‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 21 sur 98 · CONTINUANT LE PREMIER PROPOS · texte numérisé non relu

CONTINUANT LE PREMIER PROPOS

6a5 Pour ce aymez tant que vous vouldrez, Suyvez assemblée et f estes, En la fin jà mieulx n'en vauldrez, Et si n'y romprez que vos testes :

Folles amours font les gens bestes :

63o Salmon, en Idolatrya ;

Samson en perdit ses lunettes; Bien heureux est qui rien n'y a*

lï.

Orpheus, le doux menestrier, Jouant de flustes et musettes,

635 En fut en dangier du meurtrier , Le chien Cerberus à troys testes ;

* Triple ballade. Niv. Bo. Gd. et Ver. (625) Pour ce, etc. Aimez donc tant, etc.

(627) En la fin. Et après cela vous n'en voudrez pas davantage.

(628) Et sy. Et vous n'y perdrez que la raison. (63i) Ses lunettes. Ses yeux.

(632) Qui rien n'y a. Celui qui est entièrement libre d'amour.*

(633) Le cloulx menestrier , etc. Musicien habile. C'est l.a première fois que j'entends parler de la flûte et de la musette d'Orphée. La mythologie comme l'histoire sont assez maltraitées dans les poésie s de Villon.

(635) En danger» Signifie au pouvoir, à la disposition.

( tfl )

Et Narcissus le bel honnestes; En ung profond puys so noya Pour l'amour de ses amourclles ; t»4o Bien heureux est qui rien n'y a.

ni.

Sardana le preux Chevalier, Qui conquist le règne de Crêtes, En voult devenir moulicr Et filer entre pucelletes ; 645 David ly Roy, saige Prophètes, Craincte de Dieu en oublya, Voyant laver cuisses bien faictes :

Bien heureux est qui rien n'y a.

Ammon en voulst deshonnorer,

(657) Bel honnestes. Beau de figure et de bonne naissance. L'histoire de Narcisse est connue.

(639) Pour l'amour, etc. Etant amoureux de sa propre personne.

{6^.1) Sardana. M. le Duchat pense que c'est Sardanapale, à qui Villon attribue faussement la conquête du royaume de Crète. C'est aussi l'avis de Ménage (Not. Mss. sur une éd. de Galiot-Dupré.) J'aimerois autant croire qu'il a voulu parler du fameux Saladin dont il défigure le nom, et à qui il attribue la conquête de Crète et la mollesse efféminée de Sardanapale.

(642) Le règne. Le royaume.

(643) En voult. Epris d'amour pour les femmes, il voulut s'assimiler à elles. J'ai mis en au lien de et , qui est une fautet

(645) David devint amoureux de la femme d'Une , en la voyant prendre un bain.

(649) Amnon, fils de David, épris d'amour pour sa sœur Thamar, feignit d'être malade, et demanda à son père que sa sœur vint lui préparer elle-même de petites pâtisseries : ce qui lui fut accordé. Lorsqu'il se trouva seul avec elle, il la déshonora.

( tf« ) 65o Feignant de manger tartelettes, Sa sœur Thamar, et déflorer :

Qui fut incestes deshonnestes ; Herodes , pas ne sont sornett es, Sainct Jehan Baptiste en décolla ; 655 Pour dances , saultzet chansonnettes; Bien heureux est qui rien n'y a.

De moy pauvre jeveuil parler , J'en fuz batu comme à ru telles ; Tout nud, jà ne le quiers celer.

660 Qui me feit mascher ces groiselles , Fors Katherine de Vauselles?

Noè le tiers est qui fut là.

Mitaines à ces nopces telles :

Bien heureux est qui rien n'y a.

665 Mais que ce jeune Bachelier

(653) Hérodes fit décoller saint Jean-Baptiste sur la demande d'Hérodiade , dont la danse lui avoit plu.

(658) J'en fuz , etc. A cause de mes amours je fus battu comme la toile au ruisseau.

(65())Jàne. Je ne cherche plus à le cacher.

(660) Qui, etc. A qui ai-je dû ce mauvais traitement.

(661) Fors. Si ce n'est à.

(662) Noè le tiers est. Noë, quiétoit là troisième, en fut témoin. (665) Mitaines, etc. Retirons-nous de ces noces-là. Quand une noce

bourgeoise se sépâroit , les conviés mettoient leurs mitaines et se frappoient en disant odes noces vous souviengne. » ( Le Duchat , note prise de Rabelais. )

(665) Ce jeune bachelier. Ce jeune homme.

( >55 ) Laissast ces jeunes Bacheletles ; Non , et le deust on vif bruslcr Comme ung chevaucheur déscovettes.

Plus doulces luy sont que civettes ; 670 Mais toutesfoys fol s'y fia ;

Soient blanches , soient bruncltes , Bien heureux est qui rien n'y a.

Si celle que jadis servoye

De si bon cueur et loyaument, 675 Dont tant de maulx et griefz j'avoye ,

Et souffroye tant de torment ,

Se dit m'eust au commencement

Sa voulenté , mais nenny , las !

J'eusse mys peine, seurement, 680 De moy retraire de ses las.

(666) Laissast. Cessa de fréquenter ces jeunes filles.

(667) Non. 11 n'en fera rien ; dût-on , etc.

(66S) Comme. Le peuple croyoit que les sorciers se rendoient au sabbat sur un manche à balai.

(669) Plus doulces , etc. Elles sont pour lui plus agréables que les parfums les plus délicats.

(670) Mais, etc. Cependant bien fou est celui qui, etc.

(673) Vers que Marot dit avoir refait, et qu'on trouve dans \eMss. C. et les anc. èdit.

(67 5) Dont tant, etc. Et qui me faisoit endurer.

(678) Mais m'enny las ! Mais elle ne me le disoit pas.

(679) J'eusse^ etc. Je me 6erois occupé certainement à me tirer de ses filets.

HUIT. LVI

Quoy que jeluy voulsisse dire Elle estoit preste d'escouter , Sans m'accorder ne contredire.

Qui plus est , souffroit m'acouter , ^ 685 Joignant elle , près s'accouter ; Et ainsi m'alloit amusant, Et me souffroit tout racompter , Mais ce n' estoit qu'en m abusant.

HUIT. LVII

Abusé m'a , et faict entendre , 6go Toujours d'ung que cefust ungaultre;

De farine, que ce fust cendre ;

D'ung mortier, ung chapeau de feautre ;

De viel mâchefer , que fust peaultre ;

D'ambesas, que ce fussent ternes.

695 Tousjours trompeur aultruy engeaultre ,

Et rend vessies pour lanternes.

(684) Qui plus, etc. Bien plus elle me permettent de m'asseoir à côté d'elle , dispesée de son côté à s'asseoir auprès de moi.

(687) Et mt souffroit. Elle me permettoit de tout dire.

(688) MaiSf etc. Mais ce n'étoit que pour mieux me tromper ?

(689) Abusé m'a. Elle m'a trompé.

(692) Mortier. Bonnet, chapeau en drap.

(690) Peaultre. Etain fin. C'étoit aussi une espèce de fard (Le Duchat, Note). M.Lorrière avoit cru que peaultre étoit là pour poultre ou poutre^ jeune jument. Ce qui, avec Mâchefer, ne présente aucun sens.

(695) Engeaultre. Trompe, séduit par ses discours.

(696) Et rend. Et fait passer des vessies pour des lanternes.

HUIT. LVII1

Du ciel , une poillc d'arain ; Des nues , une peau de veau ; Du matin , qu'estoit le serain ; 700 D'un trongnon de chou, ung naveau : D'orbe cervoisc , vin nouveau ; D'une tour , ung molin à vent :

Et d'une hait , ung escheveau ; D'un gras Abbé , ung poursuyvant.

7o5 Ainsi m'ont amours abusé , Et pourmené de Fuys au pesle.

Je croy qu'homme n'est si rusé , Fust fin comme argent de crepellc, Qui n'y laissast linge et drapelle ;

710 Mais qu'il fust ainsi manyé

(697) Une poille. Une tenture , un poêle.

(698) Des nues. Que les nuages étoient des outres pleines d'eau.

(699) Du matin. Que le matin était le soir.

(701) Orde cervoise. Mauvaise, dégoûtante cervoise.

(~o3) Et d'une hart. Qu'une corde étoit un écheveau de fil.

(704) Poursuivant est ici un coureur de bénéfices , métier a qui n'engraisse pas. » (Not. de Formey.) — M. Formey est dans l'erreur, le poursuivant étoit un homme d'armes, un aspirant à la chevalerie. C'est en quoi consiste l'oppositiou dans ce vers.

(706) De l'uys au pesle. « De la porte au poile, et du poile à la porte, » sans, souffrir que je me gèle, ni que je me réchauffe. »

(Not. de Le Duchat.)

(708) Fust fin. Fut-il aussi fin qu'argent de coupelle, argent épuré.

(709) Qui n'y. Qu'il ne laissât dans ses amours son linge et le dernier de ses habits.

(710) Mais qu'il. Pourvu qu'4 fût travaillé comme, etc.

( i56) Comme moy , qui par tout m'appelle L'amant remys et renyé.

Je renye Amours et despite ,

Je deffie à feu et à sang.

7 15 Mort par elles me précipite ,

Et ne leur en chault pas d'ung blanc.

Ma vielle ay mys soubz le banc ;

Amans je ne suyvray jamais ;

Se jadis je fuz de leur ranc , 720 Je déclaire que n'en suys mais.

Car j'ay mys le plumail au vent , Or le suyve qui a attente 5 De ce me tays dorénavant ;

(712) Remys et rcnyé. Congédié et délaissé.

(710) Je renye, etc. Je renonce à l'amour, je le provoque et je veux le combattre à outrance.

(715) Mort par. Il est cause que la mort abrège mes jours.

(716) Et ne leur , etc. Et il ne s'en inquiète pas. Le blanc étoit une monnoie de peu de valeur.

(717) Ma vielle. J'ai déposé ma vielle sous le banc , parce que je ne veux plus en jouer.

(718) Ne suyvray. Je ne veux plus être de la confrérie des amans.

(720) N'en suys mais. Je n'en suis plus.

(721) Carj'ay. J'ai dépouillé l'uniforme, jeté le panache amoureux.

(jï'j) Qui a attente. Qui en attend quelque satisfaction. (723) De ce. Désormais je ne parlerai plus de ces choses là.

( '5- ) Car poursuyvrc vucil mon entente.

~irô Et saucun m'interrogue ou tente Comment d'amours j'ose mesdire > Ceste parollc les contente , Qui meurt , à ses loix de tout dire.

Je cognoys approcher ma soef, y3o Je crache, blanc comme cotton,

Jacobins aussi gros qu'ung œf.

Qu'est ce à dire ? quoy ? Jehanneton

Plus ne me tiens pour valeton ;

Mais pour ung vieil usé roquart.

735 De vieil, porte voix et le ton ,

Et ne suys q'ung jeune coquart. N

Dieu mercy et Jaques Thibault ,

(724) Car, etc. Car je veux poursuivre mon dessein. J'ai corrigé attente, qui est évidemment une faute du copiste.

(725) Et s'aucun, etc. Et si quelqu'un désire savoir.

(728) Qui meurt. Celui qui va mourir a le droit de tout dire.

(729) Je cognoys. Je sens que le moment où j'aurai besoin de boire arrive.

(701) Jacobins. Flocons de glaire.

(733) Plus ne, etc. Ne me considère plus comme un jeune homme vigoureux.

(734) Mais, etc. Mais comme un vieillard usé.

(735) De viel. Et de fait j'ai la voix et le ton faible d'un vieillard. (766) Et ne suys. Et cependant je ne suis qu'un jeune galant. (737) «Jacques Thibault. » (V.Mèm., 1" part., n° t4.)

( i58 ) Qui tant d'eau froide m'a faict boyre En ung bas lieu , non pas en hault , 7/jo Manger d'angoisse mainte poire , Enferré : qu'en j'en ay mémoire , Je pry pour luy. . . et reliqua :

Que Dieu luy doint. . . et voire , voire , Ce que je pense... et cetera.

745 Toutesfoys je n'y pense mal, Pour luy et pour son lieutenant ; Aussi pour son officiai , Qui est plaisant et advenant, Que faire n'ay du remenant ;

75o Mais du petit maistre Robert ?

Je les ayme tout d'ung tenant ; Ainsi que faict Dieu le Lombart.

(739) En ung bas lieu. Dans une basse fosse. Les cachots où l'on mettoit les grands criminels étoient creusés en terre comme les caves.

(741) Enferré. Chargé de fers.

(743) Voire, voire. Oui , oui : c'est le vœu de mon cœur.

(748) Qui est plaisant. Qui est si aimable et si gracieux.

(749) Que faire , etc. Qu'il est inutile de dire ses autres qualités. Ironie.

(750) Mais, etc. Mais du petit maître Robert, qu'en pensez-vous ?

(7 5 1) Tout a" ung tenant. Je les aime tous, sans exception, aussi tendrement que Dieu aime les usuriers. — Plusieurs banquiers juifs d'origine, lombards de nation, vinrent s'établir à Paris, dans la rue qui porte leur nom. Comme ils prêtoient à gros intérêts , le peuple donna le nom de lombards aux usuriers et prêteurs sur gages. ( V. Brice, Descr. de Paris, 1. 1, p.5i3.)

Si me souvient bien, Dieu mereys, Que je feis, à mon parlement,

755 Certains lays, l'an cinquante six,

Qu'aucuns, sans mon consentement , Voulurent nommer testament ; Leur plaisir fut, et non le myen :

Mais quoy ? on dit communément,

760 Qu'un chascun n'est maistre du sien.

Ets'ainsi estoit, qu'on n'eust pas Receu les lays que je commande, J'ordonne que , après mon trespas, A mes hoirs on face demande.

765 Et qui sont ilz ? si le demande : Moreau, Provins, Robin, Turgis

(-54) A mon parlement. A mon départ de Paris.

(75 5 ) Certains lays. Quelques legs. ( V, P. T. , h. 1 «t 8.)

(j5()) Mais quoy ? Mais qu'y a-t-il de surprenant.

(762) Les lays, etc. Les legs que je fais.

(764) A mes hoirs. Qu'on les réclame de mes héritiers.

(765) Si le demande. Puisque vous désirez les connoître. — J'ai ajouté et a ce vers tiré du Mss. C.( V. Leç. div.)

(766) Moreau, Provins, etc. Je vous dirai que Moreavi , etc., par disposition testamentaire , que je leur communique, ont eu jusqu'au lit où je couche. Il couchoit par terre.

MM. Le Duchat et Formey ont pris ces quatre légataires pour des cabaretiers. C'est inadvertance de leur part. (V. h. 8S et 90.)

( i6o ) Demoy, dictez que je leur mande, Ont eu jusqu'au lict ou je gys.

HUIT. LXVII

Pour le révoquer ne le dy, 770 Et y courust toute ma terre,

De pitié ne suys refroidy,

Envers le bastard de la Barre ;

Parmy ses troys gluyons de farre,

Je luy donne mes vieilles nattes, 775 Bonnes seront pour tenir serre,

Et soy soustenir sur ses pattes.

HUIT. LXVIII

Somme, plus ne diray q'ung mot ; Car commencer vueil à tester.

Devant mon clerc Fremin, qui m'ot, 780 S'il ne dort, je vueil protester, Que n'entends homme détester, En ceste présente ordonnance;

W>— — ■^M— ■ — ■■■—■ ■! — I II. —11.— |.||M.II„ I M! M.l ■ m I ■■ Il I I ■

(769) Pour, etc. Ce n'est pas pour révoquer les legs que je lui ai déjà faits que je nomme ici le bastard de la Barre.

(773) Parmy. Avec les trois poignées de paille qu'il a déjà reçues, je lui donne, etc. — Autrefois on fesoit des pantoufles en paille tressée : on les appeloit nattes.

(775) Tenir serre. A couvrir ses ongles, ses pieds.

(776) Et soy. Et l'aider à se tenir debout.

(777) Somme. Bref je ne dirai plus.

(779) Qui m'ot. Qui m'entend.

(780) Je vueil protester. Je veux déclarer.

(781) Que n'entends. Que mon dessein est de ne, etc. (783) En. Dans le présent testament.

( 161 ) Et ne la vueil manifester, Si non au Royaulme de France.

^85 Je sens mon cueur qui s'affoiblist Et plus je ne puys papier: Fremin, siez toy près de mon lict ; Que l'on ne me viegne espier.

Prens tost encre, plume et papier ;

790 Ce que nomme, escryz vistement, Puys fais le par tout copier, Et vecy le commancenient.

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