‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 2 sur 86 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

XARMI toutes les entreprises honorables pour notre littérature qui se multiplient chaque jour , on ne peut manquer de distinguer avec un intérêt particulier la publication des œuvrcîs d'Orner et de Denis Talon, En l'annonçant dans la ^S*^ livraison du Conservateur, mon éloquent ami, M. Berryer fils , dont le secours et les conseils m'ont été si souvent utiles, disait: «Les lecteurs, amis de la vraie science, apprendront avec plaisir la découverte des manuscrits de deux magistrats qui , sous le régne de Louis XIV, jetèrent un grand éclat dans le parlement de Paris, et comme jurisconsultes et comme hommes d'état.

({ Omer et Denis Talon exercèrent successivement, pendant près de soixante années, les fonctions d'avocat général. On a dit d'eux qu'ils furent ieà- derniers des Romains i mais, jusqu'à ce jour, leur renom n'a été protégé que par les témoignages de leurs contemporains; nous ne possédions que des fragments incorrects de leurs ouvrages. Les jurisconsultes regretloient que les prédécesseurs de D'Agueseau n'eussent laissé aucun monument de leur doctrine et des principes qui , sous le règne du grand roi , animèrent le parlement de Paris ; car les esprits éclairés se nourrissent toujours avec délices des souvenirs de cette magistrature française qui fut peut» être la plus belle et la plus forte institution de5 âges mo-

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dernes. Que de grands hommes, en effet, n'a-t-elle pas comptés dans son sein I Quels noms que ceux des Duprat, des Montholon, des Pasquier, des Harlay, des Séguier, des Brisson , des Talon , des Mole , des Lamoignon , des D'Aguesseau, des Joly de Fleury, et tant d'autres ! Et depuis ce premier pre'sident de la Vacquerie, qui, se présentant à Louis XI , à la tête de sa compagnie , lui dit : <( Sire , nous venons remettre nos charges entre vos « mains, et souffrir tout ce qu'il vous plaira, plutôt qu'of- « fenser nos consciences , en vérifiant les édits que vous « nous avez envoyés , » jusqu'aux courageux signataires de la protestation de 1791 , quelles nobles actions n'ont pas illustré la magistrature de France I

» Omer Talon fut appelé , en i63i , aux fonctions d'avocat-général. Sa noble conduite , pendant les troubles de la Fronde , nous est attestée , et par les mémoires du temps et par ceux que lui-même a laissés; mémoires utiles y dit Voltaire, dignes dH un bon magistrat et d'un bon citoyen.

« Les manuscrits nouvellement découverts contiennent les discours politiques, les mercuriales et les plaidoyers dOmer et de Denis Talon. Ces manuscrits sont autographes (1). La science de ces deux magistrats étoit immense ; leurs ouvrages sont pleins d'un esprit de vérité et de justice ; leur élocution étoit simple et grave ; ils échappèreul aux défauts des orateurs de leur temps, qui, presque tous , affectoient une érudition inutile.

(( Les troubles civils donnèrent l'occasion à Omer Talon de discuter les affaires d'état et les principes constitutifs de notre monarchie. Le cardinal de Retz parle souvent

(1) Ils ont été communiqués à l'auteur de cet article.

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de leffet que produisoit son éloquence, qu'il appelle nierveilleuse,

«Deux choses secondoient M. Talon; il jouissoit d'une grande réputation de vertu et de franchise , qui imposoit à des auditeurs toujours disposés , à force d'estime et de confiance, à le trouver assez éloquent ; ses discours étoient, d'ailleurs, soutenus par une action oratoire pleine de vivacité et de noblesse. On en cite plusieurs exemples : celui que rapporte le cardinal de Retz, est digne de remarque. «Talon, dit-il, (c'étoit en i65i, et le jour même où le coadjuteur improvisa si heureusement un passage de Gicéron), » Talon, avocat général, fit une des plus belles actions qui se soient jamais faites en ce genre. Je n'ai jamais rien ouï ni lu de plus éloquent. Il accompagna ses paroles de tout ce qui put leur donner de la force : il invoqua les mânes de Henri le Grand ; il recommanda la France en général à Saint-Louis, un genou en terre. Vous vous imaginez peut-être que vous auriez ri à ce spectacle ; mais vous eussiez été émue comme toute la compagnie, qui s'émut si fortement , que j'en vis la clameur des enquêtes commencer à s'affoiblir, etc. »

« Les plaidoyers se distinguent par une discussion savante et rapide. Sous le rapport du style, on est frappé de la pureté et de l'élégance avec laquelle M. Talon écrivit dans une langue que Pascal et Racine n'avoient point encore fixée... (Ici M. Rerryer rapporte un fragment de l'un de ses plaidoyers. )

« Omer et Denis Talon se montrèrent également bons écrivains , bous orateurs , bons publicistes et profonds jurisconsultes. L'autorité qu'ils avoient acquise dans le parlement, est attestée par leurs succès : sur deux cents plaidoyers environ qui se trouvent conservés en entier,

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