. Le hasard voulut qu'il fit la connaissance d'un effendi qui le prit en affection, et qui, désirant de lui des leçons d'astrologie, dans laquelle il le croyait savant, se prêta à lui communiquer des livres : dans un espace de six mois, ce religieux m'a dit en avoir manié plus de aoo; et lorsque je lui demandai sur quelles matières, il me répondit sur la grammaire, sur le Nahou, sur l'éloquence, et sur les interprétations du Q^an ; du reste, infiniment peu d'histoires et même de contes : il n'a pas vu deux exemplaires des mille et une nuits. D'après cet exposé l'on est toujours fondé à dire que non-seulement il y a disette de bons livres en Orient, mais même que les livres en général y sont très-rares. I^a raison en est évidente : dans ces pays tout livre est écrit à la main : or, ce moyen est lent, pénible, dispendieux; le travail de plusieurs mois ne produit qu'un seul exemplaire; il doit être sans rature, et raille accidents
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peuvent le détruire: Il est donc imposeiMe que ' les livres se multiplient, et par conséquent que les counBiw>Dces se propagoit; aussi est-ce en compai'a'at cet état de choses à ce qui se passe chez nous, que l'on sent mieux tous les avantages de l'iïDprimerie : on s'aperçoit même, en y réfléchissant, quVUe seule est peut-être le vrai mobile des révolutions qui depuis trois siècles sont arrivées dans le système moral de l'Europe. Cest elle qui, rendant les livres très-coramims, a répandu une somme plus égale de connaissances dans toutes les clauses : c'est elle qui,^ répandant promptemient les idées et les découveites, a causé le développement plus rapide des arts et des sciences : par elle , tous ceux qui- s'en occupent sont devettus un corps .'toujours assemblé, qui poursuit sans relâche la série des m^nes travaux : par elle, tout écrivain est devenu un orateur public, qui a parlé non-seulement à sa ville, mais k sa nation, à l'Europe entière. Si dans ce nouveau genre de comices il a perdu l'avantage de la déclamation et du geste pour remuer les passions, il l'a compensé par celui d'avoir un auditoire mieux composé, de: raisonner avec plus de sang-iroid,-de &ire une impfession moins vive peut-être, mais plus durable. Aussi ' n'est-ce que depuis cette époque que .l'on a vu des hommes isolés produire, par la. seule puissance de leurs écrits, des révolutions morales sur des ilalious entières, et.se former ua empire
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Jc^Mon qui en a imposé & Tmipire toéoie de U puissance armée.
Un autre eSei tr^remarquilble de l'impriaieriet est celui qu'elle a eu dans le genre de l'histoire : en donnant aux Ëùte une grande et prompte publicité, l'on 8 hùeuK constaté teur certitnde. Âa contraire, dans l'état des livres écrits k la main, le' recueil que composait un homme n'ayant d'abord qu'un exemplaire , il ne pouvait être vu et critiqué que par un petit nombre de lecteurs; et ce& lecteurs sont d'autant plus suspects, qu'ils étaient au choix de l'auteur. S'il permettait d'«i tirer des copies, elles ne se multiptiaient et ne se répandaient que très-lentement. Pendant ce temps les témoins mouraient, les réclamations périssaient, les contradictionB naissaient, et le champ restait libre k l'erreur, aux passions, au rorasonge ; voilà la cause de ces faits monstrueux dont fbmmillent les histoires de l'antiquité, et même ceUes de l'Asie modmie. Si pvmi ces histoires il en est qui portenldes caractères frappants de vrai* semblance, ce sont celles dont les écrivains ont été témoins des faits qu'ils racontent, ou des hommes publics qui ont écrit à ta ï^ce d'un peuple éclairé qqi poirvait les contredire. Tel est César, acteur principal de ses mémoires; tel Xénophon, général des dix mille, dont il raconte' la savante retraite; tel Polybe, ami et compagnon d'armes de Scipion, vainqueur de Cartilage; tels encore
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SâUluste et Tacite, consuls-; Thacjdhin, chef <l'armée; Hérodote même, sénateur et libérateur d'HalîcarnBflse. Lorsqu'au contraire lliistoire n'est ^'one citation da faits anciens rapportés sur tradition, lorsque ces faits ne sont recueillis que par de simples particuliers, ce n'est plus ni le même -{[CBre, ni le même caractère; qudle difiérence n'j a4-il pas des écrivains {véoédents aux Tite-Lîve, aux Qninte-Curce, aux Diodore de Sicile I Heurei»sèment encore les. pays où ils écrivirent étaient policés, et la Uimtère [Hiblique put les gnider dans des £a)ts . peu reculés. Mais quand les nations étaient dans l'anuxihie, ou sous le despotisme qui régne aujourd'hui dans l'Orient, les écrivains imbus de l'ignorance et de la crédulité qui accompi^fuentcet état, purent déposer hardiment leurs erreurs et leurs préjugés dans l'histoire; et l'on peut observer que c'est dans les productions de pareils siècles que l'on trouve tous les monstres d'invraisemblance; tandis que dans les temps policés, et sous les écrivains (n'iginauz, les annales ne présentent qu'un ordre de &its semblables à ce qui se pqssc sous nos yeux.
' Cette influence de rini[»inierie est si efficace^ que le seul établissement de Mar-hanna, tout imparfait qu'il est, a déjà prodnit cbeii les chrétiens une di£f<^-ence sensible. L'art de lire , d'écrire , et même une sorte d'instruction, siHit plus communs aujourd'hui parmi eux qu'il j a 3o ans.
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Malheureusement ils ont débuté par un genre qui, en Europe, a retardé les prt^^rès des esprits et suscité mille désordres. En effet, les Bibles et les livres de religion ayant été les premiers livres répandus par rimpiîmerie, toute Tatteation se tourna sur les matières tbéolt^ques, et il en résulta une fermentation qui fut la source dès schismes de l'Angleterre et de l'Allemagne^ et des troubles poUtiquea de notre France. Si, au lieu de traduire leur Buzembaum, et les misanthropiques réreries de Nierembeig el de Didaco Stella, les jésuites eussent promulgué des livres d'une morale pratique, d'une utilité sociale, adaptée à l'état du Resraouân et des Druses , leur travail eût pu avoir pour ces pays, et même pour toute la Syrie, des conséquences politiques qui en eussent changé tout le système. Aujourd'hui tout est perdu, ou du moins bien reculé : la première ferveur s'est consumée sur des i^jets inutiles. D'ailleurs, les rdigieux manquent de moyens; et si Djezzar s'en avise, il détruira leur imprimerie; il y sera porté par le &natisme des gens de loi, qui, sans bien connaître ce qu'ils ont à redouter de l'imprimerie, ont cependant de l'aversion pour elle; comme si la sottise avait un instinct naturel pour deviner ce qui peut lui nuire.
La rareté des livres et la disette des moyens d'instruction sont donc, ainsi que je viens de le dire, les causes de l'ignorance des Orientaux; mais
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on ne doit les regarder que comme des causes accessoires : la source radicale est encore le gouvernement, qui non-seulement ne veille point à répandre les connaissances ^ mais qiii fait tout ce qui convient pour les étouffer. Sous l'administration des Tur^, nul espoir de considération ou de fortune par les arts , les sciences on les belleslettres : on aurait le talent des géomètres, des astroDoraes, des ingénieurs les plus dbtingués de l'Europe, que l'on ne languirait pas moins dans l'obscurité, ou que l'on gémirait pent-ètre sous la persécution. Or, si la science, qui par elle-même coûte déjà tant de peiné à acquérir, ne doit encore amener que des regrets de l'avoir acquise, il
> vaut mieux ne jamais la posséder. Ainsi les Orientaux sont ignorants et doivent l'être -, par le même principe qui les rend pauvres, et parce qu'ils disent pour Vsl science comme pour les arts : ^ quoi
; nous serf ira défaire davantage?