‹ Œuvres d'Homère. Tome 1Chapitre 17 sur 24 · ARGUMENT DU HUITIEME LIVRE · texte numérisé non relu

ARGUMENT DU HUITIEME LIVRE

T Jupiter ayant affiemblé tous les Dieux 8 toutes les, DéeJJes , leur défend fous des peines très-rigoureufes de donner aucun fecours ni aux Grecs ni aux Troyens ; il monte enfuite dans fon char , 8 va fur le mont Ida ; d’abord il fait que les Grecs, qui avaient combattu avec le même avantage que les Troyens , deviennent plus faibles 6 plient devant eux. Iris va de la part de Jupiter arrêter JUNON 65 Minerve qui partaient pour aller fecourir les Grecs , JUNON n’ayant pu obliger Neptune de le faire. Enfin la nuit étant venue, Hector harangue fes troupes fur le champ de bataille, fait allumer de grands feux de tous côtés 3 & l’armée pajfe la nuit fous les armes.

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m’ébranl T L.A ur o RE répandoit fur la terre l’or de fes rayons , quand le Maître du tonnerre appella tous les Dieux à une affemblée fur le plus haut fommet de l’Olympe. Tous ces Dieux fe placent autour de fon trône avec un filence refpectueux, & il leur parle en ces termes : » Dieux & Déelfes , écoutez-moi , & qu’aucun de vous ne s'avise d'enfraindre ce que j’aurai dit, ni de s'oppofer à mes ordres ; mais qu’on s’y foumette , afin que j’exécute mes décrets éternels. Celui de vous qui defcendra pour fecourir les Troyens ou les Grecs, encourra mon indignation , & ne

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D’HOMERE. Livre VIII. 253 regagnera l’Olympe, qu'après avoir été traité d’une manière peu convenable à un Dieu 5 ou plutôt je le précipiterai dans les profonds abîmes du Tartare ténébreux, dans ces cavernes affreufes de fer & d’airain qui font fous la terre, & autant au deffous de l’empire des morts, que le ciel eft au deffus de la terre : il connoîtra par ion fupplice combien je fuis plus puifant que tous les Dieux. Et pour vous convaincre tous de ma puiffance , fufpendez du haut des cieux une chaîne d’or , & tachez de la tirer en bas tous tant que vous êtes de Dieux & de Déeffes , tous vos efforts enfemble ne pourront jamais m’ébranler , ni me faire defcendre en terre 5 & moi quand il me plaira je vous enlèverai tous fans peine , vous, la terre, la mer: & fi je lie enfuite cette chaîne au Commet de l’Olympe , toute la nature fufpendue demeurera là fans action , tant mon pouvoir furpaffe celui de tous les Dieux & de tous les hommes , quand même ils uniroient leurs forces. “

Aces terribles menaces tous les Dieux demeurèrent étonnés & interdits. Enfin la Déefe Minerve, rompant la première le filence, dit à Jupiter : » Fils de Saturne, pere & maître fouverain des Dieux, nous favons bien que votre force ef invincible, & que rien ne peut vous réfifter; mais nous ne pouvons nous empêcher d’être touchés du fort des Grecs, qui remplit, faut leur malheureufe deftinée , périffent dans le combat. Nous nous abitiendrons de combattre , puifque vous le commandez ; mais nous infpirerons aux Grecs des confeils falutaires, afin qu’ils ne périffent pas tous par les funeftes éclats de votre indignation. “

Jupiter , qui avoit pris plaifir à la fage liberté de Minerve, lui dit en fouriant : »3 Rafforez-vous, ma fille , ce que j’ai dit ne vous regarde point, & j’aurai toujours pour vous des fentimens de pere. “ En finiffant ces mots , il attelle tes légers courfiers tout brillans de l’or de leurs treffes ; il fe couvre d’armes plus éclatantes que le foleil, prend en main les guides ; & montant fur ton char, il pouffe ces fougueux chevaux, qui volent rapidement entre la terre & le ciel parfemé d’étoiles. En un moment il arrive aux fommets du mont Ida , fur le haut Gargare, où il a un temple & un autel fur lequel les parfums exhalent continuellement une fumée odoriférante.

Le Pere des Dieux & des hommes arrête là tes chevaux, les dételle, les environne d’un

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is nous Itaires, funeftes fage li- „ Rat ne vous r vous s mots, de l’or lus éclaguides ; bugueux la terre oment il ■ le haut 1 fur 1eent une épais nuage, & s'affeyant fur la pointe du Gargare la plus élevée, environné de gloire & de majefté, il jette fes regards fur la ville de Troye & fur les vaifeaux des Grecs.

Les belliqueufes troupes Grecques , après avoir pris dans leurs tentes un léger repas , prennent leurs armes. Les Troyens s’arment auffi de leur côté dans l’enceinte de leurs murailles ; & quoiqu'inférieurs en nombre , ils brûlent d’impatience d’en venir aux mains , preffés par la néceflité de défendre leurs enfans & leurs femmes. Les portes s’ouvrent; les bataillons & les efcadrons Portent en bon ordre avec un grand bruit.

Dès que les deux armées font en préfence , & que le lignai eft donné, elles s’ébranlent & fe choquent avec furie ; les lances fe croifent , les boucliers heurtent les boucliers, les cafques heurtent les cafques , le courage & la force décident de la vie & de la mort, les cris des vaincus & des vainqueurs, des blefés & des mourans , font retentir le rivage , & la terre eft inondée de fang. Pendant que la facrée lumière du jour croiffoit , & que le foleil, précédé de l'auarrête là .ne d'un rore , montoit fur le haut du ciel, les traits voloient de part & d’autre, & les hommes tomboient également des deux côtés ; mais lorfque le foleil eut gagné le haut des cieux , alors le Pere des Dieux & des hommes prend fes balances d’or, met dans les deux baflins les forts de la mort des Grecs & de celle des Troyens ; il les éleve de fa main puiffante , & les pefe attentivement. Le fort des Grecs emporte la balance, & en fe précipitant vers la terre, il fait monter aux cieux le fort des Troyens. Auffi-tôt ce terrible Dieu fait retentir fes tonnerres , & répand fur toute l’armée Grecque fes fléchés & fes traits.

Les Grecs voyant le ciel en feu, & Jupiter armé contre eux de fes éclairs & de fes foudres, prennent l’épouvante & fe diflipent. Ni Idomenée , ni Agamemnon , ni les deux Ajax , favoris de Mars , n'ofent tenir ferme. Neftor, le plus grand rempart des Grecs , demeure feul, mais malgré lui ; il ne peut fuir comme les autres , car Paris avoit bleffé un de fes chevaux au haut de la tête, où les coups font les plus mortels. Le cheval preffé par la douleur de fa bleffure , s’étoit renverfé , & en fe débattant il avoit effarouché les autres chevaux. Pendant que ce vénérable vieillard s’arrête à couper les traits de la volée avec ion épée pour fe dégager, le

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D‘ H O M E R E. Livre VlîL 257 terrible Hector , qui renverfe tout ce qui ofe lui faire tete, fe fait jour pour venir à lui. Neftor touchoit à fa derniere heure, fi le vaillant Diomede ne fe fût heureufement apperçu du danger où il étoit : il crie de toute fa force pour appeller Ulyfe : „ Où fuyez - vous, fils de Laërte ? quoi vous tournez le dos ’ ne craignez-vous point que quelqu’un ne vous perce dans votre fuite ? quelle honte pour vous !

Arrêtez & faites ferme, afin que nous fauvions le fage Neftor des mains d’un cruel ennemi. “

Il dit, & fes paroles ne font point entendues. Ulyfle emporté par fa frayeur gagne les vaiffeaux. L’intrépide Diomede, quoique feul, lie laiffe pas de s’avancer à la tête des chevaux du fils de Nelée: „SageNeftor , lui dit-il, vous allez avoir fur les bras de jeunes guerriers vigoureux & rob uftés -, vos forces épuifées & votre grand âge ne vous laifent pas en état de leur réfifter ; Votre écuyer eft foible, & vos chevaux font fatigués ; montez donc fur mon char 3 vous verrez la vîteffe & l'adreffe de ces chevaux que j’enlevai dans le dernier combat au vaillant Enée ; il n'y en a point qui fâchent éviter & pourfuivre plus légèrement l’ennemi. Vos compagnons aufont foin des vôtres pendant que les miens nous

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