‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 27 sur 98 · ET ORAISON · texte numérisé non relu

ET ORAISON

Père Noé , qui plantastes la vigne ; Vous aussi Loth, qui bustes au rocher , Par tel party, qu'amour qui gens engingne.

(1200) Patard. Dans le midi cette monnoie, appelée patac ou patas , avoit, je crois, la valeur d'un denier. M. Foriney a cru que Villon parloit ici d'une monnoie allemande.

(ia3i) A cestc. A présent il m'en souvient.

(1232) Quant. Pour avoir travaillé à ma défense, lorsque Denise m'appela devant les tribunaux.

(1 234) Pour son. Afin de m'acquitter envers lui, j'ai composé cette prière, où je demande à Dieu qu'il mette son âme en paradis.

* Oraison en forme de ballade gd. et Bo.

(1237) Loth, après la destruction de Sodome, se retira dans une caverne , où ses deux filles l'enivrèrent et conçurent de lui durant son ivresse.

(ia38) Engingne. (Marot, déçoit). Trouble le sens et la raison. Ce crbe est ici synonyme d'ensorceler.

( i*5 ) De vos filles si nous feit approcher ; 12/jO Pas ne le dy pour le vous reprocher; A relut ri clin qui bien secustes ccsl art ; Tous trois vous pris , qu'o vous veuillez

percher ; L'ame du bon , feu maistre Jehan (Motard.

Jadis extraict il fut de vostre ligne , 1245 Luv qui beuvoit du meilleur et plus cher*. Et ne deust-il avoir vaillant qu'ung pigne. Certes , sur tous , c'estoit ung bon archer ; On ne luy sceut pot des mains arracher. De bien boire ne fut oneques fa i tard,

(1241) Archilriclin. Maître buveur, dit une note des Annales poétiques. C'est une erreur. Villon parle de ce maître d'hôtel qui , aux noces de Cana,fit observer qu'il convenoit de servir le bon vin le premier, etc. — Il est désigné dans l'Evangile par le nom c!e sa charge; Architriclinus.

(1242) O vous. Auprès de vous veuillez placer.

(i245) Du bon. Du célèbre.

(1244) Jadis. S'il eût vécu de votre temps, on l'eût pris pour votre enfant.

(1246) Et ne. Et cela quand même il auroit dû se réduire à n'avoir, pour toute fortune , qu'un peigne de bois.

(12^7) Bon archer. « Ann. poétiq. et M. le Duchatfon biberon. » C'est encore une erreur, bon archer signifie, qu'il ne laissoit pas facilement échapper sa prise.

(12/19) Faitard. Négligent, paresseux.

( 196 ) i25o Nobles seigneurs, ne souffrez empescher L'aine du bon feu maistre Jehan Gotard.

Comme homme embeu , qui chancelle et trépigne , L'ay veu souvent , quand il s'alloit coucher ; Et une foys il se feit une bigne , 1255 Bien m'en souvient, à Testai d'ung boucher.

Brief on n'eust sçeu en ce monde cercher Meilleur pion, pour boire tost et tard; Faictes l'entrer, se vous l'oyez hucher, L'ame du bon , feu maistre Jehan Gotard.

ENVOI

1260 Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher"; Toujours crioyt, haro , la gorge m'ardj

(ia5o) Ne souffrez empescher. Ne permettez pas que l'âme du bon Cotard soit retenue hors du paradis.

(1252) Comme. Semblable à un homme plein de vin, qui chancelle et marche eu trépignant.

(i254) Bigne. Tumeur au front provenant d'un coup. (1256) Pion. « Laurière. Potaior, buveur. » (i258) L'oyez hucher. Si vous l'entendez frapper à la porte. (1260) // n'eut sceu. Il ne lui étoit pas possible de , etc.

(1361) Toujours. Ce vers a été mis par La Fontaine Jans la fable du Paysan et du Seigneur. Ce qui peut avoir donné lieu de dire qu'il avoit mis souvent notre poète à contribution.

( >97 ) Et si no sceut oncq' sa soif es tan cher , L'amc du bon, feu maistre Jehan Cotai d.

HUIT. CXYI.

Item vueil que le jeune Merle, 1265 Désormais gouverne mon change; Car de changer envys me meslc :

Pourveu que tousjours baille en change, Soit à prive , soit à estrange , Pour trois escus , six Brettes targes; 1270 Pour deux Angelotz , ung grand ange : Amoureux doivent estre larges.

huit. cxvn.

Item j'ay sceu, à ce voyage, Que mes trois povres orphelins , Sont creux et deviennent en aage , 1275 Et n'ont pas testes de bellins ;

(12G5) Mon change. Ma banque.

(1266) Car. Car je m'en occupe malgré moi.

(i268)5oif à privé, etc. Soit à mes amis, soit aux étrangers.

(1269) M* Laurière a cru qu'il s'agissoit ici d'armures, et i! a traduit brettes targes par boucliers bretons. — La targe étoit unemonnoiç d'argent, valant un demi-écu. L'angelot et l'ange étoientdes monnoies d'or. Deux angelots valoient un grand ange.

Villon veut que le jeune Merle agisse consciencieusement , ce qui n'étoit , sans doute , pas dans ses habitudes.

(1271) amoureux. Les amoureux doivent Être désintéressés. Cette réflexion tombe sur Villon,

(1272) A ce. Durant ce voyage. (V. P. T. h. 25 et 26.) (127.S) Testes de Bellins. Têtes de mouton.

( '9§ ) Et qu'enfans d'icy à Salins N'a , rnieulx joiïans leur tour d'escolle ; Or 5 par l'ordre des Mathelinsr Telle jeunesse n'est pas folle.

huit, cxvm,

1280 Si vueil qu'ilz voysent à Festude ;

Ou? chez maistre Pierre Richer.

Le Donnait est pour eulx trop rude ,

Jà ne les y vueil empescher.

Hz sçauront je l'ayme plus cher, 1285 Ave salus , iibi decus,

Sans plus grandes lettres chercher :

Tousjours n'ont pas clercs le dessus.

huit. cxix.

Cecy estudient , et puis ho !

Plus procéder je leur deffens.

(1277) N'a mieulx. Ne fait mieux son tour d'écolier, ses fredaines.

(1278) Or. J'en jure par la confrérie de Saint-Mathurin. Les sots ou comédiens étoient appelés confrères de Saint-Mathurin.

(1280) Si vueil. Je veux qu'ils aillent à l'école.

(1282) Le donnait. "Le donnât, ou le donnet étoit une espèce de rudiment. « Le donnet de noblesse » n'est point comme le dit M. le Bûchât un traité de grammaire (V. J. pi.)

(1280) Ja ne les. Je ne veux pas qu'ils s'en occupent.

(1284) Je l'aime plus cher. Je le préfère.

(1286) Ave salus. Prière du temps.

(1286) Sans. Sans ambitionner de plus hautes connoissances.

(1287) Tousjours. Les étudians ne se distinguent pas toujours.. (12S8) Cccv. Ils étudieront donc ceci et puis halte-là.

( J99 ) 1290 Quant d'entendre le grand Credo , Trop fort il est pour telz enfans.

Mon long tabard en deux je fendz , Si vueil que la moictié s'en vende Pour leur en achepter des flans ; i 295 Car jeunesse est ung peu friande.

huit. cxx.

Et veuil qu'ilz soyent enformez

En meurs , quoy que couste bature, Chapperons auront enfoncez, Et les poulces soubz la ceincture ; i3oo Humbles à toute créature ;

Disans ; hen? quoy? il n'en est rten.

Si diront gens , par adventure, Yoycy enfans de lieu de bien.

huit. cxxi.

Item à mes p ouvres cierge ons , i3o5 Auxquelz mes titres resignay,

(1294) Flans» Œufs au lait et au sucre.

(1296) Enformez-en meurs. Qu'ils reçoivent une bonne éducation , quoiqu'il en coûte.

(1298) Chapperons. Les hommes étoient alors coiffés d'un chaperon.

(i3oo) Humbles. lisseront respectueux envers tout le monde.

(1001) Disans. Repondant quand on leur parlera.

(iôo2)Si diront. Ceux qui auront occasion de les eutendre diront, etc , (Ce huit., de môme que les deux qui le précèdent, sont ironiques.)

Beauîx enfans et droictz comme joncz,

Les voyans m'en dessaisinay,

Et sans recevoir assignay ,

Seur comme qui Fauroit en paulme, t3io A ung certain jour consigné,

Sur l'hostel de Guesdry Guillaume. huit. cxxn.

Quoy que jeunes et esbatans

Soyent, en rien ne me desplaist ;

Dedans vingt , trente , ou quarante ans , 1 3 1 5 Bien autres seront , se Dieu plaist.

Il faict mal , qui ne leur complaist ;

Car ce sont beaux cnfans et gents ;

Et qui les bat, ne fiert, fol est;

Car enfans si deviennent gens.

i32o Les bourses des dix-et-huict clercs Auront, je m'y vueil employer.

(1009) Seur. Aussi assuié pour eux, comme s'ils l'avoient dans les mains.

(1010) Â ung. Pour prendre à terme fixe. (V. P. T. h. 27 et 28.) (i3i2) Esbalans. Étourdis.

(i3i6) Il faict. Celui qui les contrarie fait mal.

(1018) Ne fierté ou les frappe.

(1019} Car. Car les enfans deviennent hommes à leur tour et peuvent prendre leur revanche.

(1020) Le collège des 18, où l'on recevoit des étudians trop pauvres pour pourvoir à leurs besoins , étoit proche du parvis de Notre-Dame, devant la porte de l'Hôtel-Dieu de Taris.

Pas ilz ne dorment comme loirs, Qui trois mois sont sans rcsvcillcr- Au fort, triste est le sommeiller,

i325 Qui faict aiser jeune en jeunesse , Tant qu'en fin luy faille veiller Quant reposer deust en vieillesse.

huit, cxxiv.

Si en escript au collateur , Lettres semblables et pareilles:

i33o Or prient pour leur bienfaicteur, Ou qu'on leur tire les oreilles.

Aucunes gens ont grand' merveilles, Que tant suis enclin à ces deux :

Mais, foy que doy, festes et veilles

i335 Oncques ne vey les mères d'eulx.

huit. cxxv.

Item , et à Michault Culdoue, Et à sire Chariot Taranne , Cent solz, s'il demandent prins oue,

(i5a4) Au fort. Au fait.

(iÔ25) Qui faict. Qui fait les délices du jeune homme.

(i3î6) Tant. Jusqu'à ce qu'enfin il est obligé de veiller durant sa vieillesse, âge où il devroit naturellement se reposer.

(i5a8) Au collateur. A celui qui donne ces bourses.

(i354) Foy que doy. Sur ma foi, je, etc. — Les anciennes lois disciplinaires de l'Église défendoient l'usage du mariage, les veilles ou vigiles et les jours solennels.

(i 338) Prins oue. Pris ou (la commune de Paris ne dit ni ou , ai qui; mais oue et quie. Not. de Marot.)

Ne leur chaille , il viendront de manne ; i34o Et unes bottes de basanne ,

Autant empeigne , que semelle ; Pourveu qu'ils ne salueront Jehanne Et autant ung autre comme elle.

huit, cxxvi.

Item au seigneur de Grigny , i345 Auquel jadis laissay Yiccstre , Je donne la tour de Billy :

Pourveu , s'huys y a , ne fenestre Qui ne soit debout, ne en estre, Qu'il mette très bien tout appoinct :

i35o Face argent à dextre, à senestre , Il m'en fault, et il n'en a point.

huit, cxxvn.

Item à Thibault de la Garde :

Thibault? je mentz , il a nom Jehan ; Que luy donray-je , que ne perde?

i355 Assez ay perdu tout cest an.

(1009) Ne leur, etc. Qu'ils ne s'en inquiètent pas, ils viendront du ciel comme la manne.

(i34o) Et unes. Et une paire de bottes de , etc.

(i343) Et autant. Ni les autres filles. (V. h. 81.)

(1 548) Qui ne, etc. Qui soit renversée , en mauvais état, ou qui ait cessé d'exister.

(1349) Appoinct. En point; en état. — (V. P. T. li. 19.)

(i554) Marot le Parisien dit par de et non perde.

Dieu le vueillc pouvoir, arna/i,...

Le barillet? parmamc, voyre !

Gencvoys est plus ancien, Et a plus grant nez pour y boyre.

i36o Item je donne à Basanyer Notaire et greffier criminel , De giroffle plain ung panyer , Prins chez maistre Jehan de Ruel.

Tant à M autainct ; tant à Rosnel ;

i365 Et avec ce don de giroffle ,

Servir , de cucur gent et ysnel ,

Le seigneur qui sert saînet Cristofle ,

huit, cxxix.

Auquel ceste ballade donne , Pour sa dame , qui tous biens a.

1370 S'amour ainsi ne nous guerdonne , Je ne m'esbahys de cela ; Car au pas , conquesté celle a

(i35j) Le barillet. Vous pourriez lui donner votre barillet? par mon âme (jurement) , vraiment !

(i559) Grant nez. Est ici par antiphrase. Ce sont les nez écrasés qui boivent plus commodément au barillet. (V. h. 167.)

(i565) Tant à. J'en donne autant à, etc.

(i566) Servir. Le soin de servir avec plaisir et dévouement.

(1367) Le seigneur. M. le Formeyprend ce seigneur pour une dame.

(IJ70) Se amour. Si l'amour ne nous traite pas aussi favorablement.

(1^72) Car. Car elle a conquis celle-là au pas d'armes que tint , cle

( ao4 ) Que tint Régnier roy de Cecille, Ou si bien fist , et peu parla , 1375 Qu'oncques Hector feit, ne Troile.

BALLADE IX

QUE VILLON DONNA A UNG GENTILHOMME NOU- VELLEMENT MARIÉ , POUR L'ENVOYER A SON ESPOUSE PAR LUY CONQUISE A l'eSPEE.

Aupoinctdujour, queFespreviersebat, Non pas de deuil , mais par noble cous-

tume ; Bruyt il demaine , et de joye s'esbat , Reçoit son pat et se joint à la plume : i38o Ainsi vous vueil, à ce, désir m'alume

Joyeusement, ce qu'auxamansbonsemble;

(1570) René, duc d'Anjou , roi de Sicile, mort en 1480. (i374) Ou. Où il se conduisit aussi bien et parla moins, etc. — Ciitique spirituelle et sensée de l'Iliade. (13/6) Se bat. S'agite.

(1377) Non pas de clueil. Non par tristesse.

(1378) Bruyt. Il fait du bruit et se réjouit.

(1579) Reçoit. Reçoit sa nourriture et prend au leurre. J'ai corrigé par et per, qui m'ont paru être des fautes de copiste. (V.Lec.div.)

(i38o) Ainsi. C'est avec la même ardeur que, etc.

Sachez qu'amour l'escript eu son volume; Et c'est 'a fin pourquoy sommes ensemble.

Dame serez de mon cueur , sans débat , i385 Entièrement, jusquesmort me consume. Laurier soiïef , pour mon droit se combat, O rosier franc, contre toute amertume.

Raison ne veult que je ddsacoustume, Et en ce vueil, avec elle m'assemble 1390 De vous servir, mais que m'y accoustume ; Et c'est la lin pourquoy sommes ensemble, m.

Et qui plus est , quand dueil sur moy s'embat , Par fortune qni souvent si se fume , Yostre doulx œil sa malice rabat 1395 Ne plus, ne moins, que le vent faict la fume.

Si ne perds pas la graine que je sume

(i386) Laurier, etc. Vous êtes le prix d'une victoire; comme vous êtes belle et chaste, sous ce double rapport, je ne puis goûter avec vous que des douceurs, Je vous servirai fidèlement. La raison le veut et mon cœur y consent. — Mais que. Pourvu que, etc.

(1392) Dueil sur, etc. Lorsque la tristesse m'accable.

(\7>Q)b) Se fume. Se gâte.

(1094) Rostre, etc. Votre doux regard abaisse. Adoucit son aigreur, comme le vent abaisse la fumée.

(1396) Que je sume. Que je sème.

En vostrc champ, car le fruict me ressemble.

Dieu m'ordonne que lefouysse et fume; Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

ENVOI

i4oo Princesse oyez ce que cy vous résume, Que le rnien cueur du vostre désassemble ? Jà ne sera , tant de vous en présume ; Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

huit. cxxx.

Item à sire Jehan Perdryer ;

i4o5 Riens , n'a Françoys son second frère. Si m'ont ilz voulu aydier , Et de leurs biens faire confrère , Combien que , Françoys mon compère ; Langues cuysans, flambans et rouges,

14.10 Sans commandement, sans prière , Me recommanda fort à Bourges.

(1398) Que le. Que je le cultive et que je lui donne des engrais.

(î^oi) Que , etc. Il n'arrivera jamais que mon cœur se sépare du vôtre; je présume que le vôtre, etc.

(i4o5) Riens. Je ne lui donne rien , ni à , etc.

(i4o6) Si, etc. Ils ont voulu me faire partager leur bonne fortune.

(14.08) Combien. Quoique François soit.

(i4°9) Langues. Cette langue.

(i4n) On comprend de quelle espèce de recommandation parle le poëte.

huit, cxxxi.

Si aille vcoir en Taillevent, Ou chapitre de fricassure, Tout au long derrière et devant , i//.i5 Lequel n'en parle jus ne sure.

MaisMacquaire, je vous asseure, A tout le poil cuysant ung dyablc, Aftin que sentist bon Farsure, Ce recipe m'escript, sans fable.

BALLADE X

1420 En réagal , en arcenic rocher ;

En orpigment, cnsalpestre; et chaulxvive;

(i4ia) M. le Duchat pense que le TaUlevent étoit la cuisinière bourgeoise de ce temps-là. Pour moi,j'avoue que c'est le huitain où j'ai le moins compris.

Qu'il aille chercher le sens que je lui donne dans Taillevent, au chapitre de fricassure , qu'il lira tout au long , la page de devant comme celle de derrière.

(i4-i5) Jus no sure. (Soubz, ne sus) Marot.

(i4i6) Mais. Mais je vous assure que Macaire faisant rôtir le diable

sans l'écorcher,afin que l'odeur en soit meilleure m'a adressé les vers

t suivans.

(1420) Il faut prendre le dernier vers du dizain et lire comme s'il

y avoit ; que les langues venimeuses soient frites en réagal , etc. —Le

réagal, l'arsenic et l'orpiment sont de» poisons.

En plomb boillant, pour mieulx les es-

morcher; En suif, et poix destrampez de lessive Faicte d'estroncts, et de pissat de Juifve; i4^5 En lavaiile de jambes à Méseaulx ;

En raclure de piedz et vieuîx houseaulx ; En sang d'aspic, tels drogues périlleuses; En fiel de loups, de regnards, et bléreaux ; Soient frittes ces langues venimeuses.

i43o En cervelle de chat qui hayt pescher ,

Noir, et si vieil, qu'il n'ait dent en gencive ;

D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher,

Tout enrage' en sa bave et salive ;

En Fescume d'une mulle poussive , i435 Dctrenche'c menu à bons ciseaulx ;

(1422) Esmorchcr; (M. Formey. Tourmenter,maltraiter) c'est: purifier, nettoyer.

(i424) Eslronct. Excrément. Les Juives en ce temps-là étoient d'une malpropreté dégoûtante.

(i4a5) En lavaiile. Dans l'eau qui a servi à laver les jambes d'un lépreux.

(1427) Te/c drogues. Et autres drogues vénéneuses de même nature.

(i4>9) Soient. Mot de deux syllabes.

(i45o) Qui hayt. Qui n'aime plus à prendre le poisson dans l'eau.

(1402) D'ung. D'un chien vieux; ce qui vaut bien autant.

(i4^5 ) Destrenchée. Si épaisse qu'il faille de bons ciseaux pour la couper.

Vax eau ou ratz plongent groings et mu-

seaulx; Raines,' crapauds, telz bestes dangereuses, Scrpens, lesards, et telz nobles oyseaulx ; Soient frittes ces langues venimeuses, m.

i44° Kn sublimé dangereux à toucher; Et au nombril d'une couleuvre vive ; En sang qu'on mect en poylettes sc'cher, Chez ces barbiers, quant plaine lune arrive , Dont Fung est noir, l'autre plus vert que cive ;

i^45 En chancre et fix , et en ces ords cuveaulx , Ou nourrices essangent leurs drappeaulx ; En petits baings de filles amoureuses, Qui ne m'entend , n'a suivy les bordeaulx; Soient frittes ces langues venimeuses.

ENVOI

i45o Prince passez tous ces frians morceaulx, S'estamine n'avez , sacs , ou bluteaux ,

(i43S) Et tels. Et autres oiseaux de même nature. (i442) Poylettes. Palettes.

(1 444) Que cive. Que la cive. Plante potagère. (i445) En chancre. Dans un chancre et dans un fondement uicéré, et dans ces enviera sales et dégoûtans.

(i44^) E^savgent. Lavent les drapeaux de leurs nourrissons. (1447) Filles amoureuses. Filles publiques.

f îi 1 o )

Parmy le fons dunes brayes breneuses ; Mais paravant , en estrontsde pourceaulx, Soient frittes ces langues venimeuses.

i455 Item à maistre Andry Courault,

Les contre dietz Franc Gontier mande, Quand du Tyrant , séant en hault , A cestuy-là rien ne demande ; Le saige ne veult que contende

1460 Contre puissant, pouvre homme las; Affin que ses filez ne tende , Et que ne tresbuche en ses las.

(i45 j) Parmi. A travers le fond d'une culotte salie.

* Du temps de Villon, (lecteurs) fut faicte une petite œuvre intitulée , les ditz de Franc Gontier, là ou la vie pastouralle est estimée: et pour y contredire fut faicte une autre œuvre intitulée les Contredietz Franc Gontier, dont le subgect e«t prins sur ung Tyrant , et auquel œuvre la vie de quelque grant seigneur d'icelluy temps est taxée , mais Villon plus saigement , et sans parler des grans seigneurs , feit d'autres contredietz de Franc Gontier, parlant seulement d'un Chanoyne, comme venez cy après. (Marot.)

M. Laurière fait observer que les dicts Francs Gontier sont de Philippe de Vitré, mort évêque de Meaux en i35i. Ainsi Marot a eu tort de le faire contemporain de Villon.

(1457) Quant, Pour ce qui est du prince dont il est parlé dans la même pièce.

(1459) Le saige, etc. Le sage défend de lutter contre un homme puissant.

Gontier ne crains, qui n'a nulz hommes

Et mieulx que moy n'est hérité ; i4:65 Mais en ce débat cy nous sommes ;

Car il loue sa pouvreté ;

Estre pouvre y ver et esté ,

A bonheur cela il repute ;

Je le tiens à malheureté , 1470 Lequel à ort? or en discute.

BALLADE XL

Page 1