‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 58 sur 86 · VINGT-QUATRIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME DISCOURS

Prononcé le 3o juin 1648.

La délibération commencée le 1 7 juin , pour savoir si Ton exécuteroit l'arrêt du Conseil, fut renvoyée au lundi suivant , parce que la Cour craignoit les propositions qui dévoient lui être faites. Le dimanche 20 juin , iMM. les présidents du Parlement furent mandés pour se trouver au Palais-Pvoyal , à quatre heures, avec MM. les présidents des enquêtes et les doyens des chambres. M. le duc d'Orléans leur parla avec douceur et leur fit entrevoir qu'il étoit facile de tout concilier, si le Parlement vouloit rendre ses devoirs à la Pleine; mais ils s'offensèrent que la grand'-chambre et les enquêtes eussent été entendues séparément par le prince. D'un autre côté , les adoucissements de son discours, « après tant de menaces, haussèrent infiniment •< le courage à ceux qui vouloient faire exécuter les ar- « rets du Parlement : ils s'imaginèrent ( comme il est « vrai ) que les ministres avoient perdu le cœur, qu'ils « craignoient le Parlement et qu'ils appréhendoient « que le peuple ne fit sédition dans Paris; et, dans « cette pensée ^ ih retournèrent au Palais le lundi , « plus forts et plus éinus qu'ils n'avoient point encore " été. La délibération dura quatre matinées, lundi, « mardi, jeudi et vendredi; car le mercredi étoit le « jour de la Saint- Jean. L'assemblée étoit de cent qua- « tre-vingt sept personnes, et passa à dire que ÎVL le « duc d'Orléans seroit remercié de son entremise....; « que la Reine seroit informée des bonnes intentions

« de la Cour, dans l'assemblée des députés qui doit être « tenue ; que cependant les chambres demeureroient " assemblées , et les autres compagnies averties de la " présente délibération. »

A rinstant , les gens du Roi furent mandés à la grand'-chamhre , où ils reçurent Tordre d'aller demander à la Reine une audience , dans laquelle ( c'étoit le 27 juin) u M. le premier président exagéra linjure faite à la compagnie par les arrêts rendus au Conseil , appela le voyage que le Parlement avoit f^ût à pied , « au Palais Royal, une espèce d'amende honorable, se plaignit des conseils que Ton donnoit à la Reine de maltraiter les compagnies , ce qui ne pouvoit être qu'au désavantage des affaires de Tautorité royale : puis il ajouta qu'il avoit charge d assurer Sa JMajesté de la sincérité des actions du Parlement dans l'assemblée des députés qui se fera... ; ternie d vme résolution prise, et que le Parlement vouloit exécuter, nonobstant que la Reine eût voulu l'empêcher. » La Reine se contenta de répliquer qu'au premier jour elle feroit savoir sa volonté , et ordonna aux gens du Roi d avoir à se trouver au Palais -Royril le surlendemain.

M. Talon vient rendre compte des intentions de Sa Majesté à toutes les chambres assemblées :

Messieurs, ]^^ous avons dit à la Cour, samedi dernier, lorsque nous sortions de la galerie de la Reine , en laquelle la compagnie avoit été introduite , que Sa Majesté nous fit appeler par Sainctot , maître des cérémonies, et nous dit que lundi, à huit

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heures du soir, nous eussions à la venir trouver , et qu'elle nous feroit entendre sa volonté. C'est ce que nous fîmes hier au soir, Messieurs mes collègues et moi, et ayant été introduits dans le cabinet de la R.eine, par M. de Guénégaud, secrétaire d'Etat, nous la trouvâmes assise; auprès d'elle M. le duc d'Orléans , M. le cardinal Mazarin, et M. le surintendant.

La Reine ayant commandé à M. le chancelier de nous expliquer sa volonté , il nous dit que Sa Majesté ayant été bien informée de la sincérité des intentions du Parlement, et ne doutant point (|ue les événements ne répondent aux assurances qui lui ont été données , elle trouve bon que l arrêté du i3mai passé soit exécuté. ^lais elle vous prie de considérer, Mes^^ieurs , que l'armée du lioi est sur la frontière , en présence de l'armée ennemie, et que dans deux heures de temps il se peut donner un combat ; que les armées ne peuvent subsister sans argent , dont le commerce est interrompu dans Paris depuis un mois et plus, et que le manque de paiement dans l'armée et des choses qui y sont nécessaires , est capable de la faire dépérir. Pour cela , la Pleine souhaite que cette assemblée se fasse incessamment, et qu'elle s'achève cette semaine. Elle vous prie de faire réflexion sur les besoins présens de l'Etat ; et comme Sa Majesté ne doute point de l'afTection que vous avez pour le public, elle vous prie de prendre garde que celte chaleur

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avec laquelle vous témoignez vos bons sentiments pour le service du Roi, ne produise un effet tout contraire.

Cela dit , INIessieurs demeurèrent dans leurs places, à la grand' -chambre, sans vouloir se désassembler, quoiqu'il n'y eût rien à faire et à délibérer, et que M. le premier président les eût priés de vouloir leur laisser juger leurs procès. Leur excuse fut que l'arrêté portant que les chambres demeureroient assemblées , ce seroit y déroger que de souffrir qu'en leur présence et de leur consentement elles se désassemblassent pour travailler

aux procès particuliers L'après-dînée , les députés

de la compagnie se trouvèrent à la chambre Saint- Louis Il fut résolu de demander, i° la révocation

des intendants et de toutes autres commissions extraordinaires non vérifiées ; 2° la révocation du traité des tailles ; 3° la remise au peuple d'un quart , ensemble de tout ce qui pouvoit être dû du passé jusqu'à la fin de Tannée 1646; 4^ que les officiers ordinaires, trésoriers de France , élus , receveurs - généraux et particuliers seroient rétablis daus l'exercice de leurs charges.... Le lendemain , le mercredi et le jeudi , on délibéra s'il failoit opiner sur chacune de ces propositions en particulier,ou bien attendre que les députés les eussent toutes achevées — Le vendredi , le premier parti l'emporta. — Le lendemain ( 4 juillet ) fut arrêtée la révocation des intendants envoyés dans les provinces , ensemble de toutes les commissions extraordinaires non vérifiées , et l'on décida que commission seroit délivrée a M. le procureur-général, pour informer de la mauvaise administration des finances, etc.

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