‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 63 sur 86 · S VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

S VINGT-NEUVIÈME

C'est aujourd'hui que nous éprouvons , Messieurs, ce concours tant désiré du ciel et de la terre , la raison du monde supérieur et inférieur, c'est-à-dire les bonnes grâces et la bienveillance du Roi répandues sur la tête et sur les plaintes du pauvre peuple , pour le soulagement duquel toute cette déclaration ayant été faite , nous sommes obligés d'avouer que la pensée des philosophes de l'Académie est véritable , lesquels nous assurent que dans tous les états de la nature qui participent, selon notre sens, à quelque portion de la divinité , comme sont les astres du firmament, les souverains qui commandent sur la terre, les grandes âmes, les esprits héroïques, il se rencontre d'ordinaire deux qualités bien différentes : Tune, de dignité, d'essence, de relief et de grandeur, qui les distir^giie du commun ; ainsi tous les astres révèrent le soleil et rétrogradent à sa vue ; tousles grands du royaume, de quelque qualité qu'ils puissent être , sont les sujets de leurs princes , et les intelligences communes et médiocres admirent et rendent hommage à ces grands génies qui les surpassent.

Mais l'autre qualité est une vertu de bonté , de prévoyance , d'efïusion et de bienfait, par laquelle ils se rendent égaux à leurs inférieurs, et se diminuent eux-mêmes pour bien faire et soulager ceux qui les honorent: ce que nous observons dans la chaleur féconde de la lumière qui se communique partout, dans la douceur, la

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bienveillance etThumanité des hommes de grand cœur; et nous sommes obligés de faire la même réflexion sur ce qui se passe en celte matinée en laquelle nous ressentons que tous les termes de la déclaration qui a été présentement lue , ne portent pas les marques d'une majesté fulminante , d'un prince victorieux au milieu de ses armées, qui s'est rendu le maître deTEuropeet l'arbitre de toute la chrétienté ; mais plutôt les effets d'une bonté favorable qui se dépouille pour enrichir ses sujets, et qui établit la grandeur de l'Etat et celle de sa couronne , dans l'aise , dans l'abondance et dans la félicité de ses ])euples.

Cela nous fait espérer. Messieurs , de pouvoir rétablir en nos jours le langage ancien de nos ancêtres; ce langage qu'une mauvaise et infâme adulation a mis hors d'usage : car an lieu qu'en parlant à nos souverains, nous usons de termes de grandeur et de majesté, ilsusoient des mots de clémence et de débonnaireté. L.e premier est un nom d'empire et de commandement absolu, qui nous représente un homme à cheval, le bâton à la main, au milieu de ses armées, la victoire marchant devant lui; l'autre est un terme d'amour, de bienveillance et d'humanité, bienséant aune tige issue de la race de saint Louis, au petit-fils de Henri le Grand , lequel eut cet éloge , dans sa pompe funèbre , d'être surnommé incomparable en magnanimité et en clémence : bienséant aussi en la personne d'un prince bien-

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