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Sun LA GUEBKE DES TOBKS. 4>I
lestine que pjezaâr pacha, qui les accapare, surchaire de dix piastres par quintal ; témoin encore les cendres de Gaze, qui pourraient alimenter k vil prix les savonn^ies de Marseille, mais que l'aga vend trop cher, quoique les Arabes les lui livrent presque pour rien : enfin, par rinstabilitâ des fortunes et la ruine subite des naturels, souvent les créances de nos néfi^ants sont frustrées, et toi^urs leurs recouvrenawits sont difficiles. Que si, au contraire, la Turkieétaitbien gouvernée, l'agriculture étant fimissanle , les denrées seraient abondantes, et nous auri<»is plus d'objets d'éfjiaiiges; si les sujets avaient une propriété sàre et libre, il y aurait concurrence à nous vendre, et nous achèterions h meilletu' marché : l'aisance étant plus génônle, la consommation de nos marchandises serait plus grande; or, puisque l'esprit dugouvemement turk ne permet pasd'espérer une pareille révolution, l'on peut soutenir l'inverse de la propositiwi avance, et dire que l'état actuel de la Turiûe, loin d'étoe fevorable à noire commerce, lui est absolument contraire.
L'on ajoute que si l'empereur et rim|)«ratrice s'établissent dans la Turkîe> ils y introduiFonl des aits et une industrie qui y rmdront les nôtres inutiles , et qui détruiront par conséquent notre commerce.
Pour bien aj^réder cette objection , il £aul re> marquer que noire coromerce avec la Turkie con-
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4l3 CONSIDÉRATIONS
stsle en échanges, dans lesi^ufils tout t'avantage est de notre f^é ; car tandis que nous ne portons aux. Turks que des objets pr^ à consommer , nous retirons d'eux des denrées et des matières brutes , qui nous procurent le nouvel avantage de la main-d'œuvre et de l'industrie; par exemple, nous leur envoyons dès draps , des bonnets , des étoffes de soie , des galons , du papier , du fer , de l'étain^du plomb, du mercure, dusucre, du f:afé, de l'indigo, de la cocbenille, des bois de teintures, quelques liqueurs , fruits confits, eau-de-vie , merceries et quiocailleries ; tous objets qui, à l'excep* tioD des teintures et des métaux, laissent peu d'emploi à l'industrie : les Turks , au contraire , nous rendent dans leurs provinces d'J&irope et d'Asie mineure, des colons en laine ou Blés, des laines de toute espèce , des poils et 61s de.chèvre et de chameau , des peaux crues ou préparées, des suifs, du cuivre, de la cire^ quelques tapis, couvertures et toiles : dans la Syrie , des «xJtons seulement avec des soies, quelques toiles, de la scammonée, des noix-galles : dans l'Egypte, des cotons , des gommes , du café , de l'encens , de la myrrhe, du safiranon, du sel ammoniac, du tamarin, du séné, du natron, des cuirs crus, quelques plumes d'autruche, et beaucoqp de grosses toiles de coton : dans la Barbarie enfin , des cotons, des laines , des cuirs crus ou prép^^és , de la cire , des plumes d'autruche, du blé, etc. Lq majeure
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SUR L& GUERRE DES TURKS. ^l^
partie de ces (^jets prête, comme l'on voit, à une indastiie ultérieure. Ainsi, les cotons, les poils, tes laines, les soies, transportés diez nous, (ont subsister des milliers de familles employées à les ouvrer , et à en faire ces siamoises , ces mousselines , ces mouchoirs , ces camelots , ces velours qui versent tant d'argent dans les fabriques de Marseille , Rouen , Amiens , etc. Dans nos envois l'article seul des draps foitoe la moitié des valeurs; dans ceux des Turi[S,Iesobjets, mauufacbirés ne vont pas quelquefois au vingtième des denrées brute^; et même sur ces objets comme sur lei toiles d'Egypte, le bénéfice est considérable k raison du bas prix de la main-d'œuvre; car ces toiles se vendent avantageusement dans nos Ues pour le vêtement des n^res. Si donc les Turbs acquéraient de, l'industrie , s'ils travaillaient eux-mêmes lenrë matières, ils pourraient se passer de nous; nos fabriques seraient frustrées^ et tiotre commet^ serait détruite
Cette objection est d'autant plus plausible, qiie la Turkie jouit d'un sol plus favorisé que le nôtre même; mais dans im calcul de probabilités, supposer tout pour le pis ou pour le mieux possible ^ c'est assurément abuser des conjectures. Les extrêmes en tout genre sont toujours les cas les plus rares; et grâce à l'inconséquence humaine, la moyenne proportionnelle du bien comme du mal est toujours la plus ordinaire : d'ailleurs il faut
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4l4 COHfilDBK4TIOITfi
avoir ^;ard à divers aceesaoires potv évaluer raisounablmnent les ooasé<i|Ueiices d'une révolution qudcoaque dans la Tnrkie.
i" Il u'est pas vrabemblable qne l'empire tnrk soie tDut-<à-ooup eovidit en entier : la conquête ne peut s'étendre d'abcMrd qu'à la portion d'£im^, à l'Aicliipel et à quelques rivages adjacrots de t'Ânodoli. -Les Ottomans repousses dans les terres cxmeemxont encore pendant du temps une grande partie de l'Ane mineure, et toute rAnaênie, le Diariiekr, la Syrie et l'Egypte. Ainsi, en admettant une révolution dans le commnve, elle ne portegrait pas sur toute sa masse, mais seulement sur les échues d'Eure^, et si l'on vent aussi même sur Smyme. D»is l'âat présent, ces échelles (orraent on peu plus de la moitié dn commerce total du Levant , omune en ùàt foi le taUeau suivant, qtû en ett le résumé : mais dans le c» de l'invasion , elles ne la lomenùcnt plus , pares qoe le commerce de l'Asie mineure et de la I>ieTse , qui mamUtutat se porte k Sm;rae, passerait k la vîUe d'Alep.
La TSklir des marchandises portées de F^nee en levant, se monte -comme il suit, savo^ :
A Constantinople 4i00o,ooo liv.
A Salonique a,8oo,ooo
En Mprée. a5o,ooo
Total 7,o5o,o«o
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SUR L& ODERRB DBS TORKS. 4<S
HepOM. .... •JfiSofiOO
ËnGandie aSo^ooo
A StnjTDÉ. £U>ûO|Ooo
£n %vie 5,000,000
fin Sgjrpte 3,ooo,aoo
EnSarbariç i,SoQ,oao
TôTAt 02,800,000
Aquoi ii ftut ajouter poor ' }e oabotage, dît bâmstrone. . 1 5o,ooo St pour les oijjeU pOrt^ «M ftenda des droits. ..... i,55o,ooo
Total de Texportation. ik^,^ao,oioo
La valèiir des rètoots du Levant en France se monte confine il suit, savoir :
I>e Consbantinople. 1,000,000
De Salonique 3,5ao,ooo
DeMorée. ....... y. . . 1,000,000
De Candie ............. 1,000,000
De Smyrae. 8,000,000
Dé Syrie.. 6,000,000
D'Égfpte» 3,5oo,ooo
De Baxbaiie 3,000,000
Total de l'importation. 26,000,000
ol" Noos conserverons toujours un grand avantage sur ime puissance quelconque établie en Tur-
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4l6 00I(SID£RA.T10nS
kie, à raison de nos deni*ées d'Amérique, et de uos draps : car si déjà nous avons anéanti la concurrence des Anglais, des Hollandais,, des Vénitiens , sur ces articles qui sont la base du commerce du Levant , à plus forte rais<»i l'emporterons-nous sur le& Autrichiens et les Russes, qui n'ont point de colonies, et qui de long-temps, surtout les Busses , n'atteindront à la perfection de nos manufactures. Dira-t-on qu'enfin ils y parviendront : je l'accorde ; mais, lors même qu'ils ne conquerraient pas la Turkle, comme ils en sont plus voisins que nous, nous ne pouirons jamais éviter qu'ils riva-* lisent avec succès notre commerce (i).
y 11 ne faut pas perdre de vue que t» pays qu'occuperont l'impératrice et l'empereur, sont en grande partie déserts , et qu'ils vont Je devenir encore davantage; or, l'intérêt de tout gouvernement en pareil cas, n'est pas tant de favoriser le commerce et les arts-, que la culture de la terre, parce qu'elle seule contient' et développe les éléments de la puissance et de la richesse d*un empire : de tous les artisans, le laboureur seul crée les objets de nos besoins : les autres ne font que donn^ des formes ; ils consomment sans rien produire : or, puisque les vraies richesses sont les denrées qui servent à la nourriture , au vêtement , au
(i) L'empereur s'y prépare déjà en attirant i à Vienne un grand nombre de nos fabricants.
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logement ; puisque les homines ne se multiplient qu'à raisonde l'abondance de ces denrées; puis" que la puissance d'un état se mesure sur le nombre, de bras qu'il nourrit, le premier soin, du gouvernement doit être tout entier pour l'art qui remplit le mieux ces objets. Dans ses encourage'menls , il doit suivre l'ordre que la nature ellemême a mis dans l'écbélle de nos besoins; ainsi, puisque le besoin de là nourriture est le pluapres^ sant , il doit s'en occuper avant tout autre : viennent ensuite tes soins du vêtement, puis ceux du logement , etc. Et ce n'est point assez de les avoir réalisés pour une partie du pays et des sujets ; l'empire n'étant aux yeux du législateur qii'un même. domaine, ta nation n'étant qu'une même famille , il ne doit se départir de son système , qu'après l'avoir complété pour l'empire et pour la.nation. Tant qu'il reste des terres incultes , tout bras employé à d'autres travaux est dérobé au plus utile ; tant qu'une famille manque du nécessaire , nul autre n'a droit d'avoir le superflu. SauS cette égalité générale, un empire, partie en friche et partie cultivé, un peuple, partie riche'et partie pauvre, partie barbare et partie- potiéé,' offrent un mélange choquant de luxe et de misère , et ressemblent à ces charlatans ridicules qili portent du galon et des bijoux avec des haillons sales et des bas percés.
Ce n'est donc que lorsque la culture a atteint II. 27
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son comble, qu'U eat pennis de détourner tes bras superflu! vers les arts d'agtémeat et de hixç. Alors, le fondi étant aequis , l'on peut s'occuper à-doniier des fonnes : aWs aussi, par une marche naturelle , s't^re un changement dans le goût et les moeurs d'une nation. Jvsque-là , Toa n'ai-, mait que la quantité; l'on commence de goûter la qualité : bientôt ta délicatesse prend la place de l'abondanoe : bientôt au bceuf entier du repas d'Achille, succèdent les- petits fiât» d'Alcihiade; à la bure pesante et roide , l'étaâe chauds et lé* gàw; au leg» rustique, aux meubles, grossiers, une maison :élégante et un ameublement recherché; alors, par ordre successif et pargradi^ion, naissent les uns des aiAres les arts utUee, les arts ^^réablee, les beaux-^ts : alors paraissent les.&bricants de toute espèce , les négociante, If» ajxbitectes , les sculpteurs, les peintres , Itjs musiciens, les orateurs , les poètes. Avant cet état de plénitude, vouloir produire ces arts, c'est troubler l'ordre de la nature; c'est demander à la jeui:ies&e les &uitt de l'âge viril. Xes peuples sont comnae les eiifaats; on les énerve par des jouissances précoces au. moral comme au physique^ et pour quelques fleur$ éphémèreSvOn les jette dans un mtf ra«ne incurable. Faute d'observçr cette loarcbe , U plupart des états avortent ou fout des progrès plus lents qu'îb ne le devraient. Les chefs des nations sont trop pressés de jouir : à peine le sol
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qui les entoure est-il défriché , que déjà ils veulent avoir un faste et une puissapce : déjà , par Les conseils avides de leurs parasites, ils veulent élever des p4lais somptueux, des jardins suspendus jd^s villes, des niai)uf&ctures, un commerce, unemaline ; ils transforment les cultivateurs en soldats ^ en matelots, en m^ons, en musiciens, en gens de livrée. Les champs s«. désertent, la culture diminue; les denrées raanquaTtt, les rçveuiu baissent, l'état s'ohère. et l'on est étonné de voir vn corps qui promettait pue grandç force, dépérir tout à coup , ou végéter tristement dans une langueur funeste.
Mais l'empereur et l'impératrice sont trop éclairés sur les vrais principes du gouvernement pour se livrer à ces illusions dangermises; devenus maîtres de ces contrées célèbres , ils ne se laisseront point séduire par l'appât d'une fausse gloire ; et parce qu'ils posséderont les champs de la Grèce et de rionie, ils ne croiront pas pouvoir tout.à:Caup en relever les ruines, ni ressusciter le génie des anciens âges : ils savent de quelles circonstances politiques l'état moral que nous ^dnaifons fpt . accompagné ; ils savent qu'alors la Grèce produisait les Phidias et les Praxitèle, les Pindare et les Sophocle, les Thucydide et les Platon; alors le petit territoire de Sparte nourrissait quarante mille familles libres ; les arides coteaux de . l'Attique étaient couv«rts d'oliviers, les champs de Tbèbes
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lie moissons ; en un mot, ia terre regorgeait de popalation et de cnlture. Pour rallumer te flambeau du génie et des arts, il faut lui redonner les mêmes aliments : les arts n'étant que la peinture et Timitation des ricbes scènes de l'état social de la nature, on ne tes excite qu'autant qu'on les environne de leurs modèles ; et ce n'est pas encore assez que le peintre et le poète éprouvent des sensations, il faut qu'ils les communiquent, et qu'on les leur rende; il faut qu'un peuple poli, assemblé au théâtre d'Athènes ou au cirque olympique , soutienne leur ardeur par ses éloges , épure leur goût par sa censure ; et tous ces éléments du génie sont à reproduire dans la Grèce : il faudra, repeupler ses campagnes désertes , rendre l'abondance à ses villes ruinées, policer son peuple abâtardi, créer en lui jusqu'au sentiment ; car le sentiment ne naissant que de la comparaison de beaucoup d'objets déjà connus, il est faible ou nul dansleshomraes ignorants et grossiers: aussi peuton observer dans notre propre France que les chefs-d'œuvre de nos arts , présentés aux esprits vulgaires, n'excitent point en eux ces émotions profondes qui sont le signe distinctif des esprits cultivés. Enfin , pour ressusciter les Grecs anciens, il faudra rendre des mœurs au Grecs modernes, devenus la race la plus vile et la plus corrompue de l'univers ; et la vie agricole seule opérera ce prodige ; elle les corrigera de leur inertie par l'es-
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prit (le propriélé ; des vices de leur oisiveté par «les occupations. attachantes ; de leur bigoterie par Teloignement de leurs prêtres ; de leur lâcheté par la cessation de la tyrannie; enfin de leur itnlïVobité par l'abandon de la vie mercantile et, la retraite des villes. Ainsi les véritables intérêts des puissances nouvelles , loin de contrarier notre commerce , lui seront favorables. En tournant toute leur activité vers la culture , elles procureront à leurs, sujets plus de moyens d'acheter, à nous plus de moyens de ventlre : leurs denrées plus abondantes nous deviendront moins coûteuses ; nos objets d'industrie par eux-mêmes, seront à meilleur prix que s'ils les fabriquaient de leurs mains ; car il est de fait que des mains exercées travaillent avec plus d'économie de temps et de matières, que des mains novices.
Mais, pourra-t-on dire encore , cela même supposé, notre commerce n'en recevra pas moins une atteinte, funeste, en ce que les nouvelles pubsances ne nous accorderont point des privilèges aussi étendus que la Porte : elles nous traiteront pour le moins à l'égal de leurs sujets, et nous serons forcés de partager avec. eux l'expbitation de leur commerce. ...
J'avoue qui'pprès la Porte nous ne trouverons point de gouvernement qui, nous préférant à ses propres sujets , ne nous impose que trois pour cent de duuanésy pendant qu'il exige d'eux dix.
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4aa COHSIDÉRATIOWS
pour cent J'avoue que l'impératrice et l'empereur ne souffriront point, comme l6 sultan , que iious assujétissions chez nous leurs sujets au droit extraordinaire de vingt [mur cent, droit qui, donnant* à nos nationaux sur eux. un avantage immense (i), concentré dans nos mains l'exploilattoil de tout le comnierce. Mais cette prérogative avantageuse à quelques particuliers , l'est-etle à la Masse du comniercie lui-m^me? la concurrence des étrangers à son exploitation est^elte un toal pour la nation, comme te prétendent les intéressés au commerce du Levant ? C'est ce que nient les personnes instruites en matière de commerce; et c'est ce dont le gouvertiemeot lui-même ne paraît pas bien persuadé : car, après savoir souffert pai* habitude l'existence de ce régime, on l'a vu, dans ces dernières années, l'abroger par des raisonnements plausibles , et par l'ordonnance venue à là Suite de l'Inspection de 1777, permettre aux étrangers quelconques de Concourir aveé nos nationaux à l'exploitation du commerce du Levant : seulement H crut devoir réserver les draps ;-et pour favoriser notte navigation, il spécifia que l'on né pobrrait faire iei transports que sur nos bâtiments ; il est vrai que depuis celte époque il A révoqué cette pet-mission ; mais on a droit de
(i) Les Français ne paient que deiu( e( demifOur tient.