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x^ARKi les évéoements qui depuis quelques années semblent se multiplier pour changer le système politique de l'Europe, il n'en est sans doute aucun qui présente des conséquences aussi étendues que la guerre qui vient d'éclater (i) entre les Turks et les Basses. Soit que l'on considère les dispositions qu'y portent les deux puissances , soit que l'on examine les intérêts qui les divisent , tout annonce une querelle opiniâtre, sanglante, et repousse d'abord comme chimérique cet espoir de paix dont on veut encore se flatter : comment en eflet conlàlierdes prétentions diamétralement opposées, et cependant absolues? D'une part, le sultan exige l'entià^ révocation de toutes les cessions qu'il a faite* depuis la paix deKatnardji{en 1774) = d'au-
(i> J'ai coinnuiiGé d'écrire à ta fin d'octobre .1787 , lorsque (es DOUTelles de la guerre étaient encore récentes.
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346 COMSIDiRlTIOHS
. tre part, l'impératrice ne peut abantlonner gratuiteinent les froiti de tteitt airt dt travaux, de négociatioos , de dépenses : des deux côtés , une égale nécessité commande une égale résistance. Si la Russie rend la Crimée , elle ramène sur ses frontières les dévastddons f|«s ïaitafa, elle renonce aux avantages d'un cpnunerce dont elle a fait tous les frais : si tes TVrks la lui concèdent , ils privent Constantinople d'un de ses magasins , ils introduisent leur ennemi au sein de leur empire, ils l'établissent aux portes de leur capitale; joignez à ces motifs d'intérétles disposition» morales; dans le divan ottoman, le chagrin de dédioîr d'une dndenne grandeur, l'alanne d'un danget (}ui croit chaque jour; la nécessité de le prévenir J>ar un grand effort , celle même d'obëlr k l'impalsion violehte du peuple et de l'amée ; dans le cabinet de PétetrsbOdrg, le sentiment d'iiûé supériorité décidée, le point dTiotmeur dé ne pas rétrograder, l'eïpoir Ou plutôt l'assurance d'augmenter sea avantages ; dans les deux nations , une haine sacrée qui, aux Ûltotnan^, tnontre les Russes comme des insurgcnf s impies, et auk Russes, peint les Ottomans comme tes ennemis invétérés de leur religion , et les usurpateurs d'un ttône et d'uti empire de leur secte. Àveciin état de choses si violent, la guerre est une crise inévitable : disons-le hardiment , lors même que , par un reto&r kaprobabte, l'on Calmerait l'incendie présent, la première occasion le fera
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SUB LA OUERRE DEBTIIRKS. ^4?
renaître; la force seule décider^ une à grand*! querelle : or, dans ce conflit des deux ptliïmnces, quelle sera l'issue de leur choo? Où s'arrêtera, on a'élendra la secousse qu'en recevra l'iln des deux empires? Voilà le sujet de méditation qui s'ofirff aux spéculateurs politiques; c'est celui dont je me propose d'entretenir le lecteur : et qu'il ne se b&te point de taxer ce travail de Érivolité , parce qu'il est en partie formé de conjectures. SatM- doute il est des conjectures vagues et chiniértques, enfaU' tées par le seul désœuvrement, hasardées sur des bruits sans vraisemblance, et celles-là ne méritent point l'attention d'un esprit raisonnable ; mais si les conjectures dérivent de l'observation de faits authentiques, et d'un calcul réfléchi de rapports et de conséquences , alors elles prennent un caractère différent ; alors elles deviennent un art méthodique de pénétrer dans l'avenir : c'est des conjectures que se compose hprudence , synonyme de \aprèvq^^nce; c'est par les conjectures que l'esprit instruit ^e la génération des faits ptfasés , prévoit celle des faits futurs : par elles, connaissant comment les causes ont prodnit les effets, i\ devine Comment les efSsts deviendt^nt causes à leur tour; et de là l'avantage de combiner d'avance sa marche, de préparer ses moyens, d'assurer ses ressources: pendant que l'imptitdence qui n'a rien calculé, surprise par chaque événement, hésite, se trouble, penltitltefnps précieux à se résoudre.
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34^ COM&IDÉHATIUHS
DU se jette aveugléBieot dans un dédale d'absurdités. Lors donc que les conjectures que je présente n'auraient que Tefiet d'ex«rcer l'attention sur un sujet important , elles ne seraient pas sans mérite. Le temps à venir décidera si elles ont une autre valeur. Pour ne pas abuser .du temps présent, je passe sans délai à làon sujet; il se divise , de lui-même en deux pa#tias.: dans la première, je vais- raaherclter qiteUes seront les suites proba-. blés des démâés des Busses et des Turks ; dans la seconde, j'examinerai quels sont les intérêts de la France , et quelle doit être sa conduite,
PAEHIÈRE QUESTION.
Quelles seront les suites probables des ^mélés des Russes et des Tilrks 7 '
Pour obtenir la solution de cette espèce de problème , nous devons procéder, à la manière des géomètres, du connu à l'inconnu : or, l'issue du choc des deux, empires, dépendant des forces qu'ils ; emploîront, nous devons cendre idée de ces forces, afin de tirer de leur comparaison le présage de l'événement que nous cberchoos. A la vérité, nos résultats n'auront pas une certitude mathématique, parce que nous n'opérons pas sur des êtres fetes ; mais dans le monde mural les probabilités suffisent ; et quand les hypothèses
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sont fondées sur le cours le plus ordinaire des penchants et des intérêts otunbinés avec le pouvoir, elles sont bteu près de devenir des réalités. Commençons par l'empire oHomaii.
Il n'y a pas plus d'un Mécle que le nom des Turks en imposait enodre k IXûrope, et des faits éclatants justifiaient la terreur qu'il inspirait; £n moins de quatre cents ans l'on avait vu ce peuple vmir de la Tartaric s^t!d!>Kr sur les bords de la Méditerranée,' et là, par un cours continu de guerres et de victoires ,'^pooiller les successeurs de Constantin ,- d'abord de leurs provinces d'Asie ; puis franchissant le Bospfacrre ', les [koorsuivre dans leurs provinces d'Europe , les menacer jusque dans leur capitale , les resserrer chaque jour par de nouvelles conquêtes, tenuiner enfin par emporter Constantinople , et s'isseoir sur le trône des Cé-> sors : de là , par un efiort plus actif' et plus am^ bitieuz, on les avait vus^ r^ortant leurs armes dans l'Asie tmbjuguer lespet^diades de l'Anadoli, envahir l'Armâaie, repousser le premier des sofis dans la Perse, conquérir, en une' cempsigBe les pays des anciens Assçjrriens et B^yloniens , enlever aux Mamlduks la Syrie et l'Egypte , aux Arabes l'Yémea , ijiatier les dievaliers de Rhodes , les Vénitiens de Cypre; puis, rappelant toutes leurs- forces vers l'Eurc^e , attaquer Charles Quint, et camper sous les muts de Vienne même; menacer l'Italie, ranger sous leur jougles Maures
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d'Airiqiie, ei posséda- enfin uo ompire tatmi de l'une dea plus grandes et dtt plus bellei portiaM de la terre.
Tant de suceèa Sans doute avaiieiit droit d'eu imposer à Vimaf^inatioar et l'on be dpit pas s'étouner qu'ils aient &it sur les peujides une impre»' siouqui subsiste encore. Mais les Turfcs de nos jours sont-ils ce que furent leurs aïeux? Leur em* pire a-twl conservé la même viguetu* et les mêmes ressorts que. du temps des Sélim et des Soliman ? Personne, je pense, s'il a. suivi leor hist<Hre depuis eeat 90», p*osera soutuûr çttXe opinion} cependanl:, sans que l'on s'en aparçoire^ ejla stf perpétue : telle est la.fortie des premicves iipprsft« sions, que l'im ne prononce point enooi^ Le nonl des Turks, sans y joindre l'idàedeleur force frt>* naière. Cette idée influe sur tes jugements de ceux iMÎmefi qui ont le tnoins de préjuges;, et il £iUt le dire, panm nous c'est le petit nombre. Au cours secret de l'babltude, £>e joint un motif d'iatérêt produit par notre allùuiee çt nos. Jiaisons de com< meree avec cet empire ;. et ep motif nous porte k ne voir les Turks que sous un jonr favorable :-de làunepartialité qui se fait sentir à chaque instant dans les relations de fi^ts qui nous parviennent sons finspeotton du gonveruelnenti cUe régnai! surtout dans ces dfnnieirs temps- que, par une |»éventimi bizarre, un luintsb-e s'efforçait d'^' tou£Ëer tout ce qui pouvait d^récier k nos yeux les
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OttQiSailBi J'ai Ult une prévention bizam, parce qu'elle ^ait «ans fondement et bads retour d« leur part : j'ajoute une politique malhabile, parlée que les meHïce» et les embûches de l'autorité n'empêchent point la v^té de se faute jour, et que œs flissimulatioBS trahies ne laissent après elle» qu'une inipressioD âchenie d'improbtté et de faiblesse. Loin de se voil^ aiosi l'objet de ses cnintes, il est plus prudent et plus simple de l'envisager dans toute son étendue. Souvent l'o^ect du dan* ger suggère les moyens de le préveoir; et du moins , en se rendant un compte exact de sa fiorce ou de sa faiblesse, l'on peut se tracer un plan de cmduite ooOvMiable aux ciroonstancos où l'on bb trouve.
Ensuivant ce principe avec les Ottomans, l'oti doit désormais reconnaître que leur empire olfre tous les symptômes de la décadence : l'origine eil remonte aux dernières années d» siècle précédent; aiam que leurs supcès si longtemps brilianls et rapides, furent balancés et flétris par ceta. dM Sf^neski et des Monlecuculli, 11 sembJa que la fortune abandonna leurs armes, et par un cecm commun aux choses humaines, leur grandeur ayaat atteint son fitUe, entra dans le période de sa destruction t Its victoires répéitées du prince Eugène, en aggravant leurs pertes, rendirent teur déclin plus prompt et plu3 sensible : il fallut toutç rioeapocité des généraux de Charles VI, dan» la
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35a CONSIDERATIONS
gunrede 1737, pour en suspendre le cours} maiâ comme l'impulsion était donnée, et qu'elle venait de mobiles intérieurs , elle reparut dans les guerres de Perse, et les avantages de Thamas-Rbalikan devinrent un nouveau témoignage de la faiblesse des Turks :en&i, la guerre des Russes, de 1769 à 1774* en' a dévoilé toute l'étendue. En voyant dans cette guerre des années innombrables se dis* siper devant de petits corps, desflottes entières réduites en cendres, des provinces envahies et conquises, l'alarmé et l'épouvante jusque dans Constantihople , l'Europe entière a senti que désormais l'empire turk n'était plus qu'un vain fantôme, et que ce colosse^' dissous dans tons ses liens, n'att«idait plus qu'un choc pour tomber en débris.
L'on peut considérer, le traité de 1774 comme l'avant-coureur de ce choc. En vain la Porte s'est indignée de' l'am^ance des infidèles;, il a Ëillu subir le joiig de la violence qu'elle a si souvent imposé; il a fallu qu'elle cédât un' terrain considérable entre le Bog et le Dnieper, avec des ports àaas la Crimée et le Kouban; il a fallu qu'elle abandonnât les Tartares alliés de son sang et de sa religion, et ce fut déjà les perdre que de les abandonner; il a fallu qu'elle reçût son ennemi sur la mer Noire , sur cette mer d'où ses vaisseaux aperçoivent les minarets de Constantinople; et, pour comble d'affront, qu'elle consentit à les voir pas^
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SUR Li GUERRE dES TbRKS. 353
ser aux portes dti sérail, pour aller dans là Méditerranée s'enrichir de! ses propres biens, reconndtre ses provinces potir les mieux attaquer, et acquérir des forces pour la mieux vaincre. Que pouvait-on attendre d'un état de choses où les intérêts étaient si Tiolemment plies? Ce que la sQlte des&itâ a développé; c'est-'à-dire, que lesTiirks; ne cédant qu*à regret j n'exécutëraieht qu'à moitié; que les Rugsesj s'antorisant des droits acquis^ exigeraient avec plus de hardiesse; que lestraitéà mal remplis amèneraient des explications, des extensions y et enfin de nouvelles guerres; et telle a été la marche des affaires. Malgré les contentions de i774i l€ passage des vaisseaux nisses par le Bosphore a été un sujet renaistont de conte»' tation et d'ànimosité. Par l'effet de cette animosité, la Porte a continué d'exciter les Tartares i par une , suite de sa supériorité, la Russie a pris le parti de s'en délivrer^ et elle les a chaâsés de là Crimée! de là des griefs nouveaux et multiplîésj Le peu-* pie, indigné du meurtre et de l'asservissement des vrais croyants,' a hautement murmuré : le divan , alarmé des conséquences de l'envahissement de la Crimée, a. frémi et menacé : arrêté par son impuissance j il a suscité Sous maih les barbares du Caucase. La Russie , usant d'une politique semblable, a opposé le souverain de Géorgie. Le divan a réclamé de prétendus droits; la Russie les a niés. L'hospodar de Moldavie , craignant le sort II. a3