SUBSCBIPTIQN DE LADICTE REQUESTE
Allez lettres, faictes ung sault7 Combien que n'ayez pied ne langue ; Remonstrez, en vostre harengue , Que faulte d'argent si m'assault.
BALLADE
Tant grate chèvre que mal gist ; Tant va le pot à l'eau qu'il brise ; Tant chauffe-on le fer qu'il rougist ; Tant le maille-on, qu'il se debrise ; Tant vault l'homme comme on le prise ; Tant s'eslongue-il, qu'il n'en souvient ;
(53) Venir à, etc. Faire ce que je désire.
(34) Bien entendez. Vous me comprenez.
(og) Que faillie. Dites que le besoin d'argent me presse.
(î) Mal gist. Se fait mauvaise couche.
(4) Tant. On le bat tant qu'il casse.
Tant mauvais est, qu'on le despriso ; Tant crie l'on Norl, quil vient.
Tant raille-on, que plus on ne rit ; 10 Tant despend-on, qu'on n'a chemise ;
Tant est-on franc , que tout se frit ;
Tant vault tien , que chose promise ;
Tant ayme-on Dieu , qu'on suyt l'Eglise ;
Tant donne-on, qu'emprunter convient; 1 5 Tant tourne vent, qu'il chet en bise ;
Tant crie Ton Noël, qu'il vient.
ni.
Tant ayme-on chien, qu'on le nourrist; Tant court chanson, qu'elle est apprise ; Tant garde-on fruict, qu'il se pourrist: 20 Tant bat- on place, qu'elle est prise ;
(8) Le peuple crioit Noël à l'arrivée des princes, à leur naissance, et dans quelques autres solennités publiques.
Le verbe criera deux sens ; il signifie crier et appeler. Le proverbe joue sur cette double signification. Le peuple, dans ses cris de joie, appelle si souvent Noël qu'à la fin il arrive.
(9) Tant raille. A force de railler on ennuie.
(10) Despend-on. Dépense-t-on.
(it) Tant est -on franc» Bon , loyal dans sesprocédés. (i3) Tantayme. A force d'aimer Dieu , on fréquente,etc (i5) Tant tourne. A force de varier, le vent se trouve à la bise. (18) Tant court. La chanson est chantée si souvent , etc.
Tant larde-on, qu'on fault à l'emprise ; Tant se haste-on, que mal advient; Tant embrasse-on, que chet la prise ; Tant crie Ton Noël, qu'il vient
ENVOI
Prince tant vit fol qu'il s'advise ; Tant va-il , qu'après il revient ; Tant le matte-on , qu'il se radvise ; Tant crie l'on Noël , qu'il vient.
AUTRE BALLADE
Je congnois bien mouches en laict ; Je congnois à la robe l'homme ; Je congnois le beau temps , du laid ; Je congnois au pommier, la pomme ; Je congnois l'arbre, à veoir la gomme ; Je congnois, quant tout est de mesmes;
(21) Fault à l'emprise. Qu'on perd le moment favorable.
(22) Que mal advient. Qu'on gâte tout.
(23) Tant embrasse. On veut enfermer tant de choses dans ses bras, que ce qu'on tenoit déjà tombe.
(25) Qu'il s'advise. Qu'il devient sage.
(2e) Tant va-il. Il fait tant de folies.
(27) Tant le. A force d'être puni, d'être frappé.
(6) Quand tout est de mesmes. Lorsqu'il y a uniformité.
Je congnois qui besongne, ou chomme ; Je congnois tout, fors que moy-mesme.
Je congnois pourpoinct, au collet ; i o Je congnois le moyne, à la gonne ;
Je congnois le maistre, au valet ;
Je congnois au voyle, la nonne $
Je congnois quant pipeur jargonne ;
Je congnois folz, nourriz decresmes; i5 Je congnois le vin, à la tonne;
Je congnois tout , fors que moy-mesme.
Je congnois cheval et mullet ; Je congnois leur charge et leur somme ; Je congnois Bietrix et Belîet ; 20 Je congnois gect , qui nombre et somme;
(7) QUi besongne, etc. Qui travaille , ou ne fait rien.
(8) Fors que. Excepté.
(9) Pourpoinct. Vêtement/qui couvrent la partie supérieure du corps de l'homme. Nous en avons à peu près la forme dans l'ancien habit de cour.
(10) Gonne. Habit.
(i?>) Quant pipeur. Lorsqu'un charlatan bavarde. (i4) Folz. Ceux qui font le métier de fou auprès des grands, et qu« sont délicatement nourris.
(18) Somme. La quantité de marchandise qu'ils peuvent porter.
(19) Bietrix et Bellet. Sans doute, filles publiques.
(20) Qui nombre , etc. Qui compte et augmente les points du joueur.
Je congnois vision, en somme ; Je congnois la faulte des Boesmes :
Je congnois le povoir de Homme ; Je congnois tout , fors que moy-mesme.
ENVOL
^5 Prince, je congnois tout en somme ; Je congnois coulorez et blesmes ; Je congnois mort qui nous consomme ; Je congnois tout, fors que moy-mesme.
ESPITRE.
Aiez pitié, aiez pitié de moy , A tout le moins, si vous plaist, mes amis. En fosse giz, non pas soubz houz ne may , En ceste exil, ou quel je suis transmis.
(21) Vision en somme. Rêve qui vient durant le sommeil.
(aa) Boesmes. Je connois le tort des bohémiens sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague.
• Cette ballade est tirée du Mss. C. (V. Mém. , ïre pag., n° i5.)
(1) Imitation du verset que l'on chante quelquefois aux messes des morts , Miseremini, etc.
(3) En fosse. Je suis couché dan s un cachot, ce qui n'est pas aussi agréable que d'être, avec son amie, couché sous un houx ou sous un may.
(4) En ceste. Ceste pour cet. Transmis. Condamné.
( 5,7 ) 5 Par fortune, comme Dieu l'a permis.
Filles, amans, jeunes gens et nouveaulx ; Danceurs, saultcurs, faisans les piez de veaux, Vifs comme dars, aguz comme aguillon; Gousiers tinlans clercs comme gastaveaux 10 Le lesserez là, le povre Willon?
Chantres, chantans à plaisances, sans loy ; Galans rians, plaisans en faiz et diz : Coureux, alans francs de faulx or, d aloy ; Gens d'esperit, ung petit estourdiz, i5 Trop demourez; car il meurt entandiz. Faiseurs de laiz, de motes et rondeaux; Quant mort sera vous lui ferez chandeaux.
(6) Nouveaulx. Nouveaux mariés.
(7) Faisans, etc. Faisans des salamaleeks , des gambades.
(9) Gousiers, etc. Gosiers qui rendez un son rauque ; un son aussi clair que celui du grelot.
(n) Chantres, etc. Qui chantez par plaisir, sans obligation.
(12) Galans, etc. Bon vivans , toujours rians , ou disant ou faisant quelque chose pour rire.
(i3) Coureux. Vagabond ,vous qui courez le monde, n'ayant ni or vrai, ni or faux à votre service.
(i4) Ung petit, etc. Qui êtes un peu , etc.
(i5) II meurt entandiz. Il meurt, tandis que vous différez de venir le secourir.
(16) Laiz , etc. Le lais étoit un petit poëme , le motes une pièce fugitive , comme madrigal , triolet, etc.
(17) Quant mort, etc. Lorsqu'il sera mort, vous ferea des vers à s& louange.
Il n'entre, oùgist, n'escler, ne tourbillon, De murs espoix, on luy a fait bandeaux : 20 Le lesserez là le povre Willon ?
ni.
Venez le veoir en ce piteux arroy, Nobles hommes , francs de quars et de dix, Qui ne tenez d'empereur, ne de roy ; Mais seulement, de Dieu de Paradiz.
25 Jeûner lui fault dimenches et mardiz :
Dont les dens a , plus longues que ratteaux , Après pain sec, non pas après gastcaux. En ses boyaulx, verse eaue à gros boullon. Bas en lerre, table n'a, ne tresteaulx.
3o Le lesserez là, le povre Willon?
(18) Iin'entre. Il est renfermé dans no lieu où ne peut pénétrer ni vent , ni éclair, faute d'ouverture.
(19) De murs, etc. On l'a enfermé sous des murs épais.
(21) Pileux arroy. Triste état.
(22) Nobles , etc. Nobles, qui n'avez à payer ni la dîme, ni la taxe. (a5) Qui ne tenez. Qui ne relevez ni de roi , ni d'empereur; mais
qui possédez vos seigneuries et vos titres par la grâce de Dieu.
(25) Jeûner, etc. Il est contraint de jeûner tous les jours de la semaine. Le mercredi, le vendredi et le samedi étoient des jours d'abstinence , et même de jeûne pour certaines personnes pieuses.
(27) Après, etc. Il meurt de faim faute d'avoir non des gâteaux , mais du pain sec.
(28) En ses , etc. Il ne boit que de l'eau
(29) Bas en, etc. Il n'a ni table pouf manger, ni siège pour s'asseoir dans le cacbot souterrain où il est renfermé.
ENVOI
Princes nommez, anciens, jouvenciaulx 9 [mpetrez moy, grâces et royaulxscaulx ; Et me montez en quelque corbillon, Ainsi le font lun à l'autre pourceaux ; 55 Car où l'un brait, ilz fuyent à monceaux. Le lesserez là, le povre Willon ?
BALLADE VILLON
Je meurs de soif, auprès de la fontaine ; Chault comme feu, et tremble dent à dent ; En mon pais, suis en terre loingtainc ; Lez un brazier, friçonne tout ardent ; 5 Nu comme un ver, vestu en président ; Je riz en pleurs et attens sans espoir ;
(3i) Princes, etc. Princes que j'ai nommés, vieillards, jeunes gens qui me portez quelque intérêt.
(52) Impélrez, etc. Obtenez-moi des lettres de grâce.
(33) Etmc, etc. Et trouvez moyen de me sortir d'ici.
* Ballade tirée du Mss, des poésies de Charles d'Orléans. Villon y raconte les angoisses de sou exil. ( V. Mèm., ire p., n° 17, et 5e p. , S 1", n° 1.)
(2) Dent à dent. Dent contre dent.
(3) Villon avoit été banni de Pari?. — Dans ce vers se trouve l'explication de toute la ballade.
(4) Tout ardent. Tout brûlant.
(6) En pleurs. L'amc accablée de tristesse.
( 53o ) Confort reprens, en triste desespoir ; Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun ; Puissant je suis sans force et sans povoir ; 10 Bien recueilly, débouté de chascun.
Rien ne m'est seur que la chose incertaine:
Obscur, fors ce qui est tout évident ;
Doubte ne fais, fors en chose certaine ;
Science tiens, à soudain accident ; i5 Je gaigne tout et demeure perdent;
Au point du jour diz, Dieu vous dointbon soir;
Gisans envers, j'ay grant paour de cheoir ;
J'ay bien de quoy et si n'en ay pas un ;
Eschoite attens, et d'omme nesuis hoir ; 20 Bien recueilly, débouté de chascun.
(7) Confort , etc. J'espère là où il n'y a point d'espoir.
(S) Je m'esjouis. Je me réjouis.
(10J Bien, etc. Bien accueilli et méprisé d'un chacun.
(11) Rien, etc. Mon esprit est tellement troublé que je ne regarde comme certain que les choses qui sont le plus incertaines.
( 1 4) Science , etc. Ce qui est le produit du génie je le regarde comme le produit du hasard.
(îi) Je gaigne, etc. L'arrêt qui m'a condamné à l'exil est pour moi un bénéfice , et avec cela je suis en perte.
(17) Gisans, etc. Etant couché sur le dos, je crains vivement de tomber, me figurant que le ciel est au-dessous de moi.
(18) J'ai bien, etc. J'ai bon nombre de choses à ma disposition, et je n'en ai pas une qui attache mon cœur.
(1 9) Eschoite, etc. Je m'attends à recueillir une succession , et je ne suis cependant l'héritier d'aucun homme.
( 5Si )
De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
D'acquérir biens , et n'y suis prétendent.
Qui mieulx me dit, c'est cil qui plusm'attaine,
Et qui plus vray, lors plus me va bourdent : 25 Mon ami est, qui me fait entendent,
D'ung c gne blanc, que c'est un corbeau noir ;
Et qui me nuyst, croy qui m'aide à povoir.
Vérité , bourde; aujourduy m'est tout un.
Je retiens tout; riens ne scay concepvoir. 3o Bien recueilly, débouté de chascun.
Prince clément, or vous plaise savoir Que j'entens moult, et n'ay sens ne savoir;
(21) De riens. Je ne prends intérêt à rien, cependant je m'efforce , etc.
(23) Qui mieulx. Celui qui me dit les choses les plus désobligeantes, c'est, à mon avis, celui qui me dit les choses les plus agréables.
(a4) Et qui, etc. Je tiens pour plus véridique celui qui se joue le plus grossièrement de moi.
(26) Qui me fait entendent. Qui me fait accroire.
(27) Et qui. Je crois que celui qui me nuit, me seconde de tout son pouvoir.
(28) Vérité , bourde. Vérité ou mensonge.
(29) Je retiens, etc. Je retiens tout ; mais je ne comprends rien. (32) Quej'cntcns, etc. Que j'ai connaissance de plusieurs choses ,
et que je suis néanmoins comme un homme qui u'auroit ni bon sens, ni savoir.
( 552 ) Parcial suis, à toutes lois commun :
Que sais-jeplus? — Quoy? — Les gaiges ravoir. Bien recueilly, débouté de chascun.