‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 57 sur 86 · J96 VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

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du gouvernement public; et cela n'arrive jamais sans attirer après soi des désolations publiques et générales , témoin ce qui arriva es-années i586 et suivantes , lesquelles devinrent les principes d'une guerre civile de dix années , qui remplit de confusion tout le royaume , et détruisit les familles particulières, par l'emprisonnement des magistrats ; témoin encore , après les années i6i4 et i6i5, la guerre civile que les princes accommodèrent aux dépens du pauvre peuple. Et néanmoins , pour arrêter toutes ces appréhensions, il ne s'agit que d'une démarche, d'une civilité , d'une action de bienséance dans laquelle la Reine promet toutes sortes de contentement à la compagnie , pourvu qu'elle le puisse faire de bonne grâce , sans y être forcée.

Quant à nous , Messieurs , qui n'adorons ni la fortune passée , par regret et par déplaisir, ni la présente par intérêt, ni la fortune à venir par dessein et par espérance ; la seule satisfaction qui nous reste , est que nous parlons sans autre intérêt que celui de notre honneur, sans ambition et sans crainte : nous souhaitons la décharge de notre conscience devant Dieu et les hommes, dans l'appréhension que cette division publique apportant quelque altération au cours ordinaire des finances , et l'argent venant à manquer dans les armées, elles dépérissent, et que les ennemis n'entrent dans le royaume comme en l'année i636.

Nous ne doutons pas que les remèdes que TOUS prenez ne soient bons , légitimes et nécessaires. Mais faites réflexion, Messieurs, s'il vous plaît , que les médecins n'osent ordonner certains purgatifs (comme l'ellébore et l'antimoine), non pas qu'ils ne soient excellens en soi et conformes à la nature , mais parce que souvent ils agissent contre l'intention de ceux qui les prescrivent : videat Senatus ne quid detrimenti respuhlica copiât.

Je ne dis pas , continue M. Talon , tout ce que j'avois préme'dité une heure avant que d'aller au Palais , car je n'avois pas eu une longue préparation , parce qu'il y avoit telle chaleur dans l'esprit de la plupart de MM. des enquêtes, qu'ils n'ëtoient capables d'entendre aucuns discours ; et de fait , ils s'élevèrent par trois fois sur moi aux endroits où j'ai rayé (i) , et témoignèrent par un bruit sourd , par une émotion non articulée, que ce que je disois ne leur plaisoit pas; de sorte qu'à la troisième interruption de cette qualité , je cessai de parler, et dis : Puisque la compagnie na

pas AGRÉABLE A cc mot , MM. les présidents et

MM. delà grand' -chambre, intelligiblement me témoignèrent mécontentement public de ce qui se faisoit. Ainsi nous nous retirâmes, MM. mes collègues et moi , laissant sur le bureau nos conclusions.

(1) Oa voit sur le manuscrit que ce fut à ces mots : (\\x!Elle abaisse l'autorité royale; obligés d'honorer et d'obéir à nos princes , etiam discolis • qui ctétruisit les familles particulières par r emprisonnement des magistrats.

L'après-dinée du même jour, INI. le cardinal Mazarin me pria de l'aller trouver, et m'ayanl interrogé sur ce qui séfoit passé à mon égard , je crus ne devoir rien répondre , si non que comme ma conscience ne me reprochoit rien de tout ce que j a vois dit dans cette occasion , je navois pas à me plaindre. ... ; qu'on avoit fait souvent les mêmes clameurs sur les discours de M. le premier président , plus sage que moi.... ; que je le suppliois que la Reine oubliât tout cela , quand ce neseroit pour autre considération que pour la mienne, ne désirant pas me brouiller dans ma compagnie où j'avois à vivre et à mourir. jNI. le cardinal m ajouta que la Reine avoit donné le matin à mon frère, 1 ab bayedeNotre-Dame-de-Frondoise, diocèse de Saintes, .le le suppliai de me permettre de la refuser pour mon frère , et lui dis que , comme je n avois eu en toute l'affaire autre dessein que le service du Roi et la satisfaction de ma conscience , je serois bien aise que le public ne me crût point avoir eu d'autre pensée, à cause de cette gratification.

L'un de INIM. les présidents de la cour , me visitant le jour même, me dit que tout ce que j eusse pu dire auroit été inutile, parce que l'esprit de iMM. des enquêtes étoit envenimé à te! point , qu ils aimoient mieux voir la sédition dans Paris et la désolation (\t's ennemis dans la campagne, que de se dédire de ce qu'ils avoient entrepris.

Cela , ajoute M. Talon , me donna grande peine , parce que, dans l'inclination naturelle que j'ai toujours eue, et que Dieu, je l'espère, me continuera d'aimer la royauté et le Parlement tout ensemble , j'appréhendois que cette contradiction affectée ne fit

préjudice à l'un et à l'autre ; car j'estime que l'antorilé du Parlement duit cfre perpétuellemeut interposée pour empêcher lexcès de la puissance absolue, pour tempérer les volontés des rois et de leurs ministres , lesquels souvent , par impétuosité , veulent que ce qui leur plait soit exécuté , et ne peuvent souffrir la condition des parlements qui travaillent pour le soulage^ ment du oauvre peuple. Et de fait , les bons princes ont toujours déféré aux avis de leurs officiers, et n ont pas désiré de faire aucune chose par les voies de la violence. Les autres, au contraire, ont reçu les mauvaises impressions qui leur ont été données des compagnies souveraines, conmie de personnes ignorantes dans la conduite des Etats, q\n se veulent attribuer un état qui ne leur appartient pas, et se croient être les tuteurs flps rois. Dans ces pensées de jalousie qui sont persuadées aux princes par le ministre et ceux qui les flattent , ils interprètent en mauvaise part toutes les actions de ceux qui sont dans les parlements, comme des entreprises d'autorité.

Mais cette autorité doit , à mon sens , être ménagée adroitement. 11 faut qu'elle serve de montre de quelque sorte de défense ; que ce soit une espèce de rempart pour ropposer avec jugement , et non pas pour servir de contradiction absolue , de résistance actuelle , d'opposition formelle ; car, en ce cas, le Pioi, ou ceux qui ont entre leurs mains son nom et son autorité , ont aussi à la main les moyens de violence pour se faire obéir-, et comme beaucoup de choses peuvent être empêchées par l'interposition du Parlement , lequel bi«i» souvent les ministres ne veulent pas fàchor pour leiiis intérêts particuliers et domestiques: quand n* respect

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est une fois perdu , et qu'ils se trouvent obligés de rompre avec le Parlement , ils le font avec excès , et dominant , par ce moyen , l'autorité ordinaire et légitime de la justice, ils élèvent leur domination particulière , d'autant plus qu'ils se conservent , dans les compagnies, des amis par le moyen desquels ils se garantissent de toutes les mauvaises propositions qui pourroient être faites contre eux.

Outre plus , quand cet inconvénient cesseroit , il seroit de dangereuse conséquence que l'autorité du Parlement surmontât par effet et se rendît supérieure aux volontés du Roi , parce que , pour maintenir l'autorité du Parlement , il faudroit mettre les armes^à la main des peuples et élever dans l'Etat une puissance , que ceux qui l'auroient émue ne pourroient conduire , et dont ils ne seroient plus les maîtres. Or, puisque l'Etat dans lequel nous vivons est monarchique , il y faut demeurer ; mais il est à souhaiter qu'il soit tempéré de l'avis et de l'interposition des compagnies souveraines qui ont été établies dans le royaume , non-seulement pour rendre la justice distributive , mais pour prendre quelque part à ce qui peut empêcher l'effet de cette même justice.

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