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Parcite, Patres, ita properanti, non elîgo nbi omlîia selectissima sunt, decurro per capita, et nudas lerum summas attingo. Vos, quibps isla notiora smit , auditores illustrissimi , noilte quaeso potiùs ex iis rebns, quœ à me dicnntnr, quàm quse sciuntur à vobis, ejns laudes ponderare. Si singula non dicam exornare^ sed percnrrere vellem , quae vires , quse facundia , quod tempns satis esse posset? Abundè est, si mentes vestras levi commemoratione ad tantse virtutis recordationem excitavero, sic pergiteincœterJs, et eaqnœ sum dicturus, ut graviora sunt, tacitis quoque cogitationibiiS adjuvate.
IMoîiiiiiislis ïduin dieni funestuui Reipublicae , ac bonis omnibus kictuosum, imô vero aterrimam illam noctem, dignam profecto quae perpetuis tenebris condeninetur, cum , nescio quo fato, ab amplexu bonorum civium optimus princeps, quem ut parentem amant, ut lumen suum suspiciunt, ut delicias amplectuntur, invitus, tamen sese subduxit. Meministis, quemadmodum ex eo vulnere patria conciderat, ut erat exanimata, ut ne vivere quidem sese sentiebat, cûm sibi menteni ac lucem unicam subtrahi videret ; discedit animus , mox corpus universum collabatur oportet ; toile solem è mundo , protinùs omnis ista natiirse tam nitida faciès squalebit; summove princi-
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les prières et les larmes d'an peuple opprimé, altendoient toujours de sou éloquence, le succès de leurs remontrances.
Pardonnez, Messieurs: je suis forcé de hâter ma course j et comment faire la part de l'admiration dans une vie toute admirable! Je vole de cime en cime sur les hauteurs qui dominent la mer dont je suis environné. Tout ce que je pourrois vous dire vous est déjà connu. Mesurez donc votre estime pour les vertus deïalon plutôt sur les souvenirs qui vous en restent que sur mes paroles. Si j'avois voulu, je ne dis pas composer un discours à sa gloire , mais seulement exposer dans une simple notice, ses actions les plus éclatantes, les plus utiles, qui m'auroit donné le talent, l'éloquence, le temps même nécessaires? Qu'il me suffise d'avoir averti votre mémoire : et comme tout ce qui me reste à vous dire, est bien au-aessus de ce que vous avez entendu, daignez joindre à mes paroles ces expressions secrètes par lesquelles les âmes répondent à la voix des orateurs chargés de réveiller en elles les sentiments si doux de l'admiration, de l'amour et de la reconnoissance. Quel tribut fut jamais plus légitime !
Vous n avez pas oublié. Messieurs, ce jour qui ne fut heureux que pour les méchants , ce jour si funeste pour l'Etat, ou plutôt celle horrible nuit dont les ténèbres n'auroient du jamais finir (lo). Elles couvrirent le départ, la fuite du Pioi, forcé, je ne sais par quel destin fatal, de se dérober à l'affeclion des bons citoyens, de ces François accoutumés à voir dans leur prince le père de la patrie, la source et le garant de leur prospérité, les délices de tous les cœurs» Vous n'avez pas oublié que notre pairie parut succomber sous ce coup terrible. z\vec son monarque elie sembloit avoir jjerdu sa lumière et son appui: languissante, inanimée, elle ne senloit plus la vie. Enlevez à l'Etat ce qui fait sa force, vous verrez aussitôt l'Etat chancelcr|-, que le soleil disparoisse, et ce bel univers , plongé dans les ténèbres, ne sera plus distingué du chaos. Ainsi , la présence du Roi
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peni è patria , emarcescant necesse est , quaeciirnque aiUe floriiernnt. Proh Deiis imraorlalis' quod reraedinm esse potest tam aegrotae, tam desperatae Reipuhiicse? Comitia extra ordinem habeiitur, deligltnr AuDOMARUs, qui incitatuni Régis aiit anlicorum animnin senatûs nomine mitigaret. Quis enim alius, ea, qnihiis Reîpjiblicae salus agitur^ aiit majori alacritate susciperet, ant diligenliâ tractaret , aut gravitate conficeret , ant fide renuntiaret? Jam qui non particnlani Reipublicae , sed totam prope Rempublicam suis quasi humerissustineret, nomiiiatim Icgeiidns erat legatus; quique non privatam civis optimi , aut etiam niagistratus authoritatem secum ferret, sed totius senatus gravitatem , iniperii majestatem , ac universae Reipublicae prope faciem leprsesentaret. Id intelligit senatus, deh'git virum tantœ rei pare m , deh'git scilicet Tal.ïum. Atque is quidem quamquam affecta œtate erat, et plurima, eaque bonorificentissinia jani aulae, et cnriae de se judicia babebat , tamen periculosum iter, et rem ex omni parte difficilem magno anime aggressus, ad Regem cum collegis summà celeritate contendit , sed ad Regem ingredi, prœsentem alloqui, genua complecti , osculo contingere dexleram , bono civi , et Regio ipsi Patrono mala Galliœ fala non concesserunt. Quid ergo hic agat Audomarus? qui interea snb dio , concubiâ nocte et intempestâ , ex tumulo quodam, in quo haerere jussus fuerat , formidolosam hinc Régis irara, illinc afflictos cives, undequaque ruricolarum ejulatus, pagorum incendia, horribiles fremitus armorum vel audit, vel intuetur ? Qui tamen nunquam virtutem deseruerat , mihi crédite , noa
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vivifie tout ce qui l'environne; mais s'il s'éloigne, on ne voit plus tlans des lieux autrefois florissants, qu'une stérile langueur. Quel remède appliquera-t-on à tant de maux ? Comment réussira-t-on à raminer l'espérance dans unf^ situation qui paroît désespérée? Le Parlement se réunit en séance extraordinaire; car il falloit avant tout calmer le courroux du monarque, et surtout adoucir les préventions et la haine des courtisans. Toutes les voix se réunissent en faveur d'Omer ; il est mis à la tête de la députation. Eh ! quel autre eût été plus digne du suffrage universel! Dans ces grandes crises par lesquelles le salut de l'Etat étoit compromis, tout autre auroit-il entrepris une œuvre si pénible avec plus d'abandon L'auroit-il continuée avec plus de prudence, soutenue avec plus de liberté, terminée enfin avec cette intégrité qui écarte même l'idée du soupçon si facile à réveiller dans des temps de trouble.' Pour rendre le bonheur à la France, il falloit l'homme auquel on avoit si souvent confié ses destinées ; cet homme qui représentoit en lui , nonseulement les vtrtus d'un citoyen irréprochable et d'un magistrat illustre , mais la gravité du sénat, mais la majesté de l'empire, mais l'Etat en quelque sorte tout entier. Aussi le Parlement vit que le seul Omer pouvoit remplir celte mission auguste, difficile, et il le clioisit. Un autre aurolt allégué sa vieillesse pour justifie r un refus. Tant d'honneurs avoient si souvent offert le nom d'(>mer à l'admiration , qu'il auroit pu se dérober sans home à une gloire qui n'étoit pas sans péril; mais sa constance et son ardeur élolent accoutumées à surmonter d'autres obstacles. Jl accepta donc sans balancer, et se rendit proniptement avec ses collègues auprès du Pioi. Mais le mauvais génie de la France veilloit encore ; la députation ne ftit point admise , et le défenseur des droits de la couronne ilaus la première cour du royaume, ne fut point présenté au jeune monarque. Il ne fut point permis à ce magistrat de le voir, de lui parler, d'embi asser ses genoux, de baiser sa main rovaîc. Qu'alttndez-vous
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deseritur a virtute, quœ in rerum omnium inopiâ seipsâ contenta est, quœ lucet in tenebris, quœ puisa loco manet tamen atque hœret in patria, splendetque per se semper ^ neque alieuis unquam sordihus ohsoîescit. (Cicero.)
Videtis , auditores , quàm in ancipiti loco versetur Tal.eus, versetur item oratio ; redit iile in urbeni aegrotus calaraitate publicâ, quem nulla iinqnam domestica clades frangere potuit.
Magno prœsentit pectore curara , Mens immola manet , lacrymse volvuntur inanes.
YlRG. , 1. 4.
Et plané quidem aliis in rébus quœrenda est fortitudinis et constantise laus; in tam gravi animi dolore, tam diibiis ac forniidolosis rerum Gallicarum temporibns accepte , imnianis quœdam duritia esset non flere, non ingemiscere, non vehementer commoveri. Non ergo id, quod rei est, dissimulemus, collacry-
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d'Omer dans celte circonstance terrible? Malade et souffrant, il resta, pendant toute la durée d'une nuit orageuse, exposé aux intempéries de l'air, sur la hauteur d'où il lui avoit été commandé de s'arrêter (ii). Ses regards se portoient tour à tour sur le château, demeure redoutable d'un prince irrité, et sur des chaumières enflammées devenues un. théâtre de désolation et de désespoir. Les cris des soldats furieux et libres dans leurs fureurs, les déplorables lamentations et les plaintes déchirantes des malheureux habitants des campagnes arrivoletit jusqu'à lui.. . IN'lais ceha qui n'abandonna jamais la vertu ne sera jamais abandonné par elle. Dans une défection universelle , s'écrie l'orateur romain, elle se suffit à elle-même; dans les ténèbres elle brille de sa lumière; exilée de la patrie, elle y commande encore par d'honorables souvenirs ; et (ière de sa splendeur, elle écarte d'un souffle les vapeurs dont on voudroit obscurcir sa gloire.
Vous avez vu , Messieurs , dans quelle terrible situation nous avons laissé Talon, et celle de votre orateur n'est pas moins difficile. Poursuivons cependant. Celui dont aucune perte domestique n'auroit ébranlé la constance, fui accablé par le malheur public.
Son âme courageuse Soutient de raille assams la tempête orageuse. Les larmes , les sanglots le poursiàvent en vain. Il ge'mit sur la France , il pleure son destin ; Il pleure, mais son cœur demeure inébranlable.
( Trad. de Delille. )
Et certes. Messieurs, dans d'autres catastrophes, cette constance et cette force d'pme qui nous élèvent au-dessus de toutes les infortunes, auroient été pour lui de nouveaux sujets d'éloges ; mais sa douleur prenant sa source dans la cruelle , dans l'effrayante perspective que présentoient alors les affaires de France, pouvoit-elle ne pas s'exhaler en sanglots , en gémissements? La comprimer, n'cùt-ce pas été se
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maliis est Tal.eus , et cùm jam desperasset aliqiûd authoritate sua proficere posse , geniitii et dolore pugnavit , ut pote qui neqiie alils ad Regem flectendiim armis iiti , qnàm lacrymis , cives debere pntavit, neqiie efficacioribus posse fuit postea expertus , ciim tandem si minus pacem inter cœteros conciliavit, at saltem Senatum, et nrbem ab illorum contentione sub Martii fmem abduxit.
Post id tempiis, minqnam facere , agere , moliri omnia destitit , ut pacem et concordiam firmaret ; dobiit paîam non morlo pacem , sed orationem etiam civium pacem efflagilanlinm repiidiari, nihil praeterniisit vel monitonim, vel qnerelanim, ut vel nondum satisfirmam pacem civili bello anteferendam esse persuaderet. Quid non pro Piege, pro repubb'ca tcntavit? Obtulit in discrimcn vitani sunm , dixit enm sententlam^ ai jus invidlnm capitis periculo sibi prcpstandam esse videbat : dixit vehem enter, egit acriler; ea^ quœ sensit, prœ se tulit; dux, author^ actor, exactor multarurn rerumjuit; non (juodpericulum suum non viderei, sed in tnnta Reipublicœ tempestate nihil sibi nisi de patriœ periculis cogltandiun puîahat. ; Cicero.) Vahiissetqne ntinam illius divina vox, et sententia, staret niiuc, ô Galli , Gallia , neqne ea tempestas, qiiam velut è spécula denunciavit Tal.îius, corripuisset omnia, Franciamque sine legibus,sIoe judiciis, sine magistiatibus, sine fide, sine senatu eô usque objecissct direptionibus, et incendiis Barbarorum. Quin
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montrer insensible plutôt que courageux ? Pourquoi donc dissiraulerai-je ce que l'histoire dira sans doute ? Oui, Talon laissa couler ses pleurs. Voyant sa constance et son autorité devenues inutiles, sa grande âme ne dédaigna point de manifester, par des signes non équivoques, sa profonde affliction , persuadé que dans ces temps calaraiteux, les pleurs sont les seules armes que les citoyens doivent opposer à la colère du monarque. Ces mêmes armes, il les employa^ mais avec plus de succès, lorsque, ne pouvant établir une conciliation générale, il parvint du moins, vers la fin du même mois, à soustraire le Parlement et la ville de Paris au parti des rebelles.
Dans la suite, son unique ambition fut d'affermir ces heureuses dispositions , et tous ses efforts tendirent à les maintenir. Il se plaignit, en présence du sénat, du refus de tout moyen de conciliation. On le vit déplorer le triste succès des touchantes prières de tous les citoyens invoquant enfin le repos après tant d'agitations. 11 employa les conseils, les reproches, les plaintes pour persuader à tous qu'une paix, même incertaine, étoit préférable à la guerre civile. Quel courage ne déploya-t-il point pour sauver le peuple et le Roi! Il brava tous les dangers; il s'exprima de manière à réveiller toutes les haines; mais la crainte de la mort ne l'ébranla point. Après avoir parlé avec une énergie extrême, il agissoit avec non moins de constance. Jamais il ne sut dissimuler les sentiments dont son cœur étoit plein; ils débordoient dans ses discours. Chef, auteur, acteur dans toutes les nobles entreprises qui furent alors exécutées ou conçues, aucun de se dangers personnels n'échappoit à sa prévoyance; mais, dans cette grande crise de la monarchie, il se seroil cru coupable s'il se fût occupé d'autres intérêts que de ceux de l'Etat (i). Et plût à Dinu que tant d'éloquence et de si salutaires conseils eussent prévalu! O François! notre belle patrie seroit encore florissante; cet orage' que
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etJarn , proh dolor ! staret etiamnnm Tal^us , nec noviim ex tam fortis viri , boniqiie civis morte viilnus acciperet Gallia, ex cnjus tam gravi vulnere mortem accepit Tal^eus. Ita eiiini est, anditores, jani ab annis ferè quatuor, quibus Galli veluti fatalibus quibusdam furiis in mutuum saiiguinein agebantur , vivus , ut aiunt, vidensque nioriebaturAuDOMARus; non poterat valere, cùni segrotam patriam videret , non poterat vivere,cum propè mortuam aspiceret; non senectus vitse finem attulit , non valetudinem casus aiiquis perculit , non humorum intempéries mortem peperit ; consumptus est pulcherrimo et honestisslmo illo morbo, quem in optimo cive, et salutis publicse amantissimo magistratu, patrise charitas, Régis desideriiim, gravissima tempora civitatis, et ruina eversse atque afflictae Reipublicae excitavit. Fatum secutus est Oblivarii illius magni , qui cùm insoliti motûs futuras calamitates animo prœsagiret sub Francisco II , et Rege puero gliscentem indignaretur potenliorum aliquot aiidaciam , ex animi dolore morbum , quo periit, fatalem concepit. Uterque dignus , qui Reipublicae victima , et regiae fidei martyr, ut ita ioquar, appelletur.
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Talon avolt vu se former, et dont il avoit annonce les funestes ravages, n'auroit pas éclaté sur nous, et notre inaibeureuse France, a-.ij urdliui sans lois, sans magistrats, sans justice, sans respect pour le sénat, infidèle à son prince, ne seroit poinl livrée comme une proie aux brigandages et aux cruautés des barbares. O douleur ! Talon vivroit encore, et cette perte, ajoutée à tant d'autres, n'auroit pas mis le comble à nos malbeurs, et peut-être consommé notre ruine! Je ne vous dis que la vérité, Messieurs: oui, notre Orner vivroit encore ; mais devenu le témoin des fureurs de ses concitoyens plongés, par un funeste génie, dans le sang que des mains fralernelles n'auroient jamais dû répandre , il mourroit tous les jours. Et comment auroitil eu le courage de conserver quelque énergie ou de réparer ses forces, lorsqu'aulour de lui tout toraboit dans la langueur? Comment auroit-il désiré de vivre, quand la France sembloit prête à mourir? Ce ne fut point la vieillesse ou quelqu'un de ces accidents produits par le désordre des bumeurs qui bâtèrent sa fin. La cause de sa mort est plus noble et plus sainte. Son amour pour la patrie, sa (idélllé envers le Roi , le douloureux spectacle des malheurs de la capitale et des provinces, poussèrent dans la tombe le meilleur des citoyens, et le magistrat le plus jaloux de la prospérité de son pays éprouva la nicme desiince que ce grand Olivier (12) dont notre France s'honorera toujours. Ce cbancel.er illustre avoit prévu tous les malheurs que la minorité de François second devoit produire. Il voyoit déjà les grands, devenus plus audacieux par la foiblesse de l'autorifé souveraine, exciter des mouvements séditieux, et se servir de la credubté du peuple pour désoler Je royaume. Ces borribles images empoisonnant son cœur d'amei tume, elles abrégèrent ses jours. Ainsi, Talon et Olivier moururent martyrs du patriotisme et de la fidélité j si, cependant, il est permis de consacre! , par un nom si saint, des vertus purement bumaines!
^'iiii 1 Taioi». J. J
Etsi vero istis TalvEum virtnlibus politicis aclorno, Tiolite , qiiœso , anditores , vobis animo hominem qnemdam profannm ant philosophnm fingere, qui pietaleni, fidemqiie christianani privatonini esse landes, virtutisque diintaxat speciem et opinîoneni consectandam esse principibus viris arbitrarelur ; quasi vacare negotiis, studere nominis immortalitati, Rempubiicani legesqiie tractare , magnatuQi religio slt , quicquid addideris, mollis animi, et otiosi negothim esse videatnr. Hic primus semper animi sensus fuit in Tal^o , ut diguitatem ipsa pietate digniorem faceret, ut tantô propiùs se cùui Deo corijungeret, quanto longiiis à communi cœterornm conditione recedebat , supreiiiumqne numeu eo humiliiis vereretur , quod illud in magistratibus omnes populos venerari videret. Taceo quàm assiduus fuerit in templis, quàni frequens ia audiendo curiali sacro , quàm diligens in percipiendis cliristianse disciplince sacramentis ; sed praesertim cum obitùs sui tempus appetere, nescio quâ praesen^ionis vi, propemodum divinaret.
Non refero, quod quotidiana sacrarum scripturaruni lectioneanimum alebat, quod ex eo génère Salomonem suum quasi familiarem sibi seposuerat, quod in intimo hune pectprerecipiebat, quod etiam ad pietatem et gustum rerum sempiternarum gallicè convertebat. Mitto alia id genus niuita. Quid enini singula consecter?Spi-
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N'imaginez pas pourtant, Messieurs, qu'Orner Talon fût «n de ces hommes d'état, un de ces philosophes qui regardent la piété et la foi du chrttien comme le mérite du peuple. 11 n'est que trop ordinaire d'entendre dire qu'il suffit aux hommes investis d'un grand pouvoir, de ne pas négliger en apparence les devoirs du culte. Travailler à rendre immortel un nom déjà célèbre, en veillant aux intérêts de lEtat, en faisant respecter ses lois, telle doit être, suivant l'opinion commune, la religion des grands; tout ce qu'ils pourroient taire de plus décéleroit en eu^ de la fo.blesse , de linsouciance et de la pusillanimité. Voilà comment raisonne le monde; mais tels ne furent ni les senl.menis n. les opinions de Talon. Jl éloit, au contraire, persuade que, dans un magistrat, la rel:^ion donne plus d'ascendant a l'autorité; que des hommes, placés par leurs dignités SI fort au-dessus de leurs semblables, ne sauroient assez se rapprocher de Dieu; que l'Etre Suprême leur impose des devoirs proportionnés à leur élévation^ qu'enfin, pour être respectes du peuple, qui ne voit que trop souvent en eux les dieux de la terre, ils doivent eux-mêmes corninencer par s'humilier devant Dieu. Il seroit donc superflu ae louer l assiduité d'Orner Talon dans le temple, l'exactitude scrupuleuse avec laquelle il assistoit tous les jours nu saint sacrifice dans la chapelle é. Palais, et le respect profond avec lequel il participoit aux sacrements de l'églisei sero.t également superflu d'ajouter quMl parut redoubler de ierveur, lorsqu'un pressentiment difficile à définir l'avertit de sa mort prochaine.
Il nourrissoit chaque jour son esprit de la lecture des saintes écritures. Parmi les livres sacrés il aimoit surtout les ouvrages de Salomon. Pénétré de la sagesse d'un p, ince qui fut s. long-temps l'interprète des lois et de la just^^ce de Dieu il mettoit ses livres à part, comme on distingue un am. dont la conversation et les avis nous plaisent 11 les tradu.soit en françois pour se rendre plus familières les
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ravit unîversahominisvita pietatem,chnstîanns fiiitîn foro, christianus fuit in magistratu, nihil fecit politicè, qnod non fecerit christianè, agnovisses chrîstianum, nbicumque reperisses Tal^um, neque colorem modo, sed etiam medullam hominis christiani deprehendisses ; neque enim in religione superstitionem aut fastuni adhibebat, non argutias sequebatur, sed ipsuni Christum complectebatur , ipsum , ut ita dicam , visceribus conceptum gerebat. Sed ista pietas, auditores, quo plus habet meriti reconditiorîs , minus ad pompam orationis est comparata , et quo majorem Deo remiinerandi prsebet copiam , eo minorem tribuit oratori dicendi facultatem. Verùm satis est fortasse dixisse hoc tempore , eum eloquentem , Sapientem , summum vîrum , et christianum fuisse , cùni tam raro ista conveniant, et paucos invenias, in quibus illa hoc non afflixerint.
Sed quis sileat divinam propè illius cuni morte contenlionem, ex qua sanctissimse vitae summa, quae potest esse , laus accessit. Cum enim sapientis viri est providere , ut mors ipsa bene actae vitœ respondeat, ne posiiemus actus inconcinnus , ineptusque totam fabu-
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Terités qu'on v trouve répandues : il aimoil à recueillir au fond de son cœur ces saintes maximes; il y puiso'it sa piété, sa vertu, et cette ardeur pour le ciel que nous avons si souvent admirées. Sa vie fut une pratique continuelle des préceptes de l'Evangile. Il fut chrétien dans la magistrature comme il l'avoit été dans le barreau; et ce que la politique lui prescrivoit, la religion ne le désavoua jamais. 11 éloit impossible de séparer en lui le magistrat du chrétien. Dans toutes les situations de sa vie, la morale et la foi du Sauveur embloienl épurer ses actions et prêter à ses discours leur caractère et leur charme célestes. Sa piété n'étolt point défigurée par la superstition ou par une fastueuse hypocrisie. On ne le vit point abaisser la majesté de la religion à de vaincs et puériles disputes. Il tâchoit , conformément au précepte du Christ, de se rendre parfait comme notre Père éternel, comme l'avoit été l'Homme-Dieu lui-même. Mais cette éminente piété , Messieurs, plus elle est précieuse pour le ciel, moins elle se prête aux pompes de la terre; elle déconcerte la parole vainement ambitieuse des orateurs , parce qu'elle doit recevoir, dans un ordre de choses bien différent, une récompense infinie. Qu'il me suffise donc de vous dire que nous avons vu de nos jours un orateur illustre , un philosophe, un magistrat intègre, en un mot, un grand homme qui n'a pas rougi d'être un chrétien fervent. Ce dernier trait d'un bel éloge est d'autant plus digne de remarque qu'il est plus rarement offert à notre admiration, et que la négligence des plus saints devoirs, dans ceux qui pourroient donner des exemples édifiants , n'est que trop souvent l'objet d'une censure légitime.
Arrêtons -nous donc. Messieurs, sur ces derniers instants : le trépas du sage doit ressembler à sa vie. Un drame où tout intéresse souffre de l'irrégularité du dénouement j mais dans Talon, et la vie et la mort, tout mérite les uièmes éloges. Il régla ses affaires domestiques avec un sang-froid égal à sa sagesse, sans se laisser at endrir par l'affliction de
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lain detnrpet, Audomarus Tal^us, rebns domestîcis ad pietatem et justitiam ritèsapienterqiie coniposltis, sic è vita discessit , ut de dorno in donium nni;rasse videretiir. Non tletii snorum ingemuit, non rnortem plus se(juo exhoiTuit; quisenini lubentiùsdebnit mori, quàm is, qui et se semper victurum sciret, et virtutis prœmium jam praelibaret, et inculpatè se vixisse meminisset? Pericles ille, queni Olynipium vocant , cjuôd eani in dicendo vim haberet , ut tonare in concionibus, fulmina emittere videretur, cùm animani ageret , aniicique circumstantes dolore affecti, foreuses ejus et politicas laudes celebrarent , cubito ferunt innixuni succensuisse, quod communia sibi forte cum multis fortunae et ingenii potiùs quam virtutis opéra laudarent : id verô quod maximum , pulcherrimumque in se fuisset, praetermitterent ; qu6d scilicet ejus causa nemo unquam Atheniensium pullam vestem induisset. O Tal.ee, tu Pericles in foro, tu Pericles in republica , sed quàm in hac postrema laudum tuarum parte Pericle major! Major et modestiâ, qui tantum tibi non arrogasti , et virtute ipsâ , qui meiiora praestitisti ? quàm verius nos de te, quàm de se Pericles, prsedicamus ; nemo in causa Audomari pullam vestem suscepit; Audomari certè viventis. Nam heu me miserum ! morlui, mortui Audomari causa quammultî pullam vestem induerunt , aut cur induerint, habuerunt ! habent in hoc interitu , quod doleant universi ; egeni , ac miseri , qui tutorem, ac parentem amantissimum ; Tribunalia , quae sanctissimum censorem ; Senatus , qui consultissimum virum ; Ecclesîa , quœ patrocînatorem acerrimum ; Pa-
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ses arais et de ses proches (i3j. En présence de li mort, il ne montra ni témérité ni foiblesse. H quitta pour jamais la terre, comme s'il n'eût fait que changer de demeure. Eh! qui doit mourir avec moins de terreur que cet homme qui, pénétré de ?on immortalité , goûloit d'avance le prix de sa vertu; car cet humble chrétien se présentoit au souverain dispensateur des récompenses éternelles avec le se itimcnt de son innocence? Ce Périclès , qui mérita le surnom d O- Ivmpien, parce que les éclats de Sf^n éloquence vive, soudaine , entraînante , ne pouvoient être comparés qu'aux éclals de la foudre; Périclès. sur son lit de mort, éloit environné de ses amis en pleurs. Ils lui vantoient la gloire qu'il s'éloit acquise dans les tribunaux et dans les assemblées du peuple: mais, se relevant avec effort, appuyant sur sa main sa tête appesantie, il voulut donner à ces amis, ou plutôt à ces adulateurs, une dernière leçon. Pourquoi me rappelez-vous dans ce moment suprême, leur dit-11, ces honneurs, ces avantages qui sont dus à la fortune, au talent,-au génie et non à la vertu? Une autre gloire m'est bien plus chère. Félicitez -moi du bonheur d'Athi^nes pendant toute la durée de mon administration; félicitez-moi de n'avoir obligé jamais aucun de nos concitoyens à se revêtir de sa robe de deuil pour me servir ou pour me défendre. O Talon I le sénat et le barreau ont admiré en vous les talents et les vertus de Périclès ; mais, dans le dernier acte de votre vie, combien vous fûtes plus grand que le héros d'Athènes! plus grand par votre modestie, car vous ne voulûtes point vous attribuer dans les louanges de vos amis^ même ce qui vous étoit dû; plus grand par votre vertu, puisque les actions de votre vie, moins brillantes peut-être, étoient bien plus utiles et plus saintes; plus grand surtout par votre espérance, car vous ne demandiez lion aux hommes , et n'attendiez votre récompense que dans les deux. Ah ! que nous disons de vous, avec bien plus de vérité que Périclès ne le proclamoit de lui-même: personne n'a
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tria, quae optimum civem; et eniditi, qui propugnatorem prœsentissimum araiserunt.
Ea vel nna consolatîo, auditores, snblevare debnit, quôd pinres quidem Tal^a nobis , unnm certè Talaeum sibi siiperstitem spirans, vivnmqne sni simulachrum Audomarus reliqnerit , eum inqnam , quem suum in tanto magistratu snccessorem , vir aequus et priidens designavit. OAndomare, magna certè sunt quae gessisti, et omiiia quidem ejiis modi, ut nisi ita per se magna es«e fatear, ut ea vis cujusquam mens, aut oratio capere possit, amens sim ; tamen hoc affirmo, et hoc pace dicam tua, nullam in his esse laudem ampliorem , quam eam , quam subrogato tibi filio es consecutus. Gesserunt quidem alii Rempublicam, et prseclarè multi , sed quamdiù vixerunt. Tu, DïONisio filio ad gubernaculum admoto, posteritati quoque consuhiisti , pluribus in futurum sœculis providisti , ratione nimirùm inventa , quemadmodum curam publicse salutis retineres etiam post mortem; ratus, id quod est, triumviri es^e boni prospicere, ne succédât triumvir malus, magistratum eum esse malum, quem successoris vitia commendent. In hoc piis manibus gratulaturRespublica, eum successorem eum, quem certatim omnes efflagitassent , et tibi facere, et sibi habere contigerit. Gratulatur Ecclesia, eum tôt jam virtutes inuno juvene, tam prseclarse, tam emi-
D OMER TALON. 1^ 1 1
été forcé parmi nous de prptidre ses habits de deuil pour avoir servi les intérêts de Talon. Sa mort seule , car il n'est déjà plus y Messieurs , pouvoit nous revêtir de ces ornements funèbres ; et à combien de litres nous lui payons aujourd'hui ce dernier hommage! 11 s'avance vers la tombe, accompagné de regrets universels : les indigents et les malheureux pleurent en lui non un protecteur généreux, mais un père tendre et compatissant; les tribunaux un censeur inc )rruplible; le sénat un conseiller prudent; l'églisp un veng'îur éclairé de ses droits; la patrie un citoyen vertueux; e!jfm celte Académie . et avec elle tous les dépositaires de la science, versent des pleurs sur la tombe du plus illustre défenseur des saines doctrines.
Il nous reste cependant, Messieurs, une consolation au milieu de tant de regrets, et cetre consolation nous la devons encore à Talon. Il se survit à lui-même : lui-ii^eme a désigné son fils pour lui succéder dans cette mogistratare que de glorieux souvenirs ont rendu très-difficile. Vous avez fait de grandes choses, Omer ! et celui qui chercheroit à diminuer votre gloire, par d'injustes censures, ne seroit pas moins insensé que celui qui s'imagineroit l'avoir dignement célébrée Qu'il me soit néanmoins permis de le dire : vous n'avez rien fait de plus grand que de préparer, par vos travaux et vos leçons, la gloire de votre successeur. Il n'est pas rare de trouver parmi nous de grands hommes d'Etat; mais le bien qu'ils ont fait finit avec eux. Au contraire, en élevant votre Denis à vos emplois , vous avez songé à la prospérité des temps futurs. Avec quel ravissement d'espérance et de bonheur nous vous revoyons en lui I Vous saviez qu'un bon avocat général doit veiller, m'^me après sa mort , au maintien des heureuses réformes qu'il opéra pendant sa vie. Les vices de son successeur seroient uu reproch: que l'on pourroit faire à sa mémoire. Grâces immortelles soient donc rendues à l'ami de sa patrie , qui sut élever pour elle un magistrat digne de la France et de lui ! L'église retrouve
Iviij ELOGE
nentes esse conspiciantiir, lit ne în sene quiilem majores desiderari possint , futurae proisiis incn^dibiles . nisi et ex piissima Tal^orlm faniilia^ et tiliiim Au- DOMAiii esse niemiiiissemus. Sed inipiimis Academia gratulatiir, anditores, qnae tantis beiieficiis obligata^ id omnium maximum esse putat , quod talem sibi vicarium snperstitein esse Audomarus vohierit ; oui nec déesse potest amor in optiniam parentom, excnjus uberibijs lacteiim eloquentise fliimeii srixit ; nec facnltas benè merendi, quam jam habet cum parente commnnem. Non nescitille, qnam ssepe pro pnblico tum maxime advocato segerere gloriatus est Audo- MARus pater, cum se amicum Academise patrommique prœstaiet; vidit ipse non uUnm ferme Academiae hostem oppressum occidisse, quin patris vel manu, vel telo, vel consilio oppI•es^um fatereiur. Quid jam agat sanctissima litterarum parens, nisi, ut dum iuget patrem , filium imploret , omnemque cuitum ac benevolentiam, quàm nuper in Tal^os partiebatur, jam in hune unum conférât, ab eôqiie contendat, ut quam personam, vivo pâtre, in secundis partibus constitutus gerebat, eam nunc mortuo sokis velit sustinere. Si enim, quod cum parente collatâ opéra faciebat , advocationem Academiae regiam , atque praesidium accommodâbit , si eorum , quos tanta cum charitate complectebatur Audomarus > dt^fendenda jura hereditario quasi jure ad se transmissa esse , et officiis accessisse suis existimabit; erit, viri academici, cur leniùs aequiùsve jaciuram feramus; erit, cur minus nos de tanto nobis sublato prsesidio doleamus ; ac denique diuturnam superstiti Tal.eo vitam optemus , precati mortuo ceternam felicitatem.
d'omer talon. lix
elle-même, avec reconnoissance, un défenseur de ses droits dons ce jeune homme dont les vertus et la piété sont un objet d'admiration pour les vieillards : elles seroient incroyables si l'on éloit moins accoutumé à les voir se perpétuer dans sa famille. La reconnoissance de cette Académie surtout doit éclater en présence de son nouveau protecteur, instruit par les leçons et les exemples d'un père qui fut long-temps son maître et son modèle , et qui lui a légué, aM c la science du bien, le pouvoir et la volonté de l'accomplir. Au nombre de ses bienfaits, celui-là doit être compté le premier. Un fils d'Omer n'oubliera jamais que son père regardoit, comme le plus noble privilège d<i son emploi, le droit de protéger cette Académi«\ 11 htritera de son amour pour cette mère des lettres, car elle a nourri sa jeunesse du lait de l'éloquence. Que reste-t il donc à faire à cette Université, si ce n'est de vouer au nouveau Mccciie le tribal de vénération qu'elle parlageoit naguère entre Orner et lui, et de le conjurer de nous continuer, aujourd'hui qu'il se trouve au premier rang , les soins généreux et l'active bienveillance dont il nous fit jouir lorsqu'il préludoit à de nobles travaux sous les auspices d'un père qui n'est plus? S'il accueille nos vœux-, si la protection que cette Académie en réclame, est aux yeux du jeune magistral la portion la plus précieuse de l'héritage de ses glorieux ancêtres, alors nous supporterons avec plus de conslauce la perte cruelle que nous uéplorons -, nous répandrons des pleurs moins amers sur des cendres si chères , et nous demanderons au Ciel de longs jours pour celui qui nous reste, après avoir imploré l'éternelle félicité pour celui qui n'est plus.
k NOTES.
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