‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 15 sur 98 · GRANT TESTAMENT · texte numérisé non relu

GRANT TESTAMENT

DE

FRANÇOIS VILLON

HUIT. I"

i En Tan de mon trentiesme eage , Que toutes mes hontes j'eu beues ; Ne du tout fol , encor ne sage, Nonobstant maintes peines eues ;

5 Lesquelles j'ay toutes rcccues , Soubz la main Thibault d'Aussigriy, S'evesque il est seignant les rues , Qu'il soit le mien je le regny.

Cy commence le Grant Codicille et Testament maistre François Vilron.. ( An.)

(2) Que, etc. Après avoir subi toutes les condamnations qui dévoient peser sur moi, durant le cours de ma vie. •

(3) Ne , etc. N'étant ni entièrement fou ni sage encore.

(4) Maintes peines. Plusieurs souffrances endurées. (6)5om/z.Sous l'autorité, la juridiction. Thibault d'Aussigny, évêque

d'Orléans* siégea de i452 à i4j3. (V. Gai. christ., et Hist. d'Orl.) C'est le même qui, huit. 62, est nommé Jaques Thibault.

(7) S'evesque. S'il est évêque, faisant des signes de croix dans les rues, c'est à-dire donnant sa bénédiction au peuple.

(8) Qu'il. Je déclare qu'il n'est pas le mien.

( io4 )

HUIT. II

Mon seigneur n'est , ne mon Evesque ; 10 Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche.

Foy ne luy doy, ne hommage avecque ;

Je ne suis son serf, ne sa biche.

Peu m'a , d'une petite miche

Et de froide eau , tout un g esté.

i5 Large ou estroit, moult me fut chiche^

Tel luy soit dieu qu'il m'a esté.

HUIT. III

Et s'aucun me vouloit reprendre Et dire que je le mauldys, Non fais, si bien le scet entendre, 20 Et rien de luy je ne mesdys :

Voycy tout le mal que j'en dys ; S'il m'a esté miséricors , Jésus , le Roi de Paradis, Tel luy soit à Famé et au corps.

(9) Mon. Je ne relève de lui ni pour le spirituel, ni pour ie temporel.

(10) Soubz. Je ne possède rien de productif sous sa juridiction , par conséquent je , ,etc.

(12) Son serf. Jeu de mot. Je ne suis ni son homme (son vassal), ni son ouaille chérie , sa bonne amie', peut-être.

(1 3) Peu , etc. Cependant il m'a nourri, etc. Ménage a cité ce vers d'après Niv. M. Formey, qui ncconnoissoit pas cette édition, accuse Ménage d'avoir corrigé maladroitement le texte de Villon. ÇV.L.div.)

(1 5) Large. Que de son naturel il soit généreux ou avare, je l'ignore » mais je sais qu'il a été chiche pour moi. (17) Et. Et si quelqu'un , etc.

(22) S'il m'a. S'il a usé d'indulgence envers moi. (25) Je sus. Manière déparier qui s'est conservée parmi le peuple.

( K"r> ) HUIT. IV.

25 S'il ma esté dur et cruel ,

Trop plus que cy ne le racompte,

Je vueil que le Dieu éternel,

Luy soit doncq' semblable à ce compte ;

Mais l'Eglise nous dit et compte

3o Que prions pour noz ennemys ; Je vous diray, jay tort et honte, Tous ses faietz soient à Dieu remis.

huit. v.

Si pricray pour luy de bon cueur, Par lame du bon feu Cotard.

35 Mais quoy? ce sera doncq' par cucur, Car de lire je suys faitard.

Prière en feray de Picard , S'il ne le sçait, voise lapprandre,

(26) Trop. Bien au-delà de ce que je puis en dite ici. (29) Mais. Cependant l'Eglise nous dit et enseigne. (02) Tous. Que tout ce qu'il a fait contre moi, soit remis au jugement de Dieu.

(34) Par. Je le jure par l'ame. Cotard. (V. huit. u5 et Bail, euiv.)

(35) Mais quoy ? Mais comment le ferai je ?

(36) Car. Je n'aime pa3 à lire. Ainsi je ne pourrai faire ma prière sur un livre.

(37) Prière, etc. Mon parti est pris , je ferai pour lui une prière de picard. « Des lèvres et sans intention, dit M. le Duchat. «Dans le pays Walon on appeloit picards les hérétiques c nnus ailleurs sous le nom de Vaudois.

(5b) S'ii ne. S'il ne sait ce que c'est qu'il aille rapprendre,

( ioG ) S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard ? 4o A Douay, ou à Lysle en Flandre.

HUIT. VI

Combien que , s'il veut que je prie Pour luy, foy que doy mon baptesme, Obstant qu'à chascun ne le crye , Il ne fauldra pas à son esme.

45 Au psaultier prens , quand suys à mesme, Qui n'est de beuf , ne cordoen , Le verset escript le septiesme , Du psaulme de : Deus laudem.

HUIT. VII

Sy pry'au benoist filz de Dieu , 5o Qu'à tous mes besoings je reclame ,

(09) Ains. Avant.

(40 Combien que. Ce (combien que) tombe sur le 4e vers.

(4î) Foi. J'en jure par la foi que j'ai reçue à mon baptême.

(43) Obstant. Quoique je ne dise pas ces choses-là à tout le monde.

(44) -II* M sera satisfait.

(45) Au y etc. Je prends dans le Psautier lorsque j'en ai la facilité.

(46) Qui n'est y etc. Psautier qui n'est pas de bœuf et qui ne vient pas de Cordoue. C'est à Cordoue que se fesoient alors les meilleurs apprêts de peau.

(48) Du, C'est le psaume 108 : Deus laudem meam , etc. Le verset septième, quiservoit de prière à Villon, quand il faisoit des vœux pour l'évêque d'Orléans , est ainsi conçu : Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus aecipiat .alter. Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit nombre , et que son évèché passe à un autre. C'est le sens que le poète donne au mot episcopatum.

(49) Sy. Je prie donc le fils bénit , glorieux.

(50) Qu'à, etc. Que j'invoque dans tous mes besoins.

( io7 ) Que ma pauvre prière ayt lieu Vers luy, de qui tiens corps et arme ; Qui m'a préservé de maint blasmc Et franchy de vile puissance :

55 Loué soit-il, et nostre Dame , Et Loys , le bon roy de France.

HUIT. VIII

Au quel doint Dieu l'heur de Jacob , De Salomon l'honneur et gloire , Quand de prouesse il en a trop ; 60 De force aussi , par m'ame voire.

En ce monde cy transitoire ; Tant qu'il a de long et de lé , Afôn que de luy soyt mémoire, Vive autant que Mathusalé.

65 Et douze beaulx enfans, tous maslcs,

(5î) Que. Que mes vœux soient favorablement reçus. (5a) Vers. Auprès de lui.

(53) Qui m'a. Qui m'a préservé de plusieurs condamnations judiciaires ignominieuses.

(54) Et franchy. Et délivré.

(55) Et Nostre Dame. Et la Vierge Marie.

(56) Et Loys. C'est Louis XI , par qui il venoit d'être gracié. (V. Mèm.y ire partie.)

(57) Doint l'heur. Accorde la prospérité. (5g) Il en a trop. Il ^n a de reste.

(61) En ce. Que dans ce monde , où tout passe.

(62) Tant. Danstoute son étendue. Long et lé. Longueur et largeur. (64) Malhusala ou Mathusalem , l'un des hommes antidiluviens,

descendant d'Adam , par Seth, vécut 969 ans. (Gcn. ch.u5; v. 27.)

( ïo8 ) Veoir de son très cher sang Royal , Aussi preux que fut le grand Charles ; Conceuz en ventre nuptial ; Bons , comme fut sainct Martial :

70 Ainsi en preigne au bon Daulphin , Je ne luy souhaicte autre mal , Et puys Paradis à la fin.

HUIT. x.

Pouree que foible je me sens ,

Trop plus de biens que de santé ; 75 Tant que je suis en mon plain sens,

Si peu que Dieu nTen a preste ,

Car d'autre ne Tay emprunté ,

Jay ce testament , très estable 7

Faict de dernière voulenté , 80 Seul pour tout, et irrévocable.

mit xi.

Escript lay, l'an soyxante et ung.

Que le bon Roy me délivra

(67) Le grand Charles. Charlemagne.

(68) Conceuz , etc. Paisse son épouse lui donner douze gatçons.

(69) Bons. Tous aussi bons guerriers que le fut Saint-Mai fiai. Saint Martial, à cause de son nom , passoit aux yeux du peuple pour le Dieu des combats.

(70) Ainsi, etc. Que pareille chose arrive au bon Dauphin.

(73) Pour. Par la raison qne je me sens plus dénué d'argent que de santé.

(75) Tant. Tandis que.

(j6)Si peu. Du peu que Dieu m'en a accordé.

(78^ J'ay. Ces derniers vers sont en style de pratique.

( i°9 ) De la dure prison de Mchun , Et que vie me recouvra ; 85 Dont suys, tant que mon cueur vivra, Tenu vers luy me humilier, Ce que feray jusqu'il mourra :

Bien faict ne se doibt oublier.

Icy commence Villon à entrer en matière pleine iC érudition et de bon sçavoir,

HUIT. XII

Or est vray qu'après plaingtz et pleurs,

90 Et angoisscux gémissemens ;

Après tristesses et douleurs ,

Labeurs et griefz cheminemens ;

Travail , mes lubres sentemens

Aguisez rondz comme pelote,

(83) Prison de Mehun. C'est Mehung sur Loire , et non pas Melun, comme l'a cru le P. du Cerceau. (V. not. Mcm., ire part.) Mehan. Monosyllabe.

(84) Vie. Me rendit la vie que j'avois été condamné à perdre.

(85) Dont. A cause de quoi. — Me humilier. Etre reconnoissant et dévoué.

(S7) Jusqu'il. Jusqu'à ce qu'il.

(89) Ce vers, que Marot dit avoir refait, se trouve dans le Mss. C. et dans les anc. éd.

(92) Labeurs. Souffrances et courses qui m'ont été dures.

(g3) Travail, etc. L'adversité par laquelle j'étois travaillé. M'ouvrist. Ouvrit , éclaira. Mes lubres sentemens. Mes pensées sombres et tristes. Aguiseit etc. Qui auparavant n'étoieut pas plus affilées qu'une pelotte. Plus , etc. Elle les ouvrit mieux que n'auroient fait les commentaires. Et Avcrroys , etc. Et Avcrroez sur Aristote. — Averroez , médecin arabe, mort en 1206, est le premier qui ait traduit et commenté Aristote. Ce travail lui valut le surnom de Commentateur.

( no.') g5 M'ouvrist plus que tous les commens, Et Averroys sur Aristote.

HUIT. XIII

Combien , au plus fort de mes maulx, En chevauchant sans croix ne pille, Dieu , qui les Pellerins d'Esmaux ioô Conforta , ce dit l'Evangile , Me monstra une bonne ville Et pourveut du don d'espérance.

Combien que le pécheur soit vile , Riens ne chet que persévérance.

huit. xiv.

io5 Je suys pécheur, je le sçay bien , Pourtant ne veult pas Dieu ma mort ; Mais convertisse , et vive en bien Et tout autre que péché mord.

(97) Combien. Marot explique combien par toutesfois. — En , etc. Et tandis que j'errois, sans argent.

(99) Dieu. Dieu qui consola les disciples d'Emmaus. ( V. Evang. Saint-Luc , chap. 24.)

(toi) Me, etc. Me fit rencontrer une ville, dont les habitans furent sensibles à mes maux.

(102) Et pourveut. Et me permit d'espérer quelque soulagement.

(ioô) Combien. Quelque méprisable que soit le pécheur.

(io4) Riens, etc. Il n'y a que celui qui persévère, qui périsse.

(107) Mais convertisse. Il veut que je me convertisse et que je vive dans le bien. ,

(108) Et tout autre. Tout différent de celui qui est tourmenté par les remords du péché.

Soyc fraye voulcnté, ou ennort ; i ïo Dieu voit, et sa miséricorde , Se conscience me remord, Par sa grâce , pardon m'accorde.

HUIT. xv.

Et comme le noble Romant

De la Rose , dit et confesse , 1 i5 En son premier commencement ,

Qu'on doit jeune cueur , en jeunesse ,

Quant on le voit vieil en vieillesse ,

Excuser : helas ! il dit veoir.

Ceulx donc qui me font telle oppresse , 1 20 En meurté ne me vouldroicnt veoir.

(109) Soye. Que j'aie seulement une bonne volonté, ou un bon mouvement.

(1:0) Dieu voit. Dieu le voit.

(111) Se. Si le remord est dans mon ame.

( ï i3) On lit au commencement du Codicille de Jehan de Mehcung, ces deux vers :

« Bien doit estre excusé jeune cueur en jeunesse , «Quant Dieu luy doint grâce, d'estre meur en vieillesse. »

Qui sont bien certainement ceux qu'a voulu citer le poëte. Marot , dans sa version , fait un contre-sens : car, ainsi qu'on le voit par la citation de Jean de Meun, et comme le portent les anc. éd. et le Mss. C. Villon a voulu dire, non pas qu'il falloit tout passera la jeu* nesse, mais qu<il falloit pardonner à un homme les égaremens de son jeune âge, quand il se conduisoit bien durant sa vieillesse.

(118) II dit veoir. Il dit vrai.

(119) Ceulx donc, etc. Ceux donc qui me traitentsi durement.

(120) Enmeurté. Dans l'âge mur.

( M2 ) HUIT. XVI

Se pour ma mort, le bien publique D'aucune chose vaulsist myeulx, A mourir, comme ung homme inique, Je me jugasse, ainsi maid'Dieux.

1 25 Grief ne faiz à jeune , ne vieulx , Soye sur pied, ou soye en bière.

Les rnontz ne bougent de leurs lieux Pour ung paouvre, n'avant, n'arriére.

HUIT. XVII

Au temps que Alexandre régna ,

i3o Unghom, nommé Diomèdes Devant luy on luy amena Engri lionne , poulces et detz , Comme ung larron ; car il fut des Escumeurs , que voyons courir.

i35 Si fut mys devant ce cadés , Pour estre jugé à mourir.

(121)15*5. Si la société devoit gagner quelque chose à ma mort.

(124) Ainsi m'aid'Dieu. Aussi vrai, comme je désire que Diea me soit en aide.

(i25) Grief, etc. Je ne faiz du mal à personne : soit jeune, soit vieux ; soit vivant , soit mort.

(127) Les montz, etc. Pour un malheureux comme moi, rien ne se dérange dans la nature.

(129) Ce fait est rapporté par Gicéron daus un fragment De Republica , liv. 5e, que nous a conservé Nonius Marcellus. Le nom du pirate n'y est pas ( Not. Formey.)

(102) Engrillonné. Ayant les doigts et les pouces liés

(i7>5) Devant cecades. Devant ce juge. C'est Alexandre.

HUIT. XVIII

L'empereur si l'arraisonna:

Pourquoy es tu larron de mer?

L'autre responce luy donna ; i4o Pourquoy larron me faiz nommer?

Pour ce qu'on me voit , escumer En une petiote fuste ?

Se comme toy me peusse armer, Comme toy Empereur je fusse.

i45 Mais que veux tu? de ma fortune, Contre qui ne puis bonnement , « Qui si durement m'infortune^ Me vient tout ce gouvernement.

Excuse moy aucunement ;

i5o Etsçaches qu'en grand' pauvreté, Ce mot dit on communément, Ne gist pas trop grand' loyaulté.

(i3j) L'empereur. L'empereur lui parla donc ainsi.

(14.1) Pour ce, etc. Par la raison , sans doute , qu'on me voit exercer la piraterie avec un petit vaisseau.

(i43) Je pense qu'il faudroit lire : Je fuslc. La rime le demande , et l'orthographe du temps l'autorise au moins comme licence poétique.

(i45) Mais. Mais que veux-tu que j'y fasse ? Je dois à la fortune , que je ne puis empêcher de me traiter avec autant de dureté, l'impossibilité où je suis de déployer plus de force. (149) Excuse. Excuse-moi cependant.

Quand l'empereur eut remiré,

De Diomèdes tout le dict , 1 55 Ta fortune je te mueray,

Mauvaise en bonne, ce luy dit,

Si fist il : onc puis ne mesprit

Vers personne, mais fut vray homme ;

Valere , pour vray nous l'eseript , 160 Qui fut nommé le grand à Homme.

Se Dieu m'eust donné rencontrer Ung autre piteux Alexandre, Qui m'eust faict en bon cueur entrer : Et lors, qui m'eust veu condescendre i65 À mal , estre ards et mys en cendre , Jugé me fusse de ma voix.

i53) Remiré, etc. Admiré la réponse de, etc.

i55) Je te mueray. Je changerai.

i5j) Oncq , etc. Depuis lors, il ne fit tort à personne ; il fut honnête homme.

(t5g) Valère Maxime n'en parle pas. L'anecdote est, comme nous l'avons dit, dans Nonius Marceilus. ( Voy. plus haut; voy. aussi St. Augustin. Cit. de Dieu, ch. 4 î Quinl-Curce, liv. 7, ch. 8.)

(161) Se Dieu 9 etc. Si Dieu eût permis que je rencontrasse.

(162) Ung. Une personne qui eut tenu , à mon égard, la conduite d'Alexandre vis-à-vis du corsaire. Piteux. Sensible.

(i63) En bon cueur entrer. Fourni le moyen de vivre en honnête homme.

(i 64) Et lors. Alors si quelqu'un m'eût vu l'aire une bassesse.

(i65) Estre. 5e me fusse moi-même condamné a être brûlé et mis en cendres.

( n5 ) Nécessite faict gens mesprendre ; Et fain saillir le loup des boys.

Je plaings le temps de ma jeunesse 170 Au quel j'ay, plus qu'autre, galle,

Jusque à l'entrée de vieillesse;

Car son partement m'a celé.

Il ne s'en est à pied allé,

N'a cheval, las et comment don ?

175 Soudainement s'en est voilé,

Et ne m'a laissé quelque don.

HUIT. XXIII

Allé s'en est , et je demeure Pauvre de sens et de sçavoir, Triste y failly, plus noir que Meure.

180 Je nay ne cens , rente, navoir;

(167) Nécessité. La nécessité porte les hommes à faire le mal.

(168) Saillir. Sortir.

(169) Je plains. Je regrette.

(170) Galle. Fait le libertin, le débauché.

(17a) Car , etc. Car ce temps m'a quitté, sans que je m'en aperçusse.

(173) // ne. Ce temps ne s'est en allé ni à pied , ni , etc.

(174) Las et, etc. Hélas ! et comment donc s'en est-il aile? (176) Et ne. Et il ne m'a rien laissé dont je puise profiter.

(178) Pauvre. Ayant peu d'expérience et peu de savoir.

(179) Triste, etc. accablé de chagrin, découragé et plus noir qu'un Maure.

(180) Je n'ai. Je ne possède ni redevances , ni rentes , ni biens fonds.

( **6 ) Des micas le moindre, je dy voir, De me desadvouer s'avance , Oublyans naturel devoir, Par faulte d'ung peu de chevance.

huit. xxiv.

i85 Si ne crains je avoir despendu , Par friander et par leschier ; Par trop aimer n'ay riens vendu , Que nuls me puissent reprouchier, Au moins leur a esté moult chier :

190 Je le dys, et ne croys mesdire.

Dé ce ne me puis revencher ; Qui n'a rneffait ne le doit dire.

huit. xxv.

Bien est il vray que j'ay aymé Et que aymeroye voulentiers ;

(181) Des , etc. Le dernier de ma famille, ne craint pas de me désavouer. — Je dy voir. Je dis en cela la vérité.

(i83) Oubtians , etc. Ils oublient envers moi ce que la nature prescrit , parce qu'il me manque un peu de fortune.

(186) Par friander. En recherchant les morceaux friands et délicats.

(189) Au moins. Du moins comme lui ayant coûté beaucoup. — Mesdire. Mal dire.

(191) De ce. M. Formey veut qu'on lise : De ce me puis-je revencher. C'est un contre sens. Villon, après avoir dit que ses débauches n'ont fait tort à personne et qu'elles ne lui ont rien coûté, ajoute que cela ne peut les excuser, et que personne n'est obligé de parler du mal qu'il n'a pas fait. (V. Leç. div.)

CiqT) Voulentiers, Par inclination.

( "7 ) ic)5 Mais triste cucur , ventre affamé Qui n'est rassasie au tiers, Me oste des amoureux sentiers , Au fort quelqu'un s'en recompense, Qui est remply sur les chantiers ; •200 Car de la panse vient la danse.

He Dieu ! se j'eusse estudié, Au temps de ma jeunesse folle, Et à bonnes meurs dédié ! J'eusse maison , et couche molle :

2o5 Mais quoy? je fuyoye l'escolc.

Comme faict le mauvays enfant ; En escrivant ceste parolie A peu que le cueur ne me fend.

HUIT. XXVII

Le dict du saige , trop le feiz 210 Favorable, et bien enpuysmais,

(198) Au fort. Au reste quelqu'un s'en dédommage.

(199) Qui est, etc. C'est celui qui prend au magasin , qui n'est pas obligé de chercher sa vie.

(200) Car de la. Car c'est lorsque la panse est pleine , qu'il vient fantaisie de danser.

(2o"5)Et à bonnes, etc. Tût si je m'étois occupé à régler ma conduite.

(207) Ceste parolie. Ces mots.

(208) A peu. Peu s'en faut que mon cœur ne se fende.

(209) Dans ce huitain , Villon paraphrase les 9e et 10e vers, du ch. 11, de l'Ecclésiasle: Lcetare ergô, juvenis, in adolescentiâ iuâ Adolescent la enim et volupias vana sunt. En voici le sens: « J'ai donné trop d'extension , et c'est ma faute, aux paroles du Sage, qui dit :

( n8 ) Qui dit; esjouys toy, mon filz, À ton adolescence ; mes Ailleurs , sers bien d'ung autre meetz : Car jeunesse et adolescence, 2i5 C'est son parler, ne moins ne mais, Ne sont qu'abbus et ignorance.

HUIT. XXVIII

Mes jours s'en sont allez errant Gomme , dit Job , d'une touaille Sont les filetz , quant tisserant 220 Tient en son poing ardente paille ; Car s'il y a un bout qui saille Soudainement il est ravis, Si ne crains plus que rien m'assaille Car à la mort tout assouvys.

225 Où sont les gratieux gallans

Réjouis-toi durant le temps de ta jeunesse ; mais plus tard change de conduite : car jeunesse et adolescence. » (Ce sont ses paroles sans plus et sans moins), ne, etc. (V. Lcç.div.)

(217) Ici Villon paraphrase le verset 6 du ch. 7 de Job. «Dies mei velociùs transierunt quàm à texente tela succiditur et consumptl surit ut là spe. »

Il en a été de mes jours , selon l'expression de Job , comme des fils d'une toile, lorsque le tisserand passe de la paille enflammée pardessous. Alors s'il se trouve quelque bout qui sorte, il est sur le champ consumé. Il n'y a aucune calamité dont j'appréhende le retour: car au moment de la mort toutes les misères sont épuisées. (Y.Leç.d.)

(a25) Où sont. Que sont deveaus les joyeux libertins.

Oue je suyvoye au temps jadis f Si bien chantans , si bien parla ns , Si plaisans en faietz et en dietz ?

Les aucuns sont mortz et roydiz, 23o D'eulx n'est-il plus rien maintenant? Kespit-ils ayent en paradis , Et Dieu saulve le remenant.

huit. xxx.

Et les aucuns sont devenuz ,

Dieu mercy^ grans seigneurs et maisti es ; 2o5 Les autres mendient tous nudz

Et pain ne voyent qu'aux fenestres ;

Les autres sont entrez en cloistres

De Cclestins, et de Chartreux ,

Bottez , housez , com pesebeurs doystres : 240 Voyla Testât divers d'entre eulx.

(226) Que, etc. Du nombre desquels j'étois.

(228) Si plaisans. Qui fesoient et disoient des choses si agréables.

(239) Les aucuns. Plusieurs, etc.

(25i) Respit, etc. Puissent-ils avoir beau jeu en paradis. — Aient. monosyllabe.

(-202) Et , etc. Et que Dieu sauve ceux de leurs amis qui vivent encore. (233) Et les aucuns. Plusieurs.

(254) Dieu, etc. Grâce à Dieu, hommes à fiefs et à vassaux.

(256) Et pain. Et ne voyent d'autre pain que celui qui est étalé chez les boulangers. — Aux fenestres. Aux boutiques.

(237) Et suiv. Les autres , etc. Les autres, au contraire, sont entrés chez les Chartreux et les (lélestins, où ils sont bien chaussés et bien vêtus. Voilà ce qu'ils sont devenus.

(209) Les pêcheurs d'huîtres ne portoient que des houscaux en bon état.

Aux gratis maistres Dieu doint bien faire, Vivans en paix et en recoy.

En eulx il n'y a que refaire ; Si s'en fait bon taire tout coy ; 245 Mais aux pauvres qui n'ont dequoy , Comme moy, Dieu doint patience ; Aux autres ne fauît qui , ne quoy :

Car assez ont pain et pitance.

HUIT. XXXII

Bon vins ont souvent embrochez ; s5o Saulces , brouetz , et gros poissons ; Tartres , flans . œufz fritz et pochez, Perduz , et en toutes laçons.

Pas ne ressemblent les maçons Que servir fault à si grand' peine ;

(a4i) Aux grans , etc. A ceux qui sont seigneurs et maîtres, que Dieu leur accorde la grâce de, etc.

(2/1.2) Vivons , etc. Us vivent en paix et loin du tracas.

(243) En eulx , etc. Je n'ai rien à leur souhaiter.

(244) Si s'en. Il faut donc ne plus en parler.

(?45) Mais, etc. Quant aux malheureux qui, comme moi, n'ont rien à leur service, que Dieu leur accorde la patience.

(247) Aux autres, etc. A ceux qui sont entrés en religion , il ne leur faut souhaiter ni une chose ni uneautre ; car ils ont assez largement du pain et de quoi le manger.

(249) Embrochez, etc. En perce.

(25o) Saulces, etc. Us ont des sauces , des ragoûts, etc.

(254) A si grand peine. Avec tant de fatigue.

( m ) 255 Hz ne veulent nulz eschançons, Car de verser chascun se peine.

HUIT. XXXIII

En cest incident me suys mys, Qui de rien ne sert à mon faict.

Je ne suys juge , ne commis 260 Pour punyr n'absouldre meffaict.

De tous suys le plus imparfaict.

Loué soit le doulx Jésus-Christ, Que par moy leur soit satisfaict , Ce que j'ay escript en escript.

HUIT, xxxiv.

265 Laissons le monstier ou il est : Parlons de chose plus plaisante.

Ceste matière à tous ne plaist :

Ennuyeuse est , et desplaisantc.

Pauvreté , chagrine et dolente ,

(255) Ilzy etc. Ils ne veulent pas que personne les serve.

(256) Car, etc. Chacun d'eux se réserve le soin de se verser à boire. De cette manière, personne ne réglant leur nourriture , ils ont tout à souhait.

(a5-) En cest Incident. J'ai fait cette digression. Cest pour cet. (a58) Qui, etc. Qui est absolument étrangère au sujet que je traite.

(259) Ne commis. Ni lieutenant du juge délégué pour rendre des arrêts.

(261) De tous. De tous les hommes je , etc.

(260) Que par moy. Je veux leur faire des excuses.

(264) Ce que. Au sujet de ce que je viens de meltre dans cet écrit. (266) Plus plaisante. Qui soit plus agréable au lecteur. (269) Dolente. Faisant des plaintes.

( T - 2 ) 270 Tousjaurs despileuscct libelle, Dit quelque parolle cuysante, Scelle n'ose , si Je pense elle.

Pauvre je suys, de ma jeunesse ; De pauvre et de petite extrace.

275 Mon père n'eut onq' grand' richesse , Ne son ayeul nomme Erace.

Pauvreté tous nous suyt et trace.

Sur les tumbeaulx de mes anceslres , Les âmes desquelz Dieu embrasse , 280 On n'y voyt couronnes , ne sceptres.

HUIT, xxxvi.

De pouvreté me guermentant , Souventesfoys me dit le cueur,

(270) Despiteuse et rebelle. De mauvaise humeur et disposée à quereller tout le monde.

(^j.j\)Dit. Dit toujours quelques mots piquans.

(272) S' elle y etc. Si elle n'ose pas les dire, elle n'en pense pas moins.

(273) Pauvre, etc. Ma pauvreté date de mon enfance.

(274) De pauvre. Etant né de parens pauvres et obscurs.

(275) N'eust oncq' N'eut jamais.

(276) Erace. Sans doute pour Hierax. Ce saint fut martyrisé avec St. Justin. (V. dom Ruinart. Act. M.)

(277) Pauvreté. La misère suit pas à pas mes ancêtres et moi; elle ne nous a pas encore quitté.

(279) Dieu embrasse. Dieu reçoive et traite favorablement.

(280) On , etc. On ne voit aucune espèce d'armoiries.

(281) De pouvret è, etc. Souvent lorsque je me plains de ma pauvreté , une voix intérieure me dit.

Homme, ne le rioulousc tant Et ne demaine tel douleur, 285 Se tu n'as tant que Jacques Cueur :

Myeux vault vivre soubz gros bureaux , Pauvre, qu'avoir esté Seigneur, Et pourrir soubz riches tumbeaux. huit, xxxvii.

Qu'avoir esté Seigneur : Que dys ?

290 Seigneur : helas! ne lest il mais. Selon les auctentiques dietz , Son lieu ne congnoistra jamais.

Quant du surplus je m'en desmeetz ,

(283) /Ve te doulouse. Ne t'afflige pas autant.

(284) Et ne ,'etc. Et ne manifeste pas une douleur ai profonde.

(285) Se ta y etc. Parce que tu n'es pas aussi riche que le fut Jacques Cœur. — Jacques Cœur étoit argentier du roi Charles VII , comme ondisoit alors. Sa fortune lui fit des envieux ; accusé d'avoir mal administré les finances du roi son maître, il fut condamné à faire amende honorable et à payer 3oo liv. On ne sait rien de positif sur le reste de sa vie.

(286) Soubz gros bureau. Revêtu d'étoffe grossière, comme les pauvres.

(289) Que dys? Que dis-je.

(290) Lasse , etc. Hélas il ne l'est plus.

(291) Selon, etc. Conformément à ce que disent les Livres Saints.

Il fait à Jaques Cœur l'application du verset vïd'i implum, etc .

QucBsivi eum et non est inventus locus ejus. (Ps. 36.) C'est le verset que

Racine a paraphrasé dans ces vers si connus :

o J'ai vu l'impie élevé sur la terre, «Semblable au cèdre , etc. »

(292) Son lieu. Tu ne sauras jamais où sont ses dépouilles mortelles.

(293) Quant du, etc. Quant au reste, savoir si son âme est dans le ciel ou dans l'enfer, je m'abstiens d'en parler.

Il n'appartient à moy pécheur ; 295 Aux Théologiens le remeclz ; Car c'est office de prescheur.

huit, xxx vin.

Si ne suys , bien le considère, Filz d'ange , portant dyademe De telle , ne d'autre sydère.

3oo Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame, Quant est du corps , il gyst soubz lame. J entends que ma mère mourra ; Et le sçait bien la pauvre femme ; Et le filz pas ne demourra.

HUIT, xxxix.*

3o5 Je congnoys que pauvres et ri-ches, Sages et folz prebstres et laiz , Noble et vilain, larges et chiches,

(aç)4) //» etc. Cela ne me regarde pas.

(296) Car, etc. Car cette question est du ressort de ceux qui prêchent la foi.

(297) Bien le considère. Je ne l'ignore pas.

(298) .FV/z , etc. Fils de prince couronné. Les rois sont les anges de Dieu sur la terre.

(299) De telle. Ni fils d'un astre pareil ou de tout autre. Marot ne comprenant pas le sens de ce vers avoit mis dans sa version. Deesioillc, etc. Telle syderc se rapporte à ange.

(300) Ame rime avec dyadème, qu'il faut, dit Marot, «prononcera » l'antique ou à la parisienne, c'est-à-dire, dyadame. »

(3oi) Gyst soubz lame. Il est dans la tombe, sous la lame de cuivre. (7>02) J'entends, etc. Je comprends que, etc. * Ce huitain n'est pas dans le Manuscrit. (ôqj) Larges et chiches. Prodigues et avares.

Pctiz et grans , et beaulx et laidz , Daines à rebrassez colletz, 3io De quelconque condicion, Portant attours et bourreietz , Mort saisit sans exception.

Et meure Paris ou Hélène , Quiconques meurt, meurt à douleur.

3i5 Celluy qui perd vent , et alaine, Son fiel se crève sur son cueur ; Puys sent, dieu sçait quel sueur, Et n'est qui de ses maulx l'allège ; Car enfans n'a, frère, ne sœur ,

320 Qui lors voulsist estre son pleige.

HUIT. XLI

La mort le faict frémir, pallir, Le nez courber, les veines tendre , Le col enfler, la chair mollir, Joinctes et nerfz croistre et estendré.

(309) Dames à rebrassez. Les dames de la cour portaient alors des collets fort hauts et bien plissés.

(5n) Bourreietz. Coiffure fort élégante en ce temps là.

(5i4) A douleur. Avec douleur.

(3i5) Celluy. Celui qui perd sa respiration.

(3 16) Son fiel. L'amertume se répand sur toutes ses affections.

(317) Puis sent. Il éprouve ensuite.

(32o) Qui tors. Qui en ce moment voulût répondre pour lui. '

(3ai) Frémir. Frissonner.

(3a4) Joinctes, Elle fait enfler et allonger les jointures et les nerf».

( l»fi )

325 Corps féminin qui tant es tendre, Polly, souef, si précieulx.

Te fauldra il ces maulx actendre ?

Guy ; ou tout vif aller es cieulx.

BALLADE I

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