DE LA VIE DU POÈTE VILLON
I. Villon (1) composa son grand testament durant l'automne de l'année i/jGi,
Que le bon roy (le) délivra De la dure prison de Mehun (2) ,
où il a voit passé» tout ung esté, dans ung has lieu, peu, c'est-à-dire, nourri d'une petite miche et abreuvé d'eau froide (3). »
Il étoit alors dans la « trentiesme année de son cage (4), »ou, comme il le dit positivement ailleurs, il avoit trente ans (5). D'où il résulte, qu'il étoit né en iZj3 1 , et non en îlfii, comme l'a cru l'auteur d'un manuscrit qu'on trouve à la Bibliothèque de l'Arsenal (6).
(1) Nous conservons au poëte le nom de Villon, parce que c'est celui sous lequel il est plus particulièrement connu.
(2) Gr. Testant. , huit. 1 1.
(3) Ibid., huit. 65.
(\)lbid., huit. 1.
(5) Ballade du débat du corps el du cueur de Villon. '> 3e parle de ce Ms*. Mcm. \ p.,n° î.j; 2 p.n° 5; et "> p., § i,n*£,
II. C'est donc par erreur que Louis Guyon , sur la foi *le je ne sais quels « historiens français » , le fait vivre et fleurir en i54o (1) , et que le président Hénault le place sous le règne de Charles V (2), observant, pour rendre sa méprise plus inconcevable, qu'il avoit trenie-trois ans à la mort de ce prince, arrivée en 1080, et que Jean Marot, père de Clément, étoit né (5). Il ne nous a pas été possible de découvrir le mémoire de l'Académie des inscriptions et belles lettres, où M. Hénault dit avoir puisé ces assertions mensongères (4). Nous ferons remarquer que, dans la suite de son histoire, Villon reparoit sous l'année 1460, au nombre des littérateurs qui ont illustré le règne de Louis XI; ce qui est encore inexact: car, en 1460, Charles VII n'étoit pas mort. On sera surpris de trouver tant d'erreurs réunies, au sujet d'un seul homme, dans un ouvrage fort estimé et qui mérite de l'être (5).
III. Nous pensons que Villon étoit né à Paris. Clément Marot, qui vivoit peu de temps après lui , et dont le père Jean Marot, poète aussi, avoit pu le connoîire personnellement, « S'esbahyt nomment Les imprimeurs » de Paris et les en fans de la ville nont eu plus grand
^t) Leçons diverses, t. 5, p. 492«
(2) Abrégé chronol. de l'Histoire de France.
(3) Jean Marot naquit en i463.
(4)11 cite , sans en désigner aucun , les Mêm. de l'Ac. desinscripf. et bell. lett.
(5)MorérifDict. hist., art.Corbueil, et la Croixdu Maine, fi ib t. franc., dirent que Villon vivait en i456. Un biographe ne doit pas assigner aussi vaguement l'existence d'un homme de lettres, lorsqu'il suffit d'ouvrir ses couvres, pour avoir des dates précises.
» soin , du meilleur poète parisien qui se trouve (1). » (Test pour réparer leur tort que lui , quoique n'étant « en rien son voysin » , c'est-à-dire, son compatriote, donna une édition plus correcle de ses poésies avec ce titre : « Les Œuvres de maistre François Villon de » Paris (a). » Il ne restera aucune espèce de doute h cet égard, lorsqu'on aura lu le huitain ()3 du grand testament où Villon s'exprime ainsi :
Item vienne Robert Turgis A moy , je luy payerai son vin.
Le droit luy donne d'eschevin
Que j'ay, comme enfant de Paris (3).
Les anciennes éditions portent :
Le droit lui donne d'eschevin; Mais quoy ? Comme enfant né de Paris (4).
Et de fait , l'expression , « enfant de Paris » , est synonyme de celle : « né de Paris » , que Ton rc trou vu dans son épitaphe en quatre vers.
Je suis françois , dont ce me poise , Né de Paris , emprès Ponthoise ; Qui , d'une corde d'une toise , Sçaura mon col , que mon cul poise (5).
(1) Préface de Marot , elle est en têtç de notre édition.
(2) Voy. 3e partie. r {?>) Grand Testam., huit. 9$.
(4) Gd. Niv. Bo. ver. An.
(5) On trouvera en leur lieu , les explications littérales dont ces vers et les autres qui sont dans ce Mémoire , peuvent avo'r besoin.
Personne ne peut contester l'authenticité de celte pièce. Elle est dans un des manuscrits que nous avons consultés (1), aussi bien que dans toutes les éditions des Œuvres de Villon, et on la rencontre parodiée dans le Pantagruel de Rabelais (2).
IV. A ces autorités qui nous paroissent décisives, on a opposé une autre épitaphe en huit vers, extraite par le président Fauchet d'un manuscrit de sa bibliothèque, que nous avons cherché inutilement, et publiée par lui , dans le traité « de C Origine des Chevaliers » , dont la première édition parut en 1599. La voici telle que nous l'avons lue dans la seconde édition de cel
ouvrage :
Je suis françois , dont ce me poise , Nommé Corbueil en mon surnom; Natif d'Auvers, emprès Ponthoise ; Et du commun , nommé Willon.
Or, d'une corde d'une toise, Scauroit mon col , que mon cul poise , Se ne fut un joly apel :
Le jeu ne me sembloit point bel (5).
D'après cette épitaphe , qui pourroit bien n'être qu'une nouvelle édition de celle en quatre vers, revue, corrigée et augmentée par l'éditeur, M. de la Monnoye
(t) C'est le manuscrit dont il est parlé 3« part., § 1, n° 3.
(2) Liv. 4 » chap. dernier. Voy. OEuv, div. L'on trouvera, dans nos notes , la parodie de Rabelais, etc.
(3) Cette épitaphe est autrement citée dans les éditious Coustellier et Moetjens. Nous n'ayons pas pu nous rendre raison de ces infidélités.
pense que Villon, conçu par sa mère à Paris, aura vu le jour h Auvers« emprès Ponthoise (1). » La Croix du Maine, sans doute, par inadvertance, le l'ait naître à Ponthoise (2). Prosper Marchant adopte ces deux opinions comme probables, en même temps que sur un autre article, il rejette le témoignage de l'épitaphc Fauchet qui leur sert de fondement. 0 Villon fran- »çois, dit -il avec humeur, et non pas Corbueil , » comme Ca mat à propos avancé Fauchet et Vont » après lui soutenu vingt autres. JSè à Auvers , ou à » Pontoise , ou à Paris, mais plus probablement à » Paris (5). » Oui plus probablement et môme très certainement à Paris. La Monnoye, le seul à qui nous soyons obligé de répondre, n'auroit pas eu d'autre opinion s'il avoit compris qu'il y a dans ce vers,
Né à îfaris emprès Ponthoise.
quelque chose de burlesque et do satirique qui est tout-à-fait dans le caractère de Vil ion. Rabelais ne s'y est pas mépris. On dirait même qu'il a voulu rendre l'expression plus saillante en la parodiant.
Ne suis-je badauît de Paris ?
De Paris, dis-je > emprès Ponthoise (4).
Persuadé, au contraire, qu'il étoit absurde de mettre Paris auprès de Pontoise, il crut que ce vers renfer-
(1) Notes sur la Croix du Maine, Bibl. franc.
(2) Bibl. franc., art. Villon. F. OEuv. Epil. Fauch. not. 5, etZ-cr. dit:
(3) Supplément au Dict. de Baylc , par Prosp. Marchant.
(4) Pantagruel, 1. 4 , ch. dernier. — Paris, lez Pontoise.
moit une faute de copiste, et il lui substitua celui de l'épitaphe Fauchet ,
Natif d'Auvers emprès Ponthoise.
sans soupçonner qu'il se mettoit en opposition avec les manuscrits et toutes les éditions connues. Pour concilier cette nouvelle version avec le huitain du grand testament que nous avons déjà cité, il supposa que, conçu à Paris, le poëte avoit reçu le jour à Auvers: supposition dans laquelle je trouve un double contresens : car natif étoit alors synonyme d'originaire , et enfant de Paris signifioit , ainsi que nous l'avons dit, né à Paris , et non pas originaire de Paris.
Piélablissant donc le texte de l'épitaphe en quatre vers , corrigé par La Monnoye , et donnant au mot natif, qu'on trouve dans l'épitaphe Fauchet , sa véritable signification , on pourroit dire , pour concilier ces deux pièces, qu'originaire d'Auvers, où habitait sa famille , Villon reçut le jour à Paris , où il fut élevé. Celte opinion seroit l'inverse de celle que vouloit établir M. La Monnoye.
V. L'épitaphe Fauchet dit en outre que le nom du poêle étoit François ; ce qui me paroît conforme aux mœurs du siècle (i), à l'épitaphe en quatre vers (2), et à l'endroit du grand testament où Villon parle de son aïeul (3). Elle ajoute qu'il avoit reçu du peuple le
(i)Dans ces siècles religieux, les hommes ne porloient souvent d'au" tre nom, que celui qu'ils avoient reçu au baptême. On les distinguoit entre eux, ou par leur profession, ou par des sobriquets.
(2) Je suis françols , etc., V. Œuv, div.
[3) JSi mon aïeul nommé Eracc, Gr. Test, fruit, 35.
&ùrnom de Willon (1) , qui signifie frippon » et -qu'il Icnoil de sa famille celui de Gorbueil (2). Ainsi, il Tau drait l'appeler: François dit Gorbueil, ou François dit Willon.
VI. Plusieurs écrivains,*du nombre desquels est Fauchet lui-môme, l'ont appelé Gorbueil (5); d'autres, au contraire, rejetant l'épitaphe Fauchet, qu'ils regardent comme une pièce apocriphe et pleine de faussetés, soutiennent qu'il n'avoit et ne devoit avoir d'autre nom que celui de Villon , qui, disent-ils, étoit son nom de famille, ainsi qu'il est prouvé par le huitain du G. Test., où il fait des legs à un des siens nommé Guil laume de Villon (4). Notre dessein n'est pas de prendre parti dans cette discussion, qui, comme on voit, se trouve placée en dehors de l'épilaphe qui l'a occasionnée. Je dirai seulement que les fins de non-recevoir alléguées par le père du Gerccau , ne sont point recevables (5) ; car , si l'épilaphe Fauchet dit des choses
(1) Willm et non pas Villon, ainsi que l'écrivent le père du Cet ceau , Marchant , Ménage, etc. On verra son surnom ainsi orthographié dans la ballade intitulée Epislre.
(2) Feller. Dict. hist., écrit Corbeueil , ainsi que Desessart, Siècles littéraires. Bernier, Véritable- Rabelais, écrit Corbeille. Ce sont des Taules à corriger.
(3) Fauchet. Origine des Chevaliers, liv. 1. Massieu, Hisi. pott.} Mervesin, Hist. de la poésie, etc. Le plus curieux c'est Moreri , dont l'article peut s'analiser de cette manière : Cobucit , dit Villon , senommoit Willon.
(4) Du Cerceau et tous ceux qui sont venus après lui.
(5) Du Cerceau rejette cette épitaphe, i° parce qu'elle ne se trouve dans aucune édition , et qu'un imprimé , selou lui , mérite plus de confiance qu'un manuscrit ; u* parce que celte vpitaphe n'ext pas tic
qui ne sont pas dans les œuvres du poète, elle ne dit cependant rien qui ne soit possible et raisonnable. D'un autre côté, s'il est douteux qu'elle soit l'ouvrage de Villon , il est certain qu'elle ne peut lui êlre postérieure que de fort peu de temps; ce qui ne permet pas de rejeter entièrement son témoignage (1).
"Vil. Quanta ce Guillaume de Villon auquel le poète > dans son grand testament , lègue sa librairie (2) , c'est-à-dire, sa bibliothèque, avec le Roman du Petau-Diable, et à qui il a voit déjà laissé son bruit, ses tentes et son pavillon, c'est-à-dire, son avoir et sa réputation (5), la nature même des legs qui lui sont faits, auroit dû prévenir les méprises dans lesquelles sont tombés tous les auteurs qui ont parlé de lui. Ce n'étoit ni un riche protecteur comme le pensoit La Monnoye (4) , qui a perdu son temps à établir une différence entre Villon et de Villon (5). Rien n'annonce qu'il fût le parent du poète, comme le disent le père
Villon, qui en ayant déjà fait trois, nren auroit pas fait une quatrième; 5a parce qu'on le fait naître à Auvers, tandis qu'il étoit né à Paris ; 4° parce qu'il est possible que ce huitain ait été fait pour un frippon nommé Corbueil, surnommé Villon, né à Auvers, condamné à Pontoise , et devant son saint à un appel.
(t) Fauchet la découvrit avant 1699. On a cessé de transcrire les ouvrages de littérature , lorsqu'on a commencé à les imprimer. La première édition de Villon eit de i^gô.
(2) Voyez ci- après.
(5) Dans la partie du Petit Testament que nous avons découverte , huit. 9.
(4) Notes sur la Bibl. franc., de la Croix du Maine.
(5) Pet. Test., huit. 9. Ce Guillaume de Villon y est appelé Guillaume Villon.
du Cerceau, Prospcr Marchant, cl plusieurs autres (i); ni son oncle, comme i'a écrit l'auteur de l'article Villon, dans la Biographie universelle, et comme l'avoit dit avant lui M. Formey; ni son père, comme l'ont cru Moréri, Le Duchat, l'auteur du Iluétiana, et celui de la table des familles de Paris , insérée dans l'édition Couslellicr, et reproduite dans celle de Formey (2); encore moins son père et son oncle, comme le supposent absurdement le père Niceron (3) et l'éditeur des Annales poétiques. Selon toutes les apparences, ce légataire là n'étoit qu'un maître frippon , l'ami particulier du poète dont il avoit fait l'éducation , et qu'il avoit quelquefois retiré, par son adresse, des mains de la justice. Le peuple l'avoit surnommé Willon, à cause de son savoir faire, et notre poète l'a , sans doute, appelé de Villon, pour montrer qu'il passoit en mérite tous ceux de la confrérie (4).
VIII. Au sujet du nom de Villon , il s'est élevé une discussion grammaticale, dont nous ne pouvons nous dispenser de dircunmot. Lacélébrilé qu'il s'étoit justement acquise dans Cart de la pince et du croc (5), donna lieu au peuple d'appeler tours villonniques, ou dignes de Villon, les escroqueries faites avec beaucoup
(i) Du Cerceau, Mém. en forme de Lett. Mardi., Diction., art. Villon.
(2) L'édition donnée par M. Formey a été imprimée à La Haye , chez Moetjens. V. 5* part.
(5) Mémoires pour servir à l'Histoire des hommes de lettres.
(4) Nous invitons le lecteur à lire le huit. 9 du Pet. Test., et les huit. 77 et 78 du Grand, où il est parlé de Guillaume Villon.
(5) Expression de Marot, Préface.
[ 26 ) ePadresse. C'est en ce sens que Nicolas Dénisot a dit, de Pierre Faifeu , qu'il usoit de tours vlllonniqucs pour avoir le bien d? autrui avec le sien, et vous laisser sans croix ne pille. Je présume que de là est venue l'erreur de quelques écrivains, qui ont voulu lui faire honneur du verbe wlllonner et de ses dérivés (1). Ménage observe, avec raison, que le mot wille, d'où l'on a formé willon , willonnie et willonner, étoit originairement le même que guille. Or , ce dernier est aussi ancien que noire langue et le premier est antérieur à ViMob (2).
IX. Nous savons que Villon était d'unefamille pauvre cl obscure.
Pauvre je suis de ma jeunesse , De pauvre et de petite extrace (3).
On a dit, et je ne sais pourquoi, que ses parens firent des efforts (4), des sacrifices (5) pour le pousser aux études. D'autres racontent, avec confiance, qu'ayant eu le malheur de perdre son père , tandis qu'il étoit encore fort jeune, il fut élevé par Guillaume de Villon son parent (6). Tout est gratuit dans ces assertions.
(1) Pasquier. Recherche, 1. 8, ch.6o. Bellingen. Elymol. des prov. Le Molteux , Not. sur Rabelais, 1. 4 , ch. i3 , etc.
(2) Voyez dans les Etymol. de Ménage , les articles Guille et Villon.
(3) Gr. Test. , hait. 35.
(4) Du Cerceau , Mèm.
(5) Père Niceron , Mèm.
(6) Prosp. Marchant.
Villon avoit perdu son père lorsqu'il composa son grand testament, voilà qui est positif.
Mon père est mort, Dieu en ayt lame(i).
Mais il ne résulle certainement pas delà, qu'il l'eut perdu dès son enfance. Le lecteur sait ce qu'il faut penser de sa parenté avec Guillaume de Villon. Quant aux sacrifices de sa famille, il y a lieu de croire qu'ils se borneront à lui donner la facilité de suivre les leçons gratuites de l'Université. Liberté dont il usa fort mal : car, au lieu d'étudier, il faisoit comme le mauvais enfant , il fuyoit Cescole pour se livrer au libertinage: se ménageant ainsi des inquiétudes et des regrets (2).
X. Avec une conduite pareille , il est permis de croire que ses progrès dans les sciences théologiques ne répondirent point aux dispositions heureuses qu'il manifestait. Dans ce fait, qui du reste est conforme à ce qu'il dit lui-même (3), se trouve l'explication d'une circonstance de sa vie qui n'a pas élé remarquée.
En i458 , les Pérès du concile de Basle (4) ordonnèrent, qu'à l'avenir un certain nombre de bénéfices seroient exclusivement accordés à des clercs gradués, suivant les cours des universités les plus célèbres : mesure sage, qui offroit aux jeunes étudians sans for-
(1} Gr. Te*/, huit. 58.
(2) Gr. Test. y huit. 26. Il faisoit partie d'une bande joyeuse dont il déoit le sort, Gr. Test., huit. 29 , 3o, 3i et 32, et à laquelle il donne des conseils, huit, i/j.5, et ballade suiv.
(3) Gr. Test., huit. 10 et ï6. Pet. Test., huit. ij.
(4) Session 5i. Gollcct. roy. des Conciles, t, 5c.
tune, lia moyen honnête de perfectionner leur éducation et prorneltoit à l'Église des ministres éclairés. En vertu de cette décision , les universités présenloient aux collateurs des bénéfices qui leur étoient réservés, ceux de leurs écoliers qui méritoient une pareille faveur et qui en avoient besoin. Villon fut présenté par celle de Paris; mais il n'obtint rien (1). C'est pourquoi voulant procurer une existence honnête à
Deux pauvres clercs parlant latin , Paisibles enfants , sans escry, Humbles, bien chantant au Iectry (2).
Il leur laisse « sans recevoir » , vraisemblablement afin de ne pas être accusé de simonie, la nomination qu'il tenoit de l'université, en attendant quelque chose de mieux. Le portrait qu'il trace de ces deux pauvres clercs fait présumer, qu'outre son ignorance en fait de théologie, on lui reprochoit encore sa vie dissipée et son éloignement pour le service divin; reproches qui pou voient être fondés.
XI. Condamné à vivre pauvre, puisqu'il n'avoit aucun moyen d'existence et que les efforts de l'université avoient été pour lui sans résultat, il manqua souvent du nécessaire, ainsi qu'il nous l'apprend en parlant de son corps :
Les vers n'y trouveront granî-gresse, , Trop lui fist la fain rude guerre (3).
(1) L'auteur du manuscrit de l'Arsenal pense que la dépravation de ses mœurs l'empêcha d'être nommé.
(2) Pet. Test. , huit. 27, et Gr. Test., huit. 121.
(3) Gr. Test., huit. 76.
( ig )
Joignez à cela qu'il se sentoit un penchant violonl pour le libertinage. La licence qui règne dans ses poésies et la nature de ses amours (1) ne permettent pas de donner un autre sens h ces deux vers :
Bien est vray qu'aymay autresfois Et que airaeroye voulentiers (2).
Loin de chercher à le modérer il s'y livra tout entier. La ballade de Margot, dont le refrain est :
En ce bourdel , ou tenons nostre estât ,
nous donne une idée de l'avilissement dans lequel il étoit tombé, et nous découvre la véritable source de ses fripponneries, qu'il voudroit pouvoir excuser en les rejetant sur ses besoins.
Nécessité fait gens mesprendre , Et fain saillir le loup du bois (5).
II étoit dans la nécessité, c'est-à-dire dans la détresse, lorsqu'il usoit d'industrie; mais cette nécessité il n'avoit tenu qu'à lui de la prévenir :
Hé Dieu! se j'eusse estudié , Au temps de ma jeunesse folle, Et à bonne meurs dédié ; J'eusse maison et couche molle.
(1) Voyez Gr. Test., huit. 80 et suitr.
(a) Gr. Test. , huit. 25. Il ne fut pas toujours heureux dans ses amours. V. double ballade, à la suite du huit. 54, G. T. (3) Gr. Test. , huit. ai.
Mai s quoy ? Je fuyoye l'escolle, Comme faict le mauvais enfant.
En escrivant ceste parolle, A peu, que le cueur ne me fend(i).
Je pense que c'est encore à sa démoralisation plutôt qu'à sa misère, qu'il faut attribuer la conduite de sa famille, dont il se plaint dans les vers suivants :
Je n'ay ne cens, rente , ne avoir.
Des miens le moindre, je dis voir, De me désadvouer s'avance.
Oubliant naturel devoir, Par faute d'un peu de chevance (2).
XII. Elle fut bientôt telle, « qui* une, sentence du Châteiet le condamna àêtrependu» (3) lui et cinq de ses compagnons. Il composa, dans cette occasion , une épitaphe (4)»ou il conjure les passants de ne pas leur refuser des prières. Elle est sérieuse autant que le requéroit un pareil sujet. Elle pouvoit l'être trop à ses yeux : ce qui le détermina vraisemblablement à composer la sienne en style libre et gaillard , telle que nous l'avons rapportée plus haut (5). Il forma en même temps son ap-
(1) Gr. Test. , huit. 26.
(2) Jbid., huit. 23.
(5) Brossette «ur Boileau , Art. poètiq. V. Bail, de son appel, Œuv. div.
(4) Œuvres diverses.
(5) Voici sans commentaire ce qu'en dit Prosper Marchant : « Ce fut probablement lorsqu'il s'attendoit encore à passer le pas, et non point en 1^60 , comme l'a cru M. le Duchat , qu'il se fit cette épitaphe si connue , si polissonne et si digne d'un garnement tel que lui. » Die t., art. VU.
( 5' ) pel au parlement. S'il faut en croire la Biographie universelle, c'était une innovation dont il n'ont pas lieu de se repentir; car la Cour, pins indulgente que le Châtellet, se contenta, en faveur de son génie heureuxpour les vers, de commuer la peine de mort en bannissement. Nous ne savons pas qu'elle devoit en être la durée. Brosselle a écrit qu'il fut perpétuel (1). La preuve du contraire est dans le Petit Test., huit. 8e.
Pénétré de reconnoissance, le poète déposa ses sentiments dans une ballade, où il invile ses cinq sens et tous ses membres oh il y areprouche, à célébrer la clémence de la Cour :
L'heur des François, le confort des eslranges, Mère des bons , et seur des benoistz anges.
Elle est terminée par la demande d'un sursis de trois jours qui dut lui être accordé.
Nous ne connoissons ni la nature du crime qui l'avoit fait condamner, ni le lieu où il avoit été commis. Une ballade du jargon, où il est parlé de cinq à six pendus etdeRuel,a donné lieu de penser qu'il s'éloit rendu coupable de quelque vol commis en ce lieu (2).
XIII. Le poëte séparé de ses amours durement (3), c'est-à-dire de sa patrie, de ses parents et de ses amis, éloit en quelque sorte mort pour eux. C'est d'après cette idée qu'il composa son Petit Testament. Il dit l'avoir fait la veille de son départ et l'avoir terminé au
(1) Notes sur l'Art Poétique de Boileau.
(•2) Jargon, ballade 2.
(3) Ballade qui termine le Gr. Test.
.'( §2 ) son de la cloche de Sorbonne. Ce qu'il confirme dans son Grand Testament (1). Je suis étonné que Prosper Marchant, l'abbé Goujet et d'autres, aient écrit le contraire.
XIV. SGrtide Paris, chargé de regrets et non d'argent (2) , quelques-uns le font passer en Angleterre. L'auteur d'un manuscrit (3) l'envoie à Piome chercher les pardons dont il légua plus tard une portion aux religieuses de Montmartre (4). Le bon homme a été ici, de même qu'en plusieurs autres endroits, la dupe de sa simplicité. Le legs de Villon est une épigramme. Quant au lieu de sa retraite, il est indiqué dans la partie du petit testament que nous avons découverte.
Adieu , je m'envois à Angiers (5).
Il a voit donc le projet de se retirer à Angers, et c'est probablement dans ces contrées qu'il rencontra la bonne ville dont il parle ailleurs (6), puisque c'est là qu'il subit sa deuxième condamnation. Car, incorrigible comme il l'avoit prévu ,
Je ne suis homme sans deffaut
Ne qu'autre, d'Assier, né d'Estaing (7).
de nouveaux délits le mirent pour la seconde fois entre
(1) Grand Test., huit. 65.
(2) lbid.} huit. )3.
(3) Mss. de l'Arsenal. V.Méra. 5e partie, n» 5.
(4) Grand Test., huit. 106, huit, tiré du Mss Coislio,
(5) Petit Test., huit. 6.
(6) Grand Test. , huit. i3.
(7) Petit Test., huit. G.
les mains de la justice. Il fut emprisonné à Mekung, c'est-à-dire, à Meun sur Loire et non pas à Melun sur Seine, ainsi que Ta cru le père du Cerceau (1). Celle ville étoitsous la juridiction de l'évoque d'Orléans qui, pour lors, se nommoit Jacques Thibault d'Aussigny. La justice devoit s'y rendre en son nom, car c'est à lui que Villon demande compte des mauvais traitements qu'il a reçus dans la prison :
Dieu niercy et Jaques Thibault , Qui tant d'eau froide m'a fait boire , En ung bas lieu , non pas en hault ; - Manger d'angoisse mainte poire , Enferré : quant j'en ay mémoire, Je pry pour luy et reliqua :
Que Dieu lui doint, et voire, voire, Ce que je pense; et cetera (a).
Il déclare plus bas qu'il l'aime lui et ses officiers. Ainsi que faict Dieu le Lombart.
Ailleurs il prie pour lui, et choisit pour son verset le septième du psaume Deus laudem meam ne tacueris (3) , auquel on peut donner l'interprétation suivante : Que sa vie soit courte et que son évêché passe entre les mains d'un autre. Avant de clore son Grand Testament ,
Il crye à toutes gens mercy,
Sinon aux trahistres chiens mastins,
(1) Du Cerceau. Mém. en forme de Lettres.
(2) Grand Test. , huit. 63.
(3) Ibid.y huit. 6.
Qui (lui) ont faict manger dures crostes Et boire eau, maintz soirs et matins (i).
Faudroit-il croire, après cela , qu'il a voit été j ragé sévère ment? Il paroît cependant que le crime dont il s'étoit rendu coupable n'éloit pas de nature à être avoué. Il use même h cet égard d'une réserve qui doit paroître extraordinaire. On a pensé qu'il avoit fabriqué de la fausse monnoie, parce qu'on a mal compris les conseils qu'il donne à ses amis, parmi lesquels il pouvoitfortbien y avoir de faux monnoyeurs.
Tailleur de faux coings tu te brûles, Comme ceux qui sont eschaudez (a).
Le manuscrit de l'Arsenal dit qu'il s'étoit fait le chef d'une bande de brigands qui exploitoient les forêts d'Orléans : chose peu vraisemblable (3).
XV. Quoi qu'il en soit de son second crime, à peine fut il condamné à mort qu'il écrivit à ses amis la ballade :
Ayez pitié, ayez pitié de moy,
A tout le moins, si vous plaist, mes amis (4).
où il demande, de la manière la plus originale, qu'on
(t) Grand Test., avant-dernière ballade.
(a) Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie. Le Père du Cerceau a judicieusement remarqué que,l'eau bouillante étant le supplice des faux monnoyeurs, Villon n'auroit pas été condamné à être pendu s'il eût été coupable de ce crime.
(3) Ce Mss. , dont nous avons déjà parlé , mérite peu de confiance.
(4) Œuvres diverse».
( 35 ) lui obtienne des lettres de grâce. On lui eo oblint. J'invite eeux qui voudront savoir de quelle manière le poêle en témoigna sa reconnoissanec au roi Louis XI, à lire les huitaines 7, 8 et y du Grand Testament. Là encore, l'autorité épiscopale est qualifiée de vile puissance. Ne seroit-ce pas à la rancune qu'il conservoit contre cet évoque, ou au rôle qu'auroient joué les moines dans sa condamnation , qu'il faudroit attribuer les sorties qu'il fait contre eux en plusieurs endroits de son Grand Testament (1).
XVI. M. Le Motteux(2) a cru que Villon avoit été pendu, et cela sur la foi de Pasquier , qui cependant ne l'affirme point. La Croix du Mains (5) dit : Aucuns assurent qu'il fut pendu pour ses malversations. Dans une note , on dit que probablement il ne le fut pas. Fauchet déclare aussi s qu'il ne fut pas pendu comme beaucoup de gens ont pensé (4). Ces incertitudes, sur un fait constant et si facile à vérifier, paroîtront plus surprenantes que l'erreur dans laquelle sont tombés ceux qui ne lui ont fait subir qu'un seul jugement et qu'une seule condamnation : erreur qui a donné lieu de dire les choses les plus étranges. Le père du Cerceau, par exemple, attribue le Petit Testament à une broulllerie d'amour. L'auteur du manuscrit de l'Arsenal veut que Villon ait été obligé de quitterParis pour cause d'insultes faites à une fille publique. L'cm-
(1) Voyez surtout huit. 106 et suiv.; voyez aussi l'Histoire du sacristain des Cordelière , rapporté plus bas. (a) Notes 6ur Rabelais, (5) Bibliot. française.
(4) Origine dos Chevaliers, 1. 1.
( 50 ) barras étoit de concilier la grâce accordée par Louis XI avec la commutation de peine faite par arrêt du Parlement. Huet,quil'a senti (1), pense que Louis XI ne fit qu'interposer son autorité royale auprès du parlement pour obtenir que la peine de mort fût commuée en celle de bannissement. Nous ne nous arrêterons pas h. discuter ces opinions diverses, parce qu'il suffit de lire attentivement les œuvres du poêle (2) pour s'apercevoir qu'elles ne reposent que sur des méprises plus ou moins excusables de la part de ceux qui les ont faites.
XVII. La grâce que le poète yenoit d'obtenir échauffa de nouveau sa verve. Il composa le poème satyrique qu'un éditeur anonyme appelle son Codicille et Grand Testament, et que les autres ont appelé le Grand Testament. Je pense que la ballade intitulée , Le débat du cœur et du corps de Villon, où il dit qu'il a trente ans et que, si on le condamne à mort, il y mettra résistance, est sortie de la prison de Meun. Ce fut durant son exil, et après celte seconde condamnation , qu'il composa la ballade ,
Tant gratte chc\re que mal gist.
celle ,
Je connois bien mouches en lait.
La jolie requête au duc de Bourbon , que Marot s'est
(1) Huetiana.
(2) Que Villon ait été plusieurs fois aux prises avec la justice , la chose(m'a paru évidemment résulter des huit. 7 et 77 du Grand Testament. Dans le premier il remercie Dieu de l'avoir tiré de mains blasmes, et dans l'autre il reconnaît que Guillaume Villon l'a tiré de mains baillons.
en quelque sorte appropriée (1); la ballade que nous avons trouvée parmi les œuvres du prince Charles d'Orléans et qui vraisemblablement lui fut adressée, et le Problème, ballade où la Fortune le console, en lui rappelant la manière dont elle a traité plusieurs personnes quivaloient mieux que lui.
XVIU. Cependant Villon continuoit à vivre dans l'indigence et enterre loingtaine, quoiqu'il fût dans son pays (2). Il étoit malheureux et devoit l'être jusqu'à la lin de ses jours. Cette idée désolante, quoique repoussée par sa philosophie, l'obsédoit et ne laissoit pas que de l'accabler quelquefois. Alors il désirait la mort; peutêtre même se la seroit-il procurée, si la religion ne l'eût empêché de se livrera cet acte de désespoir (5).
On doit encore attribuer à la crainte de Dieu, aussi bien qu'à celle de la justice, les soins qu'il se donna pour devenir meilleur. Il n'est pas à présumer qu'il se soit jamais corrigé entièrement; mais il paroit que les efforts qu'il fît lui enlevèrent une partie de sa gaîté et lui attirèrent des ridicules (4).
XIX. Rabelais, qui ne mérite ni d'être scrupuleusement copié lorsqu'il raconte des anecdotes , ni d'être entièrement mis à l'écart, nous a conservé quelques particularités de l'exil de Villon que nous nous faisons un devoir de consigner dans notre Mémoire. Suivant
(1) L'Epîtrc d Marot à François Ier est calquée sur la requête de Villon au duc de Bourbon.
(2) Ballade au duc d'Orléans , OEuv, dlv. (3)Gr. Test., huit. i\.
C4)ftûr.,huit. 45.
( 58 ) cot auteurv Villon passa en Angleterre, où son humeur joviale lui acquit les bonnes grâces du roi, qui devoit être Edouard IV(i). Or un jour qu'il accompagnoit Sa Majesté dans un lieu où les souverains de la terre sont obligés d'aller, comme le reste des hommes, payer leur tribut à la nature, le prince lui montra les armes de France et lui dit, avec un air de mépris : Qu'il ne les tenoit pas ailleurs. Sans doute, continua le poète, d'à près l'avis de votre médecin, qui vous aura assuré que leur présence en ce lieu suffiront pour guérir votre constipation (2). Cette réponse hardie nous a été conservée non-seulement par Rabelais, mais encore par Brantôme. On a prétendu , ce qui paroît assez vraisemblable , qu'elle lui avoit attiré le courroux du roi, et que pour en prévenir les suites, il jugea prudent de revenir en France. Je présume qu'il composa dans cette circonstance, et tandis qu'il éloit encore plein de la juste indignation qu'avoit soulevée dans son ame l'insulte faite à sa noble patrie, la ballade qui est un recueil de malédictions contre celui,
Qui mal voudroit au royaume de France.
XX. Après avoir erré dans le midi de la France, et avoir laissé à toutes les brosses et brossillons de ces contrées,
Ung lambeau de son cotillon.
il vint, dit Rabelais, passer le reste de ses jours à
(t) Rabelais dit que c'est le roi Edouard-le-Quint , et que le médecin se nommoit Linnacer. Sa mémoire Favoi't mal servi.
(2) La peur donne la diarrhée. — Nous n'avons pas cru devoir citer textuellement Rabelais.
I 3g) Sl-Maixent, en Poitou, auprès d'ung homme de bien, abbé dudit lieu. On le nommoit Jean Rousseau (1). Sous la protection de ce bon religieux, notre poète vécut paisiblement. Sonbumcur bouffonne prit une nouvelle direction : il composa des moralités, qu'il faisoit représenter par les paysans du village. On raconte, à ce sujet, et c'est encore Rabelais, que les ayant exercés à jouer le mystère de la Passion, il s'aperçut qu'il manquoit une chappe pour habiller décemment celui d'entre eux qui devoit jouer le rôle de Dieu le père. Il en fit demander une au sacristain des cordeliers. Le frère ne voulut pas la prêter, et mal lui en prit : car, un jour qu'il retenait delà quête sur la poultre de son couvent, Villon, qui luiavoiteonservé rancune et qui lui préparoit une vengeance digne de lui, sort d'une embuscade avec ses amis, déguisés en diables. La troupe infernale, armée de torches, poussant des hurlements affreux et grimaçant d'une manière effroyable, se met en devoir d'arrêter le frère quêteur. La jument épouvantée se cabre; le religieux désarçonné tombe, le pied embarrassé dans l'étrier... Il n'arriva au couvent qu'une partie de son corps: le reste demeura par les chemins. Celte fin malheureuse est probablement de l'invention de Rabelais, mais l'aventure est tout-à-fait dans le caractère de Villon (2).
XXI. Ainsi vécut ce bon follastre. S'il falloit en croire M. de la Monnoye, il seroit mort avant la fin du règne de Louis XI, et, selon M. Marchant, il seroit mort
(1) Suivant le Mss. A., il avoit été élu abbé en i485.
(2) Si la chose est ainsi arrivée , les officiers de l'évêque d'Orléaas auront pu le condamner à moi t pour ce crime.
à Paris, vu qu il ordonne sa sépulture à Sainte- Avo je* M. Marchant n'a pas compris que, dans cet endroit du Gr, Test. y le poëte badine sur l'importance que certaines personnes attachoient alors au choix de leur sépulture. Sainte-Avoye étoit la seule église de Paris où il fut impossible d'ensevelir un mort (1).
XXII. Ce que nous venons de dire suffit , pour faire connoître le poëte Villon. Ceuxqui voudroient étudier ses mœurs d'une manière plus particulière liront ses poésies : il s'y est peint au naturel. On trouvera dans le huitain io5 du Grand Testament un tour de sa façon, joué au barbier de Bourg-la-Reine. On nous a conservé l'histoire d'un dîner qu'il donna à ses compagnons, et pour lequel il dépensa fort peu d'argent. Il commence le Recueil des kystoircs des franches repenes; petit poème où l'on dit de lui :
C'estoit la mère nourrissière , De ceulx quin'avoient pas d'argent.
A tromper, devant et derrière, Estoit un homme diligent.
Après avoir mis sous les yeux du lecteur tout ce que nous avons pu découvrir d'intéressant sur la personne de Villon , nous allons nous occuper de ses œuvres dans la seconde partie de notre Mémoire.
(1) La chapelle deg religieuses de Sainte-Avoye étoit au premier étage. V. Gr. Test., huit. i63.