VINGT-SIXIÈME DISCOURS
Prononcé le ii juillet 1648, en apportant au Parlement, où se trouvoit M. le duc d'Orléans, la déclaration portant la révocation des intendants, et la diminution de la taille.
Messieurs ,
Nous vous apportons une déclaration du Roi qui fut lue hier dans la conférence tenue au palais d'Orléans : dans cette conférence, M. le duc d'Orléans assura la compagnie delà sincérité des prétentions de la Reine , laquelle, suivant et conformément aux ordonnances, avoit fait dresser la déclaration en peu de paroles, afin qu'il ne se trouvât aucune ambiguité ni équivoque dans l'exécution.
Cette déclaration regarde la révocation des intendants et de toute autre commission extraordinaire : outre plus, la dimirmtion d'un demiquartier de la taille, pour la présente année et la prochaine.
Sur cela, M. le maréchal de La Meilleraye , surintendant (i) , ayant parlé, et ceux qui ont con-
(1) Quoique M. d'Eymery, surintendant des finances, tût été renvoyé (Ig 10 juillet), plusieurs n'étoient pas con-
noissancc drs financosilv a lon^^-temps, s'ëtaiît pareillement expliqués sur IVtat présent des affaires, il semble qu'il en soit demeuré quelque sorte de satisfaction à la compagnie.
Aprèsla conférence, M. le duc d'Orléans nous ayant retenus dans la galerie, M. le maréchal de La Meillerayenous a fait entendre qu'il désiroit, dans l'administration qui lui étoit commise, servir le Pioi et l'Etat; qu'il n'avoit d'aulre passion que d'y acquérir quelque petite réputation, et mériter la bienveillance publique par le soulagement du peuple : qu'il devoit compte de ses actions à la Reine, et qu'il seroit bien aise de les soumettre à la censure de cette compagnie, mais qu'il la supplioit de considérer que de rien l'on ne pouvoit pas produire quelque chose ; que ni sa personne ni sa famille ne lui donnoient pomt de pensée pour être indulgent aux intérêts de ceux qui sont soupçonnés de s'enrichir des finances du Pioi.
Quant aux dépenses de la guerre, qui sont
tenls (3c la promotioQ de M. le maréchal de La Mèillerayf^ , qu'ils considéroient comme parent proche de feu M. le cnrdiiial de Pâchelieu, homme plein de biens, fier, impérieux , et peu ami de la robe longue, ayant pris à tâche de gouimander souvent le parlement de Bretagne , dans laqucfe province il étoit lieutenant de roi-, d'ailleurs il y avoit qucl- (jue sorte de faction pour moUre dans cette place M. le marquis de La Vieuville, qui Tavoit autrefois exercée avec rf^'pulation d'intégrité
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excessives , il se garantira bien d'y être trompé , parce que ces choses sont de sa connoissance.
Il supplie donc la Cour de vouloir éprouver son maniement et son administration pendant quelques mois, et il espère que la Cour en aura satisfaction.
La présence de IM. le duc d'Orléans contribua beaucoup à lever les difficultés que rencontroit Tenregistrenient de cette déclaration; c^t personne , à la réserve de trois ou quatre, ne voulut insister ni lui résister en face.
Prononcé au lit de justice tenu le 3i juillet 1648 , au sujet de la déclaration donnée sur les articles des conférences relatifs aux droits de la royauté , et au pouvoir des magistrats et des lois du royaume.
Le dessein de cette journée dans laquelle Votre Majesté, séante en son lit de justice, autorise par sa présence la lecture d'une déclaration qui prévient les sentiments de cette compagnie, interrompt ses délibérations et nous rend
VlNCxT-SEPTlilMK DISCOURS. 2lf)
anjonrcriiui toutes nos fonctions inutiles, peut avoir pour fondement la pensée de ( es j^rands aslronomes , lesquels se sont imaginé que Tinflucnce des astres , leur force et leur activité étoient beaucoup plus grandes et plus efficaces lorsqu'ils agissoient seuls, que non pas quand ils sont en conjonction , parce que le concours de la liaison des autres planètes les débilite, les empccbe, et retarde Feffet de leur vertu ; en telle sorte qu'ils soutiennent que si l'étoile de Jupiter étoit seule dominante sur notre horizon , nous serions immortels, à cause de la puissance et de la dignité de sa lumière.
Mais il y a grande différence entre le gouvernement du ciel et celui delà terre , entre la conduite de Dieu et les voies des hommes. Il ouvre et ferme seul, comme parle le prophète ; il commande , et ses ordres ne sont pas suceptibles de contradiction, parce qu'il est l'auteur et le principe de la justice : sa puissance et sa volonté marchent, dans l'Ecriture, avant ce que nous appelons ses conseils et ses délibérations.
Les rois , bien qu'ils soient de la race des ^ dieux, sont pourtant égaux aux enfants des hommes, dans les principes communs de la nature ; nous respirons les mêmes éléments, et sommes issus d'une même mère : l'autorité nous distingue, et la différence des conditions qui nous mesure, marque finégalité de nos emplois.
La majesté des souverains, et l'autorité qu'ils
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possèdent , dépend de la soumission de leurs sujets : les rois sont débiteurs de leur fortune el de la grandeur de leur couronne , aux diverses qualités des hommes qui leur obéissent, et les grands en sont la moindre partie. Les fonctions des magistrats, rindustrie des artisans, le soin de ceux qui travaillent, la patience des soldats, contribuent à l'établissement et àla conservation de la royauté ; sans les peuples , les Etats ne subsisteroient point, et la monarchie ne seroit qu'une idée.
Il n'appartient qu'à Dieu seul d'être suffisant de lui-même, subsistant dans la plénitude de son être , sans besoin et sans dépendance de ses créatures.
Aussi, nous honorons Yotre Majesté, Sire, parce que nous sommes François , que Dieu nous a fait naître dans une monarchie , et que sa parole nous le commande ; parce que les sentiments intérieurs de notre conscience nous obligent de croire que les souverains agissent dans la conduite de leurs Etats, parles voies que Dieu leur inspire; dans la force de l'esprit et des connoissances qu'il leur communique, et qu'il n'appartient point à leurs sujets de les interroger, ni de leur demander compte de leurs actions.
Il y a pourtant des loispubliques dans les Etats, qui sont les fondements des monarchies, les pierres angulaires des royautés , les marques de l'alliance publique; des lois qui témoignent 1<^
souTTiisslon que les sujets doivent à leur souverain, et la protection qui leur est due.
Autrefois, les volontés de nos rois n'ëtoient point exécutées dans les peuples, qu'elles ne fussent souscrites en original de tous les grands du royaume, des princes et des officiers de la couronne qui étoient à la suite de la Cour. A présent, cette juridiction politique est dévolue aux Parlements : nous jouissons de cette puissance seconde que la prescription des temps autorise, que les sujets souffrent avec patience, et qu'ils honorent avec respect.
Pour cela, la contradiction des suffrages, la résistance respectueuse dont nous usons quelquefois dans les affaires publiques, ne doivent pas être interprétées comme une marque de désobéissance, mais plutôt comme un effet nécessaire de la fonction de nos charges , de l'intention de ceux qui ont établi les parlements ; car les lois publiques de TEtat l'autorisent, le consentement des rois vos prédécesseurs l'ont introduit et sonffcrt longues années, et c'est sur leur bonne foi que Votre Majesté règne sur nous heureusement. Ainsi l'économie générale de la nature consiste, non-seulement dans la différence , mais dans la contradiction de ses principes qui, travaillant incessamment pour se détruire , subsistent en cette guerre domestique ; en telle sorte que la désolation totale de l'univers et la destruction de nos corps particuliers, ne
peuvent arriver naturellement que lorsque l'un des éléments , ou Tune des qualités ayant abattu et surmonté toutes les autres , cette vertu prédominante consommera son sujet par la force de son activité.
Faites , Sire , s'il vous plaît, quelque sorte de réflexion sur la diversion naturelle des maison» célestes, sur l'opposition des astres, sur leurs aspects contraires , et les qualités ennemies des planètes qui composent l'ornement et la beauté de la milice supérieure. Le soleil qui est le père et l'auteur des nuées, qui les élève à la moyenne région , qui les rend bienfaisantes à la terre et leur imprime les caractères sensibles de sa présence, par le météore que nous appelons paréléon , ne les accuse pas pourtant de résistance et de rébellion, bien qu'elles arrêtent la force de ses rayons qui les empêchent de mal faire à la terre , et les retiennent suspendues dans le vide de l'air.
Les éclipses de ces grands luminaires ne sont autre chose que les effets naturels et périodiques de leur cours et mouvement ordinaire : ainsi les rois ne sont pas en tutelle lorsqu'ils défèrent aux ordres publics ; la majesté de l'empire n'est point diminuée quand ils défèrent aux ordonnances qu'ils ont faites, et leur gouvernement est le royaume de la loi.
Aussi, le Parlement ne porte jamais à Votre Majesté les plaintes de son peuple , sinon lors-
que les voix languissvintes clos miscr.'iljlcs ne peuvent monter jusqu'au cabinet, et que les pauvres gens n'étant pas exaucés, ils auroient occasion de croire que la divinité soit sourde : nous ressemblons à ces oiseaux selevéïdes qui ne se montrent jamais aux habitants du mont Cappius, sinon dans Textrémité, lorsqu'ils ne peuvent se garantir de la morsure des sauterelles.
Enfin, Madame, nos vœux et nos prières ont été exaucés pour la meilleure partie : le ciel a répandu ses bénédictions sur les délibérations de cette compagnie. Votre Majesté y a déféré, en la même sorte que l'Ecriture a dit que Dieu fait la volonté des hommes, mais des hommes justes qui lui obéissent ; tant est belle cette gradation du prophète : Dieu a exaucé la prière des cieux qui lui ont annoncé la stérilité de la terre , laquelle étant inculte et sans labour en plusieurs endroits, a témoigné , par sa désolation , T impuissance et la confusion du pauvre peuple !
Que si cette pensée est véritable , que pour connoître la bonté et les bienfaits de son prince, pour en concevoir une gratitude intérieure dans son cœur, il faut avoir été malheureux, avoir souffert ou appréhendé les maux auxquels les remèdes sont apportés; nous avouons. Madame, que la conduite de Votre Majesté, les principes de tendresse et d'humanité que le ciel a versés dans la grandeur de votre naissance, et
cette haute générosité avec laquelle elle se dl-minue elle-même pour compatir aux besoins de 1 Etat et se conformer aux: remontrances de cette compagnie, doivent faire mériter au Roi, dans les années de sa minorité, les éloges magnifiques, les inscriptions glorieuses, même la dédicace d'un temple que le sénat romain ordonna autrefois à l'empereur Adrian, pour avoir remis à 1 Italie les arrérages des vieilles impositions qui étoient dues, et avoir fait brûler dans la place publique de Trajan , les registres des exacteurs ; de ces hommes nouveaux enrichis, qui nous ont fait sentir depuis quelques années les malheurs de la guerre et les incommodités de la paix^ parce qu'ils ont déserté la campagne par la multitude des levées et la dureté des exactions dont Votre Majesté n'a pas reçu la moitié dans l'épargne. Ils Font aussi rançonnée par des usures sanguinaires , et ils ont introduit dans les familles particulières, l'insolence du luxe et l'excès de dépenses bienséantes dans les familles royales, mais criminelles et dignes du gibet dans la personne des enfants d'une fortune naissante, lesquels ne peuvent sans pudeur avouer les biens qu'ils possèdent, parce qu'ils leur reprochent leurs crimes , et les accusent de la calamité publique.
C'est dans la recherche de ces richesses injustes que se peuvent rencontrer des trésors innocents, des fortunes d'or qui appartiennent à
Votre Majesté par la loi du royaume. C'est la matière sur laquelle votre Parlement s'est assemblé tous les jours : il a quitté l'occupation des affaires particulières pour entendre parler et informer des besoins de TEtat, les faire entendre et connoître à Votre Majesté , laquelle, faisant réflexion sur la sincérité de nos actions et le désintéressement de nos pensées, trouvera que nous marchons incessamment sur la ligne écliptique ; que nous n'avons aucuns cercles particuliers qui nous donnent des mouvements de trépidation, d'erreur ou d'obliquité. Ainsi nous espérons que Votre Majesté, ayant commencé d'apporter quelque règlement dans les désordres , continuera incessamment, autant que les besoins du public et l'état des affaires le pourront permettre ; et dans cette espérance , nous recjuérons quil soit mis sur le repli de la déclaration dont il a été donné lecture , qu elle a été lue, publiée et registres
M. le chancelier, après avoir pris les opinions du Pioi, de la Reine , de M. le duc d'Orléans, etc. , prononça en la manière accoutumée. Ensuite il déclara à la compagnie que l'intention du Roi étoit de donner le droit annuel à toutes les compagnies souveraines de cette ville de Paris.
Le lendemain , INIM. des enquêtes prirent leurs places dans la grand'-chambre , et demandèrent la lecture de la déclaration -, mais la fermeté de M. le premier pré-
sident leur en imposa. Cependant la délibération commença le 4 août , toutes les chambres assemblées. ., M. Broussel proposa de commettre deux conseillers pour examiner la déclaration apportée par le Roi , et délibérer ; d'examiner en outre le reste des propositions faites dans la salle Saint-Louis, tandis que toutes les chambres restant assemblées , on publieroit Farrêt portant défenses de lever aucuns droits que ceux qui sont établis par vérifications bien et duement faites. Cet avis ailoit prévaloir, lorsque M. le duc d'Orléans, présent à la délibération , dit qu'il avoit fait tout ce qu'il avoit pu, jusqu'à présent, pour entretenir l'esprit de la Reine dans la bienveillance que la Reine avoit eue pour la compagnie ; que pendant deux mois Sa ^lajesté avoit souffert toutes les délibérations , examiné les propositions faites dans la chambre de Saint- Louis , et y avoit apporté tous les ordres nécessaires , autant que l'état présent des affaires publiques le permettoit ; mais qu'à présent qu'il reconnoissoit que les choses passoient à l'excès , et le préjudice que 1 Etat pouvoit souffrir des délibérations que l'on vouloit faire en la compagnie^ il protestoit qu'il ne pouvoit plus rien pour son service ; qu'il en sortoit fort mal satisfait , et qu'il donneroit à la Reine les conseils qui lui paroitroient nécessaires pour maintenir l'autorité du Roi et garantir l'Etat ; et, se voulant lever, il fut arrêté par INLM. les présidents et plusieurs officiers du Parlement qui le supplièrent de reprendre sa place , et l'assurèrent que la Cour ne s'éloigneroit pas de son devoir.... Alors la délibération ayant été continuée, il passa à l'avis de dire que le Roi seroit remercié d'avoir donné le droit annuel , et supplié de vouloir faire la même grâce auif
autres compagnies souveraines hors de Paris, et aux autres officiers sans aucun prêt ; que quatre conseillers seroient commis pour examiner les articles.... Ces commissaires firent leur rapport le 16 août, et le même jour on arrêta sur le premier article , que très-humbles remontrances seroient faites à la Reine sur le sujet des évocations et des commissions extraordinaires. Le 17, le deuxième article concernant la remise d'un quartier des tailles fut délibère avec pareilles remontrances ; le 18, Ton délibéra sur les trois articles concernant la pancarte qui devoit être affichée aux entrées de cette ville de Paris, pour savoir an vrai ce que le peuple devoit payer sur chaque sorte de marchandises ; car le Parlement, par arrêt du 20 juillet, avoit dit qu'elle seroit faite et arrêtée par deux conseillers de la Cour , et le Roi , par sa déclaration , s'étoit réservé de la faire dans le conseil. Le Parlement arrêta que la déclaration pour
ce regard seroit exécutée conformément à son arrêt
Le lendemain , M. le duc d'Orléans vint ,.... témoigna qu'il y avoit deux voies par lesquelles cette affaire pouvoit être accomniodée : Tune, si le Parlement ajoutoit à sa délibération, qu'elle s'exécuteroit sous le bon plaisir du Roi; l'autre que la pancarte se fît dans son hôtel , en sa présence et en celle de MM. les commissaires— Ce dernier moyen fut adopté, et le lendemain, jNDL Broussel et Ferrand , commissaires nommés par la Cour, se transportèrent à l'hôtel d'Orléans.... Ce même jour fut commencée dans le Parlement une autre délibération concernant l'article qui parle des gages retranchés aux officiers, laquelle ayant duré le vendredi et le samedi matin , passa à ordonner que très -humbles remontrances seroient faites «î la Reine
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pour la snpplîer de vouloir faire payer aux officiers leurs gages entiers ; que les gages et droits appartenant aux officiers ne pourroient être retranchés , diminués , ni sursis, sans lettres-patentes duement vérifiées; qu'il seroit informé, à la requête du procureur -général contre les nommés Latelan , Lefevre et Tambonnet , des partis et traités qu'ils avoient faits avec le Roi pour les gages retranchés.
Cet arrêt , aussi bien que celui du jeudi précédent , offensoit infiniment la Reine et les ministres, lesquels, quoiqu'ils fussent extrêmement mécontents de tout ce qui se passoit dans la compagnie , n'osoient porter les affaires aux extrémités, de crainte que le peuple ne «'émût, et que, dans le mauvais succès des affaires arrivées pendant toute la campagne , il n'arrivât quelques désordres publics ; mais ils reprirent courage par la nouvelle qui arriva le samedi matin de la grande bataille de Lens gagnée par M. le prince sur les ennemis.... Aussitôt, la seule pensée de la Reine fut de s'unir contre le Parlement, et de tirer raison des injures qui lui avoient été faites : elle parloit en ces
^ termes.... Le 26 , MM. du Parlement affectèrent d'assister au Te Deum, chanté pour cette victoire, afin d ôter le méchant soupçon qu elle ne leur avoit pas été agréable.... Environ demi heure après la cérémonie , le lieutenant des gardes de la Reine , assisté de sept ou
\ hiiit archers , enleva de sa main M. Broussel , conseiller, dans la grand'-chambre , le jeta dans un carrosse , et il fut conduit le même jour à Saint-Germainen-Laye : un exempt enleva M. le président Pottier de Blancmesnil , qu'on mena au bois de Vincennes ; et un autre en voulut faire de même à M. Charton , pré-
sldent aux requêtes du Palais , maïs 11 s'esquîva. — MM. Lesné , Benoise et Loisel reçurent des lettres de cachet pour se retirer à Provins , à Mantes et à Compiègne.
En apprenant Fenlèvement de M. Broussel (i) , le peuple de la Cité s'émut et fit grand bruit. Cependant la nuit et celle du lendemain furent paisibles ; mais le jeudi , la Reine ayant fait mettre en bataille , devant et derrière le Palais-Royal , tout ce qu'il y avoit à Paris d'infanterie françoise et suisse , les habitants de la rue Saint-Honoré firent des barricades , tendirent les chaînes et coururent aux armes.
Dans ce même temps , M. le chancelier eut ordre de venir prendre sa place au Parlement , pour lui faire entendre la colère de la Reine et y apporter un arrêt du Conseil portant cassation de tout ce qui avoit été fait depuis le dernier jour de juillet. Mais M. le chancelier fut successivement arrêté par une chaîne, tendue au bout du Pont-neuf et au pont Saint-Michel. Ses archers l'ayant voulu faire abattre par autorité et sans expliquer que c'étoit M. le chancelier, les bourgeois le refusèrent ; sur lequel refus, aucuns ayant dit que M. le chancelier étoit lui-même partisan , des pierres furent
(i) Comme M. Broussel etoit ancien officier , âgé de soixante-treize ans , bienfaisant aux pauvres geus , et en réputation d'aimer les intérêts du peuple contre la vexatioa des nouvelles impositions, et que depuis trois mois la villd de Paris étoit pleine d'espérance de ce qui s'étoit proposé en la chambre de Saint-Louis. . . . , on le tenoit ( il demeuroit rue du Port Saint-Landry) et considéroit comme un chef de parti qui avoit toujours fait les propositions le;s plus ayauT tageuses pour le peuple.
Omer Talon, h l5
22b VINGT-SEPTIÈME
jetées. Il se retira dans le logis de M. le duc de Luynes, son parent , on il fut suivi du peuple qui rompit les portes de la maison et le chercha avec des paroles outrageantes , menaçant de le tuer, ce qu'il entendoit , à ce qu il me conta le jour même : le peuple passa près la chanibre où il étoit , et la porte en étoit si foible, qu'on négligea d'y entrer. Cependant une compagnie du régiment des Gardes fut le quérir dans cette maison : il fut ramené dans le carrosse du lieutenant- civil qui le cherchoit, et M. le maréchal de La Meilleraye, avec quelque cavalerie, arrêta le peuple qui suivoit son carrosse , non sans danger de sa personne....
En ce même temps, on envoya une escouade delà compagnie suisse pour se saisir d'un des bouts du Pont- Neuf et faire poser les armes; mais les bourgeois de la rue Dauphine les repoussèrent , tuèrent leur capitaine , en blessèrent deux ou trois , et les obligèrent de quitter la porte de Nesle , où ils avoient pensé se retrancher — M. le duc d'Orléans se rendit , assisté de ses suisses, de ses gardes et de quantité de noblesse, au Palais-Royal , où il passa toute la journée.
Sur les sept heures , je me rendis au Palais, et me trouvai seul au parquet jusqu'à huit heures. Le greffier m'étant venu avertir que la Cour medemandoit , j'entrai dans la grand'-chambre , dans laquelle je trouvai les esprits infiniment échauffés. Néanmoins, M. le premier président m'ayant expliqué l'état de l'affaire présente , l'emprisonnement de iNDL Broussel et de Blancmesnil , et l'exil de MM. Lesné, Loisel et Beîî(>ise , je dis :
Messieurs , notre ministère est bien inutile dans cette affaire , où les paroles nous man-
DISCOURS. 22j
qiient, et nous n'avons point de voix pour exprimer ni la douleur publique , ni la nôtre en particulier. Pour prendre donc conclusions, et dire nos sentiments en ce rencontre, je supplie la Cour de trouver bon que je puisse conférer avec M. le procureur-général.
Aussitôt nous rentrâmes dans la grând'-chambre, et je dis :
Messieurs, nous pleurons des larmes de sang du mauvais traitement qui a été fait à nos confrères, pour la liberté desquels toutes sortes de voies sont bonnétes et raisonnables. Il faut députer vers la Reine, y aller tous en général, faire des offres en particulier, et insister de telle sorte que nous puissions obtenir ce que nous demanderons.
J'iijoutai même tout ce que la chaleur de Tesprit peut faire éclore en telle occasion. Le Parlement arrêta que présentement toute la compagnie iroit en corps, au Palais-Royal, demander a la Reine les prisonniers et les bannis ... Sa Majesté refusa avec aigreur, et dit qu'elle n'en feroit rien. M. le premier président insista par deux fois, et dit à la Reine :
Madame, l'état de la ville de Paris est tel, à présent, que Votre Majesté ne doit plus délibérer, sinon du possible; toute la ville est en armes (i), etTémotion est montée à un tel point,
(i) La face de la a ille de Paris elolt méconnois.sable : tous
228 vingt-sepïikmï:
que nous ne savons pas qui la pourra apaiser : nous avons entendu les clameurs du peuple , lequel a ajouté aux cris de vive le Roi! des paroles qui nous ont étonnés, en telle sorte que si nous retournons sans pouvoir, non-seulement donner des assurances, mais des certitudes du retour des absents, nous ne savons pas quel sera l'effet d'une populace émue, irritée, et qui, n'ayant point de chef, n'a point d'obéissance.
La Reine répondit avec un ton aigre : « C'est vous « qui avez ému le peuple, qui êtes cause de la sédition, ♦< étant venus en corps, pour émouvoir la populace : « vous en répondrez au Roi , vous la devez dissiper si « bon vous semble; mais quant à moi, je n'en ferai i rien. »
M. le président de Mesmes prit la parole , et dit à Sa Majesté :
Madame , "Votre Majesté n'est pas informée de ce que nous avons vu ; il ne s'agit rien moins que de la perte de la ville de Paris, et, par son exemple, de toutes les autres villes du royaume. Cette affaire regarde la conservation de l'Etat et de la royauté; et si Votre Majesté ne nous veut pas croire, qu'elle envoie, qu'elle s'informe en quel état est le peuple ; qu'elle sache que les barricades des bourgeois sont à cent pas des gardes
les hommes , jeunes et vieux , et les petits enfants depuis l'âge de douze ans, avoient les armes à la main, criant qu'ils vouloient que M. Broussel fût rendu.
DisroîTiS. î^'?9
(îe Votre Majesté ; que rémotion rst toute entière dans Tesprit de tout le monde , jusqu'aux femmes et aux enfants, et que la cessation de ce désordre ne dépend que d'une grâce demandée à Votre Majesté, et qui est en sa puissance.
La Reîne se leva de sa chaise et se retira dans son cabinet , disant : « Mettez-y ordre si vous voulez; mais K je n'en ferai autre chose. »
Ainsi le Parlement étolt obligé do se retirer; mais M. le premier président et M. le Président de ^lesmcs se résolurent de faire encore une tentative , et suivirent la Pleine dans son cabinet où se trouvoient M. le duc d Orléans, M. le cardinal ^lazarin , ]M. de Longneville et M. le chancelier, qui n'avoient pas paru jusqu'alors, à cause de l'effroi qu'ils avoient eu. Là , après plusieurs discours, enfin la Reine se relâcha de promettre contentement au Parlement , pourvu que de sa part il promît de ne se plus assembler et de travailler aux affaires des particuliers. Ayant été introduits dans la calorie de la Pleine , comme Ton pensait s'assembler en quelque lieu pour donner cette parole à la Pieine , p: r une espèce de consentement public , plusieurs de iMcistpurss'y opposèrent , disant que cela n: cri toit une délibération publique dans le Parlement.... Ainsi , novs nous retirâmes du Palais-Royal, pour aller îi la grand cliambre et y délibérer. Chose étrange! dansja maison (lu Piol les officiers domestiques disoient : Tenez bon ; on vous rendra vos conseillers ; et dans les Gardes- Françoîses, les soldats disoient tout haut , qu'ils ne combatlroient point contre les bourgeois, et qu ils metlroient les armes bas; tant éloit grand le mépris <lu gouvernement !
23o VINGT-SEPTIEME
En cet ëtat , marchant en corps de cour, les huissiers devant nous, M. le premier président fut arrêté dans la rue de l'Arbre- Sec par les bourgeois , et entre autres par un particulier qui , lui mettant la main sur le bras et ayant le pistolet à la main , lui dit qu'il falloit retourner quérir M. Broussel , et qu'il ne nous laisseroit point passer s'il ne revenoit avec nous.... Sur cela , s'étant fait une émotion, la plupart de Messieurs, qui étoient dans les trente premiers rangs , se sauvèrent dans des maisons de connoissance d'où ils furent obligés de sortir et de retourner au Palais-Royal — Ainsi nous retournâmes au Palais -Royal et montâmes dans la grande galerie où INÏessieurs étant assis, M. le chancelier se trouva à la tête de la compagnie... De sorte (après quelques difficultés } qu'il fut arrêté qu'entre ce jour et le 7 septembre , il ne seroit délibéré que du paiement des rentes sur l'Hôtel -de-Ville, de la confection de la pancarte et de l'exécution des arrêts déjà donnés.
Cette délibération fut portée à la Reine par jVI. le duc d'Orléans et M. le chancelier (i). Sa Majesté eut^
(i) J'ai appris de M. de Ghavigny que M. le cardinal Mazariii eut grande appréhension d'être nommé dans celle délibération , parce que , si la proposition y eût été faite à la Reine de l'éloigner de la Cour, il se fût retiré lui-même .... ; mais n'ayant point été nommé, il devint plus insolent de la bonne opinion qu'il conçut de sa personne ; et, pour se rendre agréable à l'esprit de la Reine, et flatter son chagrin et son déplaisir, lorsque M. le duc d'Orléans eut proposé à Sa Majesté ce qui avoit été résolu dans cette assemblée , ledit sieur cardinal dit que, puisque cette délibération avoit été prise en la présence de M. le duc d'Orléans, et agréée par Son Altesse, il croyoit que la Reine y devoit souscrire. Mais, qdress'^.nt la parole à M. le chancelier, il lui dit que, par
DISCOURS. 23l
quelque peine à digérer cette résolution ; enfin elle y consentit , et M. le premier président l'ayant à linstant remerciée , nous nous retirâmes.
ÎNIais dans l'appréhension que nous eûmes et dans les avis qui nous furent donnés que le peuple ne nous laisseroit point retourner, n'ayant point avec nous INI. Broussel , nous eûmes la précaution que les lettre* fussent expédiées pour rappeler les absents ; et , moyennant que les carrosses du Roi préparés pour les ramener marchoient devant nous , tandis que nous assurions par de belles paroles que M. Broussel retourneroit le lendemain , le peuple nous laissa passer, en nous disant qu il ne quitteroit point les armes jusqu'à ce qu'il fût de retour.
jNÏ. de Blancmesnil sortit dès le soir et retourna dans sa maison. ... Toute la nuit les bourgeois furent sous les armes.,.. Ainsi toute la ville étoit en alarmes jusqu'à ce que , sur les neuf à dix heures du matin , M. Broussel arriva à Paris, et à chaque corps-de-garde où il passoit, il fut salué de tous les arquebusiers ; en-
celte action , la royauté étoit abattue ; qu'il seroit à souhaiter que le Roi eût perdu trois provinces de son royaume , plutôt que de consentir à une lâcheté de cette qualité. Ainsi, il gourmanda M. le chanceHer, lequel , le matin , il avoit expose à la mort (i), l'ayant envoyé au Parlement pour amuser la compagnie, et le récompensoit fort mal du hasard qu'il avoit couru ; ce qui peut faire connoître l'humeur du personnage.
(i) Les bourgeois avolent tiré plusieurs coups de fusil dans son carrosse : l'un des siens eut le bras casse', et madame la duchesse de Sully, sa fille, fui blesse'c à l'épaule , mais légèrement.
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sorte que , cela redoublant de moment en moment ^ l'on s imaginoit dans les quartiers éloignés que les bourgeois de la rue Saint -Honoré étoient aux prises avec les soldats du régiment des Gardes; ce qui excita frayeur jusque dans la grand' -chambre. . . . Enfin , incontinent que M. Broussel y fut arrivé, eut salué et remercié la compagnie, l'on délibéra, sur notre proposition , et arrêt intervint portant injonction aux bourgeois de quitter les armes , et défenses aux vagabonds d'en porter....
Le lendemain , le pain arrivant de tous côtés à l'ordinaire , les chaînes furent détendues , les boutiques ouvertes, et toutes choses étoient aussi calmes et paisibles à huit heures du matin , comme s'il n'y avoit jamais eu d'émotion 5 en telle sorte qu'il y avoit autant à admirer de voir cette tranquillité publique après un si grand orage , comme à s'imaginer comment en si peu de temps il s'étoit excité.
Enfin , le 3 1 août , la Cour travailla sur le règlement pour le paiement des rentes assignées sur l'Hôtel-de- V^iile de Paris, auquel l'on employa deux jours. Le 3 septembre, M. le premier président, après avoir ieiïîerciéla Reine' de la bonté avec laquelle elle avoit oublié tout ce qui s'étoit passé dans la ville, lui expliqua quatre ou cinq chefs de remontrances , afin de faire fonds pour le paiement des rentes, pour les gages des officiers , pour remettre au peuple un quartier de la taille, et M. le chancelier répondit que la Reine accordoit tout... Le 4 , l'affaire des rentes fut achevée , et la Reine , sur la demande du Parlement, accorda ( le 7 ) sa continuation pendant quinze jours.
ViNGT-HClTlEME DISCOIRS.
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Adressé à la Reine, le i8 octobre 1648, à SainS, Germain.
Dans Tagîtation des esprits, et les fâcheuses appréhensions 011 vivoient la Pieine et les ministres; car M. le cardinal Mazarin et M. le maréchal de La Mei!leraye , surintendant des finances , étoient menaces publiquement, on résolut de faire sortir le Roi de Paris , et l'on prit pour prétexte une raison qui de soi était assez véritable^ savoir : V infection du Palais- Royal , qu'il fallait nettoyer, et la maladie de M. le duc d'Anjou, frère unique du Roi, malade de la petite vérole.
Le vendredi suivant (18 septembre) M. de Châteaimeuf , qui avoit été garde des sceaux, reçut ordre du Roi de se retirer en Berry. Le même jour, M. de Chavigny fut arrêté dans le château du bois de Vincennes, duquel il étoit lui-même gouverneur; ce qui se passa en cette sorte : ^L Le Tellier, secrétaire d'Etat, arriva dans le couvent des Chartreux de Paris , la nuit du jeudi au vendredi , et manda de Vens , lieutenantcolonel du régiment des Gardes, et Du Drouet, capitaine des Gardes, auxquels il donna les ordres de l exécution : audit de Yens, afin que la compagnie du sieur Du Drouet pût sortir extraordinairemenl , parce que c'étoit lui qui commandoit le corps du régi
ment des Gardes, et qu'on ne pouvoit pas faire sortiecette compagnie sans son ordre.
Du Droiiet mena sa compagnie au pont de Charenton , et alla au bois de Vincennes , où ledit sieur de - Chavigny étoit incommodé d'un rhume et avoit été . saigné ; il lui rendit une lettre par laquelle le Pioi lui mandoit de se retirer à Chavigny ; et , d autant que la place pouvoit être en péril pendant son absence , et que les prisonniers pris en la bataille de Lens , lesquels avoient été nouvellement amenés, pourroientse sauver, le Roi ordonnoit à M. de Chavigny de faire sortir la garnison, et de souffrir que Du Droiiety entrât avec sa compagnie : à quoi à linstant ledit sieur de Chavigny ayant obéi , ledit sieur Du Drouet lui bailla une autre lettre par laquelle il lui étoit enjoint de se saisir de sa personne , et à madame sa femme de se retirer à Chavigny ou à Villefavin.
D'après ce que rapporte M. Talon , il paroît que !M. de Ci^skanneuf étoit le conseil des membres du Parleuîciît Il-s plus opposés au gouvernement , dans respoirdcntrer bientôt an ministère.
A l'égard de M. de Chavigny, « qui est un grand « génie, un homme de haut sens, pour être âgé de « quarante ans seulement , il étoit soupçonné d'avoir « quelque part dans toute l'émotion du Parlement. )^
Madame,
Suivant le commandement de Votre Majesté .
que nous reçûmes jeudi (le i5), en ce même
lieu , le lendemain matin nous entrâmes dans
le Pailoiuent où toutes les chambres étoient as-
semblées, et leur fîmes entendre que Votre Majesté avoit bien voulu accorder au peuple jus- (|u'à deux millions de remise , à la cbarge que toutes sortes d'assemblées cesseroient, et que toutes choses seroient rétablies dans leur ordre ancien.
Cette proposition fut, Madame , un sujet non pas de délibération , mais de satisfaction publique. On arrêta que Votre Majesté seroit trèshumblement remerciée de sa bonté, et que, pour satisfaire à ce qu'elle désire , il seroit incessamment travaillé à ce qui restoit à faire dans In matière.
Pour cet effet, des commissaires s'assemblèrent Taprès-dinée, afin de rédiger les articles proposés en la chambre Saint-Louis, et régaler les deux millions sur les denrées les plus nécessaires ; et le lendemain matin, les officiers de la police eurent ordre d'annoncer au peuple la grâce de Votre Majesté , et de faire en sorte , dans l'exécution, que chacun s'en pût ressentir. Ensuite, ce qui avoit été fait par les commissaires , ayant été lu et approuvé , il ne restoit plus que deux articles à travailler ; l'un pour les tailles, l'autre pour l'exécution de l'ordonnance du Roi Louis XI , appelée l'ordonnance de la sûreté publique, et Ton pensoit devoir les expédier le même jour; et de fait, ayant travaillé au premier, ils ont arrêté que Votre Majesté seroit très-humblement suppliée de vouloir diminuer
au peuple le cinquième de la taille, sur le pied de cinquante millions : quant à l'autre article , l'heure s'est trouvée si avancée, qu'ils n'ont pu le délibérer , ni s'engager pour l'après-dînée , et qu'ils l'ont remis à demain.
Cependant, Madame, nous exécutons ce qu'il a plu à Votre Majesté nous ordonner jeudi dernier : nous lui apportons le récit de ce qui s'est passé dans le parlement, lequel nous a chargé, en attendant qu'il ait l'honneur de saluer Votre Majesté, de lui témoigner sa gratitude toute entière , celle du peuple de Paris et de tout le royaume, qui béniront l'innocence du Roi, la piété de Votre Majesté, sa conduite et son gouvernement. Recevez, Madame, ce peu de paroles, pour marque de la reconnoissance publique, et pour témoignage des sentiments d'une compagnie qui est la première dans l'obéissance et le respect. Excusez, Madame , s'il vous plaît, la sécheresse de notre esprit , si nous avons si peu de paroles pour remercier Votre Majesté : les choses grandes s'expriment avec peu de discours; et souffrez , Madame, que nous vous fassions une très-humble prière pour la misère des pauvres gens qui sont surchargés de toutes sortes d'impositions et de levées. Le Parlement intercède et supplie qu'au lieu du sixième , ils puissent recevoir la diminution du cinquième de leur taxe , dans cette seule pensée que nous a laissée, par écrit, le plus sage de tous les rois, que les
souverains servent à la terre , qu'ils sont éclairés du travail et de la sueur de ceux qui la cultivent et Taident à produire ces fruits sans lesquels les princes ni leurs sujets ne peuvent vivre. Chose étrange pourtant , que ceux qui sèment et qui moissonnent , n'aient pas du pain pour nourrir leur famille, et vivent misérables à cause de la dureté des impositions qui leur sont demandées ! Le Parlement espère cette grâce de la bonté de Votre Majesté , après laquelle Dieu bénira l'épargne ; car ainsi s'appelle le trésor de nos rois : il doit être administré par économie , et ménagé plus qu'on ne Ta fait par le passé.
La Reine ayant conféré quelque temps ensemble avec les princes et les ministres, ^L le chancelier nous dit que la Reine avoit fait proposer aux conférences, de remettre au peuple le cinquième de la taille , sur le pied de cinquante millions, ne pouvant faire davantage dans l'état présent des affaires, sans la ruine inévitable du royaume ; ce qu'elle nous chargea d'expliquer au Parlement....
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