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en.leur faveur des propres , des substitutions et des douaires ; en uîi mot , la nature et la raison donnent tous leurs vœux pour les enfants : ils sont, selon le langage de l'Ecriture , toute la bénédiction du mariage ; ils font la f 'licite et la force des Etats, /autrefois, les femmes stériles é^oient notées , et lestecondes avoient des privilèges. Qu'est -il besoin d'en dire plus? Les enfants sont la joie du ciel et de la terre. IN y aura-t-il que dans le plus auguste mariage qui soit sous le ciel , où la mère et les enfants soient en malédiction , où la fécondité devienne odieuse et la stérilité favorable? Si la Reine donne un fils aîné à TEglise, cet enfant sacré est exliérédé avant même qu'il ait vu le jour ; et , ce qui est de plus étrange , sa mère , en haine de sa fécondité, sera dépouillée du sceptre et de la couronne où elle a un droit naturel ; mais si cette grande princesse demeure stérile , elle jouira , pour sa récompense , de toutes ses souverainetés ! Quelle est cette funeste précaution par laquelle le Pxoi très - chrétien ne puisse être père , que son épouse ne soit déshéritée ; la R.eine très-chrétienne ne puisse être mère , qu'elle ne perde les sceptres de sa race , et qu'il ne leur puisse naître un enfant , qu'il n'ôte par le premier instant de sa naissance, une couronne à celle qui
lui donne la vie? Que l'on parcoure toute l'antiquité
chrétienne et profane , que l'on repasse exactement sur les mœurs de tous les peuples de la terre , il ne se trouvera point d'exemple , hors de ce siècle , approchant de cette
espèce On a bien vu quelquefois des reines affligées à
cause de leur stérilité : T histoire fournit même nombre d'exemples où Ton voit qu'elles ont perdu la couronne pour n'avoir pu la soutenir par la naissance de quelque enfant; mais que la seule raison de leur fécondité les ait détrônées, c'est ce qui blesse également les principes de la justice et de la religion.
«Ce sont les enfants qui assurent les sceptres dans les familles: la force de la mère et sa gloire, dit l'Ecriture, est la naissance d'un fils. La Pieine seule , entre toutes les femmes de la terre, perdra-t-elle ses droits par la nais- ^nnce d'une postérité que le Ciel ne lui donne que pour
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les remplir et les conserver ? Cette injustice est plutôt faite à la nature et à la dignité' du sacrement qu'à la person.ne de la Reine. Ce n'est que la qualité de mère et celle de fils qui sont offensées , et non point les personnes. Si cette auguste princesse n'étoit point mère, eile conserve* roit ses avantages , et elle ne les perd que par la bénédiction que Dieu a donnée à ses vœux. Le sacrement qui a fait ce mariage , la nature qui l'a rendu fécond et le Ciel qui en bénit les fruits , seront les seules causes de cette prodigieuse exhérédation.Sa peine est un effet de la grâce, sa privation une suite du plus légitime effet de la nature. Chose étrange que la fécondité qui donne des successions aux autres, lui en ôte, et que l'on punisse, dans son mariage, ce qui fait le vœu de tous ceux du monde I ... «
Non, il n'est pas possible que je m'abuse î cette discussion rapide et savante; ce style simple , quand il doit l'être, et toujours soutenu, sans effort, à la hauteur du sujet ; ce mélange d'érudition et de goût, cette vive chaleur, ces mouvements variés, cette sensibilité vraie, cette richesse de diction , oui, tout cela, c'est l'éloquence ! (i)
Ainsi, nous avons déjà vu l'éloquence du barreau se perfectionner, et sous la plume de l'avocat Fourcroy, et sous celle de Denis Talon. Poursuivons-en l'histoire.
A Denis Talon succéda d'Aguesseau : mais celui-ci n'eut point besoin, comme on le pense communément de nos jours , d'opérer dans le barreau une révolution complète. Les innombrables difficultés qu'Omer Talon a voit rencontrées soixante-six ans auparavant n'existoient plus. Grâces à l'essor extraordinaire de l'esprit humain , les chefs-d'œuvre s'étoient multipliés dans tous les genres. Dans la chaire, on avoit vu l'éloquence parvenir tout-à-coup de l'extrême enfance à la plus éclatante virilité. Jusque dans les dis-
(i) Si l'on me reprochoit de m'être trop longuement ar*. rêté sur ce bel ouvrage , je rëpondrois d'abord qu'ét.int devenu extrêmement rare , je ne devois pas me contenter d'en donner une foible idée ; qu'ensuite la perfection qui le caractérise méritoit d'être constatée.
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eussions les plus abstraites de la métaphysique , notre langue avoit acquis une clarté, une concision, une justesse égale aux grâces , à la richesse et à la sublimité qu'elle déployoit sur la scène; en un mot , le secret d'être tour à tour éloquent et naturel, simple et véhément, majestueux sans emphase , et familier avec dignité ; ce secret autrefois inconnu, étoit devenu populaire parmi les écrivains inimitables dont la France admiroit chaque jour les ouvrages. Trop heureux d'avoir vu sa jeunesse s'élever dans l'intimité de ces glorieux émules des anciens, il suffisoit donc à d'Aguesseau d'achever de soumettre sévèrement l'éloquence judiciaire au goût enchanteur qui dominoit dans tous les genres élevés de la littérature.
On sait avec quel éclat il remplit cette noble tâche ; on se souvient aussi que Denis Talon, en présence de qui cet illustre magistrat porta , pour la première fois , la parole dans sa charge d'avocat-général, s'empressa de dire qu'iV va adroit finir comme ce jeune homme commençoit; louange pleine de finesse et de modestie. Gomment, après avoir été si long -temps applaudi dans la même carrière, ne se seroit-il pas livré tout entier, en s'oubliant luimême, à la joie d y voir paroître un talent digne de poursuivre l'œuvre qu'il n'avoit pu complètement terminer ? Louer ainsi d'Aguesseau devant des magistrats vieillis dans le goût des formes anciennes, n'étoit-ce pas l'enhardir et peut-être lui donner des forces nouvelles ? x\u reste, dans sa dernière Mercuriale, Denis Talon avoit courageusement signalé les défauts dont son successeur venoit faire justice. S'adressant aux avocats , ce magistrat leur avoit dit : « Au lieu de se renfermer dans son sujet, on pread Tessor, on monte jusqu'aux nues, où Ton découvre , où l'on invente des rapports et des liaisons du ciel avec la terre. On s'applaudit quand on trouve le moyen d'éblouir et de surprendre par des ap-
Ï)lications subtiles et ingénieuses; on enveloppe ses traits es plus aigus sous des énigmes et des paraboles ; et , en orateurs qui mesurent leurs périodes , qui affectent un style sublime, des expressions élégantes et des pensées
Orner Talon. I. g
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plus brillaiiles que solides, on ne se propose guère d'au* tre but que de se concilier l'attention et de s'attirer des applaudissements. Comment désavouer qu^en diverses occurrences, nous ne nous soyons servis de cette industrie pour suppléer à la stérilité de notre sujet ? Mais ce qui étoit excusable au commencement et au milieu de notre carrière , seroit ridicule et contraire à la bienséance quand on approche de la fin de sa course. » ( i )
Ces judicieuses leçons, cette censure persuasive ne restèrent point stériles dans le barreau. Erard en sentit le mérite, la vérité; et cet orateur réunit bientôt , à lui seul , les qualités diverses dont on attribue exclusivement la gloire aux orateurs judiciaires du siècle suivant (2). Il joignit à la raison le goût exquis de ses contemporains. Dans la discussion , personne n'a montré , par la suite , plus de noblesse et de sagacité. Son style est élégant et fleuri sans recherche ; sa phrase naturelle , vive et correcte. Il ne se permet que l'érudition absolument nécessaire à sa cause. On trouve fréquenmient , dans ses plaidoyers, des traits d'une éloquence admirable. Il en est un sourtout que je ne puis m'empêcher de rapporter.
Erard plaidoit contre le testament par lequel M. le Boultz, conseiller aux requêtes du Palais, avoit institué son fils cadet légataire universel de tous ses biens , au préjudice de ses trois fils aînés qui se trouvoient ainsi réduits a leur légitime. Ceux-ci avoieut essuyé, pendant la vie du testateur , les traitements les plus rigoureux. François le Boultz , dont Erard avoit embrassé la défense , s'étoit vu
Froscrit de la maison paternelle pour avoir reçu , sans ordre de son père, 5o écufi cïun de ses propres fermiers, et parce qu'il ne "voulait pas être pr^é Ire, Ses soumissions et ses prières n'avoient jamais pu lui faire obtenir grâce. ((Y-a-t-il, s'écrie Torateur, quelque proportion entre la punition et l'offense ? zi-t-on jamais vu une pareille insensibilité? Les autres pères, quoique véritablement of-
(1) Mercuriale prononcée à la Saint-Martin 1686. {2) Il mourut en 1700.