LA THEOLOGIE SCOLASTIQUE
calions , et de la diversité des biens et des maux qui se rencontrent dans le monde.
Nous voulons concevoir les voies dans lesquelles Dieu nous conduit; et, pour y parvenir, nous avons inventé ces termes de suffisance , d'efïicace, de prévention, de coopération, de grâce, de détermination, de justification, et dans toutes les autres parties delà théologie, nous avons trouvé des expressions convenables à la portée de notre esprit, par le moyen desquelles, ne pouvant monter à la connoissance de ces mystères qui nous sont cachés, nous pensons, les pouvoir faire descendre , accommoder les choses divines selon notre suffisance, et concevoir ce qui n'est pas concevable ; car nous demeurons d'accord que la connoissance des sens ne travaille que sur les choses corporelles présentes. La force de l'imagination considère les circonstances des mêmes choses , mais absentes et éloignées. Le raisonnement s'attache à la discussion des mêmes objets, mais il les regarde détachés de leurs circonstances particulières , dans leur nature, dans leur essence universelle, et en tant qu'elles sont susceptibles de changements et de différences de relations, de propriétés et autres qualités semblables.
L'intelligence , qui est la fonction la plus noble et la plus élevée de notre àme , s'applique à la médiation des vérités anciennes et des propositions que nous appelons éternelles, parce qu'elles
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sont toujours constantes et égales à elle-même.. Mais notre intelligence est une faculté finie qui n'agît qtie par des voies et des appréhensions humaines , lesquelles ne peuvent atteindre jusqu'à Funité , à la simplicité , à Findivisibilité de Dieu que nous appelons un être, une substance ^ une nature divine , car nous ne le pouvons autrement concevoir. Mais , en vérité , ce n'est point un être , ou plutôt c'est quelque chose de plus que l'être , de plus qu'une substance intelligible , parce que tout ce qui tombe sous la connoissance de notre esprit est susceptible de division et de multiplication. Quoiqu'il soit unique en son espèce, nous en pouvons concevoir plusieurs : par exemple , le soleil ; mais l'essence de Dieu , son unité que nous ne pouvons comprendre , répugne , résiste à toute sorte de multiplicité véritable et imaginaire, et pourtant nous devons dire , tenebrjë ejus, ita et lumen ejus, comme parle le Psalmiste : le plus haut degré de l'élévation de notre âme consiste dans les ténèbres et dans le silence, lorsque notre esprit, se présentant à Dieu sans aucun sentiment ni connoissance, se trouve éclairé d'une façon extraordinaire qui surpasse sa nature, et nous enseigne des secrets qui , régulièrement, surpassent nos forces. C'est dans ce silence adorable qui a tenu heu de principe dans les écoles de quelques philosophes ; Harpocrate , Mercure , Socrate , Platon , Plotin et Apollonius : c'est dans cç si-
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ience éloquent Çc/a/n sacra doccns sileiitiiun) y que les mystères de notre religion sont révélés : c'est dans cette lumière ténébreuse que Dieu habite et a établi son trône; il nous cache son essence, il couvre l'éclat de sa divinité que notre foiblesse ne seroit pas capable de souffrir.
Et pourtant nous pensons devoir savoir la raison des mystères de notre religion î Nous voulons raisonner sur les articles de notre créance ; et, comme si notre foi étoit quelque chose d'humain qui fût susceptible de discours^ de difficulté et d'interprétation , nous faisons une logique dans la théologie , une science dialectique disputatrice , et des dogmes de notre foi nous en faisons des problèmes !
Nous savons bien que les hérésies sont anciennes, voire même nécessaires; que la terre qui produit du bon grain n'est pas exempte de mauvaise semence , et que les docteurs de l'Eglise, dans ces occasions, n'ont pas été sans oc~ cupation : ils n'ont pas estimé devoir être inutiles ; mais ils ont travaillé , disputé , combattu les nouvelles doctrines , lorsque des particuliers, se séparant des opinions reçues, contredisant ce que l'Ecriture nous enseigne , ou ce que l'Eglise a déterminé, ont formé des schismes, et abusé les peuples dans des sentiments contraires aux maximes de la vérité.
Mais lorsqu'entre les hommes qui professent une même créance , et qui sont dans Tunité de
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l'Eglise , il se rencontre quelque sorte de diversité ; quand des particuliers assurés de la vérité de leur foi, veulent introduire des nouveautés, et sont assez curieux pour entrer en connoissance des secrets de la Divinité , pour savoir quelles sont les voies de sa providence et de sa conduite , en quelle manière s'opère en nous le mystère de notre salut, il y a nécessairement de
. Torgueil et de la superbe.
Malheur donc à ceux qui croient être assez savants pour pénétrer dans ces ténèbres!; qui veulent porter leurs pensées et les mrler avec celles de la Divinité ! Accedet homo ad cor altuin : et exaltahitur Deus, Plus la présomption nous élève et notre suffisance nous flatte , plus Dieu se retire de nous, se relève et se rend inaccessible ; ce que le Psalmiste exprime élégamment par ces mots : Mirabilis fada est scientia tua ex me ( P. i38), comme s'il vouloit dire : où la pensée et la connoissance de Thouime finit, c'est là même que commence la sagesse, et que la majesté de Dieu paroît. Si les hommes la pouvoient comprendre, ils ne devroient par l'adorer, parce qu'il doit y avoir nécessairement du rapport, de la proportion entre l'esprit qui comprend et la chose qui est comprise ; mais il ne peut ni ne doit y avoir de proportion ni de ressemblance entre l'adorateur et la chose adorée.
•^ Ce qu'il faut enseigner au peuple, doit être la \'<y\e de la piété, la charité envers ses frères, 1q