‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 14 sur 86 · PRELIMINAIRE. XCIX · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRE. XCIX

feûse's , se rendent avec plaisir aux larmes et aux soumissions de leurs enfants; leur colère leur est plus à charge qu'à ceux qui en sont l'objet : ils vont eux-numes au-devant de la justification des coupables, et, dans le plus violent transport de leur indignation, ils cherchent des raisons pour se les faire trouver innocents. Leur colère n'est même ordinairement qu'un artifice obligeant, qu'une invention de leur amour pour corrigi r leurs enfants et pour prévenir la nécessité, où ils craignent de tomber, de les punir un jour plus sévèrement : c'est la tendresse véritable de leurs cœurs, qui met sur leurs lèvres et dans leurs yeux les apparences de la haine. M. le Boultz, au contraire , conserve une haine véritable et inflexible contre un fils qui ne l'a point méritée... Vous verrez même que dans le temps de sa dernière maladie, qui a duré plusieurs mois ; dans ce temps où la nature attaquée donne ordinairement aux hommes des sentiments plus tendres pour leurs proches, et les attache plus fortement aux objets dont la mort va les séparer ; dans tout ce temps, quelques prières, quelques soumissions que ma partie lui ait fait faire, il ne put obtenir la liberté de le voir que le jour qu'il reçut le viatique, après trois mois de maladie : ma partie accompagna ce Dieu des miséricordes, et entra enfin , à sa suite, avec le peuple, dans la chambre de sou père, qu'il n'avoit pu voir depuis dix ans. Il fallut, si j'ose me servir de cette expression^ la présence de Dieu même pour lui faire ouvrir les portes de la maison de son père , et pour résoudre M. le Boultz à souffrir la vue de ce fils qui ne l'avoit point offensé.» (i)

Méthode, dialectique, charme de diction, tout ce qui constitue le mérite des bons écrivains , briUe réuni dans ce plaidoyer. Le deuxième , dans lequel l'orateur examine la question de savoir si la communauté avoit été continuée entre le sieur le François et ses enfants^ à cause, d'un défaut qui se Irouvoit dans V inventaire^ nous paroît être un modèle de discussion. Le troisième avoit pour

(i) Cinquième Plaidoyer.

objet d'obtenir des aliments à nn bâtard adultérin; et l'on remarque , dès l'exorde , un art plein d'adresse et de sensibilité dans la manière dont Erard cherche à dissiper les préventions fâcheuses qui pourroient s'élever contre cet infortuné : «Si ma partie, dit-il, pouvoit dissimuler le vice de son origine, si Ihabitude dont il est né pouvoit encore être tenue secrète, il aimeroit peut-être mieux souffrir, sans se plaindre , l'extrême nécessité où le réduit la dureté de ses parents ^ que d obtenir d'eux des aliments, en publiant leur faute et sa propre honte. Mais Tune et l'autre sont si publiques , qu'elles ne peuvent le devenir davantage par l'action qu'il a intentée ; et pendant que ceux qui sont obligés de le secourir, feignent de ne le point connoître et désavouent sa naissance , il a la douleur de voir qu'elle est connue de tous ceux dont il n'attend point de secours, et à qui il auroit intérêt de la cacher; de sorte que son silence ne diminueroit rien de sa honte et ne serviroit qu'à augmenter sa misère ; il ne rendroit pas la foiblesse de sa mère plus secrète, et il autoriseroit son injustice. IN'est-ce pas assez qu'il ait le malheur de n'être point reconnu par la loi? Souffrira-t-il encore que ses parents le méconnoissent et l'abandonnent ? La privation qu'il souffre des effets civils et des droits que donne une naissance légitime , fait qu'il a un plus grand intérêt de se conserver au moins les droits du sang et de la nature , qui sont les seuls que sa condition lui laisse; et c'est parce qu'il est dépouillé de tous les autres, que ceux-là lui doivent être plus précieux , et qu'il doit faire plus d'efforts pour les maintenir... Fâcheuse dispute où il nous seroit avantageux que l'on put nous faire voir que notre naissance est autre que nous ne la croyons, et dans laquelle la victoire même aura lieu de nous faire rough' I »

Les deux plaidoyers pour M. le duc de Mazarin contre madame fa duchesse de Mazarin , son épouse , et celui qu'il prononça pour le fils d'un magistrat qui avoit épousé, à l'insu de son père , une fille de haute condition , ( c'est le sixième) suffiroient seuls pour donner , des talents oratoires d'Erard, une idée extrêmement avantageuse. Il

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