QUARANTE-DEUXIÈME
qui se falsoit sans commission du Ptoi ; car ces troupes nous ont, à présent, réduits à tel point, que nos biens et nos fortunes ne sont plus en sûreté. Elles exercent, à deux lieues de Paris, les mêmes actes d'hostilité que nous avons faits autrefois dans le milieu de l'Allemagne, de la Flandre, de la Lorraine et du Piémont, quand nos armées y ont été victorieuses ; mais avec cette différence, que ces peuples les ont soufferts parce qu'ils n'ont pu les empêcher , tandis que nous avons appelé dans nos entrailles ceux qui désolent notre pays. Il semble que nous aimions nos maux, puisque nous en recevons avec joie les auteurs.
Pour mettre fin à ces misères publiques, nous souhaitons la paix; et bien que les malheurs que nous ressentons soient les fléaux de la main de Dieu, et les marques de sa colère, ils se produisent pourtant par nous-mêmes, et par une certaine indifférence envers ces calamités. La clameur des pauvres gens qui sont brûlés, pillés, assommés et réduits à la dernière extrémité, s'élève de la terre pour demander justice au ciel ; el nous craignons que la campagne étant toute ruinée , le foudre ne tombe sur les grandes villes, comme il a fait en plusieurs de nos voisins.
La Pleine de Suède a écrit à cette compagnie , et nous considérons sa lettre comme un effort de générosité et de grandeur de courage qui surpasse son sexe, mais non pas sa condition.
DISCOURS. 36f>
Elle nous avertit des maux (]ue nous sentons, et nous excite, par notre propre intérêt, de songer à la tran({ulllité du royaume : elle offre même son entremise et sa médiation ; ce qui nous fait souvenir des propositions qui furent faites au roi Henri IV, en Tannée i593, lorsque tous les bons François, offensés de la ruine du rovaume, et affligés que le prétexte de la religion, favorisé par les Espagnols, avançât leurs affaires {relîgionis pallio penulam hispanicam faciehant, comme parle M. deThou), obligèrent le si(îur de Scliomberg, qui étoit étranger de naissance, mais François d'affection, et qui a rendu sa maison aussi illustre qu'affectionnée au bien de rEtat,de faire entendre au Ptoi la nécessité de la paix, et de la lui conseiller d'autant plus volontiers qu'étant Saxon, il en parloit sans intérêt particulier. Henri IV écouta son discours, et lui répartit qu'il souhaitoit la paix ; qu'il étoit prêt de la demander, parce qu'en matière de guerre civile, la donner ou la désirer étoit même chose ; mais qu'il ne pouvoit souffrir que ses sujets extorquassent de lui le changement de sa religion par force, par autorité et par violence ; qu'il seroit donc bien aise de trouver quelque expédient pour y parvenir, pourvu que l'autorité et la dignité royale fussent conservées ; qu'il cherchât l'expédient de quelque entrevue et d'une conférence dans laquelle les choses s'accommodassent par les voies d'honneur et de bienséance. Cela réus-