‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 53 sur 86 · VINGT ET UNIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

VINGT ET UNIÈME DISCOURS

Prononce à la i^^rand'-chambre , toutes les cliambres assemblées, le 8 juin 1648, en apportant lin arrêt du conseil d'en baul , par lecjuel le Roi cassoit la délibération du l 3 mai dernier, défendoit de l'exécuter, et ordonnoit que cet arrêt lût enregistré dans les registres du Parlement.

Messieurs,

]Sous avons été mandés hier, MM. mes collègues et moi, au Palais - Royal , et la Reiîie ayant commandé à M. le chancelier de nous faire entendre sa volonté, il nous l'expliqua par un long discours éloquent, plein d'observations et de remarques dont le sommaire aboutit (jue la Reine ne pensoit pas être obligée de faire entendre sa volonté an Parlement pour une troisième fois ; que Sa Majesté a été infiniment offensée de la délibération du i3 mai , par laquelle le Parlement a ordonné que jonction seroit faite avec les autres compagnies souveraines de cette ville de Paris, non - seulement avec celles qui l'ont ouvertement sollicitée , mais même à l'égard de celles qui en sont les causes cachées et

secrètes. La Reine pourtant a dissimulé son déplaisir et pardonné de bon cœur aux officiers qui ont appréhendé la réduction de quatre années de leurs gages. Pour le regard du Parlement, elle a imputé cet arrêt, aux alliances et parentés de la plupart des officiers , et aux importunltés de leurs proches qui possèdent des offices dans les autres compagnies : elle a cru que les affections du sang avoient prévalu en cette occasion par-dessus les maximes ordinaires de l'Etat.

Sa Majesté ne manqua pas de conseils pour user dès-lors de Tautorité souveraine en ces rencontres , et faire justice au Roi et à l'Etat d'une nouveauté de cette qualité ; mais elle voulut préférer les lois de la douceur et de la civilité; et, pour éteindre toutes ces émotions, elle a révoqué la déclaration du droit annuel publiée au mois d'avril , qui étoit la pierre fondamentale du scandale et l'occasion des plaintes publiques faites par tous les officiers , lesquels , par ce moyen , se sont trouvés , comme auparavant, en possession de leurs gages. 11 est vrai qu'elle a révoqué le droit annuel qu'elle avoit accordé au Parlement, par préciput sur toutes les autres compagnies, et ce témoignage d'estime et d'honneur ne devoit pas être méprisé. Mais le Parlement , en eftèt , l'a refusé , et non-seulement il ne lui en a pas témoigné sa gratitude , mais cette action y a été considérée comme un piège , ou

plutôt comme un bienfait envenime , aucuns ayant osé soutenir que la Reine avoit voulu établir, par les termes de cette déclaration , un titre pour les dépouiller à Favenir du quartier retranché , et sans espérance de rétablissement. Sa Majesté a voulu justifier que ces pensées n'étoient pas véritables, et d'ailleurs garantir sa conduite de reproches et de mépris ; ce qu'elle a fait d'autant plus volontiers, qu'elle s'est imagine que si le droit annuel étoit utile au général de la compagnie et désiré par les particuliers , il lui seroit demandé avec honneurs comme il l'a été autrefois ; que si au contraire ce droit étoit une grâce indifférente , inutile et sans nécessité , sa révocation ne seroit pas désagréable. Mais tant s'en faut que ces voies , qui sont des voies d'honneur à l'égard du souverain , et doivent être celles du respect en la personne de ses sujets, aient'produit quelque effet, qu'au contraire, les officiers du grand conseil , de la chambre des comptes et de la cour des aides , dont les plaintes dévoient cesser, puisque la déclaration qui les avoit excitées étoit révoquée , ont poursuivi avec instance l'expédition de votre arrêt du i3 mai, pour l'insérer dans leurs registres et leur servir de litre d'une alliance publique, d'une espèce de ligue défensive et d'une société générale , afin d'empêcher l'exécution de la volonté du Pioi.

D'autre part, la Pieine a été avertie que vous

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vous étiez assemblés pour rexécution de ce même arrêt , pour nommer des députés et les faire assembler dans la chambre de Saint-Louis , bien que la cause de l'assemblée eût cessé et que la matière en fût éteinte ; de sorte que pour empêcher l'effet de ces propositions , dont les suites et les événements sont périlleux dans une monarchie, Sa Majesté vous envoya des lettres de cachet le 23 du mois passé , et vous lit entendre par notre bouche , ce qui pouvoit être de son intention, et, pour vous en assurer davantage, elle vous le manda par vos députés , le 25 du même mois : elle vous fit expliquer, en sa présence , le déplaisir qu'elle avoit de tout ce procédé , et vous fit défenses de continuer vos assemblées pour l'exécution de ce même arrêté ; car Sa Majesté n'empêche pas que vous ne vous assembliez pour vos affaires particulières , mais elle ne peut souffrir que cela se fasse sous le titre d'union et de jonction des quatre compa-

gnies.

Le lendemain, 26 mai, les officiers du grand conseil , de la cour des aides et de la chambre des comptes, furent mandés séparément. La Reine leur reprocha leur mauvaise conduite, Fentreprise qu'ils avoient faite de s'assembler par députés, et défaire des délibérations de cette qualité sans l'autorisation du Roi ; elle leur défendit de plus user de telles voies , les menaça de son indignation, et leur témoigna qu'elle ré-

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primerolt par toute sorte de moyens la désobt'issance des particuliers qui s écarteraient de leur devoir.

ISonobstant ces avertissements de la Reine , qui dévoient passer pour des ordres précis, les olBciers du grand conseil, de la chambre des coniptes et delà cour des aides, s'imaginant que la jonction des compagnies subsistoit , se sont visités parleurs députés, et ont rapporté ce que la Reine leur avoit fait dire par la bouche de M. le chancelier, comme s'ils eussent voulu en délibérer conjointement, et tout ainsi que s'ils étoient dans la condition indépendante de pouvoir traiter avec le R.oi, avec égalité de puissance et d'autorité.

Ce mépris a touché sensiblement l'esprit de la Reine; elle n'a pu souffrir cette contradiction si prompte, a cru que le point de la royauté y étoit blessé , et qu'elle étoit obligée de témoigner publiquement son indignation à l'encontre de deux conseillersdu grand cot*deil(T), lesquels , par le moyen de cette députation , avoient donné matière à une nouvelle entreprise. Mais ce remède, au lieu de réprimer les esprits et de les obliger de réfléchir sur l'obéissance que les sujets doivent à leur prince , les a au contraire émus plus qu'ils ne l'étoient auparavant ; et perdant

(i) MM.Turquaut et d'Argouges : ils furent arrêle's dans la nuit du 28 au 2g ïtidî.

toute sorte de respect, les officiers du grand conseil et de la cour des aides se sont fait des condoléances publiques par de grandes députations,etparuneesppce d'ambassade. D'une action d'autorité et de justice, que la Reine a exercée par l'avis de M. le duc d'Orléans et de son conseil , ils ont voulu faire une occasion de plainte et de douleur générale pour décrier le gouvernement général de l'Etat , faire injure à ceux qui s'y trouvent appelés, émouvoir l'esprit des peuples , et élever celui des ennemis de l'Etat : même la Reine est avertie que ces mêmes députés s'étant adressés à quelqu'une des chambres des enquêtes qui travailloient à l'extraordinaire , ils se sont plaints de ce que la jonction des comr pagnies étoit offensée par ce procédé , de ce que la robe étoit déchirée, et que c'étoit la cause commune de tous les officiers.

En cet endroit la Reine interrompit M. le chancelier, en disant qu'autrefois on a arrêté des princes du sang et des premiers officiers de la couronne ; que toute la France l'a vu et considéré comme un effet de la puissance royale , et, parce que j'ai fait arrêter deux conseillers , il semble que l'on doive me faire mon procès.

M. le chancelier, reprenant la parole , nous dit : Priez MM. du Parlement de faire réflexion sur la suite et l'exemple des choses passées : qu'ils considèrent qu'il ne s'agit plus du payement des gages , parce qu'ils sont rétablis , et

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que tout rintérêt ne peut être autre que la considération du droit annuel pour le re nouvellement duquel s'étant présenté des diflicuités, dès Tannée j6i2 , il ne fut pas continué purement et simplement, mais avec des conditions fâcheuses qui ôtoient, aux veuves et héritiers, une partie du prix de leurs charges. Depuis, les états-généraux, tenus en Tannée iGi4 et i6i5, ayant demandé la révocation de ce droit, et les députés de Tassemblée des notables de 1617 ayant trouvé cette proposition raisonnable, le Parlement députa vers le Ptoi, qui étoit à Piouen, M. le président d'Acqueville avec quelques-uns de MM. les conseillers, pour demander la continuation de ce même droit ; elle ne fut pourtant accordée qu'en Tannée 1620 , et fut publiée avec les conditions également dures et fâcheuses pour tous les officiers, de payer, par forme de prêt, quelques sortes de deniers d'entrées. Pour raison de cela , le Parlement députa une seconde fois MM. de Grieux et Bouchet, qui se transportèrent à Bordeaux, afin d'obtenir la révocation de ce prêt: après quelque temps elle leur fut accordée. En Tannée ]63i, le Parlement obtint aussi la même grâce , non pas purement et simplement, mais en considération de six nouveaux officiers dont la finance servit d'indemnité ; et lorsque le droit annuel a été conservé pour la dernière fois, ça été en considération d'une augmentation de ce droit, qui s'appelle le cm en sus ; de sorte quïl

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