CONTRE LA THEOLOGIE SCOLASTIQUE
La multitude des livres qui se mettent en lumière tous les jours, touchant les points de la foi et de la discipline intérieure , lesquels contiennent des propositions contraires , des maximes différentes et contradictoires , portent , à notre sens , le témoignage de la déchéance de notre siècle , de la foiblesse et de la diminution de nos esprits qui s'attachent plutôt aux paroles qu'aux actions , préfèrent les pensées aux épreuves de la vertu, et croient que la connais-
CONTRE LA THEOLOGIE SCOLASTIQUE. 4^^ $ance et roxanicn dos questions subtiles et épineuses , est préférable à la doctrine de TEvan- , ^lle et aux préceptes de la piété ; semblables à ceux dont parle Tapotre saint Jacques ( cap. i , V. 23 ) , qui regardent leur visage dans un miroir, s'y complaisent et s'y admirent, mais oublient aussitôt ce qu'ils ont vu , et ne s'en trouvent ni plus savants ni plus sages.
La tbéolo£:ie est la science de Dieu et des cboses divines. Elle a pour fondement la révélation d'en haut qui compose la foi : accedentum ad Deum credere opportet ^ Qi^iA EST. C^est le premier degré et la première grâce du christianisme que ce témoignage de notre conscience, cette vérité première d'honorer une seule Divinité. Nous sommes en outre obligés de croire les motifs de notre foi , les articles particuliers de notre créance, ce que l'esprit de Dieu répandu dans son Ecriture, nous enseigne , ce que l'autorité et l'interprétation de l'Eglise nous fait connoître : laquelle Eglise , ayant la promesse et l'infaillibilité de l'esprit de Dieu , désire la soumission de notre esprit à ce fju'elle détermine, sans examen, sans discussion et sans scrupule, après que la décision en a été faite par les voies légitimes.
Nous savons bien que cela ne se doit pas faire par une simple crédulité aveugle , par une simplicité puérile et pleine de facilité qui ajoute foi à toute sorte de personnes et de propositions
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qui paroissent précises, mais par une obéissance raisonnable dans laquelle , bien que les choses que nous devons croire nous soient inconnues , qu'il n'y ait point de raisonnement, ni de démonstration qui nous en assure , esti non sit mdcntia rei , comme parle la scolastique, il se trouve pourtant une certaine évidence de foi, une conviction intérieure qui procède de notre soumission à l'Eglise , et s'insinue dans notre esprit par un consentement universel, par une tradition immuable et par la suite de tous les siècles ; car ce consentement contient une certaine vertu , une puissance intérieure qui nous persuade et nous fait connoître la vérité de notre religion. Et de fait , la nécessité de notre foi ne consiste point dans la subtilité de l'Ecole , ni dans les arguments que la foiblesse et l'obscurité de notre esprit produisent , parce que , s'il étoit assez intelligent et suffisamment illuminé , il connoîtroit les choses desquelles il parle dans leur source , sans énigme , sans difficulté , sans obscurité.
Cependant , chose étrange î nous voulons que notre raisonnement soit l'arbitre de notre foi. ]^^os théologiens veulent enseigner, non -seulement les articles de notre créance , mais même ils pensent en savoir les raisons et les causes , connoître les voies du salut et de la réprobation, entrer en jugement et en raison avec Dieu, pour bii demander compte de la différence de ses vo-